Soutien aux déplacés internes : Les « bons samaritains » du Centre-Nord

La plupart des tentes du site de Bisnogo peuhl a été érigée par Boureima Bikienga.

Dans la région du Centre-Nord, des personnes de bonne volonté accueillent la plupart des déplacés internes et leur octroient des vivres et non vivres, des logements, des champs agricoles et des espaces d’habitation. Sidwaya est allé à la rencontre de ces «bons samaritains» et à la découverte de cet élan de solidarité et d’hospitalité dans les communes de Boussouma et de Kaya, dans la province du Sanmatenga.

Le soleil vient de se lever sur le site d’accueil de Bisnogo peuhl, situé dans le village de Louda, commune de Boussouma, province du Sanmatenga. Bâti sur une superficie d’environ deux hectares, ce domaine privé appartient à Boureima Bikienga, ressortissant de Zinibéogo, commune rurale de Pensa. Orpailleur de profession, il a transformé son terrain, destiné à la construction d’un immeuble, en un camp d’accueil des Personnes déplacées internes (PDI) qui ont fui les exactions des groupes terroristes. En cette matinée du samedi 31 octobre 2020, l’heure n’est pas encore à l’affluence. Alors que des femmes font la cuisine, des groupes d’hommes, assis sur des nattes, débattent sur l’ouverture de la campagne électorale. Des fillettes se rendent à une montagne, située au côté Ouest du site, à la recherche de bois de chauffe.

Quant aux tout-petits, ils se divertissent avec un ballon dégonflé. A l’intérieur du site, sont éparpillés, çà et là, des lave-mains non fonctionnels, des marmites vides, des seaux et des plats, garnis de poussière. Lors du passage de l’équipe de Sidwaya, l’homme à l’origine de l’implantation de ce site est en Côte d’Ivoire pour tourisme d’affaires. Les œuvres caritatives de cet homme au «grand cœur» forcent l’admiration. Nous sommes reçus par son frère cadet, Oumarou Bikienga. Après avoir convoyé tous les ressortissants de son village assiégé par des terroristes à Kaya avec son véhicule remorque, Boureima Bikienga est au four et au moulin pour leur trouver gîtes et couverts. Dans l’urgence, il érige 65 tentes, d’une valeur d’environ 5 millions F CFA. «Au départ, les gens dormaient à la belle étoile à la merci du froid. Il se trouvait que nous avons payé 1200 unités de bois d’eucalyptus pour construire un immeuble.

Ce sont ces bois que nous avons utilisé pour installer 65 tentes. C’est par la suite que le gouvernement est venu ajouter 21 tentes», indique-t-il. En plus de trouver des abris à ces familles meurtries, ce «bon samaritain» les dotent de vivres pendant trois mois. «Nous avons implanté deux châteaux d’eau ici mais les puits n’ont pas pu être fonctionnels», déplore Oumarou Bikienga. Pour lui, c’est un devoir moral pour toute personne disposant de moyens de venir en aide aux veuves et orphelins victimes du terrorisme. «Ces familles meurtries et démunies nécessitent d’être soutenues moralement et économiquement en attendant que la paix revienne au Burkina Faso», estime Oumarou Bikienga.

Vivre dignement

Le chef du canton du Sanmatenga, le Naaba Koom : «Le rôle d’un chef coutumier est de préserver la paix et la cohésion sociale».

Il invite donc chaque Burkinabè à jouer sa partition dans la gestion de cette crise. Les personnes vivant sur le site expriment, quant à elles, leur reconnaissance à l’endroit de leur «sauveur». «Notre hôte nous a permis de vivre dignement. Il nous a offert des sacs de riz, des bidons d’huile et de l’argent pendant trois mois en attendant les dotations de l’Action sociale», témoigne Adama Sakandé, ressortissant du même village. Père de 4 enfants, ce trentenaire est bénéficiaire de deux tentes. «Nous devons notre survie grâce à son soutien sinon certaines PDI se seraient suicidées du fait de leur précarité», souligne M. Sakandé. Bibata Bikienga manque aussi de mots pour dire merci à leur «messie».

