Djakaridia SIRIBIE dsiribie15@gmail.com
N.B. : *Les prénoms des détenus ont été changés.Ecole en milieu carcéral : une chance pour la réinsertion sociale
Détenus à la prison civile de Bobo-Dioulasso, des élèves et des prisonniers non scolarisés mettent à profit leur séjour derrière les barreaux pour prendre ou reprendre le chemin de l’école. Plus qu’un droit, c’est un privilège… Reportage !
Des pas de rangers… Des bruits de clés… La grille métallique de sécurité s’ouvre. Sortie de cellules ! Il est 6h 12 minutes. Des dizaines de détenus sur les 599 de la prison civile de Bobo-Dioulasso se précipitent dehors. Sur les visages, des traces de salive et de couchettes. Le réveil semble avoir été douloureux. Petite toilette…Déjeuner «rachitique…» Chacun vaque à ses occupations. Vendredi 12 avril 2019, c’est jour de classe pour Lamine*, Issa et Ismaël… Ils sont autorisés à prendre place sous un hangar, situé à l’extrémité de la cour, entre le service social et l’église catholique. Vieilles sandales, tenues délavées et feuilles mortes se disputent les lieux. Quatre tables-bancs sont disposés, çà et là. Lamine, Issa et Ismaël sont tous des candidats au baccalauréat. Une nouvelle vient de tomber : «les examens sont prévus du 21 juin au 9 juillet 2019». Le trio ironise sur ses chances de réussite. «Non… je ne suis pas prêt. On ne peut pas repousser ?», lance Issa. Réplique de Ismaël : «Attends l’année prochaine… Dans tous les cas, ce n’est pas ta première fois ».
Hilarité… Lamine, visiblement plus âgé, tranche : «Nous avons intérêt à nous mettre au sérieux». Le groupe se met au tableau. Lamine démontre, avec aisance, les limites d’une fonction à l’infini. Le jeune homme n’aura pas le temps d’expliquer son résultat à Issa et Ismaël. Ils sont rejoints par Rodrigue Yao, un professeur de français. Les civilités se veulent brèves. Il soumet les élèves à un exercice de résumé de texte, portant sur le travail des enfants. Ensuite, l’enseignant s’entretient avec eux sur les techniques de résumé de texte. Mais Issa met en doute la technique de décompte des mots du professeur. «Ce n’est pas une bonne méthode », s’insurge-t-il. Sous le regard effaré de ses «camarades », il se perd en conjectures.
«Je ne sais pas comment vous expliquer, mais ce n’est pas comme ça », se résigne-t-il, en manque d’arguments. Les échanges entre les élèves sont houleux. A plusieurs reprises, M. Yao les rappelle à l’ordre. L’enseignant tient à éclairer leur lanterne. Mais, il n’aura pas le temps de le faire. Lamine et sa « bande » sont invités à passer à une autre activité. Ces jeunes ont été mis au «gnouf» à la Maison d’arrêt et de correction de Bobo-Dioulasso (MAC-B), pour divers chefs d’accusation. Certains sont en attente de jugement pour connaître leur sort, pendant que d’autres purgent des peines d’emprisonnement fermes allant de 24 à 36 mois.
156 détenus-élèves
Grace à la loi n°010-2017/AN du 10 avril 2017 portant régime pénitentiaire au Burkina Faso, Lamine, Issa, Ismaël…suivent les cours à la MAC-B. A son article 173, cette loi institue l’école en milieu carcéral pour les détenus mineurs et/ou en classe d’examen et pour les non-scolarisés, désireux d’apprendre les B.A.-BA de la langue de Molière. A la prison civile de Bobo-Dioulasso, sise à Bolomakoté, les cours ont débuté en février 2019 et se déroulent tous les mercredi, jeudi et vendredi. Les encadreurs, à l’image de Rodrigue Yao, disposent chacun de deux séances de deux heures par semaine. «Pour les classes d’examens, nous avons choisi uniquement les matières de base», précise Siaka Siri, responsable du service social du centre pénitentiaire. Les cours de Science de la vie et de la terre (SVT), de mathématiques, de Physique-chimie (PC) et de français ont été retenus pour les candidats au Brevet d’études du premier cycle (BEPC). Pour la Terminale (Tle) D, la PC, les mathématiques et le français font office de matières fondamentales. Les élèves de la Tle A4 bénéficient uniquement de cours de français et de mathématiques. «Ce sont des cours de maintien de niveau.
Nous mettons l’accent sur les exercices pour les élèves en classe d’examen», explique Rodrigue Yao. Les cours d’anglais, d’allemand, de philosophie, d’histoire et de géographie ont été remplacés par des annales. L’enseignant justifie cette option par le cadre de travail et le manque de temps. «Nous n’avons pas l’habitude d’enseigner dans ce milieu. Il n’y a pas d’horaires fixes et il nous est difficile de respecter l’emploi du temps», soutient M. Yao. Pour l’année scolaire en cours, plus d’une cinquantaine de prisonniers-élèves ont repris le chemin des classes, dont quatre candidats aux examens du BEPC et trois au baccalauréat. 17 détenus mineurs, dont 14 garçons et trois filles et 33 majeurs apprennent à lire, à écrire et à calculer derrière les barreaux à Bolomakoté. Les «classes» des prisons du Burkina Faso accueillent près de 156 détenus-élèves, selon la Direction de la détention et de la sécurité (DDS).
Apprendre en milieu carcéral s’avère une expérience aussi bien insolite que fascinante, selon les détenus-élèves. A la MAC-B, Lamine, 24 ans, est le seul candidat au BAC série D. Tête coiffée à ras, le regard figé, il a du mal à remonter le cours des évènements du vendredi 3 mai 2018, jour de son arrestation pour «meurtre et complicité de meurtre». «J’étais à la maison, en train de préparer mon dernier devoir de l’année scolaire 2017-2018 (prévu pour le lundi 7 mai 2018, ndlr), quand on est venu m’arrêter», conte-t-il, la gorge nouée. Et d’ajouter : «Lorsque j’ai été déféré à la MAC-B, mon premier souci, c’était mes études ». En prison, Lamine n’a pu composer son devoir. Malgré tout, il a été admis en classe de Tle, avec 11,68/20 de moyenne.
Il passe ses vacances en cellule. A la rentrée scolaire, début octobre 2018, le jeune homme approche le service social de la MAC-B pour connaître le «sort réservé» à ses études. Lamine reçoit une bonne nouvelle : il peut s’inscrire et préparer le baccalauréat depuis sa cellule. Mieux, l’ancien élève du lycée mixte d’Accart-ville apprend qu’il bénéficiera d’un encadrement dans trois matières, notamment les mathématiques, la PC et le français. L’espoir renaît. Son visage s’illumine ! «J’étais très content, mais je n’y croyais pas. Je ne savais pas qu’on pouvait prendre des cours en prison et même composer un examen», dit-il. Lamine informe ses parents qui lui apportent les documents nécessaires pour préparer son bacalauréat. Il est considéré comme un «privilégié». Il partage un «isoloir» avec dix autres pensionnaires. Ce qui lui permet d’apprendre ses leçons, la nuit tombée. «Mon grand problème est que nous n’avons pas de professeur de biologie, pourtant c’est une matière capitale pour la série D», se désole-t-il.
