Talents de mode 2019

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La première édition de Talents de mode a eu lieu, le samedi 13 avril 2019 à Koudougou sous le thème : «Promotion et valorisation du Faso dan fani».

Le pagne traditionnel Faso dan fani a été célébré, pendant 24 heures, dans la cité du cavalier rouge. C’était à l’occasion de la première édition du Talents de mode tenue, le samedi 13 avril dernier, à Koudougou. Selon le promoteur, le styliste modéliste, Pierre Yaméogo, cette manifestation a été initiée pour permettre aux créateurs de mode de venir présenter leur savoir-faire avec le ‘’tissu national’’ à travers un défilé de mode. Ce premier rendez-vous a vu la participation de seize stylistes modélistes venus de Ouagadougou, Léo, Sapouy, Réo, Ouahigouya et Koudougou. Leurs différentes créations (tenues de soirée, de mariage, etc.), avec le Faso dan fani ont été, deux heures durant, présentées au public. Placée sous le thème : «Promotion et valorisation du Faso dan fani », cette première édition de Talents de mode, de l’avis de son initiateur, a tenu toutes ses promesses. Pour lui, l’objectif a été de faire découvrir des jeunes talents du Burkina Faso, et de la région du Centre-Ouest, en particulier. « Le Faso Dan Fani est le meilleur pagne. Bien cousu, il est le vêtement que tout bon Burkinabè doit porter », a-t-il soutenu. Quant aux parrains, Sa Majesté le Larlé Naaba Tigré et le directeur de cabinet du Président du Faso, Seydou Zagré, ils ont salué l’initiative, qui est, selon eux, un exemple à encourager. Aussi, ils se sont engagés à contribuer à la pérennisation de Talents de mode et d’en faire un événement d’envergure nationale. Pour Seydou Zagré, cette activité constitue un signe annonciateur de la réouverture de l’usine Faso Fani. Outre le défilé, Talents de mode 2019 a été également ponctuée par des prestations d’artistes (Troupe mythique de Wily, David et Sylvestre, Dez Altino, etc.), et une remise d’attestations à l’ensemble des seize stylistes.

François KABORE

Orpaillage à Poura: le fleuve Mouhoun en danger

L’usage des substances chimiques, notamment le cyanure et le mercure par les orpailleurs à Poura et environnants pollue l’environnement et particulièrement le fleuve Mouhoun.

L’atmosphère est lourde en cette matinée du mardi 19 mars 2019 à Poura, commune rurale, située à environ 180 kilomètres de Ouagadougou, dans la province des Balé. Dans cette bourgade, qui a abrité la Société de recherche et d’exploitation minière du Burkina (SOREMIB), la première mine industrielle du pays, la vie est rythmée par le vrombissement des moulins installés çà et là pour moudre la terre issue des sites miniers. Le bruit de ces engins se mêle à celui des groupes électrogènes utilisés sur les sites d’orpaillage à la périphérie de la ville. Sur les lieux, des orpailleurs engouffrés au fond des trous donnent des coups de pioche à la terre pour la faire «cracher» l’or, tandis que d’autres s’occupent à séparer les résidus du minerai. A l’intérieur de la cité cosmopolite d’environ 16 000 âmes, des mottes de terre censées contenir le précieux métal jaune et d’autres minerais sont visibles… Jeunes, femmes et hommes s’activent au lavage des résidus des minerais d’or, certains aux abords des rues, d’autres dans des concessions. Or, la réglementation interdit le traitement des rejets de substances de mines dans les zones d’habitation et les espaces publics. Zeynabo Ilboudo, la trentenaire, s’adonne à cette activité à son domicile sans aucune mesure de protection. Pendant que son enfant joue à ses côtés, elle s’active autour d’un dispositif traditionnel comprenant une barrique à laquelle est reliée une planche de façon perpendiculaire. Au fur et à mesure qu’elle lave la terre et verse l’eau sur la planche, des tapis disposés sur celle-ci recueillent les résidus fins composés d’or et de sable, pour l’eau, qui en découle pour stagner dans un trou. Le contenu des tapis est ensuite déversé dans un plat. Puis, elle y ajoute du mercure afin de recueillir l’or par amalgamation. A des centaines de mètres plus loin, Souleymane Dianda mène la même activité à longueur de journée devant sa porte. Il affirme que tous ceux qui lavent les résidus de minerais pour en extraire l’or utilisent du mercure. Comment obtiennent-ils ce produit dangereux dont l’usage est proscrit par l’article 77 du Code minier de 2015 ? A cette question, seule dame Ilboudo dévoile qu’elle se ravitaille auprès des acheteurs d’or sans toutefois livrer leurs identités. Si le mercure se vend et s’utilise au grand jour à Poura, c’est le cyanure qui règne en maître à moins de trois kilomètres de la ville, dans la commune de Fara. Là-bas, des orpailleurs traitent des résidus de minerais avec du cyanure dans des bassins creusés (cyanuration) pour en retirer le moindre métal jaune.

