Après l’élimination des Etalons Dames en phase de groupes de la CAN, Pascal Sawadogo tire les enseignements de la campagne burkinabè. Le sélectionneur pointe notamment une préparation insuffisante, le manque d’expérience et appelle à davantage d’investissement dans la formation et le football féminin.
Quel bilan tirez-vous de la participation des Etalons Dames à cette CAN ?
De façon générale, je dirais que le bilan est mitigé. Ce n’est pas très bon, mais ce n’est pas très mauvais non plus. Il y a des choses positives que nous pouvons renforcer. Par rapport à la dernière CAN, notamment celle de 2022 où nous avions obtenu un point, avec deux défaites et un nul, il y a une progression. Cette fois-ci, nous avons enregistré une victoire et nous avons entretenu l’espoir d’une qualification jusqu’au dernier match. Nous avons également montré de la volonté et produit des prestations qui ont été appréciées. Pour moi, le bilan est un peu satisfaisant. Mais nous pouvions mieux faire.

L’objectif était de franchir la phase de groupes. Pourquoi cela n’a pas été ?
Nous sommes des compétiteurs. On ne participe pas à une compétition seulement pour gagner un match, mais il fallait d’abord remporter une rencontre, puisque nous n’en avions jamais gagné auparavant en phase finale. Cela a été fait. Mais, pour aller plus loin, il nous a manqué surtout de l’expérience. En dehors de la capitaine, le groupe était composé en grande partie de jeunes joueuses. Certaines sont nées en 2004 et il y avait même des filles de 2008. Cette inexpérience s’est ressentie, notamment lors du premier match contre la Côte d’Ivoire. Certaines joueuses ont eu peur. Après cette rencontre, j’ai échangé individuellement avec plusieurs d’entre elles. On sentait qu’il y avait beaucoup de stress. Plus on joue de matchs de haut niveau, plus on apprend à gérer cette pression. C’est aussi pour cela que la préparation était importante.
Vous insistez beaucoup sur la préparation. En quoi a-t-elle été insuffisante ?
Pour moi, nous avons surtout manqué la dernière ligne droite de la préparation. Au départ, nous avions pourtant joué des matchs contre le Maroc, le Sénégal et le Mali. Mais nous n’avons pas suffisamment bien préparé les dernières semaines avant la compétition. Nous sommes arrivés au Maroc à 11 jours du premier match. C’était trop peu pour effectuer tout le travail physique et tactique nécessaire. Quand vous jouez régulièrement des matchs de préparation de qualité, vous apprenez également à maitriser le stress et la pression. Or, nous n’avons pas suffisamment eu
cette possibilité. Il faut donc retenir une
chose, meilleur résultat rime avec meilleure préparation .
Face à l’Afrique du Sud, un match nul suffisait pour vous qualifier. Que vous a-t-il manqué lors de cette rencontre ?
Nous avions plusieurs possibilités de qualification. Une victoire pouvait nous permettre de terminer premiers ou deuxièmes du groupe et, en cas de nul, nous étions qualifiés. Certains résultats de l’autre match pouvaient également nous être favorables. Malheureusement, nous n’avons réussi à concrétiser aucune de ces possibilités. Pourtant, nous avons été les premiers à nous procurer les meilleures occasions. Nous avons eu des situations que nous n’avons pas su transformer. L’Afrique du Sud a marqué pratiquement contre le cours du jeu, à la suite d’une erreur individuelle. Nous avons mal contrôlé le ballon et l’attaquante a profité de l’occasion. Nous avons également eu une situation que j’ai considérée comme un penalty. J’ai regardé les images sous plusieurs angles et, pour moi, il y avait obstruction. Mais la décision de l’arbitre a été différente.
Peut-on aussi expliquer cette défaite par la fatigue et les blessures ?
Oui, cela a également joué. Plusieurs joueuses étaient blessées ou diminuées physiquement. Les latérales avaient notamment été touchées dès le premier match et nous avons dû réorganiser la défense. Au troisième match, Adèle était également émoussée, tout comme Nana. Le banc n’était pas suffisamment profond pour nous permettre de conserver la même qualité lorsque certaines joueuses étaient fatiguées ou indisponibles. Mais malgré cela, il y avait toujours de la motivation et de la volonté. Nous avons essayé de faire avec les moyens dont nous disposions.
Avec le recul, y a-t-il des choix tactiques ou des changements que vous auriez pu faire autrement ?
Quand on regarde le match contre la Côte d’Ivoire, nous avions constaté que l’adversaire baissait de rythme en deuxième période. Nous avions donc prévu de faire une bonne première mi-temps et d’apporter davantage de fraîcheur ensuite. Nous avions notamment choisi de placer Bélem au milieu parce que nous estimions qu’elle pouvait davantage apporter dans ce secteur. Elle peut aider l’attaque tout en revenant défendre. Malheureusement, nous avons encaissé des buts très tôt et cela a eu un impact sur le moral des filles. Nous avons ensuite procédé à des changements qui ont permis de rééquilibrer le jeu, mais nous n’avons pas réussi à revenir au score. Avec une sélection, on essaie toujours de trouver la meilleure combinaison possible. Mais les blessures réduisent forcément les possibilités.
