Hamidou Bandé, président national des «Rougas»

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Dans le contexte d’insécurité que vit le Burkina Faso, la confusion est vite faite entre éleveurs peulhs et terroristes. Le président national des éleveurs, les «Rougas», Hamidou Bandé dit «Rouga national», revient sur les mésaventures des pasteurs et les mesures internes prises pour y faire face.

Sidwaya (S) : Avec l’insécurité que connaît le Burkina Faso, comment les éleveurs arrivent-ils à mener leurs activités ?

Hamidou Bandé (H.B.) : Avec le phénomène du terrorisme que connaît le Burkina Faso, les éleveurs et notamment les pasteurs sont obligés de parcourir la brousse pour faire paître les animaux. Cela est d’autant plus difficile que certains éleveurs n’ont pas de documents d’identification (NDLR, Carte nationale d’identité burkinabè : CNIB) alors qu’ils mènent leurs activités dans les zones de pâtures bien délimitées par l’Etat et où sévit le terrorisme. Quand il y a des problèmes, on ne sait donc pas qui est terroriste et qui ne l’est pas. Ainsi, on les arrête, on les enferme, on tue certains et c’est un sérieux problème pour nous. Aujourd’hui, les éleveurs sont fatigués parce qu’ils souffrent beaucoup de ce problème de terrorisme.

S. : Des éleveurs vous ont-ils déjà saisi pour des cas d’arrestation ?

H. B. : A plusieurs reprises, des éleveurs sont venus nous dire que leurs bergers ou leurs enfants ont été arrêtés. Mais faute de papiers, nous ne savons pas ce que nous allons faire. Aujourd’hui-même (NDLR, 21 mars 2019), un Rouga de la zone de Barsalgho m’a informé que des Koglwéogo ont arrêté deux éleveurs pour les
remettre aux Forces de défense et de sécurité. Dans de telles situations, on vérifie d’abord leurs identités avant d’aller négocier avec les Forces de l’ordre. Nous sommes appelés très fréquemment sur de telles situations et j’avoue que ce n’est pas facile.

S. : Quels conseils avez-vous donné aux pasteurs sur le terrain pour éviter de telles arrestations ?

H. B. : Nous avons dit à nos membres de faire attention et de toujours sortir avec leurs documents d’identité quand ils vont en pâturage ou quand ils voyagent. Nous leur avons également dit que s’ils accueillent un étranger, de s’assurer qu’il n’est pas suspect. Un éleveur est lui-même un étranger parce qu’il va dans d’autres communes et pays avec ses troupeaux.
Il ne peut donc pas chasser les étrangers de chez lui. Mais il doit s’assurer que ce ne sont pas des personnes suspectes. Le jour du marché à bétail s’ils accueillent des transhumants, on doit leur demander d’où ils viennent, qui ils sont, comment ils sont venus, s’ils ont des documents. Nous avons également dit aux Rougas d’échanger avec les FDS, les conseils municipaux, les Koglwéogo et les chefs de village de leur zone respective. On s’est également rendu compte que quand les éleveurs voient les agents de sécurité dans la brousse, ils fuient. Nous leur avons dit de ne plus fuir, parce que quand tu fuis, c’est comme si tu te reproches de quelque chose.

S. : Dans cette situation, entretenez-vous des relations avec les forces de l’ordre ?

H. B. : Nous gardons de bonnes relations avec la police et la gendarmerie. A chaque occasion, nous échangeons avec elles afin qu’elles sachent que les éleveurs ne sont pas des terroristes.

S. : Quels types de relations existent-il entre vous et les Koglwéogo ?

H. B. : Il y a de bonnes relations entre les Rougas et les Koglwéogo. Le ministère de la Sécurité a déjà formé les Koglwéogo, les Rouga et les Dozo sur la question sécuritaire à Manga, Kaya, Dori et Bobo-Dioulasso. Nous nous appelons régulièrement et nous travaillons ensemble comme on nous l’a demandé lors des formations. Les Koglwéogo interviennent dans nos problèmes. Nous leur avons dit que s’il s’agit de voleurs, il n’y a pas de problème.

