Le mercredi 14 octobre 2026, le camarade ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, accompagné de la camarade ministre déléguée Bêbgnasgnan Stella Eldine Kabré/Kaboré et d’autres proches collaborateurs, a reçu les copies figurées des Lettres de créance de l’ambassadeur du Canada nouvellement accrédité auprès du Burkina Faso.
Il s’agit de S.E.M Richard Le Bars qui, après avoir remis les copies figurées de ses Lettres de créance au chef de la diplomatie burkinabè, a indiqué qu’il place son mandat au Burkina Faso sous le signe du dialogue avec les autorités nationales et du respect de la souveraineté de chaque Etat, un principe cher à son pays le Canada. Partant de là, il a affirmé son engagement à œuvrer pour la consolidation des liens de coopération entre le Canada et le Burkina Faso, aussi bien sur le plan bilatéral que multilatéral. Le camarade ministre des Affaires étrangères s’est réjoui d’accueillir le nouvel ambassadeur canadien, juste quelques temps après le départ de son prédécesseur. Il a rassuré de la disponibilité du département des Affaires étrangères, à œuvrer aux côtés du nouvel ambassadeur, pour plus de résultats concrets et partagés dans cette coopération riche et de longue date entre le Burkina Faso et le Canada.
Tout en présentant un contexte actuel du Burkina Faso marqué par une reprise progressive en main de la situation sécuritaire, le camarade Karamoko Jean Marie Traoré a invité le nouveau diplomate à en tenir compte et à s’inscrire dans une démarche de dialogue et de compréhension avec les acteurs étatiques, pour réussir sa mission au pays des Hommes intègres. La coopération entre le Burkina Faso et le Canada couvre plusieurs secteurs d’intérêt partagé, tels que les mines, le commerce et les investissements, ainsi que l’éducation et la santé.
Dans le cadre de la campagne de communication « Entreprendre au féminin », tenue du 10 au 15 octobre 2026, dans le Nando, les caravaniers ont visité deux unités de transformation des produits locaux, deux ateliers de tissage et une association féminine dans les communes de Koudougou, Kokologho et Réo.
A Koudougou, la visite des caravaniers de la campagne de communication « Entreprendre au féminin » a débuté dans le centre de formation et d’apprentissage « Songré- la- panga » de Françoise Zongo. Dans cet atelier, des jeunes filles sont formées dans les métiers de tissage, coupe-couture et teinture. Ensuite le cap a été mis à l’unité de production et de transformation agroalimentaire de la coopérative « Zemstaaba ».
… Cinq structures féminines d’entreprenariat ont été visitées
Selon la promotrice, Jeanne Zagré, l’entreprise a été créée en 1990 et d’une association, est aujourd’hui une coopérative qui forme des jeunes filles dans la transformation. « Ici, on transforme les produits forestiers non ligneux en soumbala (bouillon, égrainé ou en poudre) et les céréales en couscous, biscuits, bouillies de céréales et dèguè), en plus des jus et des nectars (jus de moringa, de pain de singe).
Dans la commune de Kokologho, la visite s’est poursuivie sur le site de production de la société coopérative « Wend -raabo » des productrices de Goulouré, puis à l’association féminine « Song-taaba ». Toutes sont dans la production du niébé et la transformation du soumbala. La dernière étape des caravaniers a été celle du centre de formation professionnelle « Yi-wo-kandô », qui signifie Dieu est puissant en gourounsi, de Réo. Ici près de 110 filles (déscolarisées ou non) apprennent la coupe-couture, la saponification, la transformation des produits locaux, le tissage et la confection des sacs-à-main.
A travers ces visites, ce sont des modèles d’entrepreneuriat féminin qui ont été mis en exergue, en vue de susciter de l’engouement chez les femmes qui désirent entreprendre. Dans le cadre de la mise en œuvre du sous-projet « entreprendre au féminin », la promotrice du centre de formation professionnelle « Yi-wo-kandô », Bienvenue Bassolé, a invité les femmes à s’investir, prendre des risques
malgré les difficultés, afin d’être autonomes financièrement pour aider leurs foyers et développer le Burkina.
Fleur BIRBA
L’étape de Nando est satisfaisante a affirmé la chargée de communication du projet (SWEDD+), Amina Compaoré
« Nous sommes là dans le cadre de la campagne de communication pour le changement social et comportemental, dénommée « Pagb-yidgr-Sooré » ou entreprendre au Féminin. Elle a été initiée en vue de créer un environnement favorable à l’entreprenariat des femmes dans les régions d’intervention du projet notamment dans le Nando, le Yaadga et les Koulsé. A la fin de l’étape de Nando, nous pouvons tirer un bilan satisfaisant par rapport aux différentes actions qui ont été planifiées et mises en œuvre, notamment les sessions de plaidoyer à l’endroit des leaders coutumiers et religieux sous le leadership de l’Union des religieux et coutumiers du Burkina pour la santé et le développement. Le plaidoyer a également été mené au niveau du chef du canton de Lallé à Koudougou et de la Napoko du canton de Kokologho. Le message a été reçu et ces différents leaders nous ont rassurés de leur accompagnement à être des relais d’information auprès de leur communauté afin que les femmes puissent avoir plus de voix, plus d’espace pour entreprendre, s’épanouir, s’autonomiser et participer également à l’économie nationale.
Nous avons également eu des causeries éducatives qui ont été menées par des associations partenaires à l’endroit des jeunes filles, ainsi que des femmes afin d’inculquer l’esprit entrepreneurial à ces cibles-là. Il y a eu des sessions de prestations de santé gratuites dans toutes les localités où nous avons sillonné. Nous avons offert des prestations de dépistage du cancer du col de l’utérus, des hépatites, du cancer du sein suivi de démonstration d’autopalpation pour que les femmes puissent pouvoir imiter, prendre le pas et s’occuper de leur santé.
La caravane a visité aussi des associations féminines, des coopératives de production, de transformation et de commercialisation de produits agroalimentaire, des associations de tisseuses de pagnes traditionnels et également un groupement féminin a Kokologho. L’objectif visé est de pouvoir mettre en lumière ce que ces femmes font. Leur potentiel entrepreneurial va motiver les autres femmes à leur emboîter le pas. Le cap est mis sur la région de Yaadga, du 18 au 24 octobre prochain »
Le Camarade Premier ministre, Chef du Gouvernement, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, représentant le Président du Faso, Chef de l’État, le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré, a présidé, ce jeudi 15 octobre 2026, au Mémorial Thomas Sankara, la cérémonie marquant le 39ᵉ anniversaire de l’assassinat du Président Thomas Isidore Noël Sankara et de ses compagnons. Cet hommage a réuni des autorités de premier rang ainsi qu’une population sortie en grand nombre.
