Protection des données personnelles: L’Académie de police découvre la CIL

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La Commission de l’informatique et des libertés (CIL), a reçu, des élèves- officiers de la 4e promotion de l’Académie de police, le lundi 28 janvier 2019 à Ouagadougou, pour une visite de découverte.

L’Académie de police veut se familiariser avec des institutions étatiques. Elle a mis le cap le lundi 28 janvier 2019 sur la Commission de l’informatique et des libertés (CIL)), à Ouagadougou. L’objectif de la visite, a laissé entendre l’élève- officier de police Bationo Patrice, est de créer une certaine symbiose entre la police et les institutions de l’Etat.

« En effectuant cette visite au sein de la CIL qui œuvre dans le domaine de l’informatique, il s’agira pour nous, élèves-policiers, de venir apprendre sur la protection des données à caractère personnel dans ce monde basé sur les Technologies de l’information et de la communication (TIC)» a indiqué M. Bationo.

Les élèves de l’Académie de police ont renforcé leurs capacités en matière de protection des données à caractère personnel.

La directrice de la CIL, Marguerite Ouédraogo/Bonané, a saisi l’occasion pour saluer la présence massive des élèves-officiers de la 4e promotion de l’Académie de police dans son institution. A l’écouter, cette visite entre dans le cadre des actions d’information et de sensibilisation de son institution. « La Commission de l’informatique et des libertés, autorité administrative indépendante, a pour mission de veiller à la protection des données personnelles des citoyens burkinabè en matière de traitement, de manipulation de toutes ces données », a expliqué la directrice.

Ainsi, il a été question, avec les élèves-officiers, de partager des informations, des missions et attributions de la CIL, des actions menées sur le terrain, des droits des personnes concernées en matière de traitement de leurs données. Des conseils pratiques pour une gestion saine et responsable de la vie privée dans un monde du tout numérique ont été prodigués à l’endroit des visiteurs du jour. En rappel, cette visite de la police au sein du CIL s’est effectuée le jour où le monde entier célèbre la «Journée internationale de protection des données à caractère personnel ».

Hadofini Clotilde BICABA
(Stagiaire)

Gestion des déchets solides : Bientôt un plan stratégique pour la commune de Ziniaré

Le maire de la commune de Ziniaré, Pascal Compaoré, a échangé avec les hommes de médias sur le bilan de sa mission à Limoges, dans la Nouvelle Aquitaine, dans le cadre de la coopération entre sa commune et cette région administrative de la France, le mardi 22 janvier 2019 à Ziniaré.

Les relations entre la commune de Ziniaré et la Nouvelle-Aquitaine en France sont au beau fixe. Dans le cadre de cette coopération, le maire de la commune de Ziniaré, Pascal Compaoré, a séjourné dans cette région administrative, du 13 au 19 janvier 2019, afin d’échanger avec les partenaires sur la gestion des déchets solides, dans la perspective de la mise en œuvre d’un Plan stratégique de gestion des déchets solides (PSGDS) de la commune de Ziniaré.

Le mardi 22 janvier 2019, Pascal Compaoré a fait le point de son séjour en France. « Cette mission a été fructueuse et des projets sont en cours pour le rayonnement de la commune de Ziniaré. Les partenaires Evolis 23 et SYDED sont disposés à accompagner techniquement la commune de Ziniaré », a-t-il confié. Pour le maire, la mission a été une expérience enrichissante et édifiante en ce sens qu’elle a sollicité un accompagnement en moyens roulants et des poubelles pour la commune.

Des acquis capitalisés

Selon le premier responsable de la commune, la délégation burkinabè a obtenu la promesse d’une assistance du Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE), pour la réalisation d’un parc de biodiversité à Ziniaré, à travers un appui technique et dans la recherche de partenaires financiers.

En plus de cette promesse, des acquis ont été capitalisés, de l’avis de Pascal Compaoré, lors de ce séjour français. Il s’agit, entre autres, de la mutualisation des ressources, de la formalisation de la coopération, l’accueil et le placement des jeunes pour la formation et le renforcement de la bibliothèque.

Pour Mouni Zongo, 2e adjoint au maire de la commune de Ziniaré, la gestion des déchets est une problématique liée au comportement des populations.
C’est pourquoi, il estime qu’il va falloir intensifier la sensibilisation dans les écoles et dans tous les corps de métier.

Dans ce sens, M. Zongo a invité les populations à adopter un comportement citoyen pour la réussite du PSGDS qui sera bientôt mis en œuvre dans la commune. « Des mesures sont prises par le Conseil municipal pour la gestion des déchets cette année puisque des sites ont été identifiés pour la collecte des ordures.

Les centres de stockage seront clôturés, sécurisés et des tris seront faits pour valoriser ce qui doit l’être. Aussi, des mesures seront prises pour encourager les citoyens ayant des comportements exemplaires en matière de gestion des déchets », a précisé M Zongo. A en croire la délégation, la présidente de la Nouvelle Aquitaine séjournera du 17 au 23 février 2019 à Ziniaré pour la célébration des 20 ans de jumelage.

Abdias Cyprien SAWADOGO
Elodie N HEMA/PODA
(Collaboratrice)

Sécurité alimentaire dans le Plateau central: Renforcer la résilience des populations

Le projet « Résilience et sécurité alimentaire dans la région du Plateau central (RESA-PCL) » a organisé des ateliers provinciaux de sensibilisation sur ses activités du 22 au 24 janvier 2019 dans les localités de Boussé, Zorgho et Ziniaré de la région du Plateau central.

Le phénomène du changement climatique constitue une des menaces majeures au développement durable de l’agriculture et de l’élevage au Burkina Faso. Ces difficultés et perturbations compromettent la sécurité alimentaire et affectent négativement les revenus des populations.

Au regard de la récurrence et de l’ampleur des poches de sécheresse dans les régions structurellement déficitaires, comme le Plateau central, le gouvernement burkinabè, en collaboration avec la Coopération autrichienne, a initié le projet Résilience et sécurité alimentaire au Plateau central (RESA-PCL).

Dans le souci d’informer et de sensibiliser les acteurs aux activités du projet, des ateliers provinciaux ont été organisés dans les chefs-lieux des trois provinces de la région, à savoir Boussé, Zorgho et Ziniaré, du 22 au 24 janvier 2019.

Selon le secrétaire général de la région, Zoumèsègh Sévérin Somé, le projet RESA-PCL s’inscrit dans l’axe 3 du Plan national de développement économique et social (PNDES) qui est de dynamiser les secteurs porteurs pour l’économie nationale et pourvoyeur d’emplois.

« Ce projet devrait nous permettre d’augmenter les rendements agricoles de 20% à travers la production du riz, du maïs, du niébé, du soja ainsi que l’embouche ovine/porcine et l’élevage de volaille ; d’accroître le taux de couverture des besoins céréaliers des ménages bénéficiaires de 6% et d’augmenter les revenus des ménages bénéficiaires de 20% », a précisé M. Somé.

Pour le chargé du suivi-évaluation du projet, Abdramane Sanon,  le projet va intervenir à travers cinq composantes notamment l’appui à l’équipement rural, le soutien à la production agricole et animale d’une manière durable, la promotion des activités génératrices de revenus pour les femmes et les jeunes, le renforcement des capacités techniques des bénéficiaires des trois premières composantes, le suivi-évaluation et la visibilité du projet.

D’un coût global de 753 276 748 F CFA, le projet est financé par l’Agence autrichienne de développement (ADA) et par l’Etat burkinabè à hauteur de plus de 97 millions F CFA. Il vise à renforcer la résilience des populations du Plateau central par l’amélioration de leurs capacités techniques et financières de production animale et agricole et de transformation du riz et du soja.

