Un adversaire à abattre

L’image a fait le tour du monde et a choqué les défenseurs des droits de l’Homme, de la démocratie et de la bonne gouvernance. Le jeudi 16 février 2016, le chef de l’opposition sénégalaise, Ousmane Sonko, a été extrait de force de la banquette arrière de son véhicule par des éléments des forces de l’ordre. A sa grande surprise, l’homme politique de 48 ans a vu la vitre de sa voiture brisée, avant d’être traité de la sorte. Un peu plus tard, la préfecture de police a confirmé, que l’opposant a été ramené sain et sauf chez lui. Pourquoi Sonko a-t-il été appréhendé comme un vulgaire délinquant, pour ensuite être relâché sans tapage ? Seules, les forces de l’ordre et les autorités sénégalaises peuvent nous éclairer sur cet incident qui n’avait visiblement pas lieu d’être.

Tout porte à croire, que cette arrestation musclée relève plus d’une volonté de ridiculiser Ousmane Sonko, que d’une vraie affaire. A l’évidence, le maire de Ziguinchor semble subir le même sort que d’autres opposants et adversaires politiques au Président Macky Sall, dont les carrières politiques ont été plombées par des affaires judiciaires. Le fils de l’ancien Président, Karim Wade et l’ex-maire de Dakar, Khalifa Sall, peuvent en témoigner, eux qui croyaient pourtant en leurs étoiles. Ousmane Sonko, prétendant sérieux à la présidentielle du 25 févier 2024, fait apparemment l’objet d’un acharnement de la part du camp présidentiel. L’incident du 16 février dernier est intervenu, à la suite de la comparution d’Ousmane Sonko au tribunal de Dakar, pour un nouveau dossier en justice. Il est poursuivi par le ministre du Tourisme, Mame Mbaye Niang, un cadre du parti au pouvoir, pour « diffamation, injures et faux ».

Aussitôt ouvert, en présence de nombreux partisans de Sonko, le procès a été renvoyé au 16 mars prochain. Depuis que l’opposant, très populaire auprès des jeunes, a dévoilé ses ambitions présidentielles, il est devenu un habitué des tribunaux sénégalais. En mars 2021, il avait été arrêté et jeté en prison pour une histoire de viol qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Son interpellation avait suscité des violences, occasionnant malheureusement une dizaine de morts. Sous la pression de la rue, le chef de l’opposition sénégalaise a été par la suite libéré sous contrôle judiciaire. En janvier dernier, la justice a ordonné son renvoi devant un tribunal pour ce dossier, mais aucune date n’a encore été arrêtée pour le procès. Ces affaires judiciaires sont perçues par Sonko comme des manœuvres pour l’écarter de la prochaine présidentielle qui se tient dans moins d’un an. Il n’a pas tout faux. En réalité, les ennuis judiciaires de Sonko menacent son éligibilité, ce qui semble être l’objectif recherché dans le camp présidentiel, pour ne pas dire par Macky Sall. S’il a promis de respecter la Constitution de son pays, qui ne lui permet pas de briguer un 3e mandat, le chef de l’Etat sénégalais n’apprécie pas que son jeune frère, Sonko, lorgne son fauteuil. Il le voit comme un ennemi à abattre. D’ailleurs, tous les potentiels adversaires de Macky Sall au prochain scrutin présidentiel ont été plus ou moins « neutralisés », à l’exception de Sonko qui semble être un véritable poil à gratter. Si le président sénégalais n’avait pas en tête de rester aux affaires, il n’allait pas se mettre à écraser ses concurrents.

A moins de vouloir baliser le terrain à un successeur dans son entourage. A lire entre les lignes, Macky Sall se positionne à petits pas pour un autre bail présidentiel. Ce projet est pourtant une mauvaise idée, vu la soif de démocratie de la rue sénégalaise. Il y a une tradition d’alternance qui n’a jamais été démentie au Sénégal, un pays considéré comme un modèle de démocratie. Homme politique averti, Macky Sall le sait mieux que quiconque et devrait œuvrer à ne pas être « vomi » par l’histoire.

Kader Patrick KARANTAO karantaokader@gmail.com

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