Deux ans après son arrivée à la tête de la Fédération burkinabè de football (FBF), Oumarou Sawadogo fait le point sur la mise en œuvre de son programme « FREE FOOT ». Consolidation financière, gouvernance, formation, infrastructures, football des jeunes et féminin, équipe nationale, mais aussi les chantiers encore en retard. Le président de la FBF passe en revue les acquis et les défis de la seconde partie de son mandat.

Deux ans après votre arrivée à la tête de la FBF, quel bilan concret faites-vous et quels engagements de votre programme « FREE FOOT » restent encore à réaliser ?

Après deux années, je retiens d’abord un travail de consolidation. Nous avons travaillé à assainir et rééquilibrer les comptes de la Fédération tout en maintenant les compétitions, les équipes nationales, la formation et les investissements. Nous avons également engagé des projets structurants : la construction du siège de la FBF, la rénovation du Centre technique national, la construction de deux FIFA Arena à Kuinima et à Pissy, l’éclairage du terrain de l’ASFA-Y, la construction d’une salle de sport, d’une infirmerie, la relance des projets TDS et Bambi Foot, la relance des championnats de jeunes, l’adoption d’une charte graphique, la protection de notre nouveau logo, des formations d’acteurs, notamment le retour de la Licence A CAF. Mais, nous sommes les premiers à reconnaître que tout n’est pas encore réalisé. L’Académie fédérale, certains projets d’infrastructures, la restructuration en profondeur de nos compétitions et la professionnalisation de certains compartiments restent des chantiers majeurs. FREE FOOT est un programme de mandat. Certains engagements sont réalisés, d’autres sont en cours et certains seront accélérés dans la seconde partie du mandat.

Vous parlez de réformes et de professionnalisation : pouvez-vous nous citer trois résultats mesurables obtenus depuis votre élection ?

Je pourrais même en citer beaucoup plus, mais retenons trois éléments. Premièrement, nous avons réussi à rééquilibrer les comptes de la FBF, après deux années de travail sur la maîtrise des dépenses et la gestion des ressources. Deuxièmement, nous avons renforcé considérablement la formation des acteurs dont les entraineurs avec les Licences D, C, B et surtout la relance de la Licence A CAF au Burkina Faso. Troisièmement, nous avons renforcé la formation et la détection des jeunes, avec les championnats U15, U17, U20, les championnats Elites jeunes, Bambi Foot, le projet TDS et le recrutement d’un Talent Coach FIFA. J’ai évoqué les infrastructures et tout ce qui est question de gouvernance plus haut.

Si vous deviez reconnaître aujourd’hui un engagement qui n’a pas avancé au rythme annoncé, lequel serait-ce et pourquoi ?

Je dirais que c’est l’opérationnalisation complète de l’Académie fédérale qui n’a pas avancé au rythme que nous souhaitions. C’est un projet complexe qui nécessite des infrastructures, des ressources humaines qualifiées, un modèle pédagogique et sportif cohérent ainsi qu’un financement durable. Nous avons franchi plusieurs étapes, mais nous voulons éviter de créer une académie simplement pour dire qu’elle existe. Nous voulons mettre en place une véritable structure de formation capable de produire les talents de demain.

Vous avez qualifié la récente Assemblée générale d’« espace de reddition de comptes ». Quel principal enseignement tirez-vous de vos deux premières années de gestion ?

L’enseignement principal est simple : une Fédération ne peut être forte que si sa gouvernance est forte. Nous avons compris qu’il faut gérer avec rigueur, rendre compte régulièrement, écouter les acteurs et prendre des décisions dans l’intérêt général. La reddition de comptes n’est pas un choix. C’est une obligation envers les clubs, les ligues, les partenaires et l’ensemble de la famille du football.

Le cabinet Aurec Afrique Burkina Faso a présenté un examen clinique de la gestion de la Fédération. Quelles sont les principales failles relevées et comment comptez-vous appliquer ses recommandations ?

L’examen clinique a permis de mettre en lumière des insuffisances dans certains processus de gestion et d’organisation. L’intérêt d’un tel travail est justement de ne pas chercher à cacher les difficultés, mais de les identifier pour les corriger. Nous allons examiner les recommandations de manière rigoureuse et établir un mécanisme de suivi de leur mise en œuvre. Certaines concernent l’organisation interne, la formalisation des procédures, le contrôle et la traçabilité des opérations. Notre position est claire : l’audit ne doit pas rester dans un tiroir. Il doit servir à améliorer durablement la gouvernance de la FBF.