S. : Quelles autres difficultés rencontrent les éleveurs sur le terrain ?

H. B. : L’un des problèmes que l’on a, est le manque de pistes de transhumance, d’aire de repos et de zones de pâtures. On en parle depuis longtemps, mais nous avons l’impression qu’on n’est pas écouté. Nous souhaitons donc que les zones de pâtures et les pistes de bétail déjà matérialisés soient respectées. Actuellement l’agriculture est en train d’occuper ces zones et c’est de là que naissent les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Par ailleurs, on se rend compte que quand le ministère chargé de l’élevage organise des activités concernant les éleveurs, ce sont des gens qui ne connaissent rien aux problèmes des éleveurs qu’on invite. On souhaite donc que le gouvernement invite les vrais éleveurs pour les écouter parce que certaines associations sont à Ouagadougou et répondent au nom des éleveurs alors qu’il n’en est rien. Il faut donc que l’Etat accompagne les éleveurs qui paient leurs taxes comme il le fait avec les autres acteurs. Il y a enfin le fait que les gens confondent Peulh et éleveur. Quand les communes veulent accompagner les éleveurs, certaines personnes estiment qu’elles veulent aider les Peulhs. Pourtant, ce ne sont les Peulhs uniquement qui sont des éleveurs. Dans le
secteur, il y a plusieurs autres communautés et acteurs qui font
l’élevage.

Entretien réalisé par
Jean-Marie TOE

La rentabilité de l’exploitation artisanale de l’or en débat

Le ministre des Mines et des Carrières, Oumarou Idani, a présidé le 25 mars à Koudougou, les travaux de la première session du conseil d’administration de son département ministériel de l’année 2019. Cette rencontre s’est tenue sous le thème : «Exploitation minière artisanale et semi-mécanisée : quels mécanismes pour un meilleur impact socioéconomique ?»

Pour la première session du Conseil d’administration du secteur ministériel (CASEM) des Mines et des Carrières, le lundi 25 mars 2019, les cadres de ce département et les acteurs de l’exploitation artisanale de l’or ont mené la réflexion autour des mécanismes pour un meilleur impact socioéconomique de l’exploitation minière artisanale. Le ministre des Mines et des Carrières, Oumarou Idani, a annoncé que de nombreuses réformes, dont l’opérationnalisation progressive de l’Agence nationale d’encadrement des exploitations minières artisanales et semi-mécanisées (ANEEMAS), ont déjà été engagées dans ce sens. «L’ANEEMAS a été créée, car nous sommes convaincus de l’importance de ce maillon dans l’économie nationale», a insisté le ministre. Au cours du CASEM, les participants se sont également penchés sur la Stratégie des mines et des carrières (SMC) pour la période 2017-2026, notamment son plan d’actions pour la période 2018-2020. L’objectif de la SMC est de développer un secteur minier compétitif avec une forte valeur ajoutée grâce à la création d’emplois décents. Le ministère a identifié à cet effet quatre programmes budgétaires dans l’optique d’améliorer la gouvernance du secteur.

Selon le ministre Idani, la mise en œuvre des mesures et actions contenues dans le programme d’activités de l’année 2018, indique un taux de réalisation de 67,5%. «Malgré les contraintes et les restrictions budgétaires, la réalisation de la cartographie géologique et le levé géophysique aéroporté ; le renforcement du cadre législatif et réglementaire avec l’élaboration et l’adoption de plusieurs textes ; la mise en ligne du cadastre minier et la poursuite des réflexions pour son autonomisation ; l’accord de la Banque mondiale pour la poursuite de son appui à travers une nouvelle intervention d’environ 30 millions de dollar US figurent parmi les résultats importants enregistrés par le département», a énuméré M. Idani. Le ministre a, par ailleurs, annoncé l’entrée en production de la mine de SEMAFO BOUNGOU et le lancement effectif des travaux de construction de la mine de WAHGNION, portant ainsi à 13 le nombre de mines en exploitation. Concernant la production minière proprement dite, le ministre Idani a attesté que le comité de vérification et de conciliation des statistiques de production minière, à l’issue de ses travaux du 7 mars 2019, a annoncé une production d’or fin exportée au 31 décembre 2018 de 52,622 tonnes, soit un accroissement de 15,4% par rapport à 2017.