Les «diplômés» de la prison
Issa, natif de Gaoua, a aussi saisi l’opportunité de reprendre les bancs, étant en détention. Isolé sous un arbre, vêtu d’un t-shirt jaune manches courtes et d’une culotte jeans «blessé», il est plongé dans son annale, estampillé : «Préparation aux épreuves écrites et orales d’allemand au baccalauréat, série A4 », dont il ne se sépare plus. A l’intérieur, une panoplie de coupons d’exercices de maths, de français, d’anglais et d’histoire-géographie… «Je m’exerce beaucoup, mais je n’arrive pas à corriger mes erreurs. Les propositions de correction des annales ne sont pas explicites. Aussi, nous n’avons pas tous les enseignants. Le temps que nous passons avec eux est insuffisant», laisse-t-il entendre. Issa, 22 ans et de taille 1m70, s’est fait «choper» en possession de chanvre indien. Il a été jugé et condamné à 36 mois de prison ferme.
Toutefois, il ne désespère pas. Etre en prison et avoir la possibilité de continuer les études représente, pour lui, une seconde chance. «Ce n’est sûrement pas la même chose que si j’étais en liberté, mais j’ai au moins une occasion en or», indique Issa. Tout confiant, il compte mettre à profit son séjour derrière les barreaux pour obtenir son baccalauréat. «Je suis coincé pour au moins deux ans, autant en profiter pour décrocher un diplôme qui me servira une fois en liberté. Avec l’école, je peux construire mon avenir», se convinc-t-il. Prédite, Daril, Rachid et Aboubacar sont aussi prisonniers-élèves et candidats au BEPC. Ils sont déterminés à porter le surnom de : «diplômés de la prison ». Pour ce faire, ils s’exercent régulièrement, afin de multiplier leurs chances de réussite aux différents examens. Ils mettent tout le monde à contribution : anciens camarades en liberté, parents, diplômés détenus, GSP, etc. Rachid, 21 ans, dit avoir perdu de sa superbe. Des boutons et tâches, dus aux piqûres de moustiques et autres insectes, ont envahi son corps. Pour «une affaire de téléphone qui a mal tourné», confie-t-il, sa vie a basculé. En partance pour une inscription en classe de 3e au lycée privé de l’Immaculée conception, il s’est retrouvé en train de prendre des cours sous un hangar à la MAC-B. «On avait déjà commencé les cours. Je partais pour payer ma scolarité à l’intendance et rejoindre les autres en classe, lorsque la police m’a arrêté devant la cour de l’école. Je n’ai jamais eu aussi honte de toute ma vie», raconte Rachid, la tête baissée, les yeux au bord des larmes. Après sept mois d’incarcération, Rachid attend toujours de passer devant un juge.
Las, il a repris les cours…en prison. Il révise ses leçons entre 14h et 16h, l’entrée en cellule étant prévue pour 16h30. En liberté ou pas, Rachid compte réussir au BEPC. «Avec un peu de persévérance, j’aurai mon mot à dire à l’examen », déclare-t-il. Les détenus-élèves ont des raisons d’être optimistes. En 2018, Adama et Oumar ont réussi l’exploit. Le premier y a décroché son BEPC et le second, le Certificat d’études primaires (CEP). Accusé du vol d’une somme de 150 000 F CFA, Oumar a passé six mois dans les geôles de la MAC-B. Devenu prisonnier en pleine année scolaire, il y a suivi les cours et passé avec succès son CEP. «Cela m’a permis de ne pas perdre une année à cause de la prison», se réjouit-il. Libéré et actuellement en classe de 6e, son oncle Jean-Pierre Kabré souligne surtout le sérieux avec lequel Oumar étudie désormais. Au premier trimestre de l’année scolaire en cours, il a obtenu une moyenne générale de 15,47/20.
De détenue à enseignante
Prédite est la seule fille, à préparer un examen, le BEPC, depuis une cellule de la MAC-B, cette année. Pour avoir arnaqué la somme de 350 000 F CFA, ses vacances dans la ville de Sya ont tourné court. Désormais, la récidiviste purge 24 mois de prison ferme. L’ancienne élève du lycée Newton de Ouagadougou ne promet pas de «miracles» à l’examen, étant sur les bancs de la MAC-B. Pessimiste, elle lance : «Si je n’obtiens pas le BEPC, tout le monde comprendra que c’est parce que je suis en prison». Le cahier n’est pas une priorité dans une cellule, foi de Prédite.
«On a trop de problèmes. On mange mal, on dort souvent debout, on vit avec de grands bandits… On s’efforce de tenir le coup, mais ce n’est pas facile », se plaint-elle. Jérémie, 37 ans, lui, semble plus relaxe. Assis sous le hall de l’église catholique, il apprend à prononcer correctement les lettres de l’alphabet français. Les «x» et «w» sont ses cauchemars. «Je sais écrire. C’est la lecture mon problème. Je n’arrive pas à retenir ces lettres», s’inquiète-t-il. Jérémie, physique blafard, est en classe de CP1, au sein de la MAC-B. Il fait partie de la trentaine de pensionnaires qui suivent régulièrement les cours. Ils ont été repartis en deux groupes : les illettrés et les déscolarisés. Les premiers apprennent les B.A.-BA du français. Quant aux seconds, ils étudient les textes de morale, de civisme et suivent des cours de maintien de niveau. Pour nombre de détenus-élèves, l’école est une fenêtre sur l’extérieur. Elle est un moyen de «s’évader». Le directeur adjoint de la MAC-B (au moment du reportage), l’inspecteur de sécurité pénitentiaire, Adama Sanon, est fortement engagé pour la cause de l’éducation en milieu carcéral. Il tient à s’assurer que les élèves sont mis à la disposition des enseignants et ne manquent de rien pour les cours. Pour lui, c’est une question de conviction. «L’école en prison offre au détenu une autre chance de se racheter vis-à-vis de la société », argue l’inspecteur Sanon. Il explique qu’elle participe non seulement à l’épanouissement du détenu, mais aussi le prépare à affronter sa nouvelle vie avec une personnalité «plus humaine».
«L’éducation est l’un des moyens les plus objectifs de réinsertion d’un prisonnier», affirme-t-il. Pour Paulin Bado, président de l’Association « Les chemins de la réinsertion et de la prévention de la récidive», l’école permet au détenu de concevoir un projet de vie. Celui-ci ne sort pas de prison pour être astucieux, mais pour travailler, afin de s’occuper de lui et des siens.
Juliette est enseignante du primaire dans la province des Balé. Elle a décroché le BEPC durant son séjour à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). «C’est en prison que j’ai fait la 3e. La première année, j’ai échoué au 1er tour. La seconde fois, j’ai réussi au 1er tour», relate-t-elle. Une fois en liberté, elle a poursuivi sa scolarité et réussi au concours de l’Ecole nationale des enseignants du primaire (ENEP). Son secret, la prière et la persévérance. Prise en détention illégale de cannabis, elle avait été condamnée à six ans de prison ferme. «J’ai fait appel, ça n’a rien donné. J’ai introduit des demandes de liberté provisoire, sans suite. J’étais obligée de me concentrer sur l’école», relate-t-elle. Aujourd’hui, elle exhibe fièrement son diplôme de BEPC.