La Révolution d’août 1983, conduite par Thomas Sankara, a porté une ambition de transformation du Burkina Faso fondée sur la souveraineté, la justice sociale et la mobilisation populaire. Trente-neuf ans après les événements tragiques du jeudi 15 octobre 1987, cette commémoration ravive la mémoire de cet engagement et invite à en faire vivre l’héritage face aux défis actuels d’indépendance, de développement et de cohésion nationale.
Évoquant la portée de cet héritage, le vice-président du Comité international Mémorial Thomas Sankara, le Camarade Blaise Sanou, a souligné le rayonnement international de la pensée sankariste et présenté Thomas Sankara comme un symbole de dignité, de courage et d’intégrité. Au nom du Comité, il a également salué les efforts du Président du Faso et du Gouvernement pour l’aménagement du mémorial dédié au père de la Révolution d’août 1983.
Pour lui, les valeurs portées par Thomas Sankara doivent continuer d’inspirer l’engagement citoyen. Il a ainsi invité les Burkinabè de l’intérieur et de l’extérieur à contribuer à la consolidation de la souveraineté et de l’unité nationale.
Le Chef du Gouvernement, qui avait notamment à ses côtés le président de l’ALP, des présidents d’institutions et des membres du Gouvernement, a ensuite donné lecture du discours du Président du Faso. Dans ce message, l’hommage aux disparus s’est accompagné d’un appel à poursuivre leur combat pour la dignité et l’émancipation du Burkina Faso.
Rappelant les réalisations de la Révolution d’août 1983 dans les domaines du reboisement, de l’éducation, de la santé et de la promotion des femmes, le Chef de l’État a souligné que la pauvreté ne condamne aucun peuple à la dépendance. Il a invité les Burkinabè à croire en leurs capacités et à faire du travail et de la mobilisation collective les leviers du développement national.
Le Président du Faso a également tiré les enseignements des événements du 15 octobre 1987, appelant à préserver l’unité, la confiance et la cohésion entre les camarades. Il a rendu hommage aux autres victimes de cette journée et des jours suivants, notamment à Ouagadougou, Koudougou et Pô, et exprimé la solidarité de la Nation aux familles endeuillées.
Au-delà du devoir de mémoire, poursuivre le combat de Thomas Sankara et de ses compagnons exige un engagement quotidien dans tous les secteurs de la vie nationale. Le Chef de l’État a, à cet égard, salué la contribution des Forces de défense et de sécurité, des Volontaires pour la défense de la patrie, des producteurs, des artisans, des enseignants, des jeunes et des femmes à la construction du pays.
Il a insisté sur la nécessité de renforcer la production nationale, de transformer les matières premières locales et de réduire la dépendance extérieure, conformément au principe sankariste : « Consommer ce que nous produisons et produire ce que nous consommons ». Il a réaffirmé l’importance des souverainetés sécuritaire, alimentaire, économique, monétaire et culturelle dans la marche du Burkina Faso vers son émancipation.
La transmission de cet héritage aux jeunes générations constitue l’une des vocations du Mémorial Thomas Sankara. Du 19 mai 2025, date de son ouverture au public, au 30 septembre 2026, le site a accueilli plus de 200 000 visiteurs, générant environ 130 millions de francs CFA au profit du projet de construction de ses infrastructures.
Saluant les contributions à la campagne « Ma brique pour Sankara », le Président du Faso a invité les Burkinabè et les sympathisants du père de la Révolution d’août 1983 à poursuivre leur participation à l’édification du site. Il a encouragé la réalisation des infrastructures prévues pour conforter sa vocation d’espace de mémoire, de savoir et de transmission des valeurs.
Les allocutions ont été suivies d’un cérémonial militaire comprenant la relève de la garde, un carrousel et le dépôt d’une gerbe par le Camarade Premier ministre. La sonnerie aux morts, une minute de silence et une salve de 21 coups de canon ont ponctué cet hommage, avant l’exécution de l’hymne national et le défilé militaire.
La cérémonie a également été marquée par le dévoilement d’une fresque intitulée « Panthéon des figures panafricanistes et révolutionnaires ».
Trente-neuf ans après leur disparition, l’hommage au Capitaine Thomas Sankara et à ses compagnons demeure un appel à prolonger leur engagement par le travail, l’unité et la défense de la souveraineté nationale.
Le Camarade Premier ministre, Chef du Gouvernement, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a reçu en audience, ce jeudi 15 octobre 2026 à Ouagadougou, une délégation de la Société de cardiologie du Burkina (SO.CAR.B), conduite par son président, le Professeur Nobila Valentin Yaméogo. La délégation est venue lui présenter les objectifs du 9ᵉ Congrès scientifique de la SO.CAR.B, couplé au 4ᵉ Congrès de l’Association des Sociétés de cardiologie d’Afrique de l’Ouest et du Centre (ASCAOC), qui se tiendront du 28 au 30 octobre 2026 à Ouagadougou.
Placée sous le thème « Cœur et nutrition », cette rencontre mettra l’accent sur le rôle de l’alimentation dans la prévention des maladies cardiovasculaires. À sa sortie d’audience, le Professeur Yaméogo a expliqué que le choix de cette thématique répond à la progression de ces pathologies et à la nécessité de mieux informer les populations sur les habitudes alimentaires favorables à leur santé.
« Le thème “Cœur et nutrition” va nous permettre de faire de la prévention cardiovasculaire, de promouvoir une meilleure prise en charge des maladies cardiovasculaires et de transmettre des informations capitales à nos populations, afin que manger ne soit pas une source de maladie », a-t-il souligné.
Les échanges ont également porté sur la valorisation des produits locaux. Pour le président de la SO.CAR.B, une alimentation saine peut s’appuyer sur des denrées produites localement et accessibles aux populations, en cohérence avec les orientations nationales en matière de souveraineté alimentaire.
Le Chef du Gouvernement a, dans ce sens, souligné l’intérêt d’une alimentation simple et adaptée aux réalités locales. « Parfois, la bonne santé se trouve dans la simplicité. On peut manger simplement ce que nous produisons et être en bonne santé », a-t-il déclaré. Il a ainsi insisté sur l’importance d’associer la promotion des produits locaux à l’adoption de bonnes habitudes alimentaires.
Prévu à l’hôtel Azalaï de Ouagadougou, ce rendez-vous scientifique devrait réunir près de 500 participants. Des spécialistes du Burkina Faso, d’autres pays africains et d’autres régions du monde sont attendus pour partager leurs expériences et échanger sur les avancées scientifiques dans le domaine cardiovasculaire.
En amont du congrès, des activités de formation, d’information et de dépistage sont prévues au CHU de Bogodogo, au CHU de Tengandogo et au CHU Yalgado-Ouédraogo.
Le CHU de Bogodogo accueillera notamment un enseignement technique consacré à l’échographie, pour l’exploration de certaines anomalies des artères cérébrales. Des sessions de formation sur l’hypertension artérielle associée à la grossesse seront, quant à elles, organisées dans les trois CHU.