François KABORE

Fabrication de matériels agricoles Une vingtaine de jeunes dotés de compétences

La Chambre des métiers de l’artisanat du Burkina Faso (CMA/BF) a organisé une cérémonie de fin de formation des jeunes en techniques de production de matériels agricoles, le jeudi 21 mars 2019 à Ouagadougou.

Après une formation de deux semaines, du 23 novembre au 8 décembre 2018, aux techniques de production de matériels agricoles, ce sont 103 outils agricoles qui ont été fabriqués par une vingtaine de jeunes. Ils ont été présentés lors d’une cérémonie organisée par la Chambre des métiers de l’artisanat du Burkina Faso (CMA/BF), le jeudi 21 mars 2019 à Ouagadougou. Selon le président de la Fédération nationale des artisans du Burkina Faso (FANA/BF), Pierre Yaméogo, c’est une bonne initiative au profit des jeunes car de nos jours, tout développement vient de la formation.

«Ils ont réalisé des houes, des charrues à traction asine et de bœufs. C’est pourquoi, nous souhaitons que des partenaires puissent toujours injecter des fonds au niveau de l’encadrement», a-t-il laissé entendre. Et d’insister que la jeunesse doit être outillée avant de prétendre à des emplois. De son avis, il s’agit d’un acte salutaire pour l’insertion professionnelle ou la création d’entreprise. Pour le coordonnateur par intérim du Projet emplois jeunes, développement des compétences, Souleymane Nassa, cette expérience est nécessaire pour le développement de l’agriculture. «C’est un marché du ministère en charge de l’agriculture que la Chambre des métiers exécute à travers ces jeunes. Ainsi, les matériels fabriqués sont mis à la disposition des producteurs», a-t-il détaillé.

Pour le président de CMA/BF, Jacques Sédégo, les jeunes sont dans la dynamique d’apprendre les métiers et les acteurs concernés doivent accompagner le projet. «C’est une action-pilote et nous allons travailler à accroître le nombre de personnes formées dans le domaine», a souligné M. Sédégo. Karim Zongo, l’un des bénéficiaires de la formation, s’est dit prêt à entrer dans le monde professionnel. «Avec du soutien, nous pouvons ouvrir nos ateliers», a-t-il fait savoir. Au cours de la cérémonie, des attestations ont été remises aux récipiendaires et aux encadreurs.

Mariam SOMDA

Lutte antiterroriste au Sahel L’arrangement technique MINUSMA-G5 Sahel validé

Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a eu une audience suivie d’une séance de travail avec les délégations du G5 Sahel et du Conseil de sécurité de l’ONU, le dimanche 24 mars 2019 à Ouagadougou.

«La MINUSMA va appuyer de façon opérationnelle et logistique le G5 Sahel, afin que celui-ci soit plus efficace dans ses missions sur le terrain. Les interventions qui étaient circonscrites à l’intérieur du Mali vont désormais aller au-delà des limites territoriales maliennes, pour s’étendre sur l’espace du G5 Sahel en prenant en compte les sept bataillons du groupe». C’est ce qu’a expliqué le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Alpha Barry, au terme d’une séance de travail que le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a eu avec une délégation du Conseil de sécurité de l’ONU et du G5-Sahel, le dimanche 24 mars 2019. Pour le ministre Alpha Barry, la mission des émissaires onusiens a été mise à profit pour échanger sur divers points sécuritaires en lien avec le grand banditisme et le terrorisme. «Nous avons abordé trois grands sujets dont le G5 Sahel, les défis sécuritaires au Burkina Faso et l’arrangement technique G5 Sahel-MINUSMA souhaité par les chefs d’Etat», a-t-il dit. En ce qui concerne le G5 Sahel, le ministre Barry s’est félicité de la validation de l’arrangement technique.
Cet arrangement, selon lui, consiste à obtenir du Conseil de sécurité de l’ONU, une faveur visant à établir une collaboration entre la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et le G5 Sahel. Les experts en sécurité de l’ONU ont à cette occasion, affirmé leur soutien aux Etats en lutte contre l’hydre terroriste dans le sahel africain. Pour le cas précis du Burkina Faso, le Conseil
de sécurité a réitéré son encouragement au gouvernement et rassuré que des dispositions seront prises conjointement avec le G5 Sahel pour répondre à la menace djihadiste.