L’impact visé par le projet est d’améliorer durablement les conditions de vie de 7 722 bénéficiaires directs et de 55 000 bénéficiaires indirects. Pour cette année 2019, 481 016 760 F CFA seront investis pour améliorer l’accès des populations aux équipements, la production animale, agricole et végétale, les revenus des femmes, des jeunes, etc. Pour plus de transparence et de justice sociale, les participants ont invité l’équipe de projet à une répartition équitable des bénéficiaires par commune.

Abdias Cyprien SAWADOGO

Centre hospitalier universitaire de Bogodogo : Eaux usées, caniveaux à ciel ouvert…, les supplices des riverains

Le Centre hospitalier universitaire de Bogodogo (CHUB) est l’un des derniers-nés des établissements publics de santé au Burkina Faso. Si son édification est un « ouf » de soulagement pour les populations en matière d’offres de soins de santé, les caniveaux érigés aux alentours du centre pour permettre l’écoulement des eaux usées causent de nombreux désagréments aux riverains. Constat !

Sous une soirée poussiéreuse ce jeudi 22 novembre 2018, nous entrons dans la famille du petit Massaoudou Nikièma au quartier Karpala de Ouagadougou. Dans la concession familiale, située à un jet de pierres du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo (CHUB), le jeune enfant et trois de ses « copains » sont occupés à jouer. Maman Massaoudou assiste à la scène, assise dans un coin de la cour, la main soutenant le menton.

Le garçon, âgé d’à peine 6 ans, est remarquable par les gros points de suture sur son front, qui semblent récents. En réalité, Massaoudou l’a échappé belle. « C’est grâce à Dieu que mon enfant est encore vivant aujourd’hui », déclare sa mère, Aminata Nikièma, non sans pousser un grand soupire. Elle explique en effet, que lors d’une partie de course, le 25 septembre dernier, entre son fils et des camarades, Massaoudou s’est retrouvé au fond du caniveau qui longe la devanture de la cour.

Alertée par les cris de l’enfant, sa mère accourt et le trouve dans le trou, la tête ensanglantée. « Repêché » par les voisins, Massaoudou est vite conduit au centre de santé primaire le plus proche, sis au sein du camp militaire Général- Baba-Sy. Il s’évanouit à l’entrée de l’hôpital. Là-bas, les infirmiers lèvent l’urgence. Le garçonnet revient à lui.

Après les premiers soins, les médecins recommandent aux parents du bambin de faire une radiographie de la tête. Au final, elle livre un résultat qui n’est pas alarmant et, Massaoudou est autorisé à rejoindre le domicile avec une ordonnance à la main. Mais au 3e jour de l’incident, la situation du petit empire : son visage enfle, la plaie s’infecte jusqu’à produire du pus. Retour à « l’hôpital militaire ».

Les agents de santé décident alors de crever l’abcès afin de soigner la plaie. Grosse frayeur! Les points de suture lâchent. L’enfant perd de nouveau connaissance. Les médecins demandent un scanner de la tête. Aussi, ils prescrivent d’autres produits qui permettent à l’enfant de se rétablir.

Une année scolaire perdue

Toutefois, cet accident lui a coûté son année scolaire. En effet, maman Massaoudou explique, avec consternation, que l’argent destiné à sa scolarisation a été utilisé pour payer les frais de l’hôpital. Yasmina Coulibaly, elle, a eu plus de chance. Sa chute dans le caniveau l’a obligée à suspendre les cours momentanément.

Le 20 octobre 2017, une roue de sa bicyclette s’accroche à un bout d’une dalle, déposée en face du portail, précipitant Yasmina au fond du « trou ». Informés par les voisins qui ont assisté impuissants à la scène, ses parents l’amènent à l’hôpital, quand bien même l’enfant ne présentait aucun signe de blessures.

Aucune anomalie n’a été détectée ce jour-là. Une semaine après, sa mère Kadi Coulibaly constate un creux sur le bras droit de sa fille. Intriguée, elle décide, de concert avec le père, de la ramener au centre de santé le plus proche, sis au camp militaire Général- Baba-Sy.

Les agents de santé demandent une radiographie du bras qui révèle une fracture. La petite est donc immédiatement prise en charge, son bras mis sous plâtre. L’élève de la classe de CM2 est obligée de passer plusieurs semaines à la maison, le temps que l’os du bras se ressoude. Ce qui, aux dires de sa génitrice, a porté un coup « fatal » à ses études puisqu’elle a échoué à l’examen du Certificat d’études primaires (CEP) session 2017.

En plus de Yasmina, son frère Mahomed a également causé une peur bleue à ses parents en tombant dans le caniveau. Agé d’à peine trois ans, il a voulu courir derrière les enfants du voisin et s’est retrouvé dans le trou, explique Mme Coulibaly, l’air désespéré. Tout comme Mmes Nikièma et Coulibaly, nombreux sont les parents qui ont vu leurs « bambins » frôler la mort au fond du caniveau.

D’autres par contre, même sans avoir vécu cette expérience « douloureuse », vivent dans la peur constante de voir leurs progénitures, « passer à la casserole » en dépit de toutes les précautions prises pour prévenir de telles éventualités. « Les enfants sont têtus, même quand on leur dit de ne pas s’amuser à côté des caniveaux, ils ne peuvent s’y empêcher, surtout qu’ils sont situés juste devant les cours», déclare Kadi Coulibaly, toute angoissée.

L’inquiétude des géniteurs s’accroît notamment en saison pluvieuse. Durant l’hivernage, la situation devient alarmante. Les eaux des pluies remplissent les caniveaux et débordent. Le danger est qu’une fois dans le caniveau, les enfants courent le risque d’être emportés par les eaux. La solution pour eux, serait donc la fermeture des caniveaux.

« L’odeur peut réveiller un mort »

En outre, la non-fermeture des caniveaux cause d’autres désagréments aux riverains de l’hôpital. A écouter le grand imam du quartier, El Hadj Abderrahmane Sawadogo, les eaux usées du CHUIB qui sont déversées dans les caniveaux créent une «odeur nauséabonde» qui indispose les «voisins» de l’établissement hospitalier.

La puanteur est des plus intenses aux environs de 22 heures, lorsque les agents du service d’hygiène de l’hôpital ouvrent les vannes pour déverser l’eau dans les caniveaux. « Quand ils ouvrent les vannes, même endormi, tu es obligé de te réveiller, tellement l’odeur est terrible. Elle peut même réveiller un mort », ironise-t-il, l’air remonté.

Le pire, selon l’imam Sawadogo, est que les eaux « sales » participent à la prolifération des moustiques. A tout moment, la famille Sawadogo est obligée de faire recours à des anti-moustiques. Au cas contraire, trouver le sommeil devient un luxe.  « Les moustiques nous fatiguent», soutient-il, avant d’ajouter que leurs enfants sont fréquemment malades du paludisme à cause de la présence exagérée des anophèles dans la zone.

Sylvie Kéré est gérante d’un maquis-resto à proximité de l’hôpital. Elle a « purement et simplement » perdu la moitié de ses clients, ne pouvant plus supporter la puanteur des lieux. A cause de la puanteur des caniveaux, tous ceux qui venaient manger dans son restau sont désormais des abonnés absents.

L’odeur les a littéralement fait perdre le goût des plats de dame Kéré. En plus de voir son commerce battre de l’aile, dame Kéré, enceinte de quelques mois, confie que l’odeur agit négativement sur sa santé. Elle souffre régulièrement de vomissements à répétition, et inonde les lieux de crachats. Même avec l’aide d’une serveuse, son rythme de travail et la qualité de ses mets en ont pris un coup.