Des animaux, victimes du cyanure

Malgré de fortes odeurs nauséabondes qui se dégagent sur les sites et donnent des migraines, les chercheurs d’or ne renoncent pas à leur business. Aux abords du site, d’énormes quantités de terre dépouillée du précieux minerais mais contenant du cyanure sont entreposées. Les orpailleurs ne s’en préoccupent plus. Pour ceux-ci, le cyanure tout comme le mercure ne présente aucun danger. Cette assertion ne rencontre pas l’assentiment de l’éleveur Alassane Soré qui a perdu cinq taureaux et trois vaches après qu’ils ont bu de l’eau sur un site de cyanuration. «En janvier, les enfants ont conduit les animaux en brousse et huit bœufs ont disparu. Le lendemain, je les ai retrouvés à des kilomètres de leur lieu de disparition et à des endroits différents, tous morts. Après investigation, il s’est avéré qu’ils avaient bu de l’eau de cyanure sur un site. Les responsables les ont pris dans des taxis-motos et sont allés les jeter loin afin qu’on ne puisse pas les accuser», relate-t-il. L’infortuné raconte que c’est après moult discussions et une convocation à la police que le propriétaire du site de cyanuration a consenti à reconnaître son tort et à l’indemniser à raison de 225 000 F CFA par tête de taureau et 185 000 FCFA pour chaque vache. «Ces montants sont en dessous des prix de vente des animaux, mais j’ai dû faire avec. Nous demandons aux orpailleurs de protéger les sites de cyanuration avec des grillages afin que les animaux ne puissent pas y accéder», suggère-t-il.  Le mercure et le cyanure ne sont pas seulement nocifs pour les animaux.

Deux enfants, sauvés in extrémis

Ils engendrent de nombreuses maladies et peuvent être mortels pour l’homme, foi du responsable du centre médical de Poura, Dr Fatimata Barry. Ces deux produits sont, selon elle, des neurotoxines qui affectent le système nerveux et l’appareil pulmonaire. «Ils causent des malformations congénitales, des maladies respiratoires, de la peau, la toux, l’angine, des migraines …», soutient-elle. Elle affirme que son centre de santé reçoit beaucoup de patients souffrant de ces maux. «Mais le plateau technique ne permet pas de dire avec certitude que c’est le cyanure et le mercure qui sont les agents pathogènes. Toutefois, j’ai déjà traité deux enfants intoxiqués dont les parents ont avoué qu’ils ont bu de l’eau contenant du cyanure. Ils ont été sauvés in extrémis», affirme-t-elle. Au-delà des dangers pour la santé, l’environnement aussi paie un lourd tribut de l’usage des deux produits. Aux dires du chef de service départemental de l’Environnement, de l’Economie verte et du Changement climatique de Poura, François Conombo, le cyanure est un poison violent pour la nature. «Il est démontré sur le plan écologique, que pour chaque gramme d’or obtenu par amalgamation, environ deux grammes de mercure s’échappent dans le milieu ambiant polluant directement les sols, les eaux de surface et souterraines et intoxiquant les animaux terrestres et aquatiques», déclare-t-il. De son avis, l’usage des deux produits à Poura et ses environs est inquiétant au regard de l’ampleur et de la proximité avec le parc des deux Balé qui est traversé par le fleuve Mouhoun. «D’ailleurs le fleuve est beaucoup affecté alors que l’eau de boisson des populations y est puisée. La nappe phréatique de Poura est également touchée», soutient-il.

Des poissons morts…

Abondant dans le même sens, le directeur provincial de l’Environnement, de l’Economie verte et du Changement climatique des Balé, Bernard Bingo, fait savoir qu’au lendemain d’une pluie survenue dans la zone le 17 mars dernier, des poissons, notamment des sardines et des tilapias morts flottaient dans le fleuve. «Au niveau du parc des deux Balé, il y avait également des poissons morts. Cette mortalité est certainement due aux eaux de ruissellements qui ont entrainé les produits toxiques dans le cours d’eau», démontre-t-il.
Malheureusement, poursuit M. Bingo, ces produits sont utilisés dans toutes les localités du pays où se pratique l’orpaillage. Selon les statistiques du ministère en charge de l’environnement, 32 tonnes de mercure s’échappent dans la nature annuellement au Burkina Faso. Aussi, le directeur provincial de l’Eau et de l’Assainissement des Balé, Wendenmy Francis Régis Bingbouré, explique que l’usage du cyanure et du mercure dans l’orpaillage impacte négativement le Mouhoun, engendrant, selon lui, un problème de santé publique. «Heureusement que l’eau coule dans le fleuve et emporte les éléments toxiques minimisant ainsi les risques par rapport à une eau stagnante», relativise-t-il. En outre, il soutient que toutes les dispositions ont été prises par le département et l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) pour fournir aux populations une eau de boisson saine. A ses dires, l’Agence de l’eau du Mouhoun et la police de l’eau veillent au grain afin de préserver le fleuve. «Les deux structures en collaboration avec d’autres partenaires multiplient des séances de sensibilisation pour faire comprendre aux populations la dangerosité de ces produits dont la manipulation leur est interdite», assure-t-il.