À travers ce programme, la SO.CAR.B entend renforcer les compétences des professionnels de santé et améliorer le dépistage ainsi que la prise en charge des maladies cardiovasculaires, tout en donnant aux populations les moyens de mieux les prévenir.
Le Camarade Premier ministre, Chef du Gouvernement, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a présidé, ce jeudi 15 octobre 2026 à Ouagadougou, la cérémonie officielle d’ouverture de la 5ᵉ Rencontre des Directeurs généraux des Douanes de l’AES et du Togo. Prévue les 15 et 16 octobre, elle réunit les responsables des administrations douanières autour de la facilitation des échanges commerciaux et du renforcement de leur coopération.
Placée sous le thème « Harmonisation des procédures douanières pour un commerce fluide et sécurisé dans l’espace AES », cette rencontre fait suite aux travaux des experts des administrations douanières des États membres de la Confédération des États du Sahel, tenus du 12 au 14 octobre à Ouagadougou. Elle vise à mieux coordonner les pratiques pour faciliter la circulation des marchandises, tout en renforçant l’efficacité des contrôles.
Dans un contexte marqué par la recherche d’une plus grande souveraineté économique, le Chef du Gouvernement a invité les administrations douanières à consolider les acquis des quatre précédentes rencontres et à concrétiser les engagements pris. Après la concertation et le rapprochement des approches, il attend désormais des résultats visibles sur le terrain.
Parmi les priorités soulignées figure l’interconnexion des systèmes d’information douaniers. Celle-ci doit améliorer la traçabilité des opérations, réduire les formalités redondantes et accroître l’efficacité de la mobilisation des recettes. Le partage des données doit également permettre de mieux lutter contre la fraude et la contrebande, face à des réseaux aux méthodes de plus en plus sophistiquées.
Le Camarade Premier ministre a toutefois rappelé que le renforcement des contrôles doit aller de pair avec la simplification des procédures. Il a ainsi encouragé les participants à concilier sécurité et fluidité des échanges, afin de servir les populations et de faciliter les activités économiques.
Ces exigences ont également été au cœur de l’intervention de la Camarade ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako/Traoré, représentant le ministre de l’Économie et des Finances. Elle a souligné la nécessité de donner une traduction concrète à la souveraineté confédérale, aussi bien dans le fonctionnement des administrations que dans les échanges économiques.
Rappelant le rôle des douanes dans la mobilisation des ressources publiques, la protection des intérêts économiques et la sécurisation des frontières, elle a appelé à faire de celles-ci des espaces de circulation maîtrisée et d’opportunités économiques. À cette fin, elle a invité les Directeurs généraux à accélérer l’interconnexion de leurs systèmes, à faire progresser les travaux sur le régime tarifaire préférentiel et les règles d’origine, ainsi qu’à renforcer la formation des agents. Elle a également souhaité que les conclusions de la rencontre soient assorties de responsabilités clairement définies et d’un calendrier de mise en œuvre.
La coopération entre les administrations constitue une condition essentielle de ces avancées. Le Camarade Bassolma Bazié, Président de la Commission nationale de la Confédération des États du Sahel (CN-CES), a ainsi insisté sur la consolidation des liens entre les douanes de l’AES et du Togo. Il a notamment souligné l’importance de l’harmonisation des procédures, du partage d’informations et de la lutte contre les trafics illicites pour améliorer les recettes publiques et soutenir l’intégration économique.
Les Directeurs généraux des Douanes du Mali, l’Inspecteur général Cheickna Amala Diallo, et du Niger, le Colonel Mohamed Yacouba Siddo, ont, pour leur part, mis l’accent sur le partage des données, le suivi des recommandations et la prise en compte des attentes des opérateurs économiques. Le représentant du Commissaire général de l’Office togolais des recettes (OTR) a réaffirmé l’engagement du Togo à poursuivre cette coopération et à accélérer l’application des mesures convenues.
Au terme des travaux, les administrations douanières sont ainsi attendues sur des mesures opérationnelles permettant de simplifier les échanges, de sécuriser la circulation des marchandises et de renforcer la mobilisation des ressources publiques.
A Bobo-Dioulasso, les tricycles ont changé de vocation. Conçus pour le transport de biens, ils transportent désormais des personnes, en violation de la réglementation sur leur usage et des règles de sécurité routière. Surchargés, lancés à vive allure et dépourvus de dispositif de sécurité, ces engins à trois roues transforment le trafic de la ville de Sya, en un parcours à haut risque, devenant une véritable source d’insécurité routière. Plongée au cœur d’une pratique illégale mais populaire.
Vendredi 31 juillet 2026. Il est 9 heures à Bobo-Dioulasso. Après une pluie matinale, un temps clément berce la cité de Sya. A pied, à vélo, à moto ou en voiture, chacun vaque à ses occupations. Dans ce flot, un autre type d’engins, à trois roues, attire l’attention. Il s’agit
des tricycles communément appelés taxis-motos. Au volant du sien, Moussa Sanou, 26 ans, serpente dans les ruelles du quartier Belle-ville. Il évite les nids-de-poule et les flaques d’eau. Le jeune homme marque un arrêt devant une boutique. Un groupe de femmes l’y attend. « Ce sont des commerçantes. Chaque matin, je viens les conduire au marché des fruits », indique-t-il l’air joyeux. C’est sa troisième course de la journée.
Dans le porte bagages de son engin, légèrement usée et rouillée, neuf femmes dont l’âge est compris entre 18 et 40 ans environ prennent place, sans aucun dispositif de sécurité. Deux d’entre elles ont leurs bébés au dos. Au milieu des dames, Moussa Sanou place des cabas en plastique et des sacs d’oranges, d’ignames, de patates douces et
d’oignons.
Sans casque, le conducteur de tricycle remonte au guidon et repart en trompe. Direction : le marché des fruits et légumes. Le moteur hurle. Le conducteur se faufile dans cette ruelle accidentée. L’engin zigzague. Les passagères sont ballotées. Ici, la prudence est un luxe. Quelques centaines de mètres plus loin, il embarque deux autres jeunes arrêtés au bord du goudron. Puis un troisième, à un jet de pierre. Au total, 14
Moussa Sanou (gauche) conduit les « trois roues » pour gagner sa vie.
personnes sont à bord, en plus du chauffeur. Désormais, sur le bitume, Moussa slalome entre voitures et motos.
A Bobo-Dioulasso, le spectacle des tricycles qui transportent des dizaines de passagers est devenu banal. Dans plusieurs quartiers, les engins à trois roues sont devenus un moyen de locomotion, comme tout autre.
Chemin faisant, nous rencontrons Emmanuel Drabo, 28 ans. Képi vissé sur la tête, son casque est accroché au guidon. Dans son « épave », 11 dames ont pris place, avec les mains chargées de seaux, de paniers, de sachets remplis de condiments, de tubercules et de fruits.