« L’odeur persiste »

Face à cette situation qui cause des désagréments à plus d’un, les riverains ont tenté de trouver leurs propres solutions. Parmi celles-ci, l’on peut retenir le curage des caniveaux par les jeunes du quartier. « Nous avons essayé de nous organiser pour vider l’eau des caniveaux et y mettre des désinfectants.

Aujourd’hui même (Ndlr : 22 novembre), nous avons vidé les caniveaux, de 22 heures à 4 heures du matin. Nous avons fait plus de dix voyages de taxis-motos avec les eaux sales. En dépit de cela, l’odeur persiste», nous révèle le responsable des jeunes du quartier Alidou Kéré. Les riverains sont à bout de force.

Depuis plus d’une année, ils vident eux-mêmes les fausses septiques béantes, utilisent des substances chimiques pour dissiper les odeurs nauséabondes des eaux usées. « Sans compter les maladies que nous pouvons contracter en le faisant, puisque les eaux proviennent de la morgue de l’hôpital », affirme-t-il. Impuissants, les riverains se décident à rencontrer les premiers responsables de l’hôpital pour trouver une solution au problème.

C’est ainsi qu’ils prennent rendez-vous avec la directrice générale de l’hôpital, Diane Kaboré, qui leur fait comprendre que l’aménagement de la voirie externe de l’hôpital ne relève pas de sa structure, mais plutôt du ministère des Infrastructures et de la mairie de Ouagadougou. Des propos que corrobore Djakaridja Ouattara Héma, coordonnateur du projet de reconstruction et équipement du centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo.

N’ayant pas eu gain de cause auprès des premiers responsables de l’hôpital, les populations décident alors de se tourner vers les autorités municipales de l’arrondissement n°11.

La question débattue à l’Assemblée nationale

Les populations ont, à plusieurs reprises, tenté de manifester.

Le maire Ibrahim Maré est informé du problème. Il s’attelle d’ailleurs à le résoudre. Même si cela n’est pas de son ressort, foi de M. Maré. « Ce n’est pas à la commune de couvrir les caniveaux.

Nous n’avons même pas de budget pour cela», explique-t-il lors de notre rencontre dans la matinée du 27 novembre 2018. Ibrahim Maré fait comprendre qu’il a invité les riverains à prendre leur mal en patience, le temps que l’arrondissement plaide les moyens auprès des autorités compétentes. Il informe que le problème est connu de la mairie qui a déjà entamé des démarches pour le solutionner, mais sans succès pour le moment.

« Dès la fin des travaux de construction et ayant fait partie du comité de suivi des travaux, nous avons suggéré à l’entreprise la fermeture hermétique des caniveaux. Il nous avait été dit que dans l’appel d’offres de la construction de l’hôpital, cela n’était pas prévu et qu’il aurait fallu une rallonge budgétaire pour le faire », a fait savoir le bourgmestre.

Des pourparlers ont été entamés avec l’entreprise en question. Il a été convenu que les travaux d’aménagement de parking qui devaient être réalisés à proximité du Laboratoire national de santé publique (LNSP) soient annulés, et que cet argent soit utilisé pour couvrir les caniveaux.

« A notre grand étonnement, les travaux se sont achevés et depuis lors, les caniveaux sont restés à ciel ouvert », déplore M. Maré. C’est alors que la question a été portée devant la Mairie centrale et le ministère des Infrastructures. Aucune issue n’a été trouvée. Ensuite, la «souffrance» des riverains a été posée sur la table de l’Assemblée nationale.

La commission du Parlement burkinabè, en charge du suivi de la réalisation des infrastructures dans les différentes localités, a été mise devant le fait accompli. Elle a promis, à son tour, d’interpeller qui de droit pour qu’une solution soit trouvée. « Malgré tout, rien n’a été pris comme disposition pour couvrir les caniveaux », souligne Ibrahim Maré, avant d’appeler le ministère en charge des infrastructures et notamment l’agence chargée du contrôle et du suivi de la construction de l’hôpital à réfléchir à une solution.

Le manque de moyens, le nœud du problème ?

Et des initiatives, le directeur général de l’AGETIB, Mathieu Lompo dit en avoir entrepris. Tout d’abord, il informe s’être entretenu avec la DG du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, Diane Kaboré, courant juin 2017 afin de se rassurer de la qualité des eaux déversées.

« A cette occasion, nous avons aussi échangé en vue d’une action de communication à entreprendre pour faire baisser la grogne », fait-il savoir. Selon ses explications, cette dernière a indiqué lors de leur entrevue, que les eaux déversées actuellement dans les caniveaux sont traitées et donc sans risque pour les populations, surtout que des analyses périodiques sont faites.

Elle a également fait comprendre qu’elle n’est pas habilitée à communiquer avec les populations sur ce sujet. M. Lompo soutient que la DG leur a suggéré de se rapprocher du Projet de réinstallation et d’équipement du Centre hospitalier Yalgado-Ouédraogo (PREQ-CHUYO) qui s’est chargé de la construction de l’hôpital pour avoir de plus amples informations.

Chose que le DG de l’AGETIB dit avoir fait au cours du même mois. Les deux parties ont échangé sur le problème et pris deux recommandations principales. La première chargeait le projet de rassurer les populations sur la qualité des eaux déversées. La deuxième, quant à elle, instruisait l’AGETIB de proposer un devis pour la couverture des caniveaux.

Ainsi, à la suite de l’évaluation des travaux par la mission de contrôle, le premier responsable de l’AGETIB dit avoir transmis les devis suivants au PREQ-CHUYO. Le premier devis qui correspond aux travaux de couverture des caniveaux par des dalettes était d’un montant de 48 754 650 FCFA TTC.

Quant au second qui porte sur la construction de caniveaux de la fin actuelle des caniveaux jusqu’à rejoindre l’écoulement naturel qui rentre dans le camp militaire était d’un montant de 71 397 375 FCFA TTC. Le dernier devis correspond à la couverture du reste des caniveaux non couverts le long des voies. Son montant s’élève à 196 870 905 FCFA TTC.

A l’écouter, la couverture et le prolongement des caniveaux de tout le projet correspondait à la somme des trois devis qui est de 317 022 930 FCFA TTC. Pour M. Lompo, ce serait donc le manque de ressources qui explique la persistance de la situation puisque jusqu’à présent, le ministère n’a pas encore donné une suite à la requête à lui adressée. En tous les cas, les populations « en ont marre ». Il est plus qu’urgent pour l’ensemble des acteurs, de se concerter afin de trouver la solution qu’il faut dans les plus brefs délais.

Nadège YAMEOGO


« Si rien n’est fait, nous allons manifester »

Face à la persistance des odeurs et de tous les désagréments causés par les eaux sales des caniveaux, les riverains de l’hôpital de district de Bogodogo ont tenté à plusieurs reprises de manifester leur mécontentement à travers des mouvements d’humeur.

Mais ils ont été dissuadés par les « sages » du quartier. Ces derniers ont été soutenus dans cette lancée par le maire de l’arrondissement n°11 qui, après avoir eu vent de la volonté des riverains de manifester leur mécontentement, les a appelés au calme. Mais jusqu’à quand les riverains tiendront-ils ?

N.Y


Des eaux « traitées » qui puent

Les eaux qui quittent l’intérieur du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo pour se déverser dans les caniveaux construits à l’occasion de l’aménagement de la voirie, lors de la construction de l’établissement, dégagent une odeur nauséabonde qui ne laisse indifférent à quiconque passe ou habite dans les alentours.

Pourtant, selon les premiers responsables du Centre hospitalier universitaire, ces eaux sont traitées au chlore avant d’être déversées dans les caniveaux. Mais comment des eaux traitées peuvent-elles dégager une aussi forte puanteur ? Est-ce les produits chimiques utilisés à cet effet qui créent cette forte puanteur ?