Chasse gardée des partenaires
L’aumônier de la MAC-B, abbé Soumaïla Kindo, est tout aussi fier de présenter la trentaine d’attestations d’alphabétisation, décernées aux détenus. Il nous reçoit dans une «bicoque», jouxtant la chapelle et servant de bureau. Sur la table occupant plus de la moitié de la pièce, sont disposés bibles, cahiers, boîtes de craies, de stylos, de crayons et livres de CP1. Il se réjouit de contribuer à mettre fin au double emprisonnement: la cellule et l’ignorance. Après dix ans d’alphabétisation à la MAC-B, l’église catholique a fait sa mue. Elle a ouvert sa première classe de CP1. Pour l’année scolaire 2018-2019, 33 détenus y suivent régulièrement les cours. Ils y apprennent les bases de l’écriture, de la lecture et du calcul, en français. L’aumônier affiche clairement ses ambitions : «Notre vision est que si quelqu’un reste ici, pendant trois ans, qu’il puisse passer son CEP. De nombreux détenus purgent des peines d’au moins 3 ans.
Il faut rendre leur séjour utile et leur détention la moins douloureuse». L’ONG Humanité et Inclusion (HI) a «rendu utile» le séjour de 28 mineurs en 2017 et 52 autres en 2018 dont 14 filles et 38 garçons, dans sept centres pénitentiaires. Les intéressés ont pu reprendre leur cursus scolaire après la prison, notamment à travers le projet Formation et réinsertion sociale des personnes détenues (FORS). HI a engagé les enseignants (Rodrigue Yao notamment) pour encadrer les apprenants, a doté ces derniers de kits scolaires et les a inscrits aux différents examens, en qualité de candidats libres. L’école en milieu carcéral est la propriété exclusive des personnes morales, des associations et des partenaires techniques et financiers. Ils ont choisi les matières à dispenser, engagé le corps enseignant et acquis les manuels scolaires pour les détenus. «Les partenaires interviennent sous forme de projets. Quand leurs programmes prennent fin, tout s’arrête. Il n’y a pas de suivi régulier. Au moindre problème rencontré par les partenaires, l’éducation en prison prend un coup», explique le chef du service social de la MAC-B, Siaka Siri. Espérant toujours bénéficier des bonnes grâces des partenaires, Lamine et ses camarades regagnent leurs cellules, après une journée de classe bien chargée. Mais ce n’est pas la fin de son calvaire. Il faudra encore se battre la nuit pour avoir une place sur la «natte» à coucher. Le cahier ? Rachid l’ouvrira à la prochaine visite du «prof» !
Le prix de la médiocrité
Depuis le mardi 12 juin 2019, début de l’administration des épreuves de la session 2019 du Certificat d’études primaires (CEP) et de l’entrée en classe de sixième (6e), une catégorie de citoyens se livre à une polémique stérile sur le fait que les épreuves ne sont pas à la portée du niveau actuel d’un élève de la classe de Cours moyen 2e année (CM2). Les auteurs de ce «débat» vont jusqu’à se demander si les membres de la commission de sélection des épreuves ont vécu au Burkina Faso cette année, en référence aux nombreuses semaines perdues dans le calendrier scolaire, du fait des mouvements d’humeur de la Coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) et de la situation sécuritaire. D’emblée, on se demande si certains d’entre nous ne font pas fausse route. Alors qu’ils crient à la baisse drastique et généralisée du niveau des élèves, certains citoyens trouvent encore des raisons pour condamner le sérieux qu’on commence à mettre dans les conditions d’appréciation du travail intellectuel des enfants. C’est à ne plus rien comprendre ! Est-ce parce que l’année a été escamotée qu’on doit administrer des épreuves «faciles» lors des examens et concours ?
A l’heure où des bacheliers des séries littéraires et même des étudiants en Lettres modernes ont du mal à formuler de bonnes phrases, on se pose des questions sur l’efficacité de notre système éducatif. On peut, certes, trouver mot à redire sur les différentes réformes engagées à l’école ces deux dernières décennies, mais force est de reconnaître qu’elles ont contribué à augmenter considérablement le taux de scolarisation. Maintenant que des épreuves autres que celles présentées comme tirer l’enseignement vers le bas au Burkina sont administrées, des parents d’élèves, des enseignants et certains «spécialistes» trouvent que les épreuves administrées aux élèves sont «dures». N’y a- t-il pas lieu de questionner le niveau des enseignants ou encore leurs capa-cités à inculquer le savoir aux enfants ? A force de sous-estimer les capacités intellectuelles de nos élèves, mais aussi et surtout de les habituer à la facilité, on finit par en faire des «tonneaux vides».
Comment peut-on vouloir un enseignement de bonne qualité, sans rigueur dans la composition des sujets de devoirs ou d’exa-mens ? Est-ce obligatoire de passer en classe supérieure ou d’avoir un diplôme quand le niveau pour y accéder n’y est pas ? Tout le monde est-il destiné à avoir des «gros diplômes» ? L’école est-il le seul moyen de réussite dans la vie? Ce sont autant de questions d’intérêt. A l’école ou dans la vie, il faut apprendre à l’enfant que chaque palier qu’il franchit, chaque diplôme qu’il décroche, est une victoire d’étape, un combat qu’il gagne et qu’il doit fièrement savourer. A-t-on besoin d’être un adepte de Charles Darwin pour comprendre que «la lutte pour la survie» aboutit à l’élimination des moins aptes et à la survie des plus aptes ? Depuis une dizaine d’années, l’usage de la chicotte est proscrit à l’école, l’enseignant n’ayant plus le droit de «corriger» ses élèves.
Et pour cause, les farouches défenseurs des droits de l’enfant ont réussi à l’interdire, alors qu’eux-mêmes sont passés par-là, contraints qu’ils ont été de «bosser dur» pour échapper au fouet. En même temps, «l’école obligatoire» jusqu’à l’âge de 16 ans a desserré les mailles du filet de la «sélection naturelle», au point que l’élève se retrouve bardé de diplômes en fin de cursus, sans savoir véritablement s’en servir. Conséquence, le niveau des élèves est des plus bas avec son corolaire d’incivisme et d’impolitesse de tous ordres. C’est bien là, la conséquence de la culture du moindre effort et du manque de rigueur. Avec la cellule familiale qui a aussi démissionné, les conditions d’une société explosive se réunissent progressivement. Ce qui pourrait donner lieu à une génération de Burkinabè qui n’auront pas la qualité d’ «Homme intègre». On ne paie rien pour attendre !
Jean-Marie TOE
Conférence internationale du travail : le Premier ministre plaide pour le monde paysan
A la tribune de la 108e Conférence internationale du travail à Genève, consacrée au travail décent pour demain, le Premier ministre burkinabè, Christophe Dabiré, est intervenu, le mercredi 12 juin 2019. Il a appelé les dirigeants de la planète à redonner un contenu approprié au travail décent.
«Nous devons redonner un contenu approprié au travail décent et remettre la dignité humaine au cœur de notre paradigme de développement». C’est le message fort que le Premier ministre burkinabè, Christophe Dabiré, a livré, hier mercredi 12 juin 2019 à Genève, aux 6000 participants de la 108e Conférence internationale du travail. (CIT). Ceux-ci discutent du 10 au 21 juin 2019 de la question du travail décent face aux injustices et aux mutations technologiques et environnementales.
Les participants se préoccupent, entre autres, de l’inégalité des salaires liée au genre, de la violence et du harcèlement sexuel au travail, du manque de couverture sociale, de la déshumanisation du travail, de l’intolérance envers les minorités sexuelles.
Pour le chef du gouvernement burkinabè, s’interroger sur l’avenir du travail, revient à se préoccuper de l’avenir de l’humanité.
