Longtemps considéré comme un modèle de réussite du football burkinabè, SALITAS FC est aujourd’hui en reconstruction. Entre contraintes financières, montée en puissance de la jeunesse et ambition de retrouver les compétitions africaines, le président fondateur assume les défis sans renoncer à ses convictions. Dans cet entretien, le colonel-major à la retraite, Yacouba Ouédraogo, évoque les enseignements de la saison écoulée, les ambitions du club, le rôle central de la formation et les conditions nécessaires pour ramener les Colombes de Ouaga 2000 parmi les grandes références du football burkinabè.

Quel bilan faites-vous de la saison écoulée ?

Je considère que le bilan est globalement positif. Au regard de nos ambitions de départ et surtout de nos moyens financiers actuels, terminer à la septième place du Fasofoot Ligue 1 est un résultat satisfaisant. Nous avons atteint un objectif cohérent avec les réalités du club.

Quels sont vos principaux motifs de satisfaction et vos plus grands regrets ?

Notre plus grande satisfaction est d’avoir accordé davantage de confiance aux jeunes issus du centre de formation. Les saisons précédentes, nous hésitions davantage à les lancer. Cette année, plusieurs d’entre eux ont eu leur chance et ont montré qu’ils avaient le niveau, tout en étant bien encadrés par les joueurs expérimentés. Je n’ai pas de véritable déception à relever. Dans l’ensemble, la saison reste positive.

Quels enseignements tirez-vous de cet exercice ?

Le championnat se joue sur trente journées et demande beaucoup de constance. Nous avons identifié plusieurs aspects à améliorer, notamment au niveau de l’encadrement technique et de l’organisation. Cette saison nous montre que nous pouvons obtenir de meilleurs résultats avec l’effectif dont nous disposons. SALITAS FC a longtemps figuré parmi les meilleures équipes du Burkina Faso.

Quelles sont les conditions pour retrouver durablement les premières places et les compétitions africaines ?

Le principal facteur reste les moyens financiers. A l’époque où SALITAS brillait, nous avions la possibilité de réunir des joueurs de très haut niveau, dont plusieurs sont devenus internationaux. Aujourd’hui, la concurrence est plus forte et les ressources sont plus limitées. Dans le football moderne, les performances sont étroitement liées à la capacité financière des clubs.

Quelles sont vos priorités durant ce mercato ?

Nous voulons renforcer l’équipe tout en poursuivant l’intégration des meilleurs éléments de notre centre de formation. Nous espérons également convaincre de nouveaux sponsors afin de donner davantage de moyens au club.

Allez-vous privilégier les recrues ou la promotion des jeunes ?

Les deux démarches sont complémentaires. Nous allons renforcer certains secteurs de jeu, mais nous continuerons surtout à promouvoir les jeunes. Cette saison, plusieurs d’entre eux ont démontré qu’ils pouvaient évoluer au plus haut niveau national.

Quel bilan faites-vous de la politique de formation menée depuis la création du club ?

Le bilan est très encourageant. Nous avons formé de nombreux joueurs qui évoluent aujourd’hui dans différents clubs. Chaque année, près de 300 jeunes sont accueillis dans notre centre et plusieurs d’entre eux rejoignent ensuite le championnat national. Sur le plan sportif, nous avons également participé à trois campagnes africaines, avec deux qualifications en phase de groupes. Ce sont des résultats qui placent SALITAS FC parmi les clubs reconnus sur le continent.

Quels sont les plus grands succès de votre centre de formation ?

Nos performances sur la scène africaine restent une immense fierté. Etre l’un des premiers clubs burkinabè à atteindre à deux reprises la phase de groupes des compétitions africaines constitue une référence importante dans notre histoire.

Comment accompagnez-vous les jeunes dans leur double projet sportif et scolaire ?

SALITAS est un centre sport-études. Les pensionnaires sont hébergés à l’internat et suivent leur scolarité grâce à notre partenariat avec le lycée Gani. Ainsi, ceux qui ne deviennent pas footballeurs professionnels disposent d’une formation scolaire leur permettant de construire leur avenir.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis du club ?

Notre principale difficulté est d’ordre financier. Les ressources ne sont plus les mêmes qu’autrefois et les entreprises partenaires traversent elles aussi une période compliquée. Nous faisons avec les moyens disponibles tout en continuant à faire vivre le projet.

Comment assurez-vous la stabilité du club dans ce contexte ?

Nous comptons sur le soutien de nos partenaires, de nos amis et sur les subventions accordées par la Fédération. Cela nous permet de poursuivre nos activités malgré les contraintes économiques.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du championnat burkinabè ?

Le niveau est intéressant et le Burkina Faso dispose de nombreux talents. Cependant, les dirigeants doivent davantage travailler ensemble afin de faire progresser le football national. Il faut aussi renforcer la collaboration avec les entraîneurs et les centres de formation afin de détecter les meilleurs jeunes.

Le club prévoit-il de nouveaux projets d’infrastructures ?

Oui. Nous souhaitons poursuivre le développement de notre complexe sportif avec de nouvelles installations, notamment une salle de gym et d’autres infrastructures. Malheureusement, ces projets dépendent directement des ressources financières disponibles.

Comment comptez-vous attirer de nouveaux partenaires ?

Nous poursuivons nos démarches auprès des entreprises, mais le contexte économique reste difficile. Nous souhaitons également développer des partenariats avec des clubs européens afin de valoriser notre centre de formation et offrir davantage d’opportunités à nos jeunes.

Quelle est votre vision pour SALITAS FC à l’horizon des cinq prochaines années ?

Nous avons de grandes ambitions, mais leur réalisation dépendra des moyens financiers dont nous disposerons. Les projets existent ; il faudra réunir les ressources nécessaires pour les concrétiser.

Quel héritage souhaitez-vous laisser ?

Le plus bel héritage est déjà l’existence de SALITAS FC. Le club est aujourd’hui une référence qui accueille des jeunes du Burkina Faso mais aussi de plusieurs pays africains. J’espère que ceux qui prendront la relève poursuivront cette œuvre et la feront grandir.

Quel message adressez-vous aux supporters et aux partenaires avant la nouvelle saison ?

Je tiens à remercier chaleureusement nos supporters pour leur fidélité, ainsi que notre sponsor officiel SODIBO / BRAKINA pour son accompagnement financier et matériel depuis plusieurs années. Malgré les difficultés, chacun est resté mobilisé derrière le club et cela nous a permis de terminer honorablement la saison.

Interview réalisée par Ollo Aimé Césaire HIEN

Laisser un commentaire