Après avoir marqué le dernier exercice du championnat espagnol en finissant avec le titre de « pichichi » et éclaboussé la Coupe du monde nord-américaine de son talent (meilleur buteur là aussi), le prodige franco-camerounais, Kylian Mbappé semble être reparti sur les mêmes bases à l’orée de la nouvelle année avec son début de saison canon.
Autant de prouesses qui sont en passe de faire taire toutes les critiques tant à l’interne que de la part des observateurs qui lui reprochent son « individualisme exacerbé » au point de lui valoir le surnom de Mobutu dans le milieu footballistique. Une étiquette controversée et une image sans relation avec la vie quotidienne de l’enfant de Bondy dont les gestes de bienveillance à l’égard des personnes démunies sont passés sciemment à dessein par ses contempteurs.
Eh bien ! A force d’exploits retentissants, le « dictateur » a fini par imposer sa loi non seulement au sein des plumitifs, mais surtout à l’intérieur même du vestiaire madrilène qui est en passe de l’adouber, à entendre les propos du capitaine Federico Valverde après son triplé lors de la deuxième journée du championnat ibérique. « Mbappé mérite que nous nous sacrifiions pour lui » , a déclaré l’Uruguayen, le consacrant ainsi leader d’attaque de la maison Blanche.

Dans le même temps, l’iconoclaste José Mourinho dont la caractéristique première n’est pas d’encenser ses joueurs a reconnu que Mbappé est « différent » des autres attaquants qu’il a connus jusque-là, même s’il a hésité à le placer au-dessus du goat Cristiano Ronaldo, attendant dit-il la fin de carrière des deux « monstres » pour trancher définitivement la question. Avec le jeu collectif développé par le Real Madrid lors de ses sorties récentes et avec la poigne du Mou on est enclin à penser que Madrid ne ressortira pas bredouille à la fin de la saison.
Ce d’autant que dans le camp d’en face, les Catalans sont en proie aux caprices de « l’enfant star », Lamine Yamal qui fait la « gueule » au motif que son pote Alejandro Baldé a été placé sur la liste des transferts. Revenu d’Amérique auréolé de son titre de champion du monde, Yamal joue donc les « gros bras » au grand dam du président Laporta qui l’a prié de rester à sa place et de ne pas interférer dans la politique sportive du club. Ce que (paraît-il) le petit prodige aurait très mal pris, sûr de son influence au sein d’un club que son talent a maintenu au haut du tableau ces deux dernières années. Si on ne parle pas pour le moment de bras de fer, l’atmosphère est lourde en Catalogne avec possiblement, le retard à l’allumage que cela pourrait entraîner.
Le président Laporta a donc intérêt à éteindre ce feu naissant avec tact et diplomatie pour espérer perpétuer le règne de son équipe. Pendant ce temps, celui de Mbappé semble débuté avec par ailleurs, les rumeurs faisant de lui un des candidats putatifs au ballon d’or dont l’attribution est très indécise cette saison. Aucune star ne fait l’unanimité, surtout que Yamal qui présente les atouts majeurs cette année, a connu un mondial plus ou moins fantomatique, lui, qui n’a marqué aucun but lors du tournoi.
La « jurisprudence Modric » (le Croate avait remporté le trophée en 2018 devant les vainqueurs français de la Coupe du monde) pourrait lui être fatale, avec des caïds qui ont non seulement réussi leur saison, mais ont aussi bien figuré lors de la Coupe du monde. Harry Kane, Jude Bellingham, Rodri, Dembelé, Mbappé, voire Messi sont au nombre de ceux-là, sans oublier le dynamiteur de l’attaque du PSG cette année, le géorgien Kvarchelia, dont le talent ne se discute pas. Pour en revenir à Mbappé, il est appelé à prendre plus d’importance en équipe nationale avec Zidane avec le « fluide continu » qui existe entre les deux hommes.
Avec un 4-3-3 en losange et une pointe haute très technique jouant à proximité de « Mobutu » celui-ci se trouverait dans un schéma tactique qu’il affectionne, même si sa palette étendue lui permet de s’adapter à tous les systèmes de jeu. Avec Olise , Cherki voire Akliouche, Zidane a les atouts pour nous faire oublier le système hérisson de Deschamps qui aura coûté cher par moments à l’équipe de France. L’esprit du jeu d’abord, avant l’esprit du gain voilà ce qui a fait la marque des grands coachs comme Mario Zagalo, Rinus Michels, Johan Cruyff et autres Marcelo Lippi.
Zidane s’est inscrit dans leur sillage à Madrid, remportant coup sur coup, trois titres européens et acquérant ainsi l’estime éternelle des madridistas et des puristes du football. Les étoiles semblent s’aligner pour l’accomplissement définitif de Kylian Mbappé, à propos duquel le roi Pelé lui-même avait dit qu’il s’apparentait par son jeu à son successeur potentiel, ce, après le mondial russe en 2018. Si le roi parle, qui sommes-nous pour faire des chichis ? En tous les cas, la vérité du terrain départagera les uns et les autres.
Boubakar SY