M. Dabiré a aussi fait remarquer que les travailleurs des pays nantis, concentrés dans les secteurs secondaires et tertiaires de l’économie, jouissent de «droits mieux protégés». Il dit constater également que des efforts sont faits pour les agents des secteurs des nouvelles technologies.
Pendant ce temps, a-t-il relevé, ceux des secteurs primaires en Afrique sont à peine considérés comme des travailleurs.
«Il est impératif, au nom de la justice sociale, d’élargir les champs du travail décent à toutes les formes d’activités humai-nes qui contribuent à la vie individuelle et collective de manière directe ou indirecte», a-t-il plaidé.
Préoccupé par l’insécurité au Burkina, le Premier ministre a demandé un soutien renforcé de la communauté internationale à la lutte contre le terrorisme. Estimant que son pays a engrangé des résultats positifs dans la lutte antiterroriste à travers le Programme d’urgence pour le Sahel burkinabè (PUS-BF), M. Dabiré a expliqué que les autres régions menacées seront aussi prises en compte.
«Les résultats obtenus grâce à ce programme sont encourageants et seront encore plus éclatants si des partenaires, soucieux de paix, de fraternité et d’amitié entre les peuples, manifestaient leur générosité à notre égard», a insisté le chef du gouvernement.
Plus de place pour l’Afrique
Il a aussi appelé l’organisation internationale du travail (OIT) a plaidé pour l’intégration, dans les politiques publiques, de mesures prenant en compte toutes les formes de travail, formel ou informel, visible et invisible. «C’est à cette condition que le dialogue social revêtira tout son sens démocratique et inclusif, afin de ne laisser personne au bord du chemin», a-t-il déclaré. Le Premier ministre a, par ailleurs, jugé de la nécessité d’accorder plus de place aux pays d’Afrique au sein du Conseil d’administration de l’OIT, voulue par les chefs d’États africains.
Le Burkina Faso se sent d’autant plus légitime à revendiquer une grande représentativité africaine à l’OIT qu’il est en phase avec les principes et les objectifs de l’institution tripartite, à son avis. «J’en veux pour preuve, la ratification par notre pays de 44 conventions de l’OIT, dont huit conventions fondamentales et quatre prioritaires », a rappelé le chef du gouvernement.
Il a, en outre, présenté les efforts de son pays en faveur du dialogue social et du travail décent, citant notamment l’institution de la rencontre annuelle gouvernement/syndicats en 2008, celle avec le patronat en 2017 et la création, dans la même année, du Haut Conseil du Dialogue Social (HCDS). Le président de la commission de l’UA, Moussa Fakir Mahamat, a salué les actions entreprises par le Burkina pour le dialogue social et a insisté sur la nécessité d’ouvrir le conseil d’administration de l’OIT aux africains.
Aimé Mouor KAMBIRE (Depuis Genève)
Opération «caisses vides» du SYNTSHA : du «pain béni» pour les patients à Yalgado
Le Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA) a décrété, depuis le 7 juin 2019, une opération «caisses vides». Constat à l’hôpital Yalgado Ouédraogo.
Quelques jours après l’annonce d’un ensemble d’actions dont l’opération «caisses vides» par le Syndicat national des travailleurs de la santé humaine et animale (SYNTSHA), Sidwaya a constaté l’effectivité de cette mesure, les 10 et 11 juin 2019, au Centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo (CHU-YO). Il est environ 6h, le lundi 10 juin dernier, lorsque Ousmane Rouamba arrive avec son frère malade, Boureima Rouamba. Il se dirige à la caisse pour hono-rer les frais de consultation. «Au guichet, on m’a dit d’aller voir le médecin avant de revenir. Une fois dans son bureau, celui-ci m’a dit que ce n’est pas la peine d’aller payer», relate-t-il. L’accompagnant Ousmane fait donc successivement le tour des services d’ondologie, d’urgences viscérales et d’urologie, sans débourser un rond, de même que pour les examens au laboratoire. Cette situation est due à l’opération «caisses vides» décrétée par le SYNTSHA. Une information portée à la connaissance du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Cohésion sociale, le 2 juin 2019 par les responsables syndicaux.
Cette opération va du 7 juin au 1er septembre 2019, renouvelable par tacite reconduction. Durant cette période, les rapports statistiques ne seront pas fournis, il n’y aura pas de tournées ou missions, mais une offre gratuite de prestations aux patients. Aux urgences médicales, une dame avec sa belle-fille souffrante, a bénéficié des examens de glycémie et d’autres analyses gratuitement. «Je suis là, parce que c’est gratuit. J’ai pu faire ma glycémie et je voulais aussi faire l’électrophorèse, mais le nombre de personnes est atteint. Je reviendrai mardi prochain. C’est une bonne initiative de la part du syndicat», s’exclame L.S, élève infirmière diplômée d’Etat en 2e année à l’Ecole nationale de santé publique (ENSP) de Ouagadougou. Pour Samuel Kaboré, technologiste biomédical, depuis le vendredi 7 juin, l’affluence a augmenté. «Le premier jour, nous étions à 105 patients, 113, le 10 juin et aujourd’hui 11 juin aux environs de 8 heures, nous sommes déjà à 72, alors qu’habituellement nous ne dépassons pas les 80 patients», a-t-il révélé.
Les caisses ne sont pas totalement vides
«L’opération caisses vides et les autres actions ciblées par le syndicat sont effectives à l’hôpital Yalgado comme dans beaucoup d’autres centres de santé », confirme le directeur général du CHU-YO, Constant Dahourou.
Il ajoute que les guichets sont ouverts et qu’il y a du recouvrement. Il a poursuivi qu’un point est régulièrement fait sur l’état des recouvrements, notamment sur le gap et la perte engendrée par ce mouvement syndical. «Je ne peux pas vous donner directement les chiffres, car ceux-ci relèvent de la comptabilité et de la trésorerie», a laissé entendre M. Dahourou. En outre, il a précisé que ce ne sont pas tous les actes qui sont gratuits. C’est le cas de l’achat des médicaments dans les pharmacies. «Dans certains services, il y a un minimum de recouvrement qui se fait. Mais, le mouvement est assez suivi à Yalgado». Idrissa Compaoré, un patient, a rendez-vous, le mardi 11 juin, pour un contrôle en neurologie.
Il paie 2000 F CFA pour la consultation. Venu de Kongoussi, un autre accompagnant de malade vient de payer également 2000 F CFA au guichet pour le transfert de son malade à l’hôpital protestant Shiphra pour des examens. M. Akoandanbou, lui, a payé 7000 F CFA pour la radiologie de son frère accidenté et reçu aux urgences traumatologiques. «Je suis au courant de la gratuité des actes, mais je sais aussi que quand on vient à l’hôpital c’est pour dépenser», argumente-t-il. Retrouvé plus tard à l’imagerie médicale, il rappelle qu’on lui a dit qu’il n’a pas besoin de payer pour la prestation. Pour le secrétaire général de la sous-section SYNTSHA de Yalgado, Mahamadi Konfé, dans tout mouvement, il y a toujours des individus qui ne suivent pas les consignes et c’est le cas aussi à Yalgado. A propos de l’impact du mouvement sur le fonctionnement de l’hôpital, le DG signifie que cela va entraîner, dans l’immédiat, une sorte de perturbation de l’activité hospitalière.