« Nous savons que c’est dangereux, mais ce moyen de déplacement est moins cher contrairement aux taxis. Le tricycle vient nous chercher devant notre porte (au secteur 22, ndlr) et la course fait juste 100 F CFA », relate Mariam Traoré, une quadragénaire, commerçante au grand marché de Bobo-Dioulasso.
Le jeune Emmanuel estime qu’il n’a pas le choix. Il faut surcharger pour pouvoir s’acquitter des frais de location du taxi-moto, qui s’élèvent à 20 000 F CFA par semaine et parvenir à nourrir dignement sa famille. Donc, « on charge jusqu’à ce que ça ne rentre plus. Sinon, on ne rentabilise pas la journée », confie-t-il, avant de s’engouffrer sur le boulevard de l’Indépendance.
Une découverte surprenante. Ni Moussa Sanou, ni Emmanuel Drabo ne possèdent de permis de conduire, catégorie A1. Ils ont appris à rouler « sur le tas », sans aucune formation, ni notion du Code de la route. Quid de l’assurance moto ?
Que nenni ! A l’origine, les deux amis utilisaient leurs engins pour transporter du sable, du gravier, du ciment, du fer ou encore du bois. Puis, progressivement, ils se sont tournés vers le transport de personnes pour se « bourrer » les poches. « C’est plus rentable », résume Moussa.
Une pratique illégale
Conducteur, Emmanuel Drabo explique que la surcharge permet de rentabiliser.
Dans la cité de Sya, les taxis motos, initialement destinés au transport des biens, marchandises…, se sont progressivement imposés dans celui des personnes, foulant aux pieds la réglementation en vigueur.
En effet, le décret n°2012-559/PRES/PM/MTPEN/MEF/MICA/MATDS/MID du 5 juillet 2012 interdit, en son article 5, l’exploitation à titre onéreux des vélomoteurs et motocyclettes comme « moto taxis » pour le transport public de personnes à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso.
Le lieutenant de police, Moctar Ouédraogo est le chef de la cellule des opérations de l’antenne Ouest de l’Office national de sécurité routière (ONASER). Il se veut plus explicite. Outre les marchandises, renseigne-t-il, seule une personne, en plus du conducteur, est autorisée à prendre place à bord d’un tricycle. Les deux occupants ont obligation de porter des casques homologués. Aussi, le chauffeur doit être âgé d’au moins 18 ans et détenir un permis de conduire de catégorie A1. Le lieutenant rappelle également que les marchandises ne doivent pas dépasser la carrosserie de l’engin.
14 ans après l’adoption de cette loi, la réalité est tout autre à Sya. En 2024, la ville de Bobo-Dioulasso comptait 20 364 tricycles, selon les chiffres de la Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM). Tous, ou presque, transportent régulièrement de nombreux passagers, en violation de la législation en vigueur, reconnait l’Association des conducteurs de tricycles de Bobo-Dioulasso (ACT-B). « Beaucoup de nos membres ne respectent pas la loi. Or, le non-respect des règles peut avoir des conséquences », affirme le secrétaire général de l’ACT-B, Tidiane Kologo. Parmi celles-ci, il cite les accidents de la circulation.
137 accidents en 6 mois
Le président de l’AFOV, Ousmane Sawadogo, pense que les taxis-motos représentent le « plus grand danger » sur les routes de Sya.
Les données de l’antenne ouest de l’ONASER, compilées auprès de la Police nationale et de la Gendarmerie, permettent de mesurer l’ampleur des incidents routiers impliquant les « trois roues ». Au premier semestre 2026, 1 113 accidents ont été enregistrés à Bobo-Dioulasso. Ils ont fait 1 048 blessés et 27 morts. Dans cette série noire, les taxis-motos occupent une place importante. Ils sont impliqués dans 137 accidents. Soit, près de 23 accidents par mois. Dans le détail, 84 accidents ont opposé des tricycles à des véhicules et 44 collisions
à des engins à deux roues. Trois accidents ont concerné des piétons renversés par des tricycles. Trois autres correspondent à des chutes libres et trois accrochages ont opposé des tricycles entre eux.
Du côté des soldats du feu, le constat est le même. Les interventions liées aux
accidents impliquant des tricycles se sont multipliées au fur et à mesure que ces engins se sont imposés dans le transport des personnes, constate le sous-lieutenant, Drissa Zaré, chargé de l’expédition des affaires courantes de la deuxième compagnie d’incendie et de secours. Les chiffres de la compagnie illustrent une tendance haussière. De 95 interventions en 2019, avec 106 victimes, le nombre est passé à 225 interventions pour 227 victimes en 2023. En 2025, 220 interventions ont encore été enregistrées, faisant 229 victimes.
De 2019 à 2025 donc, les soldats du feu ont ainsi effectué 1 277 interventions et porté secours à 1 336 victimes. « Les victimes sont généralement, les passagers à bord des tricycles, les conducteurs des tricycles, mais également d’autres usagers de la route, notamment les motocyclistes, les cyclistes ou les piétons », ajoute le chargé de l’expédition des affaires courantes de la deuxième compagnie d’incendie et de secours.
Des blessures et des décès
Dans le quartier Accart-ville, Aminata Ouattara, 48 ans, porte les stigmates de son accident. Assise sur une natte devant une épicerie, les béquilles posées près d’elle, sa jambe droite est immobilisée dans un épais plâtre. Des broches métalliques maintiennent sa
fracture. Son visage et ses bras portent encore des égratignures.
Dans la ville de Sya, le taxi-moto est utilisé…
Deux semaines auparavant (vendredi 17 juillet, ndlr), elle a chuté d’un tricycle quand elle revenait du grand marché de Bobo-Dioulasso. L’engin a percuté des usagers immobilisés au feu tricolore. « Le chauffeur roulait à vive allure », témoigne-t-elle. Selon dame Aminata, il a accéléré pour franchir le feu orange, alors que les usagers qui le précédaient s’étaient déjà arrêtés. Le choc a fait plusieurs
blessés et endommagé des motos.
Evacuée au Centre de santé avec antenne chirurgicale (CMA) du secteur 22, elle affirme avoir déjà dépensé plus de 150 000 F CFA pour ses soins. Aujourd’hui, elle a du mal à se déplacer seule.
« Les taxis-motos nous rendent service, mais c’est un vrai danger !», souffle-t-elle. Et pour cause, emprunter un taxi moto pour ses courses peut se révéler être un service qui se paie parfois au prix du sang.
Sur le bitume bobolais, le diagnostic clinique des blessures varie : égratignures, plaies béantes, contusions, fractures, membres broyés, parfois des traumatismes crâniens. Tout dépend, explique le sous-lieutenant Zaré, de la violence de l’impact, de la position du corps au moment du choc, et du port ou non d’équipements de protection. « Malheureusement, ces accidents ont parfois entraîné des blessures graves et des décès », ajoute le sous-lieutenant, Drissa Zaré. Entre 2019 et 2025, la compagnie des sapeurs-pompiers a dénombré 25 décès liés aux tricycles.
