Face au terrorisme et à la guerre communicationnelle, le Burkina Faso et les deux autres pays de la Confédération des Etats du Sahel (AES) doivent davantage affirmer leur capacité à raconter eux-mêmes leur histoire. Les 15es Universités africaines de la communication de Ouagadougou (UACO) qui ont refermé leurs portes, le vendredi 9 octobre 2026, ont remis cet impératif au centre des débats. Au Burkina Faso, la lutte contre le terrorisme engage les forces de défense et de sécurité. A cette réalité s’ajoute une bataille de l’information dans laquelle les faits, les images et les paroles sont instrumentalisés à des fins de manipulation. Face aux fausses nouvelles, à la désinformation et aux récits hostiles, la réponse ne saurait se limiter à la dénonciation.
Elle doit être organisée, rapide, pertinente et convaincante. C’est tout l’intérêt d’une réplique tactique médiatique : assurer une veille permanente, vérifier les informations, identifier les narratifs trompeurs et leur opposer des contenus documentés, accessibles et capables de convaincre. Il ne s’agit pas de toujours réagir systématiquement à chaque provocation, mais de savoir quand, comment et avec quels arguments intervenir pour rétablir les faits et éclairer l’opinion.
De toute évidence, les médias burkinabè ne partent pas de zéro. Au quotidien, des contenus sont conçus et diffusés pour contrer les fakes news, déconstruire les manipulations, rétablir la vérité des faits et faire connaître les réalités du pays. Des journalistes s’emploient à expliquer les enjeux nationaux, à valoriser la résilience des populations et à rendre compte des efforts de reconstruction. Cet engagement mérite d’être consolidé. L’enjeu est désormais de franchir un nouveau palier en renforçant les dispositifs de veille informationnelle,
les capacités de vérification numérique et l’anticipation des campagnes de désinformation. Il faut aussi investir davantage dans la conception de contenus originaux, pédagogiques et persuasifs, adaptés aux différents publics et aux nouveaux modes de consommation de l’information. Car, une information juste, si elle arrive trop tard ou ne parvient pas à son public, risque de laisser le champ libre aux fausses nouvelles.
Les médias sont ainsi convoqués à assumer pleinement leur rôle dans la bataille des récits. Cela suppose de signer, par les actes et les pratiques professionnelles, un véritable engagement à occuper l’espace public. Laisser les autres raconter nos vécus, définir nos priorités et façonner seuls la perception de nos réalités reviendrait à leur abandonner une part essentielle de notre souveraineté. Notre récit doit être construit par nous-mêmes, avec nos mots, nos langues, nos références et nos expériences.
Le Burkina Faso ne se résume ni au terrorisme ni aux épreuves qu’il traverse. Des femmes et des hommes continuent de travailler, d’entreprendre, de créer et de participer à la construction nationale. Ces réalités méritent d’être documentées, expliquées et portées à la connaissance du public, sans jamais sacrifier l’exigence de vérité sur l’autel de la communication. Les conférences publiques et les conférences de presse du gouvernement sont illustratives de cette démarche.
Les recommandations des 15es UACO tracent, à cet égard, une voie : lutter contre la désinformation, renforcer les compétences numériques et éditoriales et soutenir la production de contenus africains de qualité. Mais les recommandations ne suffisent pas. Les rédactions doivent consolider leurs pratiques de vérification, structurer leur veille et investir dans des formats capables de retenir l’attention, de susciter l’adhésion et de résister à l’agressivité des contenus trompeurs, car, la manipulation n’a plus de limite. Elle allie désinformations, l’appel à l’émotion, aux faux experts, aux sondages tronqués… Cela vise à formater l’opinion publique, installer la peur, discréditer les autorités, provoquer la révolte.
A l’échelle de l’AES, la coopération médiatique en cours permettra de développer des compétences communes en matière de veille, de vérification numérique et de production éditoriale. La circulation des contenus entre les médias publics des trois pays constitue un levier important pour mieux faire connaître les réalités sahéliennes, croiser les regards et donner davantage de visibilité aux initiatives des peuples de la Confédération.
La déconstruction des récits appelle donc à un engagement collectif, durable et méthodique. Au dela des médias, les intellectuels de tous bords, les autorites coutumieres et religieuses, les FDS et tous les citoyens ont une part contributive à la construction de notre narratif.
Car, si les armes peuvent défendre un territoire, une information rigoureuse et un récit maîtrisé contribuent à préserver l’image du pays, à consilder la cohésion des peuples et à renforcer leur confiance en leur propre avenir.
Par Assetou BADOH


















