Il révèle que c’est sur la base des recettes propres de l’hôpital qu’ils payent les salaires des contractuels et qu’à ce titre, l’établissement se sera suffisamment appauvri si le mouvement continue et pourrait mettre à mal le climat social. «Les ristournes que nous payons au personnel vont diminuer et les primes de rendements seront compromises», prévient Constant Dahourou. Dès lors, il indique que des équipes de recouvrement sensibilisent également les populations à la nécessité d’honorer leurs actes pour atténuer ce désagrément. Il justifie cela par le fait que l’hôpital demeure une administration qu’ils ont l’obligation, tant bien que mal, de faire fonctionner. M. Dahourou invite gouvernement et syndicat à asseoir un dialogue direct et permanent. Il croit qu’il faut que chacun mette un peu d’eau dans son vin pour que le pays puisse souffler et offrir des soins de qualité aux populations. «C’est un coup dur pour l’Etat. I
l a intérêt à satisfaire les revendications des syndicats pour ne pas perdre plus au cas où le mouvement perdure», conseille l’accompagnant Ousmane Rouamba. Le syndicaliste Konfé rassure que sa structure n’est pas un syndicat va-t-en guerre. Il déplore le «silence» du gouvernement dans la satisfaction du protocole d’accord signé depuis le 13 mars 2017.
Mariam OUEDRAOGO mesmira14@gmail.com
Médias publics : les travailleurs exigent la mutation en sociétés d’Etat
Le Syndicat national des travailleurs de l’information et de la culture (SYNATIC) a tenu un sit-in, le mercredi 12 juin 2019, sur le territoire national pour manifester son mécontentement vis-à-vis du gouvernement par rapport au traitement réservé au dossier de mutation des médias publics en sociétés d’Etat.
Pancartes, banderoles, mégaphones, sifflets en main pour certains, t-shirts estampillés SYNATIC (Syndicat national des travailleurs de l’information et de la culture) pour d’autres, les travailleurs des médias publics (Editions Sidwaya et RTB) ont, dans la matinée du mercredi 12 juin 2019, pris d’assaut la devanture des locaux abritant la télévision nationale. «On a trop patienté!», «Nous travaillons 7j/7, 24H/24!», «Nous ne sommes pas des robots!», «Non aux études interminables !», «Non à la clochardisation des médias publics!», «Non au mouta mouta du gouvernement !» «En avant pour le passage diligent en société d’Etat !». Ce sont, entre autres, slogans que scandaient les frondeurs en réponse au mot d’ordre du syndicat, qui a lancé 48 heures de sit-in sur toute l’étendue du territoire national, pour protester contre le traitement réservé par le gouvernement au dossier de mutation des organes publics en sociétés d’Etat. «Nous avons été surpris et déçus par la réponse du gouvernement à l’issue du Conseil des ministres du 29 mai 2019 qui recommandait qu’il faut approfondir les réflexions concernant le dossier de l’érection du statut de la RTB et des Editions Sidwaya en sociétés d’Etat», a dit le secrétaire général adjoint du SYNATIC, Aboubacar Sanfo.
«Nous ne comprenons pas, qu’après plus de deux ans d’études et de réflexions assorties de propositions et d’options qu’il faut encore approfondir des réflexions sur le sujet», s’est-il indigné. Pour lui, on n’avait même plus besoins d’études, car c’est une décision actée par les lois sur la presse votées, le 4 septembre 2015. A l’issue des réflexions, l’ensemble des acteurs avaient estimé que le statut qui va résoudre les problèmes récurrents et structurels des médias publics est celui du statut de société d’Etat. Et bien que les études soient finies, regrette M. Sanfo, le gouvernement traîne toujours les pas pour prendre la décision qui sied. «Les travailleurs sont à bout de patience et pensent que l’on a suffisamment réfléchi.
Il faut maintenant que le gouvernement soit courageux et qu’il accepte de tenir ses engagements consignés dans le protocole d’accord signé avec le syndicat depuis, le 29 décembre 2016», a martelé M. Sanfo. Pour lui, ce mouvement d’humeur est une invite à l’Etat d’assumer ses engagements afin de permettre à la RTB et aux Editions Sidwaya d’être dans de meilleures conditions pour une presse publique au service de la population. «Ce n’est pas de gaité de cœur que nous sommes en mouvement. C’est à notre corps défendant et nous ne voudrons pas que la situation perdure et souhaitons que le gouvernement puisse prendre la décision», a-t-il dit. Toutefois, M. Sanfo a signifié que s’ils n’obtiennent pas satisfaction à leur requête, le syndicat pourrait passer à «la vitesse supérieure» et avisera au moment opportun.
Respecter la loi
Selon Arouna Boénan, membre du bureau national du SYNATIC, l’opérationnalisation du fonds d’appui à la presse privée et le recrutement des dirigeants des Editions Sidawaya et de la RTB par appel à candidature est du fait de cette loi. Et la RTB serait même en train de payer certaines taxes comme si elle était une société d’Etat, car juridiquement la loi étant votée, elle porte ce statut. Pour ce qui concerne les opinions, qui se susurreraient que la mutation en société d’Etat traîne pour la raison du nombre pléthorique du personnel de ces médias, M. Boénan a apporté un démenti en signifiant qu’une telle raison ne leur a pas encore été officiellement notifiée par le gouvernement. Toutefois, il trouve que cela ne saurait être un argument, car, malgré les 795 agents de la RTB, le manque d’employés se fait sentir. Et le SG SYNATIC section Sidwaya, Rufin Paré, d’indiquer qu’ aller en société d’Etat avec tout le personnel ne fait plus l’objet de débat.
Car, a-t-il expliqué, lors des assises du comité mixte, le syndicat a dit de trouver des options pour que les organes passent à ce statut avec tout son personnel. «Le SYNATIC est un syndicat responsable et ne va pas engager une lutte pour qu’à l’arrivée des camarades perdent leurs emplois. Nous avons dit que nous allons passer à la société d’Etat et avec tout le personnel et des propositions et options ont été faites dans ce sens», a relevé M. Paré. Ainsi, parmi les quatre options qui ont recueilli un consensus et consignées dans le rapport adressé au gouvernement, il y en a une qui recommande au gouvernement d’accompagner les médias jusqu’à un certain seuil, pendant cinq ans, a-t-il poursuivi. «Le fait qu’on racontait que le passage à la société d’Etat allait conduire à la compression du personnel, notamment les contractuels qui payeront le lourd tribut, avait sérieusement affecté notre élan dans cette lutte. Mais les éclaircissements des responsables du syndicat ont ravivé en moi la flamme du combat», s’est exprimée, Sidonie Kantiono, agent à la télévision nationale.
Kadi RABO
Procès du putsch : Djibrill Bassolé «suivra» les débats depuis sa résidence
Les parties civiles ont poursuivi leurs plaidoiries à l’audience du mercredi 12 juin 2019 au tribunal militaire du procès du putsch. Le fait majeur du jour a été l’ordonnance du président du tribunal, Seidou Ouédraogo, enjoignant au greffier en chef de se déporter au domicile du général Djibrill Bassolé, à chaque suspension d’audience, pour lui donner lecture des débats du jour consignés dans le plumitif.
Avant que les conseils des parties civiles ne poursuivent leurs plaidoiries à la reprise du procès du putsch, mercredi 12 juin 2019, le parquet militaire a souhaité que le tribunal vérifie la présence des accusés à travers un appel nominal.