Changer le fusil d’épaule

Ces activités sont aussi menées par les services de l’environnement, selon l’inspecteur des eaux et forêts, Bingo. «En plus, nous faisons des contrôles sur les routes pour empêcher la rentrée du cyanure et du mercure sur le territoire national.
Malheureusement, nos frontières sont poreuses et les trafiquants arrivent à déjouer la vigilance de la douane, des forces de défense et de sécurité et des forestiers en passant par la en brousse», regrette-t-il. Qu’à cela ne tienne, M. Bingo soutient que les forestiers font fréquemment des descentes sur les sites de cyanuration. «A notre arrivée c’est la débandade. Les orpailleurs courent et abandonnent leur matériel. Récemment, nous avons mené une opération à Poura au cours de laquelle, nous avons mis la main sur une dizaine de bidons de 20 litres d’acides, des sacs de cyanure et de zinc. Plusieurs personnes ont été interpellées et présentées au procureur. Nous avons infligé des amendes à certaines, des sanctions à d’autres», fait-il savoir. Malgré toutes ces actions, il reconnaît que la pratique a la peau dure dans la localité. Pour lui, cela est dû au fait que l’orpaillage est ancré dans les habitudes à Poura. Loin de se décourager, il annonce que la sensibilisation sera intensifiée. Car, dit-il «il faut coûte que coûte mettre fin à l’usage de ces produits pour éviter un désastre écologique». L’adjudant-chef major des eaux et forêts, Conombo, relève que malgré les textes règlementaires (codes miniers, de l’environnement…) qui interdisent le mercure et le cyanure, les sensibilisations et les sanctions, la pratique perdure. Il serait judicieux, à son avis, de changer le fusil d’épaule. «Il faut permettre aux orpailleurs d’user de ces produits, mais en les organisant, en renforçant leurs capacités et en les soumettant à des cahiers de charges. Ainsi, les sites seront sécurisés», suggère-t-il. Pour justifier sa solution, il explique que quand les forestiers ferment un site de cyanuration, les orpailleurs chassés vont s’installer ailleurs de façon clandestine.

La mairie, impuissante

«Le temps que nous nous en rendions compte pour les déloger, ils ont déjà causé des dégâts. Et le processus se répète indéfiniment. Malheureusement, nous ne pouvons pas être partout et en permanence. Une autre difficulté est que des propriétaires terriens permettent à des orpailleurs de mener leurs activités sur leurs terres moyennant espèces sonnantes et trébuchantes au mépris de la règlementation. Cela rend la lutte compliquée», argumente-t-il. La mairie de Poura a aussi opté pour l’organisation des orpailleurs. Le premier adjoint au maire, Robert Bognini, avance que sa commune a fait appel à l’Agence nationale d’encadrement des exploitations artisanales et semi-artisanales (ANEMASS) pour organiser les orpailleurs. Il espère que cette démarche portera fruit, car la mairie est pour le moment impuissante face au fléau de l’usage des produits toxiques dans l’orpaillage. «Nous sommes conscients des interdictions. Mais, il est difficile de sévir, car c’est la quasi-totalité de la population qui utilise ces produits dangereux. Aussi, depuis la fermeture de la mine de Poura, les populations n’ont trouvé que l’orpaillage comme activité rémunératrice. Il n’y a pas eu d’accompagnement de l’Etat pour cette commune qui a été une école de mine pour le Burkina Faso», dénonce-t-il. Toutefois, il reconnaît que ce «mal nécessaire» cause d’énormes dégâts.
A ses dires, la présence des amas de résidus de minerais partout dans la ville engendre la poussière, rend difficile la circulation car les voies sont obstruées. «La pluie draine la terre sur les passages d’eau et engendre des inondations. Nous ressentons également des effets de la pollution. Dans la brousse, ce sont des trous à n’en pas finir. Les arbres dans les alentours chevillent et les animaux tombent parfois dans les fosses. Un éleveur peulh a même déménagé de Poura à force de perdre ses animaux dans les trous», se désole-t-il.

Rouvrir la mine de Poura

Face à tous ces inconvénients, il avance que le conseil municipal a pris des délibérations pour interdire le lavage à domicile des résidus de minerais et instaurer une taxe de dégradation de l’environnement. «Là encore, les orpailleurs refusent de payer. La mairie ne parvient pas à percevoir des dividendes de l’orpaillage», dit-il l’air impuissant. Au final, il soutient que les responsables de la mairie qui «passent pour des méchants à cause des actions menées contre l’usage de produits dangereux» sont soucieux, mais n’ont pas les moyens pour venir à bout du fléau.
Pour lui, il revient à l’Etat d’entrer en scène par la création d’activités rémunératrices pour la population et la réouverture de la mine de Poura. «Il y a l’or à Poura. La fermeture de la mine avait été annoncée comme un problème économique. 19 ans après, d’énormes quantités d’or sont sorties de Poura sans que cela ne profite ni à la mairie, ni à l’Etat alors que les conséquences sont très lourdes. Si la mine rouvre ses portes, la population sera cadrée et abandonnera l’orpaillage», assure-t-il.

Eliane SOME
elianesome4@gmail.com

Banfora : Aboubacar Gnambon Héma, le nouveau chef de canton

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Banfora : Aboubacar Gnambon Héma, le nouveau chef de canton

Aboubacar Gnambon Héma, un agent de la SOFITEX de l’usine Banfora II, succède à son père au trône. Âgé de 29 ans, le nouveau chef de canton a pris pour nom de règne Héma Fadouga II. Son père Héma Yoyié est décédé en 2018. Il a été désigné et intronisé par un collège de sages, à l’issue des funérailles. Aboubacar Gnambon Héma est marié et père d’un enfant.

Coopération parlementaire Burkina-France : Vers une feuille de route pour définir les axes d’action

Le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, a reçu en audience une délégation mixte des groupes d’amitié France-Afrique de l’Ouest et Burkina Faso-France, le lundi 15 avril 2019 à Ouagadougou.

Les relations franco-burkinabè se dessinent aussi dans les couloirs parlementaires. La coopération entre les deux pays a été au menu d’une audience que le président de l’Assemblée nationale (PAN), Alassane Bala Sakandé, a accordé aux représentants des groupes d’amitié France-Afrique de l’Ouest et Burkina Faso-France.