Nous avons tenté d’entrer en contact avec les premiers responsables de l’hôpital pour avoir des réponses à ces questions, mais sans aucune réaction de leur part. En tous les cas, quelle que soit la qualité de l’eau qui est déversée, l’assentiment commun considère comme étant sale toute eau qui vient de h’ôpital.

Certains riverains sont même allés à dire que ce sont les eaux de la morgue. L’une des solutions serait donc de fermer les caniveaux pour mettre fin à la polémique. Alors, l’ensemble des acteurs impliqués sont donc appelés à se concerter afin de trouver une solution rapide à cette situation qui n’a que trop duré !!

N.Y

Athlétisme

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Le Burkinabè, Hugues Fabrice Zango a battu le record d’Afrique en triple saut avec 17,58m, au Meeting international de Paris.

Composition du nouveau gouvernement : Des Burkinabè entre satisfaction et déception

Le Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré a dévoilé, le jeudi 24 janvier 2019, son gouvernement. A Ouagadougou, à Tenkodogo et à Fada N’Gourma des citoyens apprécient différemment sa composition.

  • Daouda Beba, acteur du secteur privé à Ouaga: « C’est le système qui devrait être changé»

« Le problème du Burkina Faso, c’est le système, ce n’est pas l’individu. Le système de gouvernance actuelle du pays est entre autres basé sur l’affairisme, le copinage, des histoires de familles, de promotion. Il faut quelqu’un d’honnête pour changer la donne. Si on se base sur les appartenances politiques, sur des intérêts individuels, rien n’ira dans ce pays. Quand je parle de système, je fais allusion à la ligne de conduite du gouvernement actuel. Quand on prend l’exemple du coup d’Etat manqué, le gouvernement n’a pas appliqué une sanction administrative. Pour moi, les généraux, qui sont en train d’être jugés, devraient être dégradés pour faciliter le jugement ».

  • David Kéké, vice-président du Centre d’analyse stratégique à Ouagadougou : « Dans l’ensemble, je suis satisfait »

« En dehors du changement déploré au niveau du ministère de l’Economie et des Finances et du Développement (MINEFID), je suis satisfait de ce nouveau gouvernement. La ministre Rosine Coulibaly faisait des réformes majeures au sein de son département. Pour ce faire, elle devrait rester pour achever le formidable travail qu’elle a commencé. Qu’à cela ne tienne, seul le président sait ce pour quoi elle a quitté le gouvernement. Par ailleurs, je m’attendais plus à un changement au niveau des ministères de la Sécurité et de la Défense et cela a été vraiment un ouf de soulagement pour moi. Pour le moment, j’espère que cette nouvelle équipe travaillera pour la satisfaction de tout le monde ».

  • Mamadou Traoré, citoyen : « Je n’espère rien de ce nouveau gouvernement »

« Pour moi, les huit départs constatés sont insignifiants. Je m’attendais à un changement radical. Je n’espère en tout cas plus rien de ce gouvernement. Mon seul point de satisfaction a été le départ du ministre de la Sécurité. J’espère que l’ancien colonel qui l’a succédé pourra gérer les questions sécuritaires. Pour ce qui est de la Défense, Chérif Sy n’est pas l’homme qu’il faut à cette place. Il faut un homme de terrain pour gérer ce portefeuille ministériel et non un civil».

  • Yolande Valérie Ilboudo, Institutrice à Ouagadougou : « le président a bien fait »

« Dans la vie, il faut être optimiste. Le président a bien fait de revoir son gouvernement. Avec l’aide de Dieu, on pourra espérer un changement de la part du Premier ministre Christophe Dabiré. Il est vrai que les Burkinabè s’attendaient à un changement radical, mais dans ce contexte actuel, cela ne peut pas marcher. Il y a de ces ministères comme celui de l’éducation qui nécessitait la sauvegarde des anciens pour l’achèvement de leurs travaux qu’ils ont commencés. Mon appel à l’endroit de ce gouvernement est qu’il nous garantisse la sécurité et la justice ».

  • Sibiri Abdou Kobyagda : « Outre l’insécurité, il faut vite trouver une solution à la crise de l’éducation»

« Il serait prématuré de dire qu’ils réussiront à relever les nombreux défis du moment. J’attends de les voir à l’œuvre avant de les juger. A Fada, la situation sécuritaire reste notre préoccupation majeure. Car, sans la sécurité et la stabilité, aucun développement n’est possible. Je souhaite que la nouvelle équipe prenne à bras-le-corps la question de la sécurité pour nous permettre de vaquer à nos occupations dans la quiétude. Outre l’insécurité, il faut vite trouver une solution à la crise qui prévaut dans le secteur de l’éducation. En tant que parent d’élève, je suis très inquiet de la tournure que prend cette situation parce que, depuis plusieurs mois, nos enfants ne sont plus évalués ».

  • Alidou Maïga, président du Conseil régional de la jeunesse de l’Est : « on nous a ramenés en arrière »

« Lors de l’insurrection populaire, les jeunes avaient interpellé l’opinion nationale et internationale sur la nécessité d’opérer la rupture avec l’ancienne génération. Malheureusement, je constate que cette aspiration forte de la jeunesse n’a pas été prise en compte dans le nouveau gouvernement. Nous avons salué le dernier gouvernement du Premier ministre sortant qui s’était inscrit dans cette dynamique. Avec l’actuelle équipe, on nous a ramenés en arrière si bien que nous nous demandons à quel moment les jeunes seront promus à certains postes de responsabilité. Pis, Il y a des visages qui rappellent à la jeunesse des évènements douloureux dans ce pays. Je m’en souviens encore que, sous la gouvernance de l’actuel Premier ministre au département de l’enseignement, nous avons connu une année universitaire invalidée. Jusque-là, ces évènements ont laissé beaucoup de séquelles dans les Universités publiques. Tout compte fait, nous prenons acte de la décision du président du Faso et le temps nous dira s’il a eu raison d’avoir composé, comme telle, son équipe».

  • Ramatou Nassouri, présidente de la coordination provinciale des femmes du Gourma : « J’attends de la nouvelle équipe des décisions fortes»

« Le président du Faso nous avait promis 30% de femmes dans le nouveau gouvernement. Je constate que cette promesse n’a pas été tenue. De ce point de vue, je suis restée sur ma faim. Mais, à comparer la nouvelle équipe à l’ancienne, un effort a été fait d’autant plus que le nombre de femmes a augmenté. En tous les cas, je respecte les choix du président du Faso et de son Premier ministre. Nous ne devons pas aller vite en besogne. J’attends de la nouvelle équipe des décisions fortes afin de ramener la sécurité, la paix et la cohésion sociale au sein des populations. Je l’exhorte à revoir la situation de la femme du Gulmu qui, jusque-là, subit des fléaux tels que le rapt, l’excision, le mariage forcé… Sur le plan de la scolarisation des jeunes filles, le défi est grand. Pour ce qui est de l’entreprenariat féminin dans la région, la mayonnaise commence à prendre, mais les moyens font défaut.»