Mère de 8 bambins, elle est aussi bénéficiaire de 2 tentes de fortune. «Depuis mon séjour ici, il y a 10 mois, cet homme de Dieu ne cesse de nous soutenir en vivres et non-vivres. Avant que le gouvernement ne mette en place un centre de santé ici, c’est lui qui honorait nos ordonnances», atteste-t-elle. D’ores et déjà, l’orpailleur Boureima Bikienga promet d’assurer leur retour dans leurs villages d’origine, une fois la sécurité rétablie. Dans la commune de Boussouma, des bonnes volontés soutiennent également des PDI avec ferveur. La cohabitation «va bon train». «Dès les premiers moments de notre arrivée, des gens nous ont offert de l’eau potable, de la nourriture, des condiments, des habits…», confirme Bibata Bikienga. Adama Sakandé renchérit : «Il y a un monsieur qui nous a livrés gracieusement l’eau de son château pendant trois mois», révèle-t-il.

Cette solidarité agissante est saluée par les autorités locales. «C’est la parfaite harmonie entre les populations-hôtes et les PDI. Jusqu’à présent, aucun incident n’a été signalé», se réjouit le chef de service social de Boussouma, Mahamoudou Sana. A l’entendre, cette hospitalité s’explique par le fait que la plupart des PDI a un lien de parenté avec les populations-hôtes. Les PDI bénéficient, en outre, d’une «prise en charge psychologique et psychosociale», à travers des conseils prodigués par des autorités coutumières. «Elles sont venues nous rassurer que nous sommes chez nous. Les autorités coutumières ont promis d’implorer les mânes de nos ancêtres pour que la sécurité revienne dans nos villages», relate-t-elle. La mise en place d’un espace ami des enfants sur le site contribue à «éradiquer» le traumatisme subi par les enfants.

Essuyer des larmes

«Avant, les enfants, au bruit des motos, s’enfuyaient, croyant avoir affaire à des terroristes. Ils pleuraient aussi lorsque les agents de sécurité venaient sur le site avec leurs armes. Mais à présent, même s’ils voient une kalachnikov, cela ne leur dit plus rien», affirme dame Bikienga. La visite du site par le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, le 20 février 2020, a aussi «pansé», à l’écouter, les «blessures mentales» de ces familles écœurées. Notre périple nous conduit ensuite dans la commune de Kaya qui regorge des centaines de milliers de PDI. Ici, c’est le même élan profond de solidarité et de compassion envers les PDI. Des personnes de bonne volonté cèdent leurs maisons aux PDI ou les hébergent au sein de leur cellule familiale. C’est le cas du président régional de l’entrepreneuriat agricole du Centre-Nord, Léopold Sawadogo.

Depuis juin 2020, il héberge et nourrit 12 PDI. «Je suis sensible à leurs souffrances»,

Le déplacé, Tiibo Sawadogo, remercie les populations-hôtes pour leur hospitalité.

justifie-t-il. «Notre hôte a essuyé nos larmes. En plus des maisons, il nous fournit régulièrement de la farine, des condiments et prend en charge la santé de nos enfants», confirme un de ses locataires, Eloi Ouédraogo, ressortissant de Dibilou. Le directeur régional en charge de l’action humanitaire du Centre-Nord, Yacouba Ouédraogo témoigne qu’un autochtone, ayant requis l’anonymat, a concédé 17 de ses concessions aux PDI. De son avis, ce sentiment d’hospitalité est une force ancestrale, liée à notre histoire, à notre contexte et à notre manière de vivre que nos «devanciers» nous ont léguée. «C’est de façon naturelle que les gens ouvrent leurs portes à ces familles désemparées», se réjouit Yacouba Ouédraogo.

C’est un miracle, poursuit-il, que malgré le drame de Yirgou, les populations promeuvent toujours la cohésion sociale et la paix. Son homologue en charge des droits humains, Issaï Bamogo, corrobore que ce vivre-ensemble harmonieux se traduit par le fait que sa direction n’a pas encore enregistré de plaintes ou conflits entre PDI et hôtes. «A chaque fois que les PDI interviennent, elles disent qu’elles n’ont pas assez de mots pour remercier les hôtes qui les ont accueillies, hébergées et qui continuent de souffrir pour la satisfaction de leurs besoins élémentaires», affirme M. Bamogo. Ce 9 novembre 2020, nous sommes dans le champ agricole de Eloi Ouédraogo, situé dans le village de Kougr-Sian à 17 km de Kaya. Grâce à son hôte, il dispose d’un lopin de terre, d’une superficie de 3 hectares, où il emblave du sorgho blanc.

