Depuis le début du championnat, le football a maintenu le rythme de la compétition jusqu’au terme de la saison.

La saison sportive 2025-2026 touche progressivement à sa fin. Alors que certaines fédérations s’apprêtent déjà à tourner la page et à préparer la prochaine saison, d’autres n’ont pas encore organisé leur principal rendez-vous de l’année, le championnat national.

Le monde sportif burkinabè compte une trentaine de fédérations sportives et de loisirs placées sous la tutelle du ministère des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi. Mais le point de la situation établi par le département ministériel au 17 août 2026 permet de constater des fortunes diverses. Et pour cause, seulement 17 fédérations ont soit achevé leurs championnats (aussi bien dans les petites catégories que chez les élites), ou sont dans le processus d’organisation, ou encore ont simplement communiqué une programmation au ministère. Pendant ce temps, plus de 15 fédérations ne disposent toujours pas, au 17 août, de date précise pour le début de leur championnat.

Conséquences, alors que des fédérations s’apprêtent à lancer une nouvelle saison, d’autres sont encore à la recherche du calendrier de celle qui s’achève. Il y a donc de quoi saluer celles qui ont choisi de ne pas attendre. Le contexte n’est pourtant pas particulièrement favorable. Les fédérations sportives évoluent dans un environnement économique difficile et doivent composer avec le retard des appuis publics. Organiser un championnat national demande des moyens importants. Il faut assurer le transport, l’hébergement, la restauration, l’arbitrage, les équipements, les infrastructures, la communication et les récompenses. Dans ces conditions, réussir à maintenir une activité sportive régulière relève parfois du véritable parcours du combattant. Pourtant, certaines fédérations y arrivent.

Des exemples à suivre

Au Palais des sports de Ouaga 2000, les dernières confrontations ont consacré les champions nationaux.

La lutte traditionnelle a ainsi respecté son rendez-vous annuel. La 33e édition du championnat national a débuté le 1er avril 2026 avant de connaître son apothéose le samedi 4 avril 2026 à l’hippodrome de Nonsin, à Ouagadougou. Kevin Mossé a décroché la couronne de roi des arènes tandis que Rihanatou Diallo a conservé son titre de reine pour la cinquième fois.

Le football a aussi conduit sa saison jusqu’à son terme. Chez les hommes, Rahimo FC a conservé son titre de champion du Burkina Faso. Déjà assuré du sacre avant la dernière journée, le club de Bama a bouclé sa saison le dimanche 10 mai 2026 par un nul de 0-0 face à Vitesse FC au stade Wobi de Bobo-Dioulasso. Il s’agissait de la 30e et dernière journée de la Ligue 1. Chez les dames, l’USFA s’est également installée au sommet du championnat national. La saison du football national a donc pu aller à son terme dans les deux tableaux, permettant aux clubs et aux joueurs de disposer d’un calendrier compétitif jusqu’à son terme.

Le cyclisme a, lui aussi, tenu son rendez-vous national. Les championnats nationaux sur route ont connu leur dénouement le dimanche 19 juillet 2026. Chez les seniors hommes, Saturnin Yaméogo de l’AJCK s’est imposé au terme d’une course partie de Kaya et achevée à Ouagadougou. Chez les dames, Awa Bamogo de l’USFA a une nouvelle fois décroché le titre national.

Le handball a également bouclé son exercice. Les phases finales du championnat national ont livré leur verdict le samedi 1er août 2026 au Palais des sports de Ouaga 2000. Chez les hommes, l’AS Douanes a dominé FANOS sur le score de 24 à 21, tandis que la LONAB HBC a conservé le titre féminin pour la sixième fois consécutive.
Le karaté-do figure également parmi les Fédérations qui, selon le relevé ministériel arrêté au 17 août, ont réalisé leurs championnats aussi bien dans les petites catégories que chez les élites.

Le kun fu wushu a pu boucler son championnat le dimanche 23 août dernier dans les catégories cadettes, juniores et séniores.

Le championnat, seule activité

Dans l’arène de l’hippodrome de Nonsin, la lutte traditionnelle a une nouvelle fois réuni ses prétendants au trône.