  • Talouta Dioni, secrétaire général de la communauté musulmane de Fada N’Gourma : «Ils doivent incarner l’humilité et avoir le sens de l’écoute»

« Au regard de la composition du nouveau gouvernement qui reste une équipe homogène, je garde l’espoir que ces hommes et femmes seront capables de relever les nombreux défis qui les attendent. Dans cette situation de crise, les anciens pourront apporter la sagesse et l’expérience et les plus jeunes l’énergie, le dynamisme et la détermination. Si je pars du constat que la somme des erreurs d’un être peut être une clé de succès pour son futur, la venue du Premier ministre Dabiré nous permet d’entretenir l’optimisme. A la tête des départements comme la Défense et celui de la Sécurité, on y trouve Cheriff Sy et Ousseni Compaoré. Le premier s’est illustré sous la Transition et le malheureux coup d’Etat manqué et nous attendons encore de lui d’autres sacrifices. Le second s’y connait dans l’armée. Même s’il n’était pas en contact avec les troupes pendant longtemps, il a une belle carte à jouer. L’armée burkinabè ne manque pas d’hommes et de matériels, peut-être qu’il manque de mots pour toucher et réveiller le patriotisme des gens. D’emblée, pour avoir la confiance des hommes de terrain et de leurs collaborateurs immédiats, ils doivent incarner l’humilité, le respect et avoir le sens de l’écoute. Sur la toile, le débarquement de Mme Rosine Coulibaly, fait débat. Pourtant, à mon avis, c’est une décision bien réfléchie parce que l’atmosphère qui régnait entre elle et ses collaborateurs directs était tendue. »

  • Pierre Claver Kima, président du conseil régional des OSC du Centre-Est: « il faut qu’on aille à la réconciliation»

«Les attentes des Burkinabè sont énormes. Il s’agit entre autres de la cohésion sociale, la sécurité et le décollage de l’économie. Pour nous OSC, il faut qu’on aille à la réconciliation mais en passant par la justice. Les fils et filles du Burkina ont besoin de cette réconciliation, parce que nous sommes tous frères et sœurs. Nous n’avons jamais vécu ce qui s’est passé à Yirgou. Tout cela, c’est parce qu’il n’y a pas cette cohésion sociale dans le pays. Nous espérons qu’avec le nouveau Premier ministre et son équipe vont travailler à ce qu’on ait des résultats, à condition que le chef de l’Etat leur permet d’avoir des coudées franches».

  • Pascal Ouangré, correspondant provincial de l’Union Pour le Changement (UPC) du Boulgou: «nous n’avons pas à les juger »

«Il n’y a pas eu de grand changement dans ce gouvernement, parce que tous les partis satellites du MPP ont tous conservé leurs portes-feuilles. Toutefois, nous apprécions le changement aux niveaux des ministères de la Défense ; de la Sécurité et de la Santé, qui étaient des secteurs à problème. Pour le moment, nous n’avons pas à les juger. Par ailleurs, on s’attendait à un gouvernement de jeunes, malheureusement cela n’a pas été le cas. Ce qui n’est pas étonnant quand on sait le PM lui-même est septuagénaire. Contrairement certains, je pense que ce gouvernement n’est pas celui de la réconciliation, toutes les sensibilités politiques n’y sont pas. Dans tous les cas, nous les souhaitons bon vent ».

  • Issouf Diao, gérant de l’hôtel Djamou de Tenkodogo : «Je demande à ce nouveau gouvernement de travailler »

«Nous allons juger ce nouveau gouvernement, chaque ministre individuellement et toute l’équipe collectivement par leurs actes. Nous saurons si les SG qui vont être appelés seront des techniciens dans leurs domaines respectifs pour voir la configuration de l’orientation politique de l’action gouvernementale. Les secteurs de l’entreprenariat et des affaires notamment les hôteliers de notre région attendent beaucoup de ce gouvernement. La souffrance dans ces secteurs s’accentue avec ces multiples taxes qui viennent s’ajouter au niveau des impôts, en plus de l’augmentation de l’assiette fiscale, alors que les activités sont au ralenti. Je demande à ce nouveau gouvernement de travailler à assouplir les conditions en revoyant en baisse les différentes taxes. L’autre difficulté que les opérateurs économiques et le secteur privé dans son ensemble rencontrent avec le gouvernement, est que les opérateurs économiques ont peur des marchés publics de l’Etat, parce que ce dernier traîne beaucoup pour le règlement des factures. Toute chose qui décourage les opérateurs économiques à s’engager ».

  • Maxime Ygo, coordonnateur régional des syndicats de l’éducation
    du Centre-Est : « Le changement n’est pas un évènement »

« Le changement à la tête du gouvernement n’est pas un évènement pour nous syndicats. C’est vrai que le Premier ministre Christophe Marie Joseph Dabiré est nouveau dans le gouvernement, mais il n’est pas nouveau dans le système. Nous pensons que c’est une question de système et nous souhaitons que ce gouvernement prenne à bras le corps la question de l’insécurité qui sévit actuellement dans notre région, ainsi que la question de la cohésion sociale. Je fais allusion aux récents évènements survenus à Yirgou. Nous souhaitons que les points de revendication des syndicats de l’éducation et de la recherche, trouvent une résolution satisfaisante. Nous n’avions pas eus un terrain d’entente sur le statut valorisant avec l’ancien gouvernement Thiéba. Ces discussions vont se poursuivre toujours avec des mots d’ordre. Bon vent à ce nouveau gouvernement et nous espérons que nos attentes et nos préoccupations trouveront une solution adéquate ».

  • Koka Appolianire Dayamba, coordonnateur régional du syndicat national de l’éducation de base (SYNATEB) du Centre-Est : « ce ne sont pas les hommes le problème »

«Pour un gouvernement, tout dépend de celui qui l’a proposé. Au niveau des structures syndicales, nous avons pensé que ce ne sont pas les hommes le problème, mais c’est une question de gouvernance. Nos attentes sont nombreuses car elles vont au-delà de celles des enseignants que nous sommes. Le président du Faso a respecté sa promesse lors de sa campagne de ne pas nommer un militaire dans son gouvernement notamment aux départements en charge de la Défense et de la Sécurité. Il faut revoir la situation et l’améliorer en fonction des besoins au regard de l’insécurité que le pays vit aujourd’hui. Au niveau de l’éducation, la coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) a un protocole d’accord avec le MENA et nos attentes à ce niveau est que le gouvernement puisse se pencher rapidement sur ce protocole d’accord ».

Propos recueillis par Joanny SOW
Bougnan NAON
Hadofini Clotilde BICABA
(Stagiaire)

Flash

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Les acteurs du monde de l’éducation sont pratiquement au milieu du second trimestre de l’année scolaire, alors que les élèves n’ont pas encore été évalués. A travers le pays, ces derniers manifestent pour réclamer leur évaluation.

Une situation qui interpelle plus d’un, parce que pour l’une des rares fois, leur crainte est justifiée. Il reste donc à espérer le dialogue « sincère » qu’a promis le nouveau Premier ministre, Christophe Dabiré, avec les syndicats de l’éducation pour aboutir à un retour rapide et définitif à la normale dans les écoles publiques burkinabè. L’avenir des enfants et partant, celui du pays en dépend.

Jean-Marie TOE

Du discours de la haine : L’analyse du journaliste chercheur Moussa Sawadogo

Les crimes de haines sont dans nos murs. Si les médias traditionnels évitent de véhiculer un discours de haine, les médias sociaux par contre sont à craindre, selon Moussa Sawadogo, journaliste chercheur et formateur. Dans l’interview qui suit, ce spécialiste des questions du discours de haine s’arrête sur les tueries survenues à Yirgou en début janvier 2017. Pour lui, il s’agit d’un crime de haine dont la résolution commande, en plus de la justice, une réelle politique de réconciliation nationale.

Sidwaya (S.) : Très souvent on entend parler de discours de haine, qu’en est-il exactement ?

Moussa Sawadogo (M.S) : Le discours de haine est un discours qui véhicule la haine, et dont le contenu n’a de but que de diviser les communautés et de les monter les unes contre les autres. C’est un message qui est totalement à l’opposé du vivre-ensemble, de la recherche d’un intérêt supérieur commun partagé et accepté, de la tolérance de l’autre.