Une enquête indépendante

L’ambassadeur d’Allemagne à l’ONU, Christoph Heusgen, a précisé que les Nations unies s’inscrivent dans la dynamique de la lutte antiterroriste au Sahel. Il a fait savoir que la mission a rencontré divers acteurs au Burkina Faso (OSC, politiques, Droit de l’Homme, etc.) pour mieux orienter l’aide de l’ONU.
«L’ONU soutient la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso. Le secrétaire général de l’ONU a mis un accent particulier sur ce pays. Il a donné instruction au représentant spécial de l’Afrique de l’Ouest et du Sahara, Mohamed Ibn Chambas, de concentrer les efforts de la région sur le Burkina», a dit M. Heusgen.
Mais, au plan socioéconomique, les émissaires ont souhaité la réouverture
des écoles et centres de santé fermés du fait de la psychose terroriste.

Ils ont encouragé le gouvernement à poursuivre des réformes démocratiques nécessaires et à mettre en application les lois adoptées, surtout celles relatives à la corruption. «Il faut des engagements pour calmer les tensions intercommunautaires. On a appris des soupçons d’exécutions sommaires. Il faut une enquête indépendante et que les auteurs soient punis au nom de la loi. Car la lutte contre le terrorisme doit se faire dans le respect des droits de l’Homme», a recommandé Christoph Heusgen. Le conseil a plaidé pour la protection des femmes et des enfants.
Les ambassadeurs de France et de la Côte d’Ivoire, respectivement François de Lattre et Adom Kacou, ont tous affirmé le soutien de leurs pays au Burkina Faso et par-dessus au G5 Sahel.

Wanlé Gérard
COULIBALY

Journées portes ouvertes La SONABEL s’ouvre au public

La Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL) a tenu un panel le samedi 23 mars 2019 à Ouagadougou dans le cadre de ses journées portes ouvertes.

«Enjeux et défis du mix énergétique», c’est sous ce thème que la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL) a voulu faire découvrir ses prestations de service et son mode de fonctionnement, du 22 au 24 mars 2019 au public. Dans le cadre de ses journées portes ouvertes, le samedi 23 mars, la société a organisé un panel. Au cours des échanges, le directeur général des énergies renouvelables du ministère de l’Energie, Dr Bruno Korgo, a déclaré que le mix énergétique possède d’une part des sources d’énergies renouvelables qui sont la géothermie, l’énergie éolienne, l’énergie solaire, l’hydroélectricité, la biomasse, etc., et d’autre part, des sources d’énergies non renouvelables tels le pétrole, le gaz naturel, le charbon, le gaz schiste, etc. A cela, Dr Korgo a ajouté que le mix énergétique a quatre facteurs que sont les ressources naturelles, les coûts d’énergie, les niveaux scientifique et technique et les politiques énergétiques.
En ce qui concerne la politique énergétique globale au Burkina Faso, le directeur général des énergies renouvelables a affirmé que la vision est d’effectuer une transition énergétique vers les énergies vertes et renouvelables, en mettant un accent particulier sur l’énergie solaire. Il a indiqué que cette politique vise à installer 1000 MWc, produire 30% d’énergie renouvelable en 2020, 50% en 2030, et atteindre 45% d’accès à l’électrification et un million d’abonnés en 2020. Pour atteindre un tel objectif, il a fait savoir que la construction d’autres infrastructures comme celle du mini- réseau d’énergie solaire, mais également les mini-centrales font partie des défis à relever. Par ailleurs, Dr Korgo a confié que des réformes institutionnelles, législatives, réglementaires, technologiques sont prises pour accroître la productivité de la SONABEL. Il a souhaité que les populations aient un accès aux services énergétiques modernes et disposent de l’énergie à moindre coût.