… comme tout autre moyen de transport de passagers, malgré les risques.
Le mercredi 3 juin 2026, un passager de tricycle n’est jamais rentré chez lui. Ce jour-là, rapporte le lieutenant de police, Moctar Ouédraogo, de l’antenne ouest de l’ONASER, un accident mortel s’est produit sur la route nationale n°1, à hauteur de l’hôpital de Pala. Le conducteur a reconnu avoir perdu le contrôle de son engin, suite à une défaillance du système de freinage, alors qu’il roulait dans une zone en descente. Il a percuté un camion. Malheureusement, l’un des passagers à bord du tricycle a perdu la vie.
Dans la ville de Sya, le tricycle est devenu une véritable source d’insécurité routière. Une situation qui inquiète les acteurs chargés de veiller à la sécurité routière. Ousmane Sawadogo préside l’Association Faso One Village (AFOV), engagée dans la promotion de la sécurité routière à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso.
Sur le terrain, depuis plusieurs années, entre sensibilisation des usagers et régulation de la circulation, il a été témoin du changement de vocation des tricycles dans la capitale économique du Burkina Faso. D’un simple moyen de transport de biens, de marchandises et autres matériaux, ils sont devenus, à partir de 2011, un moyen de transport en commun. Aujourd’hui, il est formel :
« Le plus grand danger sur les routes de Bobo-Dioulasso, ce sont les tricycles ».
Au poste de la police municipale, le directeur général, Seydou Coulibaly, évoque également un « risque très élevé d’accidents », lorsque ces engins transportent des usagers. Selon lui, ils ne sont pas adaptés à ce type de transport.
« L’incivisme a la peau dure »
Le lieutenant de police Moctar Ouédraogo, lui, insiste sur leur vulnérabilité. « Le tricycle n’est pas aménagé pour transporter des passagers », argue-t-il. Aucun siège n’est prévu pour les accueillir et aucun dispositif de sécurité ne les protège en cas de chute. Il n’y a pas non plus de ceinture de sécurité. Les passagers s’asseyent sur la bordure du porte-bagages. « A la moindre secousse,
ils peuvent tomber », regrette-t-il.
Le lieutenant de police Moctar Ouédraogo de l’antenne ouest de l’ONASER : « Le tricycle n’est pas aménagé pour transporter des passagers ».
A ces risques, s’ajoutent d’autres infractions. Il s’agit du non-port du casque, du défaut de permis de conduire, de l’excès de vitesse, du non-respect des feux tricolores, de l’absence d’assurance ou de visite technique. Le non-paiement des taxes, la surcharge des marchandises et, surtout, les pratiques dangereuses liées au transport de personnes, viennent allonger la liste des périls.
« Un conducteur de tricycle transporte en moyenne 12 passagers par voyage dans la ville de Sya. Pourtant, cet engin qui ne devrait en prendre qu’un, en plus du chauffeur », estime Dr Aminata Kaboré, enseignante-chercheure à l’université Faustin Sié Sib (UF2S) et co-auteure d’une étude intitulée : « Transport de personnes par tricycles à Bobo-Dioulasso : les remplacer ou en faire un levier de mobilité durable ? », publiée en décembre 2024.
Conducteur de taxi-moto depuis quatre ans, Romaric Hien reconnaît une part de responsabilité des chauffeurs dans les infractions qui leur sont reprochées. Il explique que la surcharge vise surtout à augmenter les recettes. Mais, cette pratique comporte des risques. « Quand le tricycle est chargé, il devient difficile à contrôler », admet-il. Au moindre obstacle ou lors d’un freinage brusque, l’engin peut perdre son équilibre et se renverser, précise-t-il.
Madina Konaté, 23 ans, en a fait l’amère expérience. Alors qu’elle revenait de quartier Sarfalao, le tricycle dans lequel elle avait
pris place a chaviré après un mauvais dépassement.
« Nous étions neuf dans le tricycle et il y avait beaucoup de marchandises. Quand il a basculé, je me suis retrouvée à terre avec une entorse. Mon fils a eu plusieurs égratignures. D’autres passagers ont été grièvement blessés », se souvient-elle, douloureusement.
Mais, les conducteurs ne sont pas les seuls à blâmer. Pour Ousmane Sawadogo, président de l’AFOV, les usagers ont également leur part de responsabilité. « La population est fautive », estime-t-il. Selon lui, ni le faible coût de la course ni la possibilité d’être déposé devant son domicile ne justifient de prendre de tels risques. « Il n’y a pas de raison de monter sur un engin qui met votre vie en danger, simplement parce qu’il est moins couteux », déplore-t-il. Pour le président de l’AFOV, les usagers doivent donc assumer leur part de responsabilité.
« Si quelque chose de grave arrive, ce n’est ni la faute du gouvernement, ni celle de Dieu », tranche-t-il.
Pour le sous-lieutenant Drissa Zaré de la deuxième compagnie d’incendie et de secours, le tricycle ne doit pas devenir une source de danger pour les humains.
Pour lutter durablement contre le phénomène, les forces de l’ordre misent sur un mélange de sensibilisation et de répression. Aux carrefours, aux feux tricolores et sur les grandes avenues de Bobo-Dioulasso, les contrôles se multiplient. Les opérations combinent éducations, interpellations et mises en fourrière des engins en infraction. L’antenne ouest de l’ONASER y participe activement. Son chef de la cellule des opérations, le lieutenant de police Moctar Ouédraogo, fait savoir que des campagnes de sensibilisation sont régulièrement menées auprès des conducteurs, notamment sur l’interdiction d’utiliser les tricycles pour le transport de passagers. Les usagers sont également informés des risques liés à la surcharge.
Mais, la sensibilisation ne suffit pas toujours. Les forces de l’ordre procèdent aussi à des interpellations. Selon l’étude menée par Dr Aminata Kaboré, entre 2013 et 2018, les agents municipaux de Bobo-Dioulasso ont mené 88 opérations de contrôle de la circulation des tricycles. Ces contrôles ont permis de mettre en fourrière 3 635 engins, principalement pour transport de passagers, détaille-t-elle.
Pour le DG de la police municipale, le problème réside surtout dans le non-respect des règles. L’argument du manque de transports en commun ne tient plus, de l’avis de Seydou Coulibaly. « Aujourd’hui, les bus sont là », précise-t-il.