La délégation française était conduite par le sénateur du Bas-Rhin, André Reichardt et celle du Burkina par le député Mamadou Diallo. Selon les porte-paroles des deux groupes d’amitié au sortir de l’entrevue avec le PAN, il s’est agi de raffermir les liens entre les parlements des deux pays et réaffirmer les « forts liens » qui existent entre l’Hexagone et le pays des Hommes intègres à travers leurs multiples domaines de coopération.

Les deux parties envisagent de mettre à profit le séjour burkinabè de la délégation française (forte de 4 sénateurs notamment) afin d’ébaucher une feuille de route pour définir les axes d’action de cette amitié. Des sujets comme l’état civil ou l’accès à l’eau potable ont été évoqués comme pouvant être inscrits sur ce plan d’actions. « Beaucoup d’enfants au Burkina Faso n’ont pas d’état civil.

Nous verrons comment développer ensemble un système qui existe déjà», a confié le président du groupe d’amitié parlementaire Burkina-France, Mamadou Diallo. Les deux délégations prévoient également accorder une place centrale aux questions féminines et de jeunes, conformément aux recommandations du PAN Sakandé. « Nous avons une commission chargée de la question, le sénat français également. Très rapidement, nous pourrons faire bouger les choses à ce propos », a souligné le député Diallo.

En somme, les membres du groupe d’amitié travailleront à renforcer la coopération entre les différents parlements, que ce soit sous la forme de renforcement des capacités, de partage d’expériences ou à travers des projets déterminés. « Le président de l’Assemblée nationale a réaffirmé sa volonté de travailler en accord avec nous. Il a chargé le président du groupe d’amitié et les présidents de commissions de travailler dans le détail sur une éventuelle feuille de route», s’est pour sa part confié le porte-parole de la délégation des sénateurs français, André Reichardt.

Fabé Mamadou OUATTARA
Arnaud Fidèle YAMEOGO
(Stagiaire)

Partenariat public-privé : L’ENAM reconnaissante à huit « professeurs associés »

Le président du Faso, Roch Kaboré, a présidé, le lundi 15 avril 2019 à Ouagadougou, la cérémonie de remise de toges aux professeurs associés et de pose de premières pierres d’infrastructures de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM).

Après 60 ans d’existence, l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (ENAM) a décidé d’apporter des innovations majeures dans la formation des cadres de l’administration publique. Désormais, les opérateurs économiques qui se distinguent par leur talent et leur ardeur au travail seront appelés à partager leurs connaissances et expériences avec les élèves.

Déjà huit d’entre eux ont été identifiés sous le nom de « professeur associés » et ont pris l’engagement d’accompagner l’ENAM dans la construction d’amphithéâtres, de bibliothèque et de cafétéria. La remise des toges et d’attestations à ces « professeurs associés » ainsi que la pose des premières pierres des infrastructures ont eu lieu, le lundi 15 avril 2019 à l’ENAM, en présence du chef de l’Etat, Roch Kaboré.

Le Directeur général (DG) de l’institution, Awalou Ouédraogo, a signifié qu’en tant que centre d’excellence, l’ENAM, créée en 1959, doit adapter ses objectifs de départ aux nouvelles exigences en matière de gouvernance. C’est pourquoi, a-t-il expliqué, ses responsables ont entrepris de reformer les cours avec l’introduction de nouveaux modules tels que la défense et la sécurité et le stage militaire de 45 jours à Bobo-Dioulasso.

Le DG a ajouté que désormais, les bonnes pratiques du privé seront enseignées aux énarques, d’où le recours à ces hommes et femmes devenus des « champions » dans le monde des affaires. Selon le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale, Pr Séni Mahamadou Ouédraogo, le recours à ces champions nationaux vise un double objectif : impliquer systématiquement les opérateurs économiques dans la formation à l’ENAM, d’une part, et associer l’école à l’image de ces acteurs, d’autre part.

« Il s’agit de créer une synergie entre les secteurs public et privé afin de faciliter l’introduction dans l’administration publique de systèmes et procédures modernes et novatrices dans l’exécution des prestations de services. Pour cela, un statut honorifique d’ « enseignant associé » de l’ENAM a été adopté afin de permettre à ces champions de partager leurs connaissances pratiques et leurs riches expériences avec les élèves », a-t-il souligné.

De « belles » promesses

Huit professeurs associés ont ainsi été désignés. Il s’agit de Mahamadou Bonkoungou du Groupe EBOMAF, de Apollinaire Compaoré du Groupe Planor, de Lassiné Diawara de la MABUCIG, de Rimon Hajjar du Groupe Hajjar, de Inoussa Kanazoé du Groupe Kanis, de Idrissa Nassa du Groupe Coris, de Hamidou Ouédraogo du Groupe Ramada et de Mamounata Velegda du Groupe Velegda. Par la voix de leur représentant, Idrissa Nassa, ces personnes modèles ont traduit leur reconnaissance à l’ENAM de les avoir impliquées dans la formation initiale des agents publics.

« L’idée d’introduire à l’ENAM le pragmatisme anglo-saxon de la formation par l’expérience est importante pour le secteur privé. L’acquisition graduelle par nos cadres de compétences pratiques ne peut être efficace qu’à travers le recours sans complexe à l’esprit entrepreneurial du monde des affaires », a indiqué M. Nassa. Les professeurs associés ont, par ailleurs, manifesté leur accompagnement à cette nouvelle vision par des promesses.