C’est un discours qui, par exemple, va essayer de faire comprendre aux membres d’une communauté donnée que, même s’elles vivent sur un même territoire avec d’autres communautés, il y a une différence entre elles et cette différence n’est pas complémentaire mais une différence de supériorité. Pour résoudre ce problème, malheureusement, il suggère de la supprimer. C’est pour cela que très souvent, le discours de haine conduit au crime et on parlera de crime de haine.

S : Existe-t-il des cas où le discours de haine s’est transformé en crime de haine ?

M.S : Oui, il en existe malheureusement. Nous avons l’exemple le plus illustratif avec le génocide de 1994 au Rwanda, où en quelques semaines plus de 800 000 personnes ont été massacrées. Il faut préciser que le génocide est toujours précédé d’un discours de haine. On en a connu également la même chose en Côte d’Ivoire avec le concept « d’Ivoirité » et la guerre que le pays a connue de 2002 à 2011.

Actuellement, l’on assiste à ces mêmes conséquences du discours de haine au Cameroun dans le conflit armé engagé par les séparatistes anglophones. Et ce qui se disait au Rwanda pendant le génocide se dit actuellement au Cameroun où on entend des propos haineux dans les médias.

S : Quelles sont les caractéristiques d’un discours de haine ?

M.S : On identifie un discours de haine par trois éléments majeurs. Il y a la stigmatisation où l’on va commencer tout d’abord par indexer, désigner une communauté comme étant le problème. A la suite de la stigmatisation, vient l’humiliation puis la déshumanisation. Et à partir du moment où on vous considère comme non-humain, vous tuer n’est plus un problème. Donc un discours qui porte sur l’un de ces trois éléments est forcément un celui de haine.

S : Qui sont les acteurs ou protagonistes du discours de haine

M.S : Les acteurs du discours de haine sont plusieurs. Il y a les concepteurs. Ensuite, il y a ceux qui vont transformer le discours de haine en crime de haine, c’est-à-dire les exécutants. Et au milieu, il y a les médias qui sont les vecteurs, le relai de ce discours de haine.

S : Quelles peuvent être les conséquences du discours de haine?

M.S : Les conséquences du discours de haine sont nombreuses. Mais de manière condensée, on peut dire qu’il divise la société en faisant croire à certains qu’ils sont supérieurs aux autres. Surtout dans notre contexte où les médias, de par leur pouvoir, peuvent contribuer à amplifier le climat d’intolérance et par conséquent les tensions.

De nos jours, cela prend des proportions plus grandes avec les nouveaux moyens de communication tels qu’Internet caractérisé par la longévité des propos diffusés et le potentiel de leur réapparition immédiate, l’itinérance, l’anonymat et leur caractère transnational. Ainsi, les discours de haine peuvent rester en ligne pendant longtemps, sous différents formats et sur de nombreuses plates-formes.

S : A quel moment peut-on dire qu’un journaliste tient un discours de haine ?

M.S : On dit qu’un journaliste est porteur de discours de haine lorsqu’il tient lui-même un discours divisionniste sur l’appartenance nationale. Le journaliste peut être aussi accusé d’encourager le discours de haine lorsqu’il permet aux autres de faire des commentaires haineux à côté de textes journalistiques.

C’est par exemple, le cas des problèmes de modération sur les sites des médias ou sur leurs pages Facebook ou bien encore lorsqu’il ferme les yeux sur des cas flagrant de discours de haine. On remarque également qu’il est très difficile de combattre le discours de haine lorsqu’il est légitimé par des acteurs politiques, qui rendent acceptables des propos inacceptables. Et cela se voit très souvent dans des médias appartenant à des hommes politiques ou des groupes d’intérêt.

S : Existe-t-il des dispositions légales qui permettent de lutter contre le discours de haine au Burkina Faso ? Si oui lesquelles ?

M.S : Evidemment qu’il en existe. De façon succincte, je dirai que tout ce qui est crime et incitation au crime est puni par la loi. Notre pays a également ratifié des conventions internationales qui condamnent la stigmatisation et le discours de haine.

S : Vous dites que les médias sont le plus souvent les vecteurs du discours de haine. Avez-vous déjà rencontré des cas de discours de haine dans les productions médiatiques au Burkina Faso ?

M.S : Heureusement aujourd’hui au Burkina, il n’y a aucun média traditionnel qui est porteur de discours de haine. Et à ce niveau, je trouve que les journalistes sont assez professionnels et je les félicite au passage. Mais dans les médias sociaux, on rencontre diverses formes de stigmatisation.

L’incident de Yirgou, un crime de haine

S : Les récents évènements survenus à Yirgou dans le Centre-Nord du Burkina ont occasionné une quarantaine de morts selon les chiffres officiels. Peut-on considérer cette situation comme la conséquence d’un discours de haine ?

M.S : C’est avec beaucoup de douleur que je réalise que des scènes pareilles se déroulent dans mon pays. Je ne dirai pas que ce qui s’est passé à Yirgou, est le fruit d’un discours de haine comme on l’a vu dans certains pays comme le Rwanda et la Côte d’Ivoire où respectivement les Tutsi et les Dioulas ont été stigmatisés. On n’a pas assisté au préalable à des discours, à des débats médiatiques où on a stigmatisé une communauté. Mais pour la situation de Yirgou, il faut malheureusement le reconnaitre et l’accepter, c’est la haine qui a poussé les uns à massacrer les autres. Donc on peut qualifier les tueries de Yirgou comme un crime de haine.

S : Quels sont les mobiles qui ont motivé ce crime de haine ?

M.S : il n’y a certes pas eu de discours de haine qui a été médiatisé à ce sujet, mais c’est un ressentiment qui a animé les auteurs de cette forfaiture. Parce que si on cible une communauté pour attaquer, c’est que ceux qui l’ont fait avaient quelque chose sur le cœur même s’ils ne l’ont pas exprimé. C’est pourquoi, on est passé d’un ressentiment à un acte. Je dirai que ceux qui ont posé ces actes seraient passés par le discours s’ils avaient eu la liberté.

La résolution définitive d’une crise comme celle de Yirgou commande plusieurs approches telles que la justice transitionnelle, l’éducation culturelle…

Dans le cas du Burkina Faso, même si on n’a pas connu de discours de haine comme dans les pays déjà évoqués, il faut reconnaitre et admettre l’existence d’un ressentiment qui peut servir de nid pour le discours de haine. Peut-être que ce discours de haine existe déjà, mais il n’a pas encore été exprimé par les médias comme dans les autres pays. Cependant, il faut retenir qu’il y a une certaine haine qui couve quelque part et il a fallu quelque chose pour que la situation explose. Cette situation ne doit pas être prise à la légère.

S : Dans la même logique, dans l’Ouest du Burkina il y a le problème de cohabitation entre les Dozos et les groupe d’auto-défenses Koglwéogo. Les derniers tentent de s’implanter dans cette région et les seconds leur opposent un refus catégorique. Est-ce que cette situation ne constitue-t-elle pas une menace à l’acceptation de l’autre?

M.S : L’affaire Koglwéogo et Dozo n’est rien d’autre qu’une affaire de ressentiment. Les dozo disent ne pas vouloir la présence des Koglwéogo sur leur «territoire», les koglwéogo insistent pour s’implanter. Dans cette affaire, les dozo ont l’impression qu’on veut leur imposer une chose qui ne fait pas partie de leur tradition. Mais cette situation engage la responsabilité du gouvernement. Face à cette affaire, l’autorité se doit de tenir un discours fort et clair. Et si on en veut, on engage des négociations afin de les encadrer.