User de la carotte et du bâton
Face à la multiplication des risques liés à l’usage des tricycles, les acteurs de la sécurité routière plaident pour une réponse globale. Pour le lieutenant de police Moctar Ouédraogo, il faut agir avec méthode. Il recommande
« la carotte et le bâton ». La sensibilisation doit se poursuivre, mais les contrevenants doivent aussi être sanctionnés. L’officier de police invite les populations à privilégier des moyens de transport plus sûrs, notamment les bus publics et les taxis ordinaires. Il note le renforcement du parc de la Société de transport en commun (SOTRACO) qui dessert désormais plusieurs zones périphériques. « Dans les bus, il y a plus de sécurité et de confort », soutient-il. A défaut, il encourage les chauffeurs à utiliser des
tricycles conçus et équipés pour le transport de passagers.
Depuis la caserne, un appel résonne. Les sapeurs-pompiers exhortent à la prudence sur les routes. « Le tricycle est un moyen de transport pour les marchandises, il ne doit pas devenir une source de danger pour les hommes », prévient le sous-lieutenant Drissa Zaré, de la deuxième compagnie d’incendie et de secours. Son message tient en une conviction : « La prévention est notre première intervention ». Avant que les secours n’interviennent, chacun peut déjà, par son comportement, éviter le pire sur la route.
Le SG de l’ACT-B, Tidiane Kologo, plaide pour une professionnalisation du transport de passagers par les tricycles.
Du côté des conducteurs, l’accent est mis sur la professionnalisation du secteur. Le secrétaire général de l’association des conducteurs de tricycles de Bobo-Dioulasso, Tidiane Kologo, propose de rendre obligatoire le permis de conduire, après une formation sur la sécurité routière. Il préconise également des visites techniques régulières pour écarter les engins vétustes et sanctionner les transformations artisanales dangereuses.
Pour le directeur général de la police municipale de Bobo-Dioulasso, Seydou Coulibaly, la priorité reste l’appropriation des règles. Il exhorte les conducteurs à « s’approprier la réglementation et le Code de la route ».
En attendant la mise en œuvre de ces réformes structurelles et l’application effective de la réglementation, le manège mortel se poursuit dans les rues de la deuxième ville du Burkina Faso.
Aux abords du grand marché, le vacarme des moteurs est assourdissant. Par dizaines, les tricycles y sont stationnés. En cette fin de journée du 1er août 2026, certains chauffeurs attendent leurs clientes, tandis que d’autres chargent les bagages des commerçantes qui s’affairent à rejoindre leurs domiciles. Parmi eux, Arouna Sawadogo s’apprête à bouger. Dans sa caisse métallique, 11 femmes et trois jeunes filles, ont déjà pris place. Il entasse ensuite des sacs de fruits et de légumes, des paniers et des seaux.
Il sait que cette pratique est interdite. Il connait aussi les risques y afférents. « Mais, si je refuse une cliente, elle ira voir ailleurs. On ne peut pas non plus transporter les bagages d’une personne, sans elle », confie le
trentenaire. 18h20. Direction le quartier Bindougousso. Trois autres passagers monteront à bord, portant le nombre total à 17. Aucun confort, le risque est omniprésent. La stabilité du tricycle est précaire et, à tout moment, l’engin peut basculer. Arouna n’en a cure. Ses passagers, non plus. Dans la cité de Sya, les tricycles règnent toujours en maitre sur les voies, avec ses multiples dangers…
Djakaridia SIRIBIE
dsiribie15@gmail.com
«Il sera judicieux de penser à une action … », Dr Aminata Traoré, enseignante-chercheure
Sidwaya (S.) : Vous êtes co-autrice de l’étude intitulée : « Transport de personnes par tricycles à Bobo-Dioulasso : les remplacer ou en faire un levier de mobilité durable ? », publiée en décembre 2024. Dans quel contexte et dans quel cadre cette étude a-t-elle été réalisée ?
Dr Aminata Traoré : « le Burkina Faso gagnerait à faire cas d’école pour certains pays d’Afrique ou d’Asie où ces moyens sont utilisés comme modes de transport de personnes ».
Aminata Traoré (A.T.) : Effectivement, cet article est le fruit d’une
collaboration avec Dr Ousseny Sigué, chercheur à l’Institut national des sciences des sociétés (INSS). Cette étude est tirée des résultats de notre thèse de doctorat unique soutenue en octobre 2024 au laboratoire « Dynamique des espaces et sociétés » de l’école doctorale des lettres, sciences humaines et communication à l’université Joseph-Ki-Zerbo. Le titre de la thèse est : « Les transports urbains à Bobo-Dioulasso : concurrence et complémentarité ». Pour le contexte, on est parti du postulat que le système des transports urbains est dynamique. Pour rappel en 2008, on avait investigué le terrain dans le cadre de notre mémoire de maitrise qui porte sur le transport de personnes des ménages à Bobo-Dioulasso. En ce moment, l’offre de transport par tricycles n’y était pas développée. C’est entre 2010 et 2011 que ce nouvel moyen de transport a fait son apparition dans la scène des transports. Et donc, on a trouvé pertinent d’investiguer à nouveau et comprendre pourquoi, ce type de transport s’est développé à Bobo-Dioulasso. C’est surtout l’accroissement rapide du nombre de ce type d’engins qui a retenu notre attention et on n’a pas hésité à nous lancer. C’est dans le cadre de la vulgarisation des résultats de nos travaux que cette étude a été réalisée.
S. : Quels sont les principaux enseignements qui ressortent de votre enquête sur le développement du transport de personnes par tricycles à Bobo-Dioulasso ?
A.T. : Les principaux enseignements sur le développement du transport de personnes par tricycles dans la ville de Bobo-Dioulasso sont que ce moyen de transport est rentré dans les habitudes de mobilité des bobolais. Cela est perceptible à travers le parc de tricycles qui évolue rapidement. De 4 tricycles en 2014, le nombre est passé à 9 506 en 2021. Et selon les récents chiffres fournis par la direction générale des transports terrestres et maritimes, en 2024, ce parc est estimé à 20 364 tricycles.
Ensuite, il y a le poids ou le rôle économique du sous-secteur des tricycles dans le budget communal de Bobo-Dioulasso. Avec les paiements de la patente et de la taxe de stationnement qui coûtent 20 000 F CFA pour les tricycles par an, on a pu estimer en 2021, la contribution de ce secteur au budget de la commune à 79 200 000 F CFA par an. Cependant, tous les détenteurs de tricycles ne s’acquittent pas de ces différentes taxes, ce qui constitue un manque à gagner pour la commune. Ils jouent également un rôle dans l’absorption de la main-d’œuvre. Ce secteur contribue à la réduction du nombre de chômeurs à Bobo-Dioulasso. Le nombre de travailleurs dans le domaine est d’au moins 5 806 conducteurs de tricycles et apprentis si l’on considère les chiffres avancés par le Ministère en charge des Transports en 2021.
S. : Comment expliquez-vous que le transport de passagers par tricycles continue de se développer à Bobo-Dioulasso alors même que la réglementation l’interdit ?