Au-delà de l’élimination, quelles sont les satisfactions que vous retenez de cette CAN ?
Je retiens d’abord le fait que les gens ont vu le Burkina jouer. Nous avons remporté notre premier match en phase finale de CAN et nous avons montré que nous pouvions rivaliser. Même lors du dernier match, malgré la défaite, la prestation a été honorable. Cela montre qu’avec davantage d’efforts, nous pouvons aller plus loin. Nous avons aussi pu travailler avec les GPS mis à notre disposition par le ministère. Cet équipement nous permet de suivre plusieurs paramètres physiques des joueuses et constitue un avantage dans le travail de préparation.
Cette CAN a-t-elle également permis d’identifier des joueuses capables d’incarner l’avenir de la sélection ?
Oui, mais il y a encore beaucoup de travail. Au niveau des défenseures centrales, je pense que nous avons des solutions. En revanche, les postes de latérales nécessitent encore beaucoup de travail. Je n’ai pas encore vu une latérale qui soit vraiment excellente à ce poste. Or, ce sont des postes très importants. Les joueuses offensives ont également besoin de latérales capables de les accompagner. Au niveau des ailes et de l’attaque aussi, il faut renforcer l’équipe. Si Adèle avait plusieurs joueuses de son niveau autour d’elle, nous aurions davantage de solutions offensives. Il faut donc avoir des joueuses qui ont du métier et des spécialistes à chaque poste.
Comment élargir et renforcer ce vivier de joueuses ?
Le travail doit commencer dans les clubs, dans le championnat local et dans les petites catégories. Il faut rechercher les joueuses capables de progresser et de renforcer progressivement la sélection. Quand vous enlevez trois ou quatre joueuses importantes d’une équipe, le niveau baisse parfois trop rapidement. Cela montre que nous devons avoir davantage de qualité et de concurrence à chaque poste. Les joueuses qui ont du talent doivent aussi continuer à travailler pour améliorer leur niveau.
Vous évoquez les petites catégories. La formation est-elle aujourd’hui le principal chantier du football féminin burkinabè ?
Pour moi, c’est une priorité. Il faut investir dans la formation à la base. Quand je regarde les catégories U17 et U20, il y a des joueuses sur lesquelles nous pouvons compter pour l’avenir. Mais, il faut aussi avoir un véritable projet pour ces filles. Nous avions eu un championnat U17 féminin en 2016-2017 et 2017-2018, puis il y a eu une interruption. Or, plusieurs joueuses de la sélection actuelle sont passées par ces catégories. Si nous ne travaillons pas bien à la base, nous aurons toujours des difficultés.
Une joueuse développe son potentiel progressivement, mais il faut aussi la suivre et l’accompagner.
Au-delà de la formation, quelles conditions faut-il améliorer pour permettre aux joueuses de progresser ?
Il faut améliorer les conditions de travail et la motivation. Le football demande un investissement quotidien. Si une joueuse ne peut s’entrainer que deux ou trois fois par semaine dans des conditions difficiles, il sera compliqué d’atteindre le haut niveau. Dans certains pays, les fédérations accompagnent davantage les clubs et les joueuses. Il faut également penser à l’après-carrière. Une joueuse peut porter le maillot national, mais si, à la fin de sa carrière, elle n’a rien pu construire, cela devient un problème. La période après la carrière est souvent plus longue que la carrière elle-même. Il faut donc agir sur la formation, la motivation, le championnat local et les conditions de vie des joueuses.
Quel rôle les pouvoirs publics et la Fédération doivent-ils jouer dans cette évolution ?
Si le football doit être un patrimoine national, il faut y mettre les moyens. Aujourd’hui, toutes les équipes se préparent sérieusement et investissent davantage. Si nous ne faisons pas les mêmes efforts, il ne sera pas évident d’obtenir des résultats réguliers. On peut briller pendant un moment, mais si nous ne sommes pas organisés, nous ne saurons pas répéter le succès. Il faut donc mettre en place les conditions pour répéter les performances et maintenir le succès.
Quel enseignement principal faut-il tirer de cette CAN pour la suite ?
Il faut surtout une meilleure préparation. Ce n’est pas forcément mettre énormément d’argent, mais il faut mettre en place une préparation continue, sans rupture. Dans les trois derniers mois avant une grande compétition, le programme doit être respecté. Les problèmes extérieurs ne doivent pas venir perturber la préparation. Il faut également un minimum de consensus et de communication entre les différentes parties. Si nous arrivons à mieux nous organiser, à mieux préparer les joueuses et à travailler davantage à la base, je pense que les Etalons Dames peuvent aller beaucoup plus loin à l’avenir.
Réalisé par Pengdwendé
Achille OUEDRAOGO







