Le football burkinabè est en deuil. Amado Traoré a tiré sa révérence, dimanche 12 juillet 2026, à Ouagadougou, à l’âge de 68 ans, des suites de maladie. Entrepreneur accompli, dirigeant visionnaire et passionné du ballon rond, il laisse derrière lui l’image d’un homme qui aura profondément marqué le paysage sportif national. Du Rail Club du Kadiogo (RCK) à Majestic Sporting Club, en passant par son engagement pour une nouvelle gouvernance du football burkinabè, son empreinte restera indélébile.
Né le 21 février 1958, Amado Traoré appartenait à cette génération d’hommes d’affaires qui ont voulu faire du sport un véritable secteur d’investissement et de développement. Titulaire d’une maîtrise en sciences économiques obtenue à l’Université de Ouagadougou en 1990, après une formation en techniques bancaires au Centre ouest-africain de formation et d’études bancaires (COFEB) et un DUT en techniques de commercialisation obtenu à l’ENSUT de Dakar, il a d’abord bâti sa réputation dans le monde professionnel avant de s’imposer dans l’univers sportif.
Sa carrière l’a conduit notamment à la Caisse nationale de crédit agricole, puis dans le secteur pétrolier où il a occupé les fonctions de responsable commercial, grands comptes à ELF OIL Burkina. Par la suite, il a dirigé ECODIS avant de devenir administrateur général de plusieurs structures, dont YILMA SA (Eau minérale). A travers le Groupe Horizon, dont Horizon Energie constitue l’une des entités majeures, il s’est imposé comme un opérateur économique reconnu dans la distribution des produits pétroliers, le transport et le commerce général. Mais c’est dans le football que son nom restera particulièrement associé à une ambition, celui de professionnaliser la gestion des clubs burkinabè.

Un dirigeant éclairé…
Avant de créer son propre projet sportif, Amado Traoré a écrit de belles pages de l’histoire du Rail Club du Kadiogo (RCK). A la tête du club cheminot, il a contribué à transformer l’organisation administrative et financière des Faucons. Sous sa gouvernance, le RCK a connu l’une de ses périodes les plus fastes.
Le point culminant restera sans doute la saison 2015-2016, avec un doublé historique championnat-Coupe du Faso. Les cheminots confirme- ront leur suprématie en conservant leur titre de champion du Burkina Faso en 2017. Une période dorée qui a inscrit le RCK parmi les références du football national. Après avoir posé les bases d’une gestion plus moderne, il s’est progressivement éloigné de la gestion quotidienne du club, tout en demeurant une personnalité écoutée, notamment lors des grandes périodes de transition que traversait l’institution.
L’autre grande réalisation sportive d’Amado Traoré porte le nom de Majestic Sporting Club. Racheté aux mains des anciens internationaux, Jonathan Pitroipa et Wilfrid Sanou avec une vision différente des clubs traditionnels, Majestic SC devait être une véritable entreprise sportive tournée vers la formation et la valorisation des jeunes talents. Sous son impulsion, Majestic est devenu un modèle particulier dans l’écosystème national, misant sur la formation, la structuration professionnelle et la détection des jeunes joueurs.
Le partenariat avec l’Académie Jean-Marc Guillou (JMG) a constitué l’une des pierres angulaires de cette stratégie. Grâce à ce modèle basé sur la formation, l’exposition des talents et les transferts, Majestic a contribué à révéler plusieurs joueurs capa-bles d’alimenter les sélections nationales. Les performances sportives ont également suivi avec plusieurs places de vice-champion du Burkina Faso, notamment en 2019-2020, 2021-2022 et 2023-2024, confirmant l’installation du club parmi les poids lourds du championnat national.
…et très passionné
Au-delà de ses clubs, Amado Traoré restera également comme un acteur important des débats sur l’avenir du football burkinabè. En août 2020, il décide de briguer la présidence de la Fédération burkinabè de football (FBF). Porteur d’un projet axé sur la modernisation, l’autonomie financière des clubs et le développement des infrastructures, il s’incline finalement devant Lazare Banssé au terme d’une élection très disputée. Loin de disparaitre de la scène, il devient ensuite l’une des principales voix réclamant des réformes dans la gestion du football national. A la tête d’un collectif de clubs, il milite pour davantage de transparence dans la gestion des ressources et une meilleure implication des clubs dans les décisions fédérales.
Son engagement, parfois perçu comme une opposition frontale aux instances dirigeantes, témoignait surtout de sa volonté de voir le football burkinabè changer d’échelle. Amado Traoré n’était pas seulement un président de club. Il incarnait une nouvelle génération de dirigeants sportifs, des investisseurs convaincus que le football pouvait devenir une industrie créatrice de valeur. Il a introduit dans le milieu des notions comme la rentabilité, la formation structurée et la planification à long terme. De RCK à Majestic SC, il aura démontré qu’un club pouvait être géré comme une véritable entreprise tout en conservant une ambition sportive. Amado Traoré laisse derrière lui, une veuve, 4 enfants, et 6 petits-enfants.
Pengdwendé Achille OUEDRAOGO