En plus des neuf régulièrement absents, le général Djibrill Bassolé a manqué à l’appel. Aux explications souhaitées par le ministère public, l’un des conseils de l’accusé, Me Dieudonné Bonkoungou, a répondu que son client est rentré de soins, mais est toujours souffrant. Et que son état de santé ne lui permet pas d’assister aux audiences. Le parquet militaire ne s’est pas satisfait de cette justification. Pour lui, le général refuse tout simplement de comparaître. Les parquetiers ont confié que l’accusé refuse de suivre chaque matin quand l’escorte va pour l’amener au tribunal. «Le parquet avait demandé un renseignement relatif à la santé de Bassolé et Me Bonkoungou avait dit que c’était de notoriété publique», a laissé entendre l’un des parquetiers. Le ministère public a donc souhaité qu’un document attestant que l’accusé Djibril Bassolé ne peut pas se présenter au tribunal soit produit. Le parquet a, à cet effet, requis que sommation soit faite à Bassolé de comparaître aux audiences. La partie civile a aussi été de cet avis. En réaction, l’avocat du général, Me Bonkoungou s’est dit étonné, d’autant plus que le parquet militaire sait, à travers des rapports déjà produits, que son client est malade. Il a estimé que les parquetiers prennent du plaisir à en rajouter au stress de son client. «Je vais demander au médecin traitant de Bassolé de vous fournir encore un rapport sur son état de santé», leur a-t-il suggéré. Après une suspension d’audience pour examiner la question, le tribunal a tranché en ordonnant de faire comparaître le général Bassolé aux audiences. Une sommation a donc été faite à l’accusé par le biais de l’huissier de justice, Me Olivier Zongo qui a effectué sa mission à 13h 25, au moment de la suspension pour la pause-déjeuner.
Selon son compte rendu, l’accusé a justifié ses absences aux audiences par son état de santé défectueux. Il aurait soutenu que la Présidence du Faso l’a fait venir le 5 mai 2019 de Tunisie avec promesse de le faire évacuer en Turquie où il a reçu une invitation pour une prise en charge adéquate. A l’en croire, sa chimiothérapie a été suspendue et son mal persiste. Et les douleurs ressenties le rendraient incapable d’assister aux audiences. A l’écoute de ces arguments, le parquet, malgré l’absence d’un certificat médical, a requis que le tribunal passe outre l’obligation faite d’assister aux débats et ordonne que la synthèse des débats lui soit communiquée à domicile «dans le cadre du respect du principe du contradictoire». Le président du tribunal, Seidou Ouédraogo, est allé dans ce sens et a ordonné au greffier en chef de se déporter au domicile du général à chaque suspension d’audience, pour lui faire lecture des débats du jour tels que consignés dans le plumitif. Ces développements se sont faits en marge des plaidoiries des parties civiles entamées la veille.
C’est Me Oumarou Ouédraogo défendant la cause de la radio Oméga qui est intervenu à l’entame des débats du jour. Il s’est prononcé sur l’intention coupable et la dégradation volontaire aggravée de biens qui sont, selon lui, des faits punis par les articles 518 et 519 du Code pénal. Il a surtout mis à l’index les accusés Lamoussa Badoum et Hamidou Pagbelguem pour avoir arrêté, le 16 septembre 2015, les émissions de la radio Oméga, détruit du matériel et brûlé une vingtaine de motos à l’aide d’essence. Pour l’avocat, ce sont ces mêmes personnes qui ont détruit le studio Abazon et la radio Savane FM. «L’intention coupable y était et l’infraction de dégradation de biens est constituée», a plaidé Me Ouédraogo.
Fatoumata Diawara, générale de fait
Son confrère, Me Séraphin Somé, s’est prononcé à sa suite sur la complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et la trahison. A propos de l’accusé Adama Ouédraogo dit Damiss, l’avocat a indiqué qu’il a aidé son mentor Diendéré à préparer et à consommer le coup d’Etat en participant à la rédaction de la déclaration du Conseil national pour la démocratie (CND). Et pour sa gratification, a relevé Me Somé, Damiss a reçu un million F CFA de la part du général Bassolé. «Damiss n’avait pas d’arguments pour se défendre. Il était fort dans la délation et la diffamation», a-t-il martelé. Concernant l’accusée, Minata Guelwaré, Me Somé a déclaré que les faits qui lui sont reprochés sont suffisamment caractérisés. Selon ses dires, dame Guelwaré a fait une mission d’observation au profit des putschistes, appelé à manifester pour eux et conduit des militaires à Zorgho pour incendier la radio Laafi. Léonce Koné, accusé aussi de complicité d’attentat a été jugé suffisamment coupable par l’avocat. A son sujet, Me Somé a fait remarquer qu’il n’a eu de cesse d’accabler le régime de la Transition à la barre et a réaffirmé sa solidarité aux deux généraux. Il en est de même pour Hermann Yaméogo qui, selon l’avocat, a soutenu le putsch. Fatoumata Thérèse Diawara, accusée de complicité d’attentat et de trahison, a été qualifiée de «générale de fait» par Me Somé pour avoir instruit des officiers de l’ex-RSP d’en découdre avec leurs frères d’armes. En ce qui concerne l’ancien bâtonnier, Mamadou Traoré, l’avocat a estimé qu’il a apporté son concours au CND.
Car, a-t-il expliqué, aucune conversation entre lui et le président sénégalais, Macky Sall, n’a montré qu’il était son émissaire. Se référant à l’article 69 du Code pénal, Me Somé a signifié que l’infraction d’incitation à la commission d’attentat qui pèse sur Oumar Sidi Lamine est établie. Au regard des faits, l’avocat a requis de déclarer les accusés coupables des différentes infractions. Ce sont finalement les jeunes officiers, les lieutenants Gorgo Alioun Justin, Dianda Abdoul Kadré, Compaoré Relwendé, Koné Beyon II et Ouattara Sebou qui bénéficieront de la «faveur » de l’avocat de la partie civile. Me Somé a senti en eux du regret et de l’humilité et a souhaité que le tribunal en tienne compte bien que, a-t-il relevé, l’infraction à eux reprochée (complicité d’attentat à la surêté de l’Etat) soit constituée. Il a eu la même requête au sujet de quelques sous-officiers dont il a estimé que le général Gilbert Diendéré a brisé leurs vies en les embarquant dans un putsch.
Mady KABRE & Fabé Mamadou OUATTARA
Pagne made in Burkina : le Faso dan fani brille de mille feux à Paris
Le pagne Faso dan fani était à l’honneur à Paris, la capitale française, le samedi 1er juin 2019 à l’occasion de la 5e édition de la «Nuit du Faso dan fani». Cette initiative de l’Association des Créateurs burkinabè de France (ACBF), avait le Mali comme pays invité d’honneur.
A force de persévérance, l’Association des Créateurs burkinabè de France (ACBF) est parvenue, à faire de la «Nuit du Faso dan fani», un événement culturel majeur des Burkinabè de France. Et pour la 5e fois, le président de l’ACBF, Georges Pascal Kaboré et son staff ont mis les bouchées doubles, afin de convier les Burkinabè vivant en Hexagone et leurs amis à venir magnifier le savoir-faire des tisserands burkinabè. C’était à l’Espace Noicy le Sec, rue de Torcy, le 1er juin 2019. Mais avant cette soirée, l’occasion a été donnée dans la matinée, de contempler les différents motifs et modèles du Faso dan fani au cours d’une exposition à l’ambassade. Et c’est pendant que l’exposition battait son plein que le bruit a couru que le parrain, le P-DG de EBOMAF, Mahamoudou Bonkoungou, pour raison de calendrier, sera représenté par son fils Aziz Bonkoungou. Pendant qu’on annonçait l’absence d’une figure de proue, il se susurrait la présence de l’épouse du chef de l’Etat, Sika Kaboré. De même, sur toutes les lèvres, il se murmurait que l’invitée spéciale de la 5e édition, l’ambassadrice de bonne volonté, Hinna Zoromé a, semble-t-il, convié, elle aussi, ses amis qui se trouvent être des sommités et hommes politiques du pays des Hommes intègres: Me Gilbert Noël Ouédraogo et Eddie Komboïgo. Le suspens était donc entier et dame rumeur a fait le reste de la mobilisation.