Ainsi, le Groupe Coris a promis 500 millions F CFA pour la construction d’un amphithéâtre, 500 millions également par le Groupe Planor pour la même cause, 640 millions par le Groupe Kanis pour la construction et l’équipement d’une bibliothèque et 400 millions par le Groupe Ramada en vue de l’érection et l’équipement d’une cafétéria, le tout au profit de l’ENAM. La pose des premières pierres d’un amphithéâtre, de la bibliothèque et de la cafétéria a été effectuée par le président du Faso.

Mady KABRE

Attaques terroristes au Sahel : Le difficile quotidien des déplacés

Depuis 2015 la région du Sahel burkinabè, frontalière du Mali et du Niger, subit des attaques terroristes qui obligent les habitants à fuir pour se mettre à l’abri à Djibo dans le Soum ou à Gorom-Gorom dans l’Oudalan. S’ils arrivent ainsi à sauver leur vie, les nombreux déplacés internes sont tout de même confrontés à des difficultés d’ordre existentiel au quotidien.

Lundi 11 mars 2019, le jour s’est levé depuis plusieurs heures, dans la famille Koundaba au secteur n° 5 de Djibo. Il est 11 heures. A l’entrée de la concession, l’on est accueilli par le bêlement des moutons et des chèvres. Une centaine de personnes y vivent. Elles dorment dans une maison construite en banco, louée à 20 000 F CFA par mois.

Deux arbres ombrageux permettent aux femmes et aux enfants de se mettre à l’abri du soleil ardent du mois de mars. Des femmes s’activent pour préparer le repas de midi. A cet effet, cinq marmites sont installées sur des foyers. Tel est le quotidien de la famille Koundaba, arrivée sur les lieux depuis fin octobre 2018 de Béléhédé dans la commune de Toungomayel à 18 km de Djibo, chef-lieu de la province du Soum. Cette famille dit avoir fui les menaces, les exactions et les représailles des groupes terroristes.

A l’instar de la famille Koundaba, des milliers de Personnes déplacées internes (PDI) ont abandonné bétail, vivres, activités, fruits de plusieurs années de dur labeur pour se sauver. Avant leur fuite, les PDI ont eu des fortunes diverses. Certaines ont subi des préjudices du fait des attaques terroristes. C’est le cas de ce déplacé interne du village de Gassenay situé entre Arbinda et Déou qui a requis l’anonymat. «D’abord, mes dix vaches ont été emportées et ma moto a été retirée. Deux de mes proches ont été assassinés», précise-t-il.

«J’ai été menacé et ligoté»

Il a ajouté que des individus armés ont vidé des boutiques entières. «Personnellement, j’ai été menacé et ligoté avec d’autres hommes du village. Les individus armés nous ont fait comprendre qu’ils font ce qu’ils veulent. Ils disent qu’ils ne veulent pas de l’administration, de l’école, des conseillers municipaux, des maires, des imams, des téléphones portables,…», relate l’infortuné. Après leur départ, informe-t-il, ce sont les femmes qui sont venues les libérer.

Notre interlocuteur nous fait savoir que les assaillants sont revenus un autre jour et ont tiré en l’air avec différents types d’armes avant de donner un ultimatum de 72 heures aux habitants pour quitter le village. «Dès le lendemain, le village a commencé à se vider. Il n’y a plus une âme qui vit là-bas», renseigne le rescapé. Quant à la veuve Diallo Fanta (nom d’emprunt), résidente de Béléhédé, une localité de la province du Soum, elle dit avoir été témoin oculaire de l’assassinat de son mari. Venus nuitamment, raconte-elle, les terroristes ont pourchassé son époux jusqu’à l’arrière de la concession avant de tirer sur lui.

Autre localité, autre témoignage. «En une seule nuit, il y a eu quatre assassinats à Massifigui dans la commune de Tin-Akoff dans l’Oudalan. Hormis cela, des individus armés motorisés passent derrière ma concession de jour comme de nuit pour aller commettre leur sale besogne», raconte le vieux Moussa Koné (nom d’emprunt). Couturier de formation à Gorom-Gorom, Kalilou Douna et sa famille de six personnes ont accueilli son père, son oncle et bien d’autres proches avec toutes leurs familles. «Vu l’insuffisance de logements, les gens sont vraiment coincés », confie-t-il. A Djibo, Abdoul-Karim Zouré, électricien en bâtiment, s’est transformé en blanchisseur par manque d’activités. Il a accueilli 16 membres de la famille Koundaba au nom de l’amitié née entre sa grande sœur et celle-ci.

Les familles d’accueil visitées vivent les mêmes difficultés, notamment l’augmentation des charges alimentaires. Bien que certains partenaires prennent en charge ces familles d’accueil, elles peinent à vivre décemment. Pour preuve, M. Douna affirme qu’au début, la mairie a distribué 15 kg de riz et 50 kg de maïs par chef de ménage pour faciliter la prise en charge des PDI. «Malgré tout, je me débrouille avec ce que je gagne, mais je suis obligé de m’endetter pour assurer la pitance quotidienne de tout ce beau monde. Nous nous contentons d’un repas par jour parce que les ressources financières manquent pour acheter les vivres», explique Kalilou Douna.