Trois principales sources

Le directeur des productions de la SONABEL, Lassana Zoungrana, a pour sa part rappelé que la nationale d’électricité dispose de trois principales sources de production qui sont le thermique diesel dont l’exploitation a débuté en 1954 à Ouaga 1 et Bobo 1, l’hydroélectricité entamée en 1989 à la centrale de Kompienga et le solaire photovoltaïque mis en marche en 2017 et alimentant les centrales solaires de Zagtouli et Ziga. Il a affirmé que plusieurs facteurs peuvent expliquer les contraintes liées à la disponibilité des moyens de production d’électricité en période de chaleur. Lassana Zoungrana a cité par exemple les pannes fortuites pouvant survenir pendant l’exploitation des groupes, l’impossibilité de stocker l’ensemble des pièces de rechange des groupes et la faible pluviométrie qui impactent les niveaux d’eau dans les barrages. A titre illustratif, M. Zoungrana a évoqué le cas survenu en 2018 où le barrage de Bagré a eu un arrêt de deux mois et demi et celui de la Kompienga avec un arrêt de deux mois.
Pour pallier ce déficit énergétique, le directeur des productions de la SONABEL a laissé entendre que des projets sont en cours tels que l’extension de la centrale thermique de Fada N’Gourma de 7,5 MW qui sera mis en service en juin 2019. Il a fait cas également de l’extension de la centrale thermique de Kossodo qui est de 50 MW dont les travaux débuteront bientôt pour un délai d’exécution de 18 mois et l’extension de la centrale solaire de Zagtouli de 17MW financé par la Banque mondiale. «En plus, la SONABEL projette construire deux centrales solaires à Koudougou et Kaya qui seront respectivement de 20 et 10 MW», a-t-il ajouté. M. Zoungrana a informé que les appels d’offres dudit projet ont déjà été lancés.

Saran Hadja TRAORE

Prisons burkinabè: le cycle infernal des multirécidivistes

Plus de la moitié des pensionnaires des centres de détention au Burkina Faso sont récidivistes ou multirécidivistes. Malgré les politiques carcérales de réinsertion sociale, la tendance ne baisse pas. Environ 65% de la population carcérale est dans ce registre. Reportage au cœur des geôles !

Le phénomène de la récidive cause des soucis aux gestionnaires des prisons burkinabè. En effet, les récidivistes et multirécidivistes sont nombreux dans les maisons d’arrêt et de correction de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Ce qui ne facilite pas toujours la tâche
aux gardes de sécurité pénitentiaire. Courant février 2019, dans la ville de Sya,
le détenu surnommé «Blakagnien» (sécurisez vos biens en dioula) a fait à nouveau parler de lui. Incarcéré près d’une dizaine de fois pour des faits de vol et de braquage, ce délinquant notoire est un habitué des geôles. Il cumule les infractions depuis l’âge de 12 ans. Agressions, vols, escroqueries, abus de confiance, etc., tout y passe. A 13 ans, il est impliqué dans plusieurs procédures judiciaires, avec au compteur, une vingtaine de victimes. Quinze jours à peine, après sa dernière libération, le jeune homme a récidivé, en cambriolant un magasin dans la ville de Bobo-Dioulasso. Evoquant le cas des multirécidivistes, un gardien de prison, sous le couvert de l’anonymat, indique qu’en droit pénal, la récidive légale est la réitération d’une infraction similaire ou proche d’une infraction précédemment et définitivement condamnée. C’est d’ailleurs une circonstance aggravante, qui permet de prononcer d’une peine plus lourde, jusqu’au doublement de la peine, soutient le geôlier. Malheureusement, ces types de malfrats sont légion dans les prisons burkinabè. Les dernières statistiques révèlent en effet, que plus de la moitié de la population carcérale (environ 65%) est récidiviste.

Condamnés à voler ?

