Pour Madou Dossama, la 23e Coupe du monde qui a marqué le passage à 48 équipes a changé de façon considérable la dimension de la compétition.
Cette Coupe du monde 2026 qui vient de s’achever avec le sacre de l’Espagne restera comme un tournant historique. En effet, le passage à 48 équipes a changé de façon considérable la dimension de la compétition. Plus longue, plus ouverte et plus mondiale, elle a offert un spectacle sportif de très haut niveau, mais elle a aussi mis en lumière plusieurs limites organisationnelles et institutionnelles. On peut affirmer non sans risque que l’organisation fut une réussite avec des réserves. Sur le plan logistique, organiser 104 matchs dans trois pays (Etats-Unis, Canada et Mexique) était un défi colossal.
Globalement, ce défi a été plutôt bien relevé. Les infrastructures étaient de très haut niveau. Les terrains ont offert d’excellentes conditions de jeu. Les transports et la sécurité ont été maîtrisés dans la majorité des sites. En revanche, plusieurs difficultés ont terni le tableau, notamment le prix des billets jugés excessifs ; les longues files d’attente dans certains stades ; les incidents techniques lors de l’accès à la finale ; les conditions climatiques avec cette chaleur importante ayant obligé la FIFA à maintenir des pauses hydratation (Même si c’étaient plutôt des pauses publicitaires génératrices de cash).C’était donc une organisation solide, mais parfois victime de sa propre taille.

Certes un progrès pour les équipes africaines, mais…
Les équipes africaines ont certes fait des progrès, mais le plafond de verre existe toujours. L’Afrique a montré qu’elle possède aujourd’hui davantage de profondeur. Plusieurs sélections ont démontré une meilleure organisation tactique notamment le Cap-Vert et le Ghana par moments ; une préparation physique comparable aux grandes nations ; davantage de joueurs évoluant dans les meilleurs championnats.
Mais le problème reste le même depuis plusieurs éditions. L’Afrique joue souvent bien, mais ne maîtrise pas encore suffisamment les grands moments (momentum). Les détails continuent de coûter très chers : manque d’efficacité offensive ; erreurs individuelles ; gestion émotionnelle des fins de match ; manque de profondeur de banc. Le potentiel est immense mais la régularité reste à construire. Certaines équipes ont marqué le Mondial de leur empreinte. Les grandes nations ont confirmé leur statut. Elles ont dominé grâce à leur maîtrise tactique et leur collectif avec une capacité d’adaptation au-dessus du lot. Grâce à leur qualité technique et à la profondeur de leur banc de touche, elles sont allées jusqu’au bout (Espagne).
Il y a eu aussi des outsiders et ils ont également animé cette Coupe du monde. L’élargissement à 48 équipes a permis à plusieurs nations moins attendues de créer la surprise et de bousculer les favoris. Des sélections comme le Cap-Vert ont particulièrement marqué les observateurs par leur compétitivité. Les Pays-Bas et l’Allemagne ont montré leur incapacité à gérer la pression Mes déceptions vont à l’endroit de certaines grandes sélections passées à côté de leur sujet. Les raisons sont classiques et concernent souvent le renouvellement générationnel assez difficile et le manque d’identité de jeu. Il y a aussi la dépendance excessive à quelques stars qui ont déçu.
Les Pays-Bas et l’Allemagne ont montré leur incapacité à gérer la pression.
Dans une Coupe du monde aussi dense, le moindre relâchement se paie immédiatement. Sur le plan technique, C’est probablement la Coupe du monde la plus tactique de ces dernières années. Ce que j’ai pu observer donne une tendance où le pressing collectif a été très agressif (Argentine), des transitions ultra rapides (Espagne, France) et l’omniprésence et l’importance des latéraux offensifs (Pedro Poro, Cucurella). La défense en bloc compact a aussi régné avec l’Espagne qui a été exceptionnelle dans ce registre. Le football moderne confirme une chose : le collectif gagne de plus en plus contre les individualités ; la qualité physique est désormais quasiment uniforme.La différence se fait dans : l’intelligence tactique ; la lecture du jeu ; la gestion intelligente des temps faibles.
L’arbitrage, le point noir
Quant à l’engouement populaire malgré les critiques, la passion populaire est restée immense. Les stades ont affiché une forte affluence, et les audiences télévisées et numériques ont été très importantes et les réseaux sociaux ont amplifié chaque moment fort du tournoi. Le football demeure le premier sport mondial. Ce fut également un Mondial où les controverses n’ont pas manqué. Cette édition n’a pas échappé aux polémiques.
Les principaux sujets ont été le coût très élevé des billets, la commercialisation jugée excessive, la présence de sujets politiques autour de certaines rencontres, le nouveau spectacle de mi-temps de la finale, qui a divisé les amateurs de football.
Sans oublier l’arbitrage qui reste le point noir. Malgré la VAR et les nouvelles technologies, plusieurs décisions ont continué de susciter de vifs débats. Le problème n’est plus seulement la technologie. Le véritable défi est l’interprétation humaine. La VAR réduit certaines erreurs mais ne supprime pas les polémiques, notamment sur les fautes d’interprétation et la cohérence des décisions.
Si je devais résumer cette Coupe du monde en une phrase, je dirais : Ce Mondial 2026 a confirmé que le football mondial s’ouvre à davantage de nations compétitives, mais que les titres continuent de se gagner grâce à la rigueur tactique, à la maîtrise émotionnelle et à la profondeur de l’effectif. L’Afrique progresse, c’est incontestable. Mais, pour franchir définitivement le cap vers une finale ou un sacre mondial, elle devra transformer son immense talent individuel en une culture collective de la performance et de la gestion des grands rendez-vous.
Propos recueillis par Yves OUEDRAOGO