Bain de foule
Le soir arriva. Et on était à 21 h, heure de Paris, quand le Maître de cérémonie (MC), Alino Faso, demanda aux convives, de bien vouloir se lever pour accueillir le ministre en charge de la culture, Abdoul Karim Sango, accompagné de l’ambassadeur Alain Francis Ilboudo. Quelque quinze minutes après, la salle du côté des officiels se mit en mouvement: une autorité devrait certainement faire son arrivée. C’est alors que le MC fait savoir la présence effective de l’épouse du chef de l’État. Bain de foule, accolades par-ci par-là, et elle rejoignit la tribune officielle. La soirée pouvait donc commencer.
Acte 1, Tall Mountaga et son orchestre se chargent de jouer un de ces sons du terroir pour véritablement permettre aux convives de bien s’installer et surtout d’avoir l’esprit au Faso. Cette mise en train terminée, place à une série d’interventions. D’abord, le mot de bienvenue du président de l’ACBF, Georges Kaboré. Il a profité remercier les autorités grâce à qui «nous pouvons être fiers de brandir maintenant 5 éditions de la Nuit du Faso dan fani». Après M. Kaboré, ce fut le tour de l’ambassadeur du Burkina à Paris, Alain Francis Ilboudo, de prendre la parole. Dans son intervention, il a salué l’ACBF qui, selon lui, «fait œuvre utile en s’investissant dans la promotion du pagne tissé au Faso». A son tour, le ministre en charge de la culture, Abdoul Karim Sango, tout en félicitant les organisateurs, a indiqué que le Faso dan fani est en passe de devenir une identité pour les Burkinabè. C’est pourquoi, selon Hinna Zoromé, ambassadrice de bonne volonté qui vit à New Jersey (USA), chaque Burkinabè partout là où il est, doit être un ambassadeur pour le label Faso dan fani.
Selon l’ambassadeur du Mali à Paris, Toumani Djimé Diallo, cet appel de madame Zoromé est opportun d’autant plus qu’«en plus de forcer respect et considération, le pagne tissé au Burkina, représente le symbole de la combativité du peuple burkinabè». Après les discours, et pendant que ça mangeait et buvait du local (mets burkinabè), on a tourné de cadence en invitant les stylistes à faire vivre et revivre ce qu’il y a de plus beau et de plus merveilleux à base du pagne made in Burkina. Tour à tour, et avec la manière, GX226, Habsatou Dicko, Prince Dessuti, Many Sor et Sorobis ont, à travers leurs mannequins, forcé des applaudissements des convives. C’est après le défilé, que la musique s’est invitée dans la salle avec Bibata Nana, Cisby et autres artistes. Cris de joie et tonnerre d’applaudissements. A dire vrai, l’ambiance était bon enfant. Et quand l’animateur de la soirée, DJ Waguess annonça que c’est parti pour le bal après les prestations d’artistes, c’était le comble. A noter que des attestations de reconnaissance et des trophées ont été décernés à des personnalités et autres invités pour leur contribution au succès de l’évènement.
Konwoman Rufin PARE, de retour de Paris. lawabien@gmail.com
Forum Africallia: La 6e édition s’ouvre demain Abidjan
La 6e édition du forum Africallia s’ouvre demain a Abidjan en Côte d’Ivoire sous le pilotage de la chambre de commerce et d’industrie de ce pays. C’est la première fois que le forum initié au Burkina Faso se tient hors du territoire burkinabè. L’édition est placée sous le thème : « Monnaie et intégration économique, enjeu pour le secteur privé en Afrique ». Elle regroupera une vingtaine de pays, plus de 600 entreprises pour 6000 rendez-vous d’affaires programmés. Africallia est un forum multisectoriel de développement des entreprises. Il vise à créer des courants d’affaires entre les entreprises de la CEDEAO et celles du reste du monde.
F.S
Santé et droits des femmes et des filles: Le gouvernement du Canada réalise un investissement sans précédent
Faire avancer l’égalité des sexes est essentiel pour renforcer la classe moyenne, faire croître l’économie et bâtir un monde meilleur. Le Canada milite pour l’égalité des sexes au pays et ailleurs, notamment en investissant dans la santé des femmes et des filles et en défendant les droits en matière de santé sexuelle et reproductive.
Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé lors de la conférence Women Deliver qu’à partir de 2023, le gouvernement du Canada augmentera son financement à l’appui de la santé des femmes et des filles à travers le monde pour atteindre $1,4 milliard par année, pour une période de dix ans. De plus, à partir de 2023, $700 millions de l’investissement annuel seront consacrés à appuyer les droits en matière de santé sexuelle et reproductive. Grâce à cet investissement, le Canada s’engage à appuyer ces derniers, ainsi que la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants. Le premier ministre a fait l’annonce lors de la conférence Women Deliver 2019, que le Canada a organisé à Vancouver.
Cet investissement aidera à faire avancer le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et à promouvoir les droits en matière de santé sexuelle et reproductive. Le Canada poursuit ainsi son leadership sur la scène internationale dans le domaine de l’égalité des sexes. Grâce à ce financement, un plus grand nombre de femmes et de filles auront accès aux services de santé de qualité dont elles ont besoin, y compris des services d’avortement sûrs et légaux. Nous aiderons aussi à protéger le droit des femmes à disposer de leurs corps et de prendre leurs propres décisions à cet égard. Que ce soit en fournissant une éducation sexuelle complète ou en améliorant la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants, ce nouvel investissement appuiera les droits et la santé des femmes et des filles à travers le monde.
La conférence Women Deliver est le plus important rassemblement mondial portant sur la santé, les droits et le bien-être des femmes et des filles. À titre d’hôte, le Canada réunit des activistes du monde entier et continue à promouvoir l’égalité des sexes. Lors de la conférence, le premier ministre a participé à la séance d’ouverture et à une discussion de groupe. Le premier ministre a souligné le travail acharné et le leadership des activistes dans le domaine de l’égalité des sexes. Il a insisté que les gouvernements doivent appuyer les activistes féministes aux premières lignes, au Canada et ailleurs.
Au cours de la conférence, le premier ministre a rencontré le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, le président du Kenya, Uhuru Kenyatta et la présidente de l’Éthiopie, Sahle-Work Zewde. Il a également rencontré des activistes et des organismes féministes locaux.
« Les activistes comme ceux qui ont participé à Women Deliver sont des chefs de file dans la lutte pour l’égalité des sexes et les droits des femmes. En tant que gouvernement, nous devons être votre partenaire et votre allié. Aujourd’hui, notre gouvernement s’engage à accroître notre contribution à 1,4 milliard de dollars par année pour appuyer la santé des femmes et des filles à travers le monde. Toutes les femmes, peu importe où elles vivent, devraient avoir accès à des soins de santé sûrs et de qualité. C’est pourquoi nous investissons dans la santé et les droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles, ainsi que dans la santé des mères, des nouveau‑nés et des enfants. Nous pouvons ainsi bâtir un monde plus juste, plus égal et plus prospère », a déclaré Justin Trudeau, premier ministre du Canada.