Comment financer durablement l’augmentation des subventions aux clubs et le doublement des prix des championnats ?

Cette décision repose sur une amélioration de notre équilibre financier, mais elle ne doit pas être financée uniquement par les ressources traditionnelles. Nous devons accroître nos recettes propres, renforcer nos partenariats, mieux valoriser nos compétitions, développer le marketing, les droits commerciaux et audiovisuels et mieux exploiter la marque FBF. Le doublement des prix, avec notamment le passage de 12,5 à 25 millions de FCFA pour le champion de Ligue 1, traduit notre volonté d’injecter davantage de ressources dans le football national.

Quelles exigences de bonne gouvernance seront demandées aux clubs ?

L’augmentation des subventions va de pair avec davantage de responsabilité. Nous demandons aux clubs plus de rigueur dans la gestion administrative et financière, une meilleure traçabilité des ressources, le respect des obligations réglementaires, la structuration des équipes féminines et de jeunes, et une meilleure organisation interne. L’argent doit servir au développement du club, et non simplement à résoudre les difficultés ponctuelles de trésorerie.

Ce coup de pouce financier suffira-t-il à retenir les meilleurs talents locaux ?

Il y contribuera, mais il ne suffira pas à lui seul. Pour retenir nos talents, il faut améliorer les salaires et les primes, mais aussi la qualité des compétitions, les infrastructures, l’encadrement, la visibilité et les perspectives de carrière. Notre objectif n’est pas d’empêcher les joueurs de partir à l’étranger. Le Burkina Faso doit pouvoir former des joueurs capables d’évoluer au plus haut niveau. Nous devons faire en sorte que ceux qui restent au pays puissent bénéficier de conditions de pratique et de développement beaucoup plus attractives.

L’adoption par acclamation du procès-verbal de l’AG précédente traduit-elle une paix définitive au sein de la famille du football burkinabè ?

Je préfère parler d’une volonté collective d’apaisement et de travail plutôt que de paix définitive. Dans toute organisation, il peut y avoir des divergences. Elles sont normales. L’essentiel est de disposer des mécanismes permettant de les régler dans le respect des textes et de l’intérêt général. L’adoption par acclamation du procès-verbal est un signal positif. Elle montre que nous pouvons nous retrouver autour de l’essentiel : le développement du football burkinabè.

Quelles sont les résolutions fortes sur les infrastructures et le football jeune prises à cette AGO ?

Nous devons accélérer la construction d’un véritable patrimoine footballistique national. Parmi les chantiers figurent la poursuite du siège de la FBF, la construction du siège d’une Ligue régionale, la réalisation d’un terrain en gazon naturel au CTN, la pose du gazon au stade Naaba Baongo, la clôture du domaine de la FBF et l’opérationnalisation de l’Académie fédérale. Pour les jeunes, nous allons consolider les projets TDS, Bambi Foot, les championnats U15, U17 et U20 ainsi que les championnats Elites jeunes. Notre conviction est que la relève se prépare aujourd’hui.

De quel chantier êtes-vous particulièrement fier après deux années ?

Je suis particulièrement fier du travail de consolidation financière et institutionnelle, parce qu’il constitue la base de tout le reste. Mais, je citerai également la relance de la Licence A CAF et les investissements dans les infrastructures. Ce sont des réalisations qui auront un impact au-delà de notre mandat.

Comment la FBF gère-t-elle la question des binationaux ?

Le processus est d’abord sportif, administratif et réglementaire. La Fédération identifie les joueurs à potentiel, établit le contact avec eux et leur entourage, puis vérifie leur situation administrative et leur éligibilité conformément aux règlements de la FIFA. Nous ne devons pas considérer le binational uniquement comme quelqu’un que l’on vient chercher pour un match. Il faut créer une relation durable avec lui et sa famille, lui présenter le projet sportif du Burkina Faso et lui permettre de comprendre ce que représente le choix des Etalons. Notre priorité reste toutefois la formation de nos propres talents.

A quoi sont allouées les subventions annuelles de la CAF et de la FIFA ?