Insuffisance de vivres

Concernant les PDI de Djibo et de Gorom-Gorom, les préoccupations sont les mêmes. Elles se résument à l’exiguïté des logements, l’insuffisance des vivres et des non vivres, entre autres. En clair, leur vie actuelle est nettement différente de celle menée auparavant. Certes, les services de l’action humanitaire du Soum et de l’Oudalan, avec le concours de certains partenaires tels que le PAM et Oxfam, appuient les PDI en vivres et non vivres mais les besoins sont énormes et les rangs des déplacés ne font que grossir.

Le guide communautaire, Alou Koundaba, demande à l’Etat de se pencher sérieusement sur le problème des PDI parce qu’il estime qu’elles vivent dans des conditions très difficiles. «Plusieurs ménages vivent dans une seule maison. Il y a beaucoup d’enfants, c’est serré et l’hygiène n’y est pas. Certains déplacés ont loué des maisons sans toilettes. Certes, il y a eu du soutien mais nous demandons à l’Etat de faire plus», sollicite le conseiller municipal de Béléhédé.

D’après le Directeur Provincial en charge de l’action humanitaire de l’Oudalan, les besoins pour la prise en charge des PDI de Gorom-Gorom à la date du 28 février 2019 ont été estimés à plus de 44 tonnes pour le maïs uniquement. M. Natama a, en outre, déploré le fait que cette céréale ne fasse pas partie des habitudes alimentaires des PDI. «Le manque de moyens sur tous les plans au niveau du CODESUR entrave sa mission à telle enseigne que les sorties de terrain sont compliquées», insiste-t-il.

Sur le plan éducatif, il affirme que certains enseignants du secondaire se plaignent des effectifs pléthoriques dans les classes. Mère de six enfants, Fanta Diallo qui cultivait et faisait le commerce de beignets à Béléhédé, dit être confrontée à plusieurs difficultés. «A Djibo, la vie est très dure, parce qu’il faut débourser de l’argent pour avoir ce que tu veux alors que je suis veuve et inactive», dit-elle, dépitée. Après avoir passé près de deux mois avec toute sa famille de neuf membres, l’éleveur Yacouba Douna espère que la paix et la quiétude reviendront à Gassenay afin qu’il puisse y retourner pour reprendre ses activités. Pour lui, le retour est primordial car, il est maintenant désœuvré et devenu une charge pour son fils qui peine à joindre les deux bouts.

Après plus de 30 ans passés à Massifigui, Moussa Koné souhaite avec sa famille de 12 membres retourner au Mali, précisément à Bamako parce que dans la commune de Douentza dans la région de Mopti, il y a également des groupes armés qui troublent la quiétude des populations. «S’il y a la paix, je retournerai à Pétégoli dans la commune de Baraboulé car j’y ai de la terre à cultiver et une concession», avise Salam Tao, conseiller municipal du même village.

C’est pourquoi, il propose d’abord une franche collaboration des populations avec les Forces de défense et de sécurité (FDS). Ensuite, il préconise la mise en place d’une sécurité de proximité surtout dans la bande frontalière. Pour Sadou Koundaba, une autre PDI, le gouvernement doit prendre ses responsabilités en installant l’armée sur place en permanence pour que «nous puissions y retourner». Le guide communautaire des PDI de Béléhédé à Djibo, Alou Koundaba, en plus de la sécurité, plaide pour une vraie cohésion sociale.

Près de 45 000 PDI enregistrées

Selon le directeur provincial par intérim de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire du Soum, Ali Diallo, une opération de profilage a été réalisée du 20 décembre 2018 au 15 janvier 2019 avec le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Cette opération a permis d’enregistrer 44 682 PDI issues de 6 227 ménages. 49% sont des hommes, 51 % des femmes avec 30% de leurs enfants en âge d’être scolarisés.

Ce recensement a concerné six communes sur les neuf que compte le Soum. Celles de Koutougou, Diguel et Nassoumbou n’ont pas pu faire l’objet d’enregistrement des PDI du fait de l’insécurité. Dans la province du Soum, expique M. Diallo, trois sites abritent les PDI, notamment à Djibo, Arbinda et Kelbo. «A Djibo, tous les ménages déplacés se retrouvent prioritairement dans des familles d’accueil. Cependant, certains déplacés internes sont concentrés dans les quartiers périphériques et dans les zones non loties.

A Arbinda et Kelbo, ils sont également dans des familles d’accueil ou dans les camps», ajoute-t-il. Pour ce qui concerne la province de l’Oudalan, le président du Conseil départemental de secours d’urgence et de réhabilitation (CODESUR), Anatole P. Kaboré, par ailleurs préfet de Gorom-Gorom, renseigne que la ville a accueilli à la date du 28 février 2019, 222 ménages composés de 294 hommes et 377 femmes ainsi que de 1 053 enfants dont 370 de moins de cinq ans.

Il ressort que 180 élèves sont inscrits au primaire et au secondaire avec l’appui de l’UNICEF et d’autres services techniques. Au-delà de la localité de Gorom-Gorom, certaines PDI ont également trouvé refuge dans les villages de Gosseye, Essakane et Tasmakatt. « Gorom-Gorom regroupe le plus gros lot de déplacés dans des familles d’accueil. En revanche, il y a des familles isolées qui sont logées dans des abris de fortune.

