Le ministère de la Guerre et de la Défense patriotique a lancé, la 18e session de formation en agriculture et en élevage au profit des militaires et paramilitaire en phase de reconversion, le mardi 3 novembre 2026, à Ouagadougou.
Le ministère de la Guerre et de la Défense patriotique poursuit son programme de reconversion au profit des militaires en fin de carrière. Dans ce cadre, 83 militaires porteurs de projets et 10 personnels des Eaux et forêts, soit 93 apprenants prennent part à cette 18e session de formation en agriculture et en élevage. Le lancement de cette formation a eu lieu, le mardi 3 novembre 2026,
à Ouagadougou. Répartis entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, ils bénéficieront de trois semaines de formation, « les techniques et rudiments nécessaires à même de leur permettre de réussir leur reconversion », a indiqué le secrétaire général du ministère de la Guerre et de la Défense patriotique, l’intendant colonel-major, Yamba Léonard Ouoba, représentant le ministre d’Etat. « Quitter l’uniforme ne signifie pas cesser de servir », a-t-il déclaré.
Le parrain de la cérémonie, le directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, le colonel-major, Alassane Guiré, a salué le choix des bénéficiaires.
« Un soldat ne quitte jamais vraiment le front de combat. Il change de combat. Vous qui êtes là, vous avez servi le Burkina Faso sous les armes. Certains ont déjà quitté l’uniforme d’autres s’apprêtent à le faire. Et tous, vous avez choisi de continuer à servir votre pays autrement », a-t-il affirmé. Il a rappelé les engagements de son département à les former aux techniques de production, faciliter l’installation à la fin de la formation, les conseiller pour produire, transformer et écouler les produits et leur faciliter l’accès au financement,
à la terre et à l’eau. « Une convention-cadre lie aujourd’hui nos deux ministères, avec comme objectif d’accompagner au moins 1000 militaires en cinq ans », a-t-il précisé.
Des acquis tangibles
Il a ainsi exhorté les apprenants à interroger leurs formateurs sans retenue, à partager leurs expériences et à repartir avec un projet plus solide. Alassane Guiré a annoncé un don de 12 tonnes d’intrants agricoles au profit des apprenants dont trois tonnes d’engrais NPK, deux tonnes d’urée, deux tonnes de tourteaux de soja, deux tonnes de tourteaux de coton, trois tonnes d’aliments pour animaux, ainsi que divers matériels techniques.
Le chargé de la formation, Ibrahima Sory, a insisté sur les exigences du métier. Il a fait savoir que l’agriculture ne se résume pas à mettre des graines en terre, pas plus que l’élevage ne se limite à entretenir les animaux.
Ce sont, a-t-il expliqué, des activités qui exigent des connaissances techniques, une bonne planification, une gestion rigoureuse et une capacité à anticiper les risques.
Pour cela, il a invité les apprenants à développer un esprit entrepreneurial, à analyser les opportunités du marché, calculer les coûts de production, évaluer les risques, rechercher les débouchés et réinvestir les bénéfices. Au lancement de cette formation, il est ressorti que le programme de reconversion des militaires affiche des résultats significatifs depuis sa mise en œuvre en 2013. Selon les chiffres présentés, 1 529 ont été formés en agriculture, élevage, élaboration de business plans et gestion d’entreprises. Depuis 2025, plus de 100 militaires bénéficient du mécanisme de subvention en matière d’engrais, de semences et de labours, et six tracteurs doivent être mis à disposition, dont deux par région militaire.
– Leila Sylvia
SAWADOGO






Le choix souverain du partenariat
Le Burkina Faso a pris part, les 28 et 29 octobre 2026, à Moscou, au troisième Sommet Russie-Afrique. Le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, y était représenté par le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo. Au-delà d’une présence diplomatique, cette participation traduit une orientation assumée par un pays qui entend choisir librement ses partenaires, défendre ses intérêts et construire son avenir sans tutelle. Dans un monde en pleine recomposition, Ouagadougou fait ainsi de la souveraineté le socle de ses relations internationales.
Le message est sans équivoque. Le Burkina Faso entend exercer pleinement son droit de nouer des alliances et de diversifier ses relations extérieures. Aucun peuple ne peut prétendre maîtriser son destin si d’autres décident à sa place de ses engagements et de ses orientations stratégiques. Les injonctions extérieures et les rapports de force hérités du passé ne sauraient entraver cette liberté. La présence burkinabè à Moscou prend tout son sens dans cette affirmation.