Ces ressources sont destinées à des programmes précis de développement du football. Elles permettent notamment de financer des projets liés aux infrastructures, au football des jeunes, à la formation, aux compétitions, au football féminin, au fonctionnement de l’administration et au développement technique. Les financements FIFA Forward sont affectés à des projets définis et soumis à des mécanismes de suivi et de contrôle. La bonne conduite de ces projets a d’ailleurs été saluée par le président de la FIFA, Gianni Infantino, dans le message qu’il nous a adressé à l’occasion de cette AGO.

Le Burkina Faso n’a pas participé à la Coupe du monde 2026. Quelles erreurs reconnaître et quelles leçons tirer ?

Nous devons reconnaître collectivement que l’objectif n’a pas été atteint. La campagne avait commencé avant notre arrivée, mais nous assumons notre responsabilité sur la période durant laquelle nous avons eu la charge de la Fédération. Il faut éviter de chercher des responsables individuels. La qualification se construit sur plusieurs années. La principale leçon est qu’une qualification pour une Coupe du monde exige une préparation permanente : anticipation, stabilité technique, profondeur de l’effectif, suivi des joueurs, organisation des stages et capacité à gérer les moments difficiles. Nous devons tirer les enseignements de cette campagne pour préparer beaucoup plus tôt les prochaines échéances.

Jusqu’où va le pouvoir de la Fédération dans le choix des sélectionneurs et où commence son indépendance ?

La Fédération fixe le cadre, les objectifs et met à la disposition du sélectionneur les moyens nécessaires à son travail. Mais le choix des joueurs, le système de jeu et les décisions techniques relèvent du sélectionneur et de son staff. Nous pouvons échanger, discuter et demander des explications sur les choix. Mais nous ne devons pas confondre gouvernance et direction technique. Un sélectionneur doit pouvoir assumer ses choix et être évalué sur ses résultats et son travail.

Où en êtes-vous dans le rajeunissement de l’équipe nationale ?

Le renouvellement est un processus progressif. Nous avons déjà commencé à intégrer de nouveaux profils, tout en conservant des joueurs expérimentés. Le modèle que nous voulons construire est celui d’une équipe capable de combiner expérience, jeunesse, talent local et expertise des joueurs évoluant à l’étranger. Nous devons surtout créer une continuité dans la chaine de formation des U15 à l’équipe A en passant par les U17, U20 et U23. Une sélection nationale forte ne se construit pas uniquement au moment de convoquer les joueurs. Elle se construit plusieurs années avant les échéances.

Où en êtes-vous avec la construction du siège de la FBF et la rénovation du CTN ?

La construction du siège de la FBF est engagée et la livraison est prévue pour juin 2027. C’est un projet majeur pour notre institution. Le Centre technique national a également bénéficié d’importants travaux de rénovation. La prochaine étape consiste à poursuivre sa modernisation, notamment avec le projet de terrain en gazon naturel, afin d’en faire un véritable centre de préparation et de formation. Nous voulons que le CTN devienne l’un des principaux outils de performance du football burkinabè.

Quel investissement la FBF entend-elle consacrer au football féminin dans les deux prochaines années ?

Le football féminin fait partie intégrante de notre stratégie de développement. Nous devons investir simultanément dans les compétitions, la formation des entraîneurs et arbitres, les infrastructures, la détection des jeunes filles et l’accompagnement des clubs. Le succès de nos jeunes filles montre que nous disposons d’un potentiel important. Le titre de vice-championnes d’Afrique U15 doit nous encourager à aller plus loin. Notre ambition est de construire une véritable filière féminine, de la base jusqu’à l’équipe nationale A, avec davantage de compétitions régulières et de meilleures conditions d’encadrement.

Quel est votre mot pour sortir de cet entretien ?

Il faut retenir que notre bilan est un bilan de consolidation, mais notre ambition est désormais celle de la transformation. Pendant deux ans, nous avons travaillé à remettre la Fédération sur des bases financières et institutionnelles plus solides. Maintenant, nous devons accélérer les investissements, renforcer nos clubs, développer nos infrastructures, structurer la formation et professionnaliser davantage notre football. Nous avons encore beaucoup à faire. Mais nous avons également une conviction : le football burkinabè possède les talents, les compétences et le potentiel nécessaires pour franchir un nouveau cap. Notre responsabilité collective est de créer les conditions pour que ce potentiel s’exprime pleinement.

Interview réalisée par Yves OUEDRAOGO

 

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