Parce que si les dozos ne veulent pas des koglwéogo, c’est que quelque part, ils les voient comme un danger. Donc une fois de plus, on est dans la logique de : « je te vois comme un danger donc tu es le problème, ta présence ne me rassure pas car tu es une source d’inquiétude pour moi, source de peur, d’incertitude pour moi. Et je ne peux pas continuer à vivre dans l’incertitude. Donc si je veux continuer à avoir ma quiétude, il faut que je t’élimine ».

S : Est-ce que ce qui s’est passé à Yirgou, n’a-t-il pas occasionné un discours de haine dans les médias ?

M.S : J’ai commencé à le sentir dans les médias sociaux, sur la page Facebook de certains média où certains (internautes) ne désapprouvent pas totalement ce qui s’est passé à Yirgou. C’est dommage que des citoyens puissent apporter leur soutien à cette tragédie. Certains ont même indiqué que les Sawadogo aussi sont des terroristes surement en rapport avec le démantèlement de la cellule terroriste à Rayongo dont le présumé cerveaux est un Sawadogo.

Je suis un Sawadogo mais ce n’est pas parce qu’un Sawadogo est terroriste que tous les Sawadogo le sont. Je trouve que c’est une forme de stigmatisation qui est véhiculé présentement dans les médias sociaux et sur des pages Facebook de certains médias depuis l’incident et qu’il faut bien évidemment considérer et prendre des mesures.

S : Face à cette situation de discours de haine de plus en plus constaté dans les Médias sociaux, que préconisez-vous pour contenir ce phénomène ?

M.S : Actuellement, il est difficile de contrôler et de réguler efficacement les réseaux sociaux car ce n’est pas évident que le Burkina dispose de moyens adéquats pour cela surtout que certains utilisent des pseudonymes et d’autres des anonymats. Cependant, on peut d’ores et déjà intégrer l’idée d’analyser les contenus de ces médias et leur opposer un discours contraire dans l’objectif d’atténuer l’impact de ce discours.

S : A priori, l’idée d’opposer un discours contraire à celui de haine est géniale mais comment peut-on procéder?

M.S : Opposer un discours contraire signifie qu’il ne faut pas laisser les réseaux sociaux seuls occuper le terrain. La nature a horreur du vide. Par exemple quand je vais sur Facebook, je lis des choses pas catholiques, ensuite j’allume ma télévision et on me propose des programmes non instructifs tels les télénovelas, du « Mapouka » comme musique, etc.

Alors quel discours officiel on me donne pour contrer ce qu’il y a sur les réseaux sociaux en permanence ? Rien ! Donc si nos médias sont des médias de divertissement, on ne va pas s’en sortir. Si nous attendons à chaque crise pour monter deux ou trois émissions et après c’est fini alors que pendant ce temps le débat continue sur les réseaux sociaux, ne soyons pas étonner du déséquilibre d’information constaté au sein du public. En définitive on gagnerait à s’assoir ensemble pour repenser et redéfinir les contenus de nos médias.

S : Suite au drame de Yirgou, le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC) a organisé une marche le samedi 12 janvier simultanément à Ouagadougou et à Dori pour selon lui, exiger l’arrestation des auteurs de ces tueries. Pensez-vous qu’une telle marche était opportune ?

M.S : Oui et non. Oui parce qu’à partir du moment où un groupe ethnique, une communauté a été particulièrement ciblée pour le simple fait que certains de ses membres auraient commis des crimes ou quelques raisons que ce soit, il est normal que l’alerte soit donnée pour montrer que le vivre-ensemble est menacé. Il est inadmissible que des citoyens soient tués pour la simple raison qu’ils appartiennent à un groupe ethnique. Cependant, il faut dénoncer et réclamer justice certes, mais éviter de tomber dans le communautarisme.

S : Sur les réseaux sociaux d’aucuns estiment que le président du Faso est laxiste sur la question. Quel est votre avis sur ces déclarations?

M.S : J’ai effectivement lu sur les réseaux sociaux où des internautes estiment que le chef de l’Etat doit ordonner l’arrestation des coupables tout de suite et maintenant. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que ce qui s’est passé à Yirgou est une situation très délicate qui demande d’être gérée avec beaucoup d’attention et de prudence.

La situation est délicate d’autant plus que ce n’est pas un autre peuple qui est venu attaquer des Burkinabè, mais ce sont ces derniers entre eux-mêmes qui ont toujours vécu ensemble. Prenons l’exemple à l’échelle familiale, où des enfants d’une même famille se mettent à s’entredéchirer. Que doit faire le chef de famille? Il se doit de trouver une solution en préservant la stabilité et l’unité de la famille. A mon avis, la résolution du discours de haine demande certes une fermeté de la loi mais ce n’est pas en mettant les gens en prison que le problème sera forcément résolu.

Régler le passif de Yirgou par la justice transitionnelle

S : Alors, quelles pistes de solutions préconisez-vous pour le règlement de la situation de Yirgou ?

M.S : Je suggère au gouvernement de ne pas prendre cette question à la légère. Je propose donc au gouvernement de n’entreprendre aucune action sans au préalable avoir pris la mesure de la gravité de la situation. Il faut surtout éviter toute politisation de l’affaire ou de tomber dans le populisme des raccourcis émotionnels, à la recherche de buzz. La situation commande une solution adéquate. A la suite de cela, il faut qu’on applique la loi mais dans le sens de la réconciliation nationale parce qu’il ne faudrait pas qu’on entretienne le ressentiment. Pourtant la justice occidentale telle qu’on la connait entretient des ressentiments.

Dans une situation où des filles et des fils d’un même pays s’entretuent en masse, la meilleure forme de justice est la réconciliation nationale. Au Rwanda par exemple, on a appliqué deux formes de justice pour apurer la question du génocide. Il s’agit de la justice moderne et celle transitionnelle. Donc dans le cas du Burkina il faut essayer de faire un travail de justice moderne en situant la responsabilité et en appliquant la loi. Mais ce n’est pas suffisant.

S : Qu’entend-t-on par justice transitionnelle ?

M.S : La justice transitionnelle dans notre contexte est une justice qui consiste en ce que chaque peuple aille chercher au plus profond de sa culture comment régler un contentieux de crime de haine dans un Etat de droit. Cette forme de justice prône également la réconciliation nationale.

Ce qui est louable au Burkina c’est que la réconciliation nationale n’a pas été confiée à la justice moderne mais plutôt à des structures autonomes telle que le HCRUN (Haut conseil pour réconciliation et l’unité nationale). Et je suis sûr que si on n’y met les moyens et les hommes qu’il faut, sa contribution sera immense dans ce sens. Il faut un travail de sensibilisation sur le vivre-ensemble et cela passe par l’éducation civique dans les écoles, l’éducation aux médias et à l’Information et l’éducation culturelle.

S : Pensez-vous qu’on peut prévenir une telle situation au Burkina Faso ? Si oui, comment ?

M.S : Oui je pense qu’on peut le faire. Ce qui s’est passé à Yirgou n’est pas un cas isolé parce qu’avant cela, il y a eu d’autres situations impliquant les agriculteurs et les éleveurs sans oublier que les éleveurs sont essentiellement des peulhs. Donc c’est un magma de ressentiments, de faits, de non-dits et de fausses informations qui est arrivé à créer une sorte de haine et a amené des Burkinabè à s’entretuer. Le vivre-ensemble l’intérêt supérieur commun, l’interculturalité, la richesse de la diversité culturelle, l’acceptation de l’autre ont foutu le camp.

Alors comme solution pour prévenir ces genres de situations à l’avenir, je dirai de ne pas compter sur la justice seule. Il va falloir aller au-delà en s’attaquant à l’idée même qui a animé ces personnes à tuer. Et on peut combattre cet état d’esprit à travers la culture, l’éducation aux médias et à l’information et bien sûr avec la sensibilisation. Aujourd’hui on nous chante l’idée du «vivre-ensemble». Mais qu’est-ce que «le vivre ensemble» ? Ils sont combien à savoir ce que renferme cette expression ? Donc il va falloir désormais, prendre les concepts et leur donner des contenus et enseigner ce contenu aux enfants à l’école à travers l’éducation civique.