A.T. : L’article 4 du décret n°2012-559 du 5 juillet 2012 portant conditions et modalités d’exploitation à titre onéreux et pour compte propre des vélomoteurs, motocyclettes, tricycles et quadricycles, dans les villes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, interdit aux chauffeurs de tricycles dans ces villes de transporter des personnes. Etant confronté à la rareté des clients pour le transport des marchandises, et profitant du vide laissé par les transports en commun institutionnels, les tricycles se sont vite transformés en transport de personnes. Et comme c’était rentable et les conditions d’exploitation flexibles, alors, plusieurs jeunes au chômage se sont convertis en chauffeurs de tricycles. Aussi, le coût des deux roues motorisés (achat et utilisation) ont contraint et continuent de contraindre une frange de la population à utiliser le tricycle pour leur déplacement. Il y a aussi la souplesse et la flexibilité dans l’utilisation des tricycles. Ils arrivent là où les autobus de la SOTRACO et les taxis n’arrivent pas, les tricycles desservent presque tous les points de la ville.
S. : Au regard de vos résultats, quels sont les principaux risques que présente le transport de passagers par tricycles pour la sécurité des usagers ?
A.T. : Les usagers sont exposés au risque d’accident de la circulation. Ce sont des véhicules qui ne sont pas adaptés au transport de personnes. On constate qu’ils n’ont pas de places assises et ils sont souvent vétustes et polluants. Les tricycles sont impliqués dans 7,19% des accidents entre 2017 et 2021 selon l’ONASER. Aussi, la majorité des conducteurs n’ont pas une grande connaissance du Code de la route.
S. : Votre étude pose la question de savoir s’il faut remplacer les tricycles ou en faire un levier de mobilité durable. Quelle solution préconisez-vous ?
A.T. : Aujourd’hui, le transport par tricycle fait l’objet de plusieurs récriminations, surtout dans son rôle de transport de personnes. Si
l’interdiction des tricycles permet de réduire les risques d’accidents, elle va forcément exclure des citadins du système de transport. Il sera judicieux de penser plutôt à une réorganisation du système actuel avec l’implication de toutes les parties prenantes, sans exclusion aucune, qu’à la suppression des tricycles. Le Burkina Faso gagnerait à faire cas d’école pour certains pays d’Afrique ou d’Asie où ces moyens sont utilisés comme modes de transport de personnes.
Le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme organise un colloque international sur le thème : « Souveraineté : héritage culturel et vision de Cheikh Anta Diop » les 14 et 15 octobre 2026 à Ouagadougou.
Le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme veut faire connaitre davantage la vision du panafricaniste, Cheikh Anta Diop. A l’occasion de la commémoration du 30e anniversaire de l’assassinat du capitaine Thomas Isidore Noël Sankara, le département organise un colloque international sur le thème :
« Souveraineté : héritage culturel et vision de Cheikh Anta Diop » les 14 et 15 octobre 2026 à Ouagadougou. Durant deux jours, 52 communications vont être présentées en présentiel et en visioconférence dans neuf localités du Burkina Faso, notamment les villes de Ouagadougou, Koudougou, Fada N’Gourma, Gaoua, Boromo, huit d’Afrique dont le Sénégal, le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire et quatre des autres pays du monde dont le Canada, les Etats-Unis d’Amérique et l’Ouzbékistan. Les communications abordent des sujets qui s’inscrivent dans sept axes de réflexion. Ce sont, entre autres, la primauté de l’Afrique noire, l’unité culturelle africaine, le refus du racisme, le rôle politique de l’histoire, la méthodologie scientifique, les polarités africaines, le développement et l’auto-détermination. La communication inaugurale a été donnée par le professeur Aziz Salmone Fall.
Un même combat pour le panafricanisme
Le ministre chargé de la Communication, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo : « Il est de notoriété mondiale que Cheikh Anta Diop et Thomas Sankara ont partagé le même combat pour l’émancipation totale de l’Afrique ».
La cérémonie d’ouverture du colloque a été présidée par le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo. Il a confié que les communications entendent montrer le lien historique entre Cheikh Anta Diop et Thomas Sankara.« Il est de notoriété mondiale que Cheikh Anta Diop et Thomas Sankara ont partagé le même combat pour l’émancipation totale de l’Afrique. Ils ont été de fervents panafricanistes, ont cru en la souveraineté de l’Afrique et refusé la domination étrangère », a-t-il relevé. Pour le ministre chargé de la Culture, ces grandes figures africaines, bien que différentes par leurs parcours et champs d’action, ont porté une même exigence, celle de la dignité, de la liberté et de la souveraineté des peuples africains. Il a par ailleurs déclaré que Cheikh Anta Diop a enseigné que l’Afrique ne saurait se projeter dans le monde si elle demeure privée de la connaissance de son passé.
« La souveraineté de l’Afrique ne se réduit donc pas à la maîtrise de ses propres ressources naturelles ou à l’indépendance de ses décisions politiques. Elle est également culturelle, intellectuelle, scientifique et mémorielle. Elle suppose que nous puissions raconter notre histoire avec nos propres mots, transmettre nos valeurs, protéger nos patrimoines et produire les connaissances nécessaires à l’émancipation de nos peuples », a souligné le ministre chargé de la Culture. Il a assuré que les publications ultérieures des actes du colloque vont être valorisées afin d’assurer leur large diffusion. Aussi, elles vont constituer une précieuse contribution aux débats et permettront de prolonger les réflexions engagées. En avril 1986, le professeur Cheikh Anta Diop avait été invité à la conférence inaugurale du symposium organisé du 20 au 26 avril 1986, en vue de la création de l’Institut des peuples noirs (IPN) aujourd’hui Farafina.
Malheureusement, il est décédé le 7 février 1986.
Le président de l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs semenciers du Burkina (UNPS-B), Inoussa Ouédraogo a visité, dans le cadre du suivi des activités de production semencières, deux champs dans le village de Lago, dans la commune de Gourcy, province du Zandoma, mardi 13 octobre 2026.
L’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs semenciers du Burkina (UNPS-B) ambitionne d’atteindre un niveau de produc-tion national record de 60 000 tonnes de semences, toutes spéculations confondues pour la campagne agricole 2026-2027. Pour relever ce défi, le président de l’UNPS-B, Inoussa Ouédraogo, a entamé une tournée de suivi des activités de production semencière dans les différentes régions. Le mardi 13 octobre 2026, dans le village de Lago, dans la commune de Gourcy, région de Yaadga, il a pu constater l’évolution de productions de semences de riz et de sorgho blanc du producteur Saidou Ouédraogo. Pour une exploitation de cinq hectares (ha) de la variété de riz FKR19 cultivée, la production est en phase de moisson. Il est attendu sur cette superficie 20 tonnes soit 4t/ha.
S’agissant du sorgho blanc, du champ de trois hectares à l’étape de maturité, il est attendu un rendement de cinq tonnes.