Ceux qui ont des ressources financières sont en location », indique le directeur provincial en charge de la solidarité nationale et de l’action humanitaire de l’Oudalan, Talardia Natama. Selon lui, il existe des PDI à Déou estimées, à la date du 31 janvier 2019, à 3 314 personnes (421 ménages) dont 465 hommes, 617 femmes et 2 432 enfants installés dans les écoles primaires « A » et « B » ainsi qu’au lycée de la ville.

Souaibou NOMBRE
Snombre29@yahoo.fr

 

Appel à la coordination des actions

Le directeur provincial par intérim de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire du Soum, Ali Diallo, appelle à la coordination des actions afin d’apporter des réponses appropriées aux besoins des DPI. Autrement dit, prévient-il, des déplacés ne pourront pas bénéficier du soutien  du gouvernement et des partenaires. « Certaines PDI bénéficient de l’appui de plusieurs partenaires. Pourtant, d’autres sont à proximité, mais n’ont rien reçu », exprime-t-il. Si cela avait été coordonné, soutient M. Diallo, on aurait pu éviter ces doublons. Au regard de toutes ces difficultés, tout partenaire qui souhaite intervenir en faveur des PDI doit prendre attache au préalable avec le ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire avant d’aller sur le terrain.

S.N.

 

 Le rôle du guide communautaire

Le rôle du guide communautaire des PDI consiste à aider les services de l’action humanitaire à identifier et enregistrer les déplacés. Ainsi, à Djibo, chaque communauté de PDI a un guide qui contribue à démasquer les faux déplacés qui veulent profiter des vivres distribués gratuitement. «Lorsqu’il y a un recensement ou une identification, nous avons une prise en charge pour le carburant. Lors du profilage, l’UNHCR  nous a donné une prise en charge de 7 500 FCFA par jour», avance le guide communautaire de Béléhédé. Selon Ali Diallo, certains guides communautaires qui ne sont pas de bonne foi ont été complices des PDI en faisant croire que ces personnes sont des déplacés, alors qu’elles ne le sont pas, en vue de bénéficier des vivres. Il en est de même à Gorom-Gorom où des nomades et des personnes vulnérables fichées se font passer pour des PDI.

SN

Education nationale :Une grève annoncée pour le 18 avril prochain

La coordination nationale des syndicats de l’éducation était face à la presse, le samedi 13 avril 2019 à Ouagadougou. Elle a fait le point de la mise en œuvre du protocole signé en accord avec le gouvernement et dégager des perspectives.

Insatisfaite de la mise en œuvre du protocole d’accord entre elle et le gouvernement, la Coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) appelle les enseignants à aller en grève et à marches-meetings sur l’ensemble du territoire national, le jeudi 18 avril prochain. Le mot d’ordre a été donné au cours d’une conférence de presse, le samedi 13 avril 2019 à Ouagadougou.

Pour le responsable de la CNSE, Bonaventure Belem, tous les points sur lesquels relevés par le gouvernement par correspondance du 1er février 2019 en vue d’accélérer la concrétisation, n’ont reçu aucune satisfaction. Sur ce, le SG de Fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTHER), Souleymane Badiel, a déploré le comportement de l’exécutif de courir le risque d’avoir des mouvements d’humeurs des travailleurs. A cette occasion, Bonaventure Belem a évoqué qu’aucune garantie ne permet de croire que certaines clauses du protocole seront respectées.

C’est pourquoi, après sa conférence tenue, le 2 février dernier qui a porté sur la suspension de son mot d’ordre de boycott d’une série d’activités, la CNSE est remontée au créneau. Car, a souligné M. Belem, le gouvernement n’a pas respecté l’échéance de fin mars pour la réalisation d’un certain nombre de clauses de l’accord. Pour cela, la CNSE s’est dite prête à engager les actions qui s’imposent, si toutefois, le pouvoir en place ne prend pas convenablement en charge ses préoccupations. Interrogée sur un éventuel « sabotage » du système éducatif, le coordonnateur de la CNSE, Bonaventure Belem a répondu que les luttes de l’organisation faitière ne s’inscrivent pas dans la logique d’incendier leur outil de travail et de saboter l’éducation nationale.

Le conférencier a rassuré que la démarche vise à améliorer le système éducatif, en vue de le rendre compétitif sur le plan international. Et d’ajouter que le gouvernement est dans le dilatoire. En admettant que la coordination ne compte pas prendre les examens scolaires en otage, il a soutenu qu’elle est dans le devoir « d’assainir le système éducatif ».

« Nous devons faire en sorte qu’il soit cohérent et pour cela nous demandons au gouvernement de tout mettre en œuvre pour nous permettre d’aller à une fin d’année scolaire apaisée. C’est à lui de donner les couleurs de notre année scolaire », a renchéri, un autre conférencier, Pierre Zangré. Et de conclure que : « le gouvernement doit changer de fusible d’épaule».

Arnaud Fidèle YAMEOGO
(Stagiaire)

Lutte contre le paludisme : KAF 156, une nouvelle combinaison antipaludique

Grâce à un partenariat entre l’Europe et des pays en voie de développement pour les essais cliniques (EDCTP) du KAF 156 (une nouvelle combinaison antipaludique), un financement de 10 millions d’euros sur cinq ans vient d’être acquis dans le cadre du projet « WANECAM 2 (réseau ouest-africain d’essais cliniques d’antipaludéens) ».

Il s’agit d’une collaboration unique entre les chercheurs sur les médicaments antipaludiques d’Afrique et d’Europe, originaires de 10 établissements universitaires, une société pharmaceutique (Novartis) et un partenariat à but non-lucratif dont l’objectif est de favoriser le développement de nouveaux médicaments (Medicines for Malaria Venture (MMV).