Il va falloir également définir le contenu de l’éducation civique à savoir le message qu’on veut que nos enfants à l’école retiennent. Il y a également la culture. Au Burkina Faso, nous avons une chance unique en matière de culture. Nous avons une culture fédératrice. On est un peuple intégré d’office et au niveau de la culture, on a des éléments très intéressants telle la parenté à plaisanterie. C’est ce que nos ancêtres nous ont donné comme héritage et il ne faudrait pas que ça reste du domaine des experts de la culture.

S : Quelle peut être la contribution des journalistes pour la prévention de ces genres de situations ?

M.S : Le journaliste doit s’en tienne à son rôle social. Quel que soit la crise dans une société, la part du journaliste dans la résolution de celle-ci doit commencer par une question. Quelle est ma mission sociale ? Et cette mission sociale se résume à deux niveaux : celle d’informer le public sur ce qui se passe réellement. Donc dire les faits, la vérité et celle de permettre aux concitoyens de mieux comprendre la situation dans laquelle ils vivent afin que chaque citoyen conscient, informé puisse prendre les bonnes décisions dans le sens de l’intérêt général.

Le journaliste doit également comprendre pourquoi des gens qui vivaient, mangeaient, faisaient la fête, assistaient aux évènements heureux ou malheureux ensemble sont arrivés à une telle situation. J’inviterais tous les journalistes à s’intéresser à ce qui ne va pas, ce qui fait que la société est divisée. Qu’ils décèlent les éléments de division de la société pour mener un travail journalistique responsable qui pousse nos concitoyens au-delà des ressentiments.

S : Quelle est votre expérience avec d’autres pays en matière de discours de haine ?

M.S : En Afrique, je travaille essentiellement sur trois sujets. C’est d’abord le cas rwandais où j’ai étudié pendant près de sept ans sur l’analyse de la pratique journalistique au Rwanda pour comprendre ce qui s’est passé et quel peut être le rôle des journalistes pour être des faiseurs de paix. Le 2e cas, c’est celui de la Côte-d’Ivoire et le dernier cas c’est celui du Cameroun. En Europe également, on connait le cas Belge.

Ce discours de haine concerne les Wallons et les Flamands. Mais vue le niveau d’éducation et culturel de la population, la réaction est différente. J’essaie de voir comment dans chacun de ces cas, on est arrivé à développer des discours de haines et quelle solution est apportée. C’est quoi l’essence qui alimente le discours de haine ? Comment chaque pays essaie de résoudre ce problème ?

Quelles sont les conséquences ? Et à partir de ces réponses, j’essaie de voir ce qui se passe au Burkina Faso. Malheureusement, nos intellectuels ne font pas de recherche sur la question. Pire, personne ne semble s’y intéresser. La production intellectuelle fait défaut. Personne ne fait le lien que le crime de haine que nous avons connu à Yirgou, les cas du Rwanda et de la Côte d’Ivoire, doivent nous interpeler.

Interview réalisée par Rabiatou SIMPORE

Trouver le fil d’Ariane

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Ça y est ! Depuis jeudi dernier, le Premier ministre, Christophe Dabiré, a son gouvernement, remanié au trois quart . Arrivé dans un contexte sécuritaire des plus tendus, le 2e chef du gouvernement de quinquennat du président Roch Marc Christian Kaboré s’est immédiatement mis à la tâche avec la tenue du Conseil des ministres de prise de contact.

« Les chantiers sont immenses, colossaux, les attentes aussi. Il faudrait vite se replonger dans les dossiers, mais surtout prendre d’assaut les chantiers », comme nous l’écrivions dans cette même rubrique.

Du reste, l’accueil globalement favorable réservé par l’opinion nationale à la composition de cet exécutif , est un atout indéniable pour faire face aux fortes attentes et préoccupations. Comme le maçon, c’est au pied du mur que l’équipe, également accueillie à leur façon par des élèves réclamant des évaluations, est désormais attendue par la population. Mais le Premier ministre en a la pleine mesure, rien qu’à en juger par sa première prise de parole, à l’issue du Conseil des ministres de prise de contact.

La question sécuritaire est certes sur toutes les lèvres, mais Christophe Dabiré entend mettre un point d’honneur au renforcement d’un dialogue social constructif car, en l’absence d’un environnement social apaisé, il est quasiment impossible de dérouler un projet de développement, fut-il ambitieux. Sans être exhaustif, ni anticiper sur sa feuille de route, on peut subodorer que la poursuite de la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES)  figure au premier rang des priorités du gouvernement Dabiré I. Cela, pour enclencher la croissance « forte, durable et inclusive » dont le pays a tant besoin pour transformer structurellement son économie.

Le défi est de taille car, la croissance, en hausse tendancielle depuis trois ans (2015, 2016,2017), a quelque peu marqué le pas en 2018, accusant le coup de l’impact des problèmes sécuritaires, des grèves perlées sur des pans entiers de l’économie nationale. Ce qui nous ramène immanquablement à la principale préoccupation : la sécurité. Même si les nombreux efforts n’ont pas permis d’enrayer les attaques terroristes sur le territoire, le renforcement des capacités opérationnelles et logistiques des FDS d’une part et de l’autre, l’asséchement des sources d’alimentation du phénomène doivent se poursuivre.

C’est tout l’enjeu, par exemple, du Plan d’urgence pour le Sahel (PUS-BF) d’un montant de 445 milliards F CFA sur 4 ans pour réduire la vulnérabilité des populations à l’extrémisme violent. Le Premier ministre et son gouvernement sont aussi attendus au tournant sur la cohésion sociale, devenue une attribution à part entière d’un département ministériel après les meurtriers affrontements à base communautaire.

Avec ce nouvel élan, on pourrait s’attendre à ce que l’Observatoire national de prévention et de gestion des conflits communautaires joue pleinement son rôle en vue de consolider le vivre-ensemble, jadis une exception burkinabè. Toujours sur le front social, les Burkinabè attendent toujours de voir le Haut conseil pour le dialogue social faire sa preuve véritablement, après la tenue, courant 2018, de la Conférence sur la réforme des rémunérations des agents publics de l’Etat.

Le Premier ministre trouvera-t-il le fil d’Ariane pour contenir dans de proportions soutenables, la croissance exponentielle de la masse salariale (de 332 milliards en 2012 à 618 milliards en 2017), celle des dépenses courantes et mettre une dose d’équité entre les travailleurs ? De la réponse à cette problématique dépendra, en partie, la trêve sociale demandée par le chef de l’Etat dans son message de fin d’année à ses compatriotes.

Aussi, un coup de pouce supplémentaire aux conclusions des enquêtes parlementaires sur le foncier urbain, le système de santé, le système éducatif et le secteur minier est bien nécessaire. Si la mise en œuvre des recommandations de ces enquêtes ont atteint un niveau globalement acceptable dans des domaines tels que la santé et les mines, le gouvernement de Christophe Dabiré doit redoubler d’efforts dans le secteur éducatif qu’il connaît très bien, mais aussi sur la sensible question du foncier urbain dont la mauvaise gestion nourrit la grogne sociale.

A court terme, l’organisation du cinquantenaire du FESPACO, l’opérationnalisation de la Caisse de dépôts et de consignation du Burkina Faso, de la Banque agricole du Faso (BADF), de la Caisse nationale d’assurance maladie universelle attendent également d’être parachevées pour répondre à des préoccupations quotidiennes.

Par Mahamadi TIEGNA