Burundi : tourner le dos au passé

Les projecteurs sont braqués sur le Burundi. C’est aujourd’hui, mercredi 20 mai 2020, que les électeurs sont appelés aux urnes pour désigner parmi les 7 candidats, celui qui va succéder à Pierre Nkurunziza pour présider aux destinées du pays durant les cinq prochaines années. Une élection, qui focalise toutes les attentions, compte tenu du passif postélectoral particulièrement douloureux du pays.

Les Burundais gardent toujours en mémoire les scènes macabres après les élections de 2010 et de 2015 où des opposants ont été tués et d’autres, victimes d’actes de torture. En effet, l’annonce par Pierre Nkurunziza, en avril 2015, de sa candidature à un troisième mandat avait plongé le Burundi dans un cycle de violences ayant causé 1 200 morts et plus de 400 000 personnes déplacées, selon les estimations de la Cour pénale internationale (CPI). Le spectre de la violence hante encore les esprits, si bien que des voix se lèvent pour tirer la sonnette d’alarme en vue d’éviter que le pays ne renoue avec son triste passé.

En effet, la montée de la tension ces derniers jours entre les deux principales forces politiques du pays, le CNDD-FDD au pouvoir et le principal parti de l’opposition, le CNL, fait nourrir chez bon nombre d’observateurs, des craintes quant à l’issue sereine du processus électoral. Les populations espèrent que les levées de boucliers des états-majors des partis politiques ne sont que des stratégies de campagne et ne se limiteront qu’à là. Cette élection doit être pour la classe politique burundaise, une occasion de montrer à la face du monde qu’elle est capable de transcender les divergences au nom de l’intérêt national.

La décision du président sortant, Pierre Nkurunziza, de ne plus briguer un quatrième mandat, malgré qu’il ait encore la possibilité de le faire, est un bon signe pour des élections apaisées. Il sait pertinemment que sa candidature pour un quatrième mandat allait créer plus de problèmes que du bien à son pays. Le président Nkurunziza a peut être pris cette décision pour soulager son pays de plus en plus isolé par la communauté internationale. Si tel est le cas, pourquoi ne pas expérimenter la méthode Poutine ?

C’est probablement l’option qu’il a choisie en cédant sa place au général Évariste Ndayishimiye. Si celui-ci est beaucoup respecté au sein du parti au pouvoir, il doit cependant faire face à un candidat de taille : Agathon Rwasa du CNL. C’est là où se situe la véritable inquiétude du camp Nkurunziza, qui craint que le pouvoir ne l’échappe. L’opposition, quand elle voit l’absence du président sortant sur le ring, c’est comme une occasion en or pour enfin conquérir le fauteuil présidentiel. Le jeu en vaut la chandelle, mais les parties ne doivent pas perdent de vue les valeurs de la démocratie qui sous-tendent les élections. Celles qui mettent en relief les intérêts suprêmes des populations. Tous les acteurs doivent œuvrer à avoir une élection paisible, à commencer par les Forces de défense et de sécurité et l’institution judiciaire qui doivent se montrer neutres dans la gestion du processus électoral, en assurant la protection des citoyens sans aucune discrimination.

Abdoulaye BALBONE

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