Une décision souveraine

Le gouvernement burkinabè a décidé, à travers un communiqué en date du samedi 3 décembre 2022, de suspendre les programmes de Radio France internationale (RFI) sur l’ensemble du territoire national « jusqu’à nouvel ordre ». Les autorités de la Transition reprochent à ce média d’avoir relayé un « message d’intimidation attribué à un chef terroriste » et d’avoir également repris dans sa revue de presse du vendredi 2 décembre 2022, une information « mensongère » indiquant que : « le Président de la Transition, le capitaine Ibrahim Traoré, assure qu’une tentative de coup d’Etat a visé son pouvoir ». Bien évidemment, et c’est leur droit, les responsables de RFI ont déploré cette mesure, réfutant des « accusations totalement infondées ».

Pour un pays comme le Burkina, consacré premier par l’instance internationale de notation des médias, Reporters sans Frontières, en matière de liberté de la presse dans l’espace UEMOA et parmi les quarante premiers au monde, la décision n’a certainement pas été facile à prendre. Il a fallu certainement peser le « pour » et le « contre », avant de prendre une telle décision, surtout à quelques jours du 24e anniversaire de l’assassinat du célèbre journaliste d’investigation et directeur de publication de L’indépendant, Norbert Zongo. Suspendre un organe de presse, c’est réduire un espace de liberté, cette liberté étant une perpétuelle conquête. Mais, la question concernant les ambitions des médias internationaux, dont la plupart sont des outils au service de la diplomatie des pays d’où ils émergent, fait plus que jamais débat.

Que veut en général ce type de médias dans nos pays où personne ne remet en cause leur ligne éditoriale à géométrie variable ? C’est à croire qu’ils attisent le feu, même s’ils s’en défendent vaillamment, au gré des évènements et surtout des intérêts des pays qu’ils servent. Quand il s’agit du Sud où ils aiment dépêcher des envoyés spéciaux et dont certains de leurs reporters se réclament être des spécialistes, ces médias dits internationaux se permettent d’ergoter sur tout sous leurs prismes à eux. A leur guise, ils s’autorisent des manquements professionnels graves. Pourtant, l’actualité au quotidien fait office d’école et doit nous interpeller. Ces confrères qui ont toujours clamé leur professionnalisme semblent partiels dans la crise ukrainienne. Ils n’ouvriront jamais leurs organes de presse à un Ukrainien qui chante les louanges du Président russe, Vladimir Poutine. Que les parangons de cette liberté de presse sans limites se ravisent. Au pire moment de la crise sanitaire de la COVID-19, cette même presse, avec ses mêmes journalistes, n’avait pas eu cette liberté de ton pour remettre un seul instant en cause la réalité de cette maladie. Alors que les occidentaux avaient prévu l’hécatombe en Afrique avec une projection de 10 millions de morts.

Ces médias ne s’étaient pas souciés de la diversité des sources, puisqu’ils ne se dirigeaient vers le professeur Didier Raoul, seul médecin qui préconisait une autre méthode de traitement que pour le « ridiculiser » ou le présenter comme un non-conformiste dans le cercle fermé de la recherche scientifique. La question de la lutte contre le terrorisme dans le traitement médiatique est en passe de réécrire une déontologie liée à l’hydre qui proscrit d’interviewer un terroriste et de diffuser l’information. A condition que le terroriste, dans sa profession de foi, fasse amende honorable, en appelant ses compagnons sans foi ni loi à déposer les armes. La télévision nationale du Burkina l’a récemment fait en ouvrant ses antennes à deux terroristes repentis qui ont appelé les « irréductibles » à rejoindre la mère patrie. En matière de relation de faits en rapport avec la lutte contre le terrorisme, le Burkina Faso n’inventera pas la roue. La question est si complexe que l’un des soucis premiers est de trouver la parade pour parler terrorisme sans faire allusion aux terroristes, ni à verser dans la propagande. Quand les médias n’en parlent pas, la population commence à croire à la fin du phénomène. Quand ils en parlent, la difficulté est réelle. Comment le faire sans faire allusion aux meurtriers. Les néologismes HANI (Hommes armés non identifiés), IANI (Individus armés non identifiés), BANI (Bandits armés non identifiés) n’auront pas réglé la question, tant cette relation symbiotique entre médias et terroristes dépasse les entendements. Alors, sous prétexte que l’information est parue dans un organe de presse, que l’on n’a fait que la reprendre dans une revue de presse, ne trompe que les niais. Tant que cette presse alimente les débats en tenant des propos dangereux, elle sera toujours indexée. Peut-être faut-il que les médias nationaux s’interrogent aussi sur leur rôle dans le combat contre le terrorisme en ne pensant pas uniquement qu’aux scoops, mais à la survie d’un Etat en danger. Les responsabilités semblent partagées, contrairement à ce que certains pourraient penser.

La Rédaction

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