La recherche dans le cadre de la lutte contre le paludisme avance à grands pas. Dans ce sens, le consortium WANECAM (Réseau d’Afrique de l’Ouest pour les essais cliniques sur les médicaments antipaludiques), dix organisations universitaires basées en Afrique et en Europe collaborent avec l’organisme à but non-lucratif Medicines for Malaria Venture (MMV) et la société pharmaceutique Novartis pour développer son composé KAF156 en combinaison avec une nouvelle formulation de luméfantrine.

Une véritable révolution qui marque un tournant décisif dans la lutte contre le paludisme. Financés à hauteur de près de 6,5 milliards de francs CFA par le partenariat Europe-Pays en développement pour les essais cliniques (EDCTP), ces essais seront réalisés dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique central.

Il s’agit du Burkina Faso, du Gabon, du Mali et du Niger. « Nous accueillons favorablement le soutien généreux de l’EDCTP et sommes reconnaissants de son engagement à long terme en faveur du développement clinique en Afrique et plus particulièrement de leur soutien à la recherche clinique dans les maladies sévères comme le paludisme. Ce soutien est vital pour accélérer le développement de ce nouveau composé indispensable », a dit dans un communiqué conjoint publié hier 15 avril 2019, le coordonnateur du projet Réseau ouest-africain d’essais cliniques d’antipaludéens (WANECAM), Pr Abdoulaye Djimdé, chercheur principal à l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako.

Pour lui, la collaboration africaine avec un groupe d’experts internationaux dans le cadre de ce programme peut permettre de garantir que les essais soient achevés rapidement et conformément à des normes de qualité supérieures. « Etant donné l’existence d’informations selon lesquelles il existe une résistance à l’artémisinine et aux combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (ACT), il est essentiel de disposer de nouveaux médicaments antipaludiques prêts à être utilisés », a-t-il précisé.

KAF156, le nouveau composé antipaludique qui va être étudié, pourrait être la première nouvelle classe de composé chimique permettant de traiter le paludisme aigu d’ici à une vingtaine d’années. Il pourrait être administré en combinaison avec la nouvelle formulation de luméfantrine, en dose unique. Cette combinaison est actuellement en phase finale d’essai clinique dans 17 centres de neuf pays d’Afrique et d’Asie. Développée par Novartis, avec un soutien scientifique et financier de MMV (en collaboration avec la Fondation Bill et Melinda Gates), cette combinaison est l’un des sept antipaludiques en phase finale à être développé par MMV dans le cadre de plusieurs partenariats.

La subvention accordée par l’EDCTP permettra de financer deux essais. Un premier essai de phase 2B en 3 cohortes concernera les enfants âgés de 6 mois à 12 ans, les plus jeunes présentant un risque plus élevé de décéder de la maladie et un deuxième essai de phase 3 va concerner les adultes et les enfants âgés de plus de 6 mois.

De l’approche WANECAM

L’étude clinique WANECAM compare l’incidence du paludisme sans complications chez les enfants et les adultes traités avec des ACT répétés sur une période de deux ans. L’étude utilise des populations de trois des pays couverts par le réseau et compare les ACT, pyronaridine-artésunate (PA) et dihydroartémisinine-pipéraquine (DHA-PQP) à artesunate-amodiaquine (ASAQ) ou à l’artéméther-luméfantine (AL).).

Alors que la majorité des essais cliniques se concentrent sur un traitement unique et une analyse de suivi, cette étude reflète plus étroitement les approches réelles du paludisme en suivant les progrès du patient sur une période de deux ans. En pratique, ces ACT seraient utilisés à plusieurs reprises sur plusieurs années pour traiter des cas consécutifs de paludisme chez les mêmes patients.

L’approche WANECAM implique donc de suivre les patients sur une période prolongée et dans un échantillon de grande taille, ce qui permet non seulement une interprétation plus réaliste du fonctionnement de ces traitements, mais également la possibilité d’attraper des effets indésirables rares ou peu fréquents. En plus de comparer l’efficacité des différents traitements, l’essai vise également à atteindre un certain nombre d’objectifs secondaires importants, visant à recueillir des données supplémentaires sur les effets des traitements.

L’évaluation de la sécurité en utilisant chacun des ACT en traitement répété ; la recherche de nouveaux marqueurs moléculaires de la résistance aux antipaludiques ; la comparaison des taux de réinfection et de recrudescence par réaction en chaîne de la polymérase ; la comparaison de l’infectivité des gamétocytes et des taux de clairance des parasites ; et l’impact de l’immunité, de la pharmacocinétique et de la pharmacogénomique feront tous partie de l’étude.

Les études de WANECAM portent sur les ACT, qui associent divers médicaments antipaludiques à l’artémisinine, un composé dérivé de l’armoise annuelle, utilisé comme antipaludique dans certaines régions d’Asie depuis des milliers d’années.

Ils constituent une forme de traitement particulièrement efficace et, en raison de la variation possible lorsqu’il associe l’artémisinine à d’autres médicaments, il est plus difficile pour les parasites du paludisme d’y développer une résistance. L’efficacité peut être encore augmentée en développant de nouvelles combinaisons car comme le souligne Pr Djimdé, plus nous avons d’ACT, mieux c’est pour les patients atteints de paludisme.

Gaspard BAYALA
gaspardbayala87@gmail.com