Communiqué de presse/Women Deliver
Reprise du procès putsch: Les parties civiles accablent les accusés
Le procès du putsch de septembre 2015 a repris, le mardi 11 juin 2019 au tribunal militaire, après près de deux mois de suspension. Les parties civiles ont entamé leurs plaidoiries pour démontrer, en fait et en droit, à quel point les accusés sont coupables.
Pour un retour au prétoire, les accusés au procès du putsch ont répondu présent, le 11 juin 2019 au tribunal militaire, sauf le général Djibrill Yipènè Bassolet, toujours abonné absent dans le box des accusés, pour des raisons de santé. Mais son cas n’a pas été à l’ordre du jour. Dès qu’il a déclaré la reprise de l’audience à 9h15mn, le président du tribunal, Seydou Ouédraogo, a donné la parole aux avocats des parties civiles pour leurs plaidoiries. Suivant un ordre de passage établi en interne par les conseils des parties civiles, c’est leur doyen, Me Souleymane Ouédraogo, avocats des ayants droits de feu Salifou Diallo qui a introduit les plaidoyers. L’avocat a d’abord reconnu les mérites du parquet militaire pour avoir travaillé à ce que le procès se tienne, et ce, dans des conditions « acceptables » où tous les accusés bénéficient d’assistance pour la défense de leurs droits. Il a classés les accusés : ceux contre qui il n’y a pas suffisamment de charges, ceux qui ont choisi de se repentir et ceux qui ont décidé de tout nier malgré les évidences. Me Ouédraogo les a renvoyés à l’appréciation du tribunal auquel il a témoigné sa confiance. « Vous avez avec vous la règle de droit et les faits. Avec un tel socle, vous ne pouvez que dire la justice », a-t-il déclaré à l’adresse du tribunal. Il a surtout rappelé aux juges que les parties civiles, les Burkinabè et le monde ont le regard tourné vers eux pour les entendre conforter l’Etat de droit en fermant la porte de l’impunité. « Vous avez rendez-vous avec l’histoire. Que la sagesse vous guide. Faites honneur à la justice burkinabè », a-t-il recommandé aux juges. Cet exposé a été fait en une quarantaine de minutes, avant que Me Prosper Farama ne prenne la parole. « Au-delà des soldats, hommes politiques et autres accusés, ce jugement est celui des vilaines mœurs politiques, un courant politique qui veut constituer l’usage des armes en mode naturel d’accession au pouvoir, un type d’armée, une catégorie de militaires qui, par manipulation politicienne, embourgeoisement, a fini par oublier le devoir premier d’un militaire qui est la protection des citoyens, même au péril de sa vie », a clamé l’avocat. L’intervention de Prosper Farama a été d’une part axée sur l’histoire politique du Burkina Faso, comme pour répondre au général Gilbert Diendéré, qui, à l’entame de son audition, avait énuméré les événements intervenus à la suite de l’insurrection populaire de 2014 et qui ont justifié, d’après lui, le coup d’Etat de septembre 2015. Pour sa part, Me Farama est retourné jusqu’au 3 janvier 1966, date à laquelle « le militaire le plus ancien dans le grade le plus élevé » a accédé au pouvoir. L’avocat a rappelé les différents régimes d’exception qui se sont succédé au sommet de l’Etat jusqu’aux assassinats imputés au régime Compaoré pour se maintenir à la tête du pays pendant 27 ans. Son argumentaire s’est ensuite axé sur un point de vue juridique pour se prononcer sur le principe de l’oralité en droit pénal, la question de la présomption d’innocence, le régime juridique de l’expertise en droit pénal burkinabè, la fiabilité des expertises commanditées, la régularité des écoutes téléphoniques et l’intime conviction du juge. L’avocat a enfin eu une pensée pour les « petits soldats », convaincus qu’ils ont été manipulés par les têtes qui ourdissent les scénarios. « Mais je n’ai aucune compassion pour le petit soldat qui ne reconnaît pas qu’il a tort et qui a l’outrecuidance de venir narguer les victimes au tribunal », a souligné Me Prosper Farama à l’issue d’un développement d’un peu plus d’une heure de temps. Après lui, c’est Me Zarata Ouédraogo qui a rappelé les faits qui se sont déroulés durant la période du coup d’Etat.
« Ce procès n’a rien de politique »Par rapport au fait d’attentat à la sûreté de l’Etat, Me Ali Néya a indiqué que 11 accusés, au regard des actes qu’ils ont posés, peuvent être reconnus coupables de cette infraction. Il s’agit de Gilbert Diendéré, Jean Florent Nion, Adama Diallo, Sami Dah, Eloi Badiel, Boureima Zouré, Moussa Nébié, Pascal Moukoro, Wékouri Kossé, Laoko Mohamed Zerbo et de Roger Koussoubé. L’avocat s’est basé sur leurs déclarations à la barre et celles de certains témoins pour constituer les faits et ce, conformément aux articles 109 et 110 de l’ancien Code pénal. A entendre Me Néya, il y a eu une concertation entre des éléments de l’ex-RSP pour renverser le régime légal de la Transition. Et certains, a-t-il poursuivi, à l’image des accusés Nébié et Nion, ont reconnu avoir, eux-mêmes, arrêté le président et son Premier ministre. Quant à Diendéré, l’avocat l’a qualifié de l’auteur intellectuel du putsch. « Le général a été le premier à être informé du coup d’Etat et c’est lui qui a rédigé le communiqué CND qu’il avait dans son ordinateur 48 heures avant, c’est-à-dire le 14 septembre 2015 », a avancé Me Néya. Sa conviction est que les sous-officiers ont répondu aux ordres illégaux de leurs supérieurs, contrevenant ainsi aux règles de discipline au sein des forces armées. Au regard des éléments constitutifs, il a demandé au tribunal militaire de déclarer les 11 accusés suscités coupables d’attentat à la sûreté de l’Etat. Examinant le fait de trahison, Me Néya a souligné que les écoutes téléphoniques ont révélé que les deux généraux Diendéré et Bassolet sont rentrés en intelligence avec des puissances étrangères, notamment togolaises et ivoiriennes, pour déstabiliser le pouvoir transitionnel. Des intelligences, qui selon lui, ont permis aux deux accusés d’avoir du matériel de maintien d’ordre et de l’argent pour réaliser leur projet. C’est pourquoi, l’avocat a demandé au tribunal de déclarer les généraux coupables de trahison et ce, conformément à l’article 88 du Code pénal ancien. Il a aussi tenu à préciser que le procès du putsch n’a rien de politique même s’il a un retentissement politique. Quant à Me Louis Dayamba qui a fait cas de la destruction des radios Oméga, Savane FM à Ouagadougou et Laafi à Zorgho, ainsi que du studio Abazon et du domicile de Simon Compaoré, il a affirmé que l’infraction de dégradation volontaire aggravée de biens est constituée. Pour cela, il a demandé de reconnaître les accusés Minata Guelwaré, Roger Koussoubé, Mahamadou Bouda, Lamoussa Badoum, Laoko Mohamed Zerbo, Ali Sanou et Abdoul Karim Baguian, coupables de cette infraction et Faïçal Nanéma de recel. L’audience reprend ce mercredi à 9h.
Fabé Mamadou OUATTARA &
Mady KABRE