Dans l’univers des multirécidivistes, les peines d’emprisonnement ferme sont particulièrement lourdes, mais elles ne semblent dissuader personne. Le cas de «Blakagnien» n’est pas isolé. Les récidivistes se comptent par milliers à travers les maisons de détention, et chaque détenu a une histoire carcérale particulière. Marié et père de deux enfants, Raouff, 35 ans, a récidivé huit fois. Du quartier des mineurs à celui des majeurs, il a presque passé toute sa vie en milieu carcéral. En 2016, il a même été écroué pour braquage à main armée. Ce détenu, teint clair, de taille moyenne, a bien voulu évoquer les causes de son penchant pour le vol. Tout commence lorsqu’il perd très tôt ses géniteurs. Pour subvenir à ses besoins il commet des larcins avant de s’adonner plus tard aux braquages. Plusieurs fois gardé à vue, il a connu sa première détention à l’âge de 13 ans. Il purge actuellement une peine de 20 ans d’emprisonnement ferme sans aucune possibilité de libération conditionnelle. «Je n’ai rien appris comme métier. Et avec la belle vie que j’ai eu à mener, je ne pense pas pouvoir cultiver un champ. Le commerce aussi demande des moyens. J’ai l’impression d’être condamné à voler», affirme-t-il, l’air résigné. La fin de chaque peine lui a, en effet, toujours semblé être le début d’une autre, puisqu’il retombe dans la délinquance.

«Le vol est mon métier»

A ce jour, les imposants murs de la prison de Bobo-Dioulasso constituent pour Raouff, un «haut lieu de sécurité et de tranquillité». Sa vie est désormais un cycle où s’alternent liberté et incarcération. D’ailleurs, il confie sans ambages : «Le vol est mon métier, la prison est ma maison». Sur la même lancée, il affirme que les tentatives d’un retour à une vie normale sont restées vaines. De plus, raille-t-il, «la prison,
vous n’allez pas me croire, respecte mieux les droits des citoyens que la société qui nous a vu naître et grandir». T.H. alias «Django» fait également partie des « abonnés » à la prison. Né en 1983, célibataire et père de trois enfants, il a effectué sa première incarcération en 2001 pour vol d’animaux de trait. Libéré après cinq mois d’emprisonnement, il récidive en 2003 avec un vol avec effraction et association de malfaiteurs et écope de trois ans de prison. Il quitte les liens de la détention en 2007 et y retourne la même année. Cette fois, son dossier porte la mention «vol aggravé, recel, etc.». En effet, à cette période, Django avait pris la tête d’un «puissant» réseau mafieux qui dictait sa loi à l’Ouest du pays. Un véritable «commando» baptisé «la terreur de l’Ouest» par les membres du groupe eux-mêmes. Django raconte que son groupe était fort de 15 jeunes avec des ramifications au-delà du pays. «Le butin de chaque opération était immédiatement envoyé pour être vendu hors du territoire, grâce au soutien de complices étrangers», relate-t-il.

« La prison éduque… »

Longtemps traquée, ce n’est qu’en 2013, que la police a réussi à mettre la main sur la bande à Django. «La terreur de l’Ouest» est ainsi décapitée et chaque membre écope d’une peine proportionnelle à son implication dans les opérations. Django, lui, prend 15 ans fermes. «J’ai déjà épuisé 5 ans. Il me reste 10 autres années à supporter», déclare-t-il. Le multirécidiviste prétend vouloir se repentir et mener une vie normale, mais il dit craindre le fait que la société ait une image négative des ex-détenus. «Lorsque tu as déjà fait la prison, il est difficile de retourner vivre chez toi. Les regards et les critiques sont orientés contre toi. Personne n’est prêt à t’employer. Pire, même ceux qui n’ont rien comme fortune peuvent mentir d’avoir perdu un bien et vous suspecter», regrette le pensionnaire de la Maison d’arrêt de Bobo. «Mozess», un autre multirécidiviste, connaît la prison comme sa poche. Il a purgé deux fois six mois de prison en 2002, trois ans en 2004, cinq ans en 2008 et sept ans en 2017. Tout comme Django, il dénonce un rejet social. Il affirme que c’est le manque d’emploi qui l’a conduit aux vols, aux cambriolages, aux détournements et autres délits. Pour lui, «la prison éduque, mais la société exclue». Toutefois, Mozess envisage de devenir chauffeur routier une fois sortie de prison en 2024.

