Dans l’univers du cyclisme professionnel, la victoire est souvent le résultat d’une équation complexe où le talent individuel doit impérativement s’effacer devant la stratégie collective. Si Awa Bamogo a logiquement capté la lumière lors de cette première édition du Tour Yennenga, son sacre final doit énormément au travail de l’ombre rigoureux et dévoué de sa coéquipière Lamoussa Zoungrana.
Contrairement à une idée reçue, le cyclisme est l’un des sports collectifs les plus exigeants car le succès d’un seul individu repose sur le labeur acharné de tous les autres. Une équipe cycliste constitue une véritable unité stratégique où chaque membre occupe une fonction précise afin de maximiser les chances de victoire du groupe. Au sommet de cette pyramide se trouve le leader ou chef de file pour lequel toute la formation travaille.
Ce coureur possède les meilleures capacités pour remporter le classement général ou une étape prestigieuse. Son rôle consiste à économiser le moindre effort en restant bien à l’abri du vent derrière ses partenaires pour produire son effort uniquement dans les moments décisifs. Juste derrière le leader évolue le lieutenant ou équipier de luxe. C’est le coureur le plus proche du patron en termes de niveau sportif. Dans le cas du Tour Yennenga, ce rôle a été parfaitement illustré par Lamoussa Zoungrana pour Awa Bamogo. Bras droit fidèle, le lieutenant guide et rassure son leader dans les moments difficiles.

En cas de problème technique, il peut même lui céder son propre vélo ou sa roue pour éviter toute perte de temps fatale. Ce don de soi rappelle les plus grandes heures du Tour de France où des coureurs de renommée mondiale renoncent à leurs propres chances. On pense notamment au soutien historique de Sepp Kuss pour son chef de file Jonas Vingegaard. Cette stratégie de cadenas a été parfaitement appliquée sur les routes entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. En sautant dans toutes les tentatives d’échappées des Nigérianes, Lamoussa Zoungrana a forcé les adversaires à s’épuiser prématurément.
Cette tactique du verrou est une signature bien connue sur les pistes du Tour du Faso. On se souvient de l’époque où les Etalons travaillaient en bloc soudé pour protéger un leader national comme Rasmané Ouédraogo, Abdoul Aziz Nikiéma ou plus récemment Paul Daumont contre les assauts des délégations étrangères. L’équipière est celle qui dissuade les attaques et étouffe les velléités de la concurrence. Dans ce dispositif, d’autres rôles essentiels complètent la mécanique. Les équipiers ou porteurs d’eau effectuent les tâches ingrates comme la récupération des bidons et de la nourriture à la voiture du directeur sportif. Le sprinteur et son poisson pilote s’occupent quant à eux des arrivées massives en formant un train à haute vitesse dans les derniers hectomètres. E
n dehors du bitume, le cerveau de cette organisation reste le directeur sportif. Au Tour Yennenga, ce rôle stratégique a été assuré avec succès par Jérémie Ouédraogo qui a su coordonner les Etalons coureuses depuis sa voiture pour remporter quatre étapes sur cinq. Le maillot rose des sprints intermédiaires qui orne les épaules de Lamoussa Zoungrana est la juste récompense de cette générosité athlétique. Elle n’est pas simplement la dauphine de la compétition mais elle est la pièce maitresse d’un dispositif qui a permis au Burkina Faso de ne laisser que des miettes à ses invités.
Pengdwendé Achille OUEDRAOGO