« Nous avons pu constater que les champs sont assez encourageants », a déclaré Inoussa Ouédraogo. Selon lui, ces résultats témoignent d’une certaine résilience des producteurs liée à la formation et au renforcement des capacités qu’ils bénéficient. Le président de l’UNPS-B a salué l’ingéniosité du producteur qui utilise le système d’irrigation d’appoint ayant permis de sauver sa production.
« C’est en cela que nous encourageons les producteurs à l’utilisation des semences de qualité. Malgré les conditions climatiques difficiles, il a pu tirer son épingle du jeu », a-t-il commenté. Le président de l’UNPS-B a fait savoir que certaines provinces ont été touchées par des poches de sécheresse constatées qui ont impacté des spéculations à savoir le maïs et le niébé.
Produire davantage
Mais à son avis, la région de Yaadga n’étant pas une zone productrice de maïs, les autres localités à forte production pourront compenser le manque à gagner. Il a également rassuré que des mesures diligentes ont été prises par le gouvernement à travers le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, notamment la foration pour une disponibilité en eau. A cet effet, Inoussa Ouédraogo a invité les membres de l’UNPS-B à s’inscrire dans cette dynamique, afin de voir dans quelle mesure il faut travailler ensemble pour atteindre l’objectif.
Le président de l’UNPS-B a encouragé les producteurs réinstallés de la localité à produire davantage pour être autosuffisants en termes de fourniture en semences. Le producteur semencier Saïdou Ouédraogo a salué l’équipe de la mission pour cette visite qui le galvanise à persévérer dans son activité. Il a reconnu la nécessité de l’encadrement des agents techniques d’agriculture ayant permis d’atteindre ce résultat. En pleine moisson de riz, le producteur a été rassuré que ses doléances, surtout son besoin en batteuse sera pris en compte au niveau de la faitière pour diminuer la pénibilité du travail.
Le président de l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs semenciers du Burkina, Inoussa Ouédraogo, a visité, lundi 12 octobre 2026, à Bagré, des champs de riz et de maïs pour s’assurer l’état d’avancement de la campagne et identifier les difficultés.
En dépit d’une saison humide peu pluvieuse, la production semencière dans la région du Nakambé laisse place à l’optimisme. Le président de l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs semenciers du Burkina (UNPS-B), Inoussa Ouédraogo, a fait le constat le lundi 12 octobre 2026, dans la commune de Bagré. A V6 au Sud de Bagré, Inoussa Ouédraogo et sa délégation ont d’abord visité un champ de riz de 10 hectares, de la variété TS2, puis un autre de 50 hectares de la variété de FKF19, appartenant à l’Union des producteurs semenciers de Bagré. Le constat, fait sur place, montre une bonne physionomie, selon le président de l’Union des producteurs semenciers de la région du Nakambé, Issaka Sango. « Le riz est au stade de montaison et il ne reste plus que deux semaines pour donner des panicules », a-t-il dit. Pour arriver à ce résultat, il a confié que 200 kg de NPK, 200 kg d’urée et 5 tonnes de compost ont été apportés à l’hectare
afin d’avoir un bon rendement.
« L’évolution de la campagne semencière est satisfaisante parce qu’au début, nous avons eu peur à cause des poches de sècheresse. Mais pour le moment, nous avons reçu des eaux tardives qui nous ont permis de boucler les cycles des spéculations des hautes terres, comme le maïs, le mil et le sorgho », a-t-il déclaré, confiant. Ce résultat, selon le producteur semencier est également à mettre à l’actif du gouvernement qui a permis à sa coopérative de bénéficier d’engrais à prix subventionné, soit 22 000 F CFA le sac pour les grands producteurs contre plus de 30 000 F CFA sur la place du marché.
« Nous avons aussi eu des tracteurs subventionnés qui nous ont aidés à faire les labours », a ajouté Issaka Sango. Il a souligné que le rendement à l’hectare dépend des variétés. Pour la variété de riz TS2, il est attendu à 5 à 6 tonnes à l’hectare alors que pour la FKF19, le rendement prévisionnel oscille entre 4 à 4,5 tonnes à l’hectare.
Après le champ de riz, le cap a été mis ensuite sur un champ de 50 ha de maïs, de la variété « Massongo » au centre de
Bagré, appartenant à la même coopérative. Le maïs, censé donné jusqu’à 5 tonnes à l’hectare, est au stade de maturité. Du reste, les visiteurs du jour ont pu se saisir de quelques épis de maïs afin d’apprécier la qualité des grains. Pour le président de l’UNPS-B, Inoussa Ouédraogo, cette visite dans la région du Nakambé entre dans le cadre d’une tournée entreprise pour apprécier l’évolution de la campagne et s’entretenir avec les membres de l’union, les galvaniser et identifier les difficultés.
Un objectif de 60 000 tonnes
Le maïs de la variété « Massongo » de 50 ha est au stade de maturité.
« La semence compte pour 40% dans l’atteinte des objectifs de la production. Compte tenu du fait que la campagne a été difficile, nous nous sommes donnés un objectif de 60 000 tonnes », a-t-il justifié. Le président de l’UNPS-B a expliqué que cela
est d’autant plus nécessaire que le gouvernement a annoncé des mesures urgentes pour la campagne sèche pour pallier les effets de la mauvaise campagne agricole humide. Cette décision requiert, à son avis, qu’il y ait de la semence de qualité. Le président de l’UNPS-B s’est dit satisfait de la campagne en cours dans la région du Nakambé. « Avec la reprise des pluies, il y a motif de satisfaction, parce que le maïs a pratiquement bouclé son cycle et nous pouvons dire que dans la localité, il y a eu plus de peur que de mal », s’est-il réjoui.
Inoussa Ouédraogo a fait comprendre aux producteurs de Bagré que certaines zones n’ont pas eu les mêmes chances qu’eux, par conséquent, ils doivent travailler pour bien entretenir les plants et répondre aux besoins du Burkina dans la quête de la souveraineté alimentaire. Il a invité les producteurs semenciers à maitriser la période des post-récoltes au cours de laquelle l’on enregistre beaucoup de pertes de graines. Dans ce sens, Inoussa Ouédraogo a fait savoir que le ministère en charge de l’agriculture a prévu de les accompagner avec du matériel de nettoyage et de conditionnement pour accélérer les travaux et entamer la saison agricole sèche. Pour la région du Nakambé, il a dit attendre plus de 4 500 tonnes de riz au vu de la physionomie des plants constatée dans les champs. Le patron de l’UNPS-B a saisi l’occasion pour inviter les producteurs à utiliser les semences certifiées. Pour lui, le changement climatique qui occasionne la rareté des pluies et l’amélioration de la productivité requièrent l’utilisation d’une semence de qualité. « Il faut que les producteurs arrivent à accroitre leurs rendements. Ils ne pourront pas s’en sortir s’ils n’allient pas cycle et rentabilité », a-t-il conclu.