De la réinsertion sociale

Au sein de l’administration pénitentiaire, on reconnait la montée en puissance de la récidive. De ce fait, des politiques de réinsertion sociale sont élaborées et mises en place pour faciliter le retour des détenus. Selon le chef de greffe de la Maison d’arrêt et de correction de Bobo-Dioulasso (MACB), Tahirou Karambiri, les prisons abritent des services sociaux. Sur le terrain, explique le directeur de la Maison d’arrêt et de correction de Dédougou, l’inspecteur Hamado Ouédraogo, ces services mènent des actions de sensibilisation, rencontrent les parents de détenus et préparent la libération des prisonniers. «Les services sociaux s’activent au renouement des liens avec la cellule familiale et le reste de la communauté», souligne-t-il. Dans le même ordre d’idées, l’ex-directeur général de la Garde de sécurité pénitentiaire (GSP), l’inspecteur divisionnaire, Geoffroy Yogo, précise que la faiblesse du budget alloué aux programmes de réinsertion occasionne la non-prise en compte de tous les détenus. Ainsi, il avance qu’un détenu peut récidiver, soit parce qu’il n’a pas bénéficié du programme, soit parce qu’il a été marginalisé par la société. «Très peu de détenus bénéficiaires du programme récidivent», soutient M. Yogo. Selon lui, la récidive est le fait d’une insuffisance de la mise en œuvre des politiques de
resocialisation. Pour le directeur de la production pénitentiaire, l’inspecteur Joseph Compaoré, la récidive est une défaillance de la société. Sinon, à son entendement,
les formations qui sont dispensées en productions végétales (agriculture, maraichage), animales (aviculture, embouche) et dans les ateliers (couture, menuiserie, et
tissage) devraient favoriser l’insertion des détenus.

Wanlé Gérard
COULIBALY

Éliminatoires des JO 2020 en baseball Burkina Faso : 14 ≠ Ghana : 4

 Au cours de leur deuxième et dernier match des  éliminatoires des Jeux Olympiques 2020, zone Afrique de l’ouest, les Etalons baseballeurs séniors ont battu les Black Stars  du Ghana, sur leurs propres installations, par le  lourd score 14 à 4,  ce samedi  23  mars 2019, à Accra au Ghana.

Ca y est ! Les Etalons baseballeurs séniors sont qualifiés pour la dernière phase des  éliminatoires des Jeux Olympiques 2020 en baseball, zone Afrique, en mai prochain en Afrique du Sud. Pour leur deuxième et dernier match des éliminatoires des JO 2020, Zone Afrique de l’ouest, ils sont venus à bout de l’équipe nationale baseball du Ghana par le score large de 14 à 4. Ragaillardis par leur victoire de la veille contre le Nigéria par le score sans appel de 13 à 3, les Etalons ont encore affirmé leur invincibilité dans ce tournoi. Dès les trois premiers inning (manches) les joueurs burkinabè vont vite montrer qu’ils ne sont pas venus faire du tourisme, en dominant leurs adversaires par 5 à 0. Apres  avoir marqué leurs 4 uniques points du match à la 4è manche, les ghanéens croyaient pouvoir revenir à la hauteur des burkinabè. Mais c’est sans compter avec la rage de vaincre des teigneux enfants venus de Ouagadougou. Malgré leur faible gabarit, (ils étaient les plus petits, devant ghanéens et nigérians), très techniques et athlétiques, les jeunes burkinabè ont exprimé leur supériorité dans les frappes, lancées de balles et montées, tout en respectant le plan de jeu du sélectionneur national. « Le match s’est bien passé parce que les joueurs ont respecté les consignes », a fait savoir l’entraineur des Etalons, le japonais Yuta Deai, à l’issue de la rencontre. En plus des capacités techniques des Etalons, la force de l’équipe réside dans la cohésion qui règne au sein du groupe. « L’équipe est très soudé, car depuis tout-petits nous jouons ensemble », a souligné l’international burkinabè évoluant dans le championnat japonais, Lassina Sanfo. Pour l’entraineur ghanéen, Salami Jamiu, l’équipe burkinabè était bien présente dans le match. « Le niveau du Burkina  Faso s’est beaucoup amélioré par rapport aux années antérieures », a-t-il constaté. Et d’expliquer la débâcle de son équipe par le manque de préparation conséquente et la faiblesse de ses joueurs au niveau des frappes de balles.