Ces performances méritent d’être relevées. Pas uniquement pour les athlètes qui ont décroché les titres nationaux, mais également pour les dirigeants qui ont permis à leurs disciplines de rester en mouvement malgré les difficultés. Car, un championnat national ne constitue pas une simple formalité administrative. Il représente le cœur de la vie d’une discipline. C’est au cours de ces compétitions que les athlètes se confrontent, que les talents émergent, que les sélections se construisent et que la relève se prépare.

A l’inverse, lorsque le championnat tarde à venir, c’est toute une discipline qui risque de fonctionner au ralenti. La situation est encore plus préoccupante lorsque le championnat constitue pratiquement la seule activité de certaines fédérations au cours de la saison. Dans ce cas, le retard de la compétition signifie plusieurs mois avec peu d’activités, peu de confrontations et peu d’occasions pour les pratiquants de progresser.

Pengdwendé Achille OUEDRAOGO


Se réinventer

Le plus inquiétant est que ce phénomène ne semble pas nouveau. D’une saison à l’autre, certaines fédérations connaissent les mêmes difficultés et donnent parfois le sentiment d’attendre essentiellement les ressources publiques avant de mettre leurs activités en mouvement.

Il faut certes se garder de mettre toutes les fédérations dans le même panier. En effet, les disciplines n’ont ni les mêmes moyens, ni les mêmes effectifs, encore moins les mêmes coûts d’organisation. Certaines disposent d’un important vivier de pratiquants et d’une meilleure visibilité auprès des entreprises. D’autres évoluent dans des disciplines moins connues du grand public et disposent de possibilités de financement beaucoup plus limitées.

Mais, cette réalité ne saurait tout expliquer. Une fédération sportive ne peut durablement fonctionner dans l’attente de la seule subvention de l’Etat. La subvention publique demeure indispensable et son importance ne saurait être minimisée. Elle permet à de nombreuses structures de faire fonctionner leurs activités et de soutenir leurs athlètes. Mais, elle ne devrait pas constituer la seule perspective financière des fédérations. La recherche de partenaires, la mobilisation du secteur privé, le sponsoring, la valorisation des compétitions et la création d’activités génératrices de ressources doivent progressivement entrer dans les habitudes.

Certaines fédérations l’ont compris et essaient, avec leurs moyens, de trouver des solutions. Elles sollicitent des entreprises, nouent des partenariats, organisent des compétitions, mobilisent leurs clubs et leurs ligues et font preuve d’initiative.
Pourquoi cette dynamique ne pourrait-elle pas être davantage partagée ? Le développement d’une discipline ne peut pas être suspendu au calendrier de la subvention. Une fédération peut, même avec des moyens limités, organiser des compétitions régionales, des tournois de jeunes, des activités de détection, des stages ou encore des formations d’arbitres et d’entraineurs, pourvu qu’elle soit bien organisée et dirigée par de personnes compétentes et volontaires.

Toutes ces initiatives contribuent à maintenir la discipline en vie. Le championnat national devrait être le point culminant d’une saison et non sa seule raison d’être. Une discipline sportive qui veut progresser doit être animée durant toute l’année. Elle doit former, détecter, organiser et préparer sa relève. Elle doit également donner suffisamment de visibilité à ses athlètes et à ses compétitions pour intéresser de nouveaux partenaires.
Le défi est donc aussi celui de la responsabilité des dirigeants. L’Etat doit continuer à accompagner le mouvement sportif et à améliorer les conditions de financement des fédérations. Mais celles-ci doivent également apprendre à diversifier leurs sources de revenus et à prendre davantage d’initiatives.

Le sport burkinabè aspire à davantage de performance et de professionnalisation. Cette ambition ne pourra être atteinte que si certaines disciplines restent plusieurs mois sans activité et attendent la dernière partie de la saison pour organiser leur seul grand rendez-vous. Et la prochaine saison gagnerait à être celle où l’on attend moins la subvention et où l’on cherche davantage les solutions.

P.A.O

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