Dans l’entretien accordé à Russia Today, le 27 octobre, le chef du gouvernement, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a défendu cette position avec fermeté. En dénonçant les rapports de domination et les logiques de tutelle, tout en réaffirmant la nécessité pour le Burkina Faso de maîtriser ses ressources et ses choix stratégiques, il a porté une vision fondée sur la réappropriation du destin national. Il ne s’agit pas de remplacer une dépendance par une autre, mais de sortir de toute forme de subordination et de construire des relations librement consenties.
Cette vision trouve également un écho dans l’héritage de Thomas Sankara, dont le Président russe Vladimir Poutine a convoqué la pensée à ce sommet en rappelant sa célèbre dénonciation de la dette comme instrument de domination néocoloniale. Une référence qui résonne particulièrement avec la nouvelle dynamique diplomatique du Burkina Faso, résolu à entretenir un développement endogène, à nouer des partenariats sans tutelle, fondés sur le respect mutuel, la réciprocité et la préservation de sa liberté de décision. D’ailleurs, le Forum économique et humanitaire organisé en marge du Sommet invite les participants à « développer ensemble une coopération mutuellement
bénéfique et le potentiel de chaque pays d’Afrique ».
Cette orientation rejoint précisément l’exigence défendue par Ouagadougou, celle de partenariats équilibrés dont les retombées profitent effectivement aux peuples et renforcent les capacités de chaque nation.
Dans cette dynamique, la diversification des partenariats apparaît comme une nécessité autant qu’un choix politique. Pourquoi le Burkina Faso devrait-il enfermer ses relations extérieures dans un cercle restreint, alors que les défis sécuritaires, économiques, technologiques et sociaux appellent des réponses diversifiées ? Explorer de nouvelles perspectives de coopération relève d’une démarche légitime pour un pays qui ambitionne de consolider son autonomie.
La Russie constitue, à cet égard, un partenaire avec lequel Ouagadougou souhaite approfondir ses relations. Les perspectives concernent la sécurité, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, la formation et les technologies. Ce rapprochement ne signifie cependant pas une hostilité envers d’autres peuples. Le Premier ministre a d’ailleurs distingué les désaccords politiques des relations avec le peuple français. La souveraineté n’exclut ni le dialogue ni l’ouverture. Elle exige simplement que les relations entre Etats reposent sur le
respect mutuel et l’équilibre des intérêts.
Placés sur le thème « Pour la paix, la sécurité et le développement », les travaux de Moscou ont réuni des représentants de 48 pays africains. Les participants ont adopté une déclaration commune et un plan d’action pour la période 2027-2029. Ces engagements ouvrent des perspectives de coopération dans plusieurs domaines stratégiques. Leur portée dépendra toutefois de leur traduction dans les faits, à travers des projets financés, des échéances respectées et des mécanismes de suivi rigoureux.
Pour le Burkina Faso, les attentes sont importantes. La coopération sécuritaire doit contribuer à mieux protéger les populations et à restaurer durablement la paix. Les partenariats économiques doivent favoriser les investissements productifs, la création d’emplois et la transformation locale des matières premières. Le transfert de technologies et le renforcement des compétences nationales doivent également ouvrir de nouvelles perspectives à la jeunesse.
Il ne saurait donc être question de limiter les partenariats à l’exploitation des ressources nationales ou à la signature d’accords de circonstance comme à une certaine époque. Le Burkina Faso doit pouvoir transformer ses richesses sur place, développer son tissu industriel et tirer un bénéfice équitable de ses collaborations. C’est à cette exigence que se mesurera la sincérité de chaque partenariat, y compris celui noué avec la Russie.
Moscou n’est ni une fin en soi ni une rupture recherchée pour elle-même. C’est une étape supplémentaire dans la quête de solutions aux défis nationaux. Il appartient désormais au Burkina Faso de défendre ses priorités, de négocier avec discernement et de veiller à ce que chaque engagement serve l’intérêt général.
La souveraineté véritable ne consiste pas à changer de protecteur. Elle réside dans la capacité à refuser toute tutelle, à nouer des relations d’égal à égal et à rester maître de ses décisions. A Moscou, le Burkina Faso a rappelé avec force que la souveraineté n’a pas de frontières. Elle donne à chaque nation le droit de choisir ses partenaires, de défendre ses intérêts et de coopérer avec tous les peuples, sans jamais renoncer à sa liberté ni à son destin.
Jolivet Sidibé PAGBELEGUEM
joliv_et@yahoo.fr