A l’issue de ce tournoi, le Burkina Faso devient leader en baseball en Afrique de l’Ouest. « Avec ses deux belles victoires contre le Nigéria et le Ghana, nous devenons les meilleurs en Afrique de l’Ouest en baseball », a indiqué le directeur technique national de la Fédération burkinabè de baseball et softball (FBBS), Boukaré Sawadogo.

Le deuxième pays qualifié sera connu à l’issue du match entre le Ghana et le Nigéria qui se joue ce dimanche 24 mars 2019, à Accra.

 

Mahamadi Sebogo

msebogo@yahoo.fr   

Depuis Accra

Gestion des finances publiques : La Cour des comptes déplore des irrégularités

Le président du Faso a successivement reçu en audience le vendredi 22 mars 2019 le nouveau bureau de l’Ordre national des médecins du Burkina Faso et la Cour des comptes qui lui a présenté son rapport d’activités 2017.

Le rapport 2017 de la Cour des comptes révèle des dysfonctionnements au niveau des opérations de l’Etat, de certaines entreprises publiques et d’autres collectivités territoriales. C’est ce qu’a indiqué le premier président de l’institution, Jean Emile Somda, reçu en audience le vendredi 22 mars 2019 à Kosyam par le Chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré pour la remise du rapport de la Cour des comptes.

Au titre des comptes de l’administration générale des finances, M. Somda a rappelé que le ministre en charge des Finances, ordonnateur principal, doit présenter un compte général dont la Cour des comptes est chargée d’en contrôler la sincérité. « Ce document malheureusement met souvent du retard et nous l’avons relevé à l’attention du chef de l’Etat », a fait savoir le premier président de la Cour des comptes.

L’institution a relevé également le faible niveau de réalisations des dépenses sur les prêts et subventions. « Nous avons vu qu’au titre des dépenses sur les prêts, les taux d’exécution ne sont qu’à 18,33% et sur les subventions, 27,86%. Ce problème est souvent lié aux contreparties que l’Etat lui-même doit apporter », a-t-il détaillé. En ce qui concerne les collectivités territoriales, la Cour des comptes a effectué des contrôles au Conseil régional de l’Est et dans la commune urbaine de Fada N’gourma.

A ce niveau, les dysfonctionnements relevés sont relatifs entre autres au non-fonctionnement des commissions permanentes, la non-tenue des archives, la non soumission à bonne date des plans de passations des marchés à l’examen des équipes techniques du contrôle ainsi que la mauvaise qualité des investissements au niveau du conseil régional de l’Est (malfaçon, mauvais entretien des infrastructures et équipements, abandon même de certains chantiers dans la commune de Fada).

« Dans la mesure où les infrastructures entraînent des dépenses assez importantes, nous pensons qu’on peut mieux rationnaliser pour éviter ces genres de déperditions », a fait remarquer Jean Emile Somda. Il a confié qu’en réaction, le président du Faso a conseillé à son institution d’aller au-delà des ministres concernés pour porter les informations au Premier ministre. Bien avant la Cour des comptes, le nouveau bureau élu de l’Ordre national des médecins du Burkina était allé se présenter au président Kaboré.

Mise en place en novembre 2018 pour un mandat de quatre ans, cette équipe de huit membres, conduite par Pr Charlemagne Ouédraogo, a dit vouloir travailler autour de la solidarité des médecins. « L’ordre national s’attèlera à poursuivre l’assainissement dans le milieu des médecins à l’image de l’ordre régional de Ouagadougou et faire en sorte que tout médecin reconnu comme tel, soit véritablement inscrit au tableau de l’ordre », a précisé Pr Ouédraogo.

Fabé Mamadou OUATTARA