Eviter la mendicité

Sous un soleil de plomb, couteaux en main, Eloi Ouédraogo, ses trois épouses et celle de son frère cadet s’activent à couper les épis du sorgho blanc. Ils espèrent moissonner 4 tonnes de céréales. Pour le chef de famille, ces vivres leur permettront de survivre, afin de ne pas plonger dans la mendicité. Des centaines d’hectares de terres arides ont été récupérées au profit des PDI de 29 villages de la commune. Son hôte lui a aussi confié son champ de 5 hectares sous forme de contrat, afin qu’il puisse subvenir à ses besoins quotidiens. Selon le chef de zone d’appui technique de l’agriculture de la commune de Kaya, Boureima Kiéni, dans la commune de Kaya, 931 hectares de terres arides ont été revitalisés au profit de plus de 2000 PDI pour une production agricole de 600 tonnes de céréales.

A Kalembaogo, village situé à une douzaine de km de Kaya, sur l’axe Kaya-Barsalogho, 630 agriculteurs dont 99 PDI (55 femmes) exploitent un champ collectif, d’une superficie de 50 hectares. Ce 10 novembre 2020, jour de récolte, dabas, couteaux, coupe-coupe, plats et sacs en main, PDI et hôtes envahissent le site. Ils comptent récolter 14 tonnes de céréales dont 10 tonnes de sorgho blanc et 4 tonnes de petit mil. Pendant que certains s’attèlent à couper les épis des récoltes, d’autres attachent des tas de tiges de céréale pour aliments à bétail. Des jeunes débusquent un lièvre et un varan. L’ambiance est bon enfant. La joie se lit sur tous les visages. La parenté à plaisanterie et le «rakiré» se magnifient. La plupart des PDI de Kalembaogo a un lien parental avec ses familles d’accueil.

A Kalembaogo, des déplacées internes sont bénéficiaires de terres agricoles.

Ce qui facilite rapidement leur intégration sociale. «Ce sont nos frères et sœurs. Il est donc anormal d’aller aux champs et de les laisser à la maison, parce que nous mangeons et partageons tout ensemble», affirme un des propriétaires terriens, Rasmané Sawadogo. A l’écouter, c’est une manière de leur témoigner leur solidarité. Ici, le vivre-ensemble bat son plein. Difficile de distinguer PDI et hôtes. «Depuis deux ans de séjour, nous n’avons jamais été victimes de stigmatisations ou d’injures», confirme Tiibo Sawadogo, ressortissant de Dibilou, commune de Pissila. Bénéficiaire d’une portion de terre d’un hectare et demi, il vient de récolter 7 sacs de 100 kg de niébé et 2 sacs de 100 kg de sorgho blanc.

Ces vivres nourriront, pendant quelques temps, sa famille forte de 30 membres, composée majoritairement d’enfants. Le niébé récolté a permis d’inscrire et de réinscrire ses trois enfants à l’école primaire. Tiibo Sawadogo ajoute que les fournitures scolaires de ses élèves ont été prises en charge par leurs enseignants en signe de solidarité. Dépouillé par des « forces du Mal », il ne décolère toujours pas. «Les terroristes m’ont pris 20 têtes de bétail, 50 petits ruminants et plus de 100 volailles. Nos concessions, vivres, pièces d’identité ont été brûlés», se lamente-t-il. Tiibo Sawadogo remercie les propriétaires terriens de Kalembaogo pour ce geste patriotique. «Si je n’avais pas eu de terres à cultiver cette année, cela m’aurait conduit au suicide», soutient-il. «Ils nous ont d’abord hébergées dans des salles de classe. Et au début de la rentrée scolaire, ils ont nous intégrés dans leurs concessions», se réjouit Tiibo Sawadogo, avec un brin de fierté. Cependant, son rêve pressant est le retour de la paix au Burkina Faso, afin qu’ils puissent regagner rapidement leurs villages d’origine.

Pacte de non-agression

«Toutes nos maisons et lieux de culte sont tombés à cause des pluies torrentielles», déplore M. Sawadogo. En attendant, cet esprit de solidarité et de compassion des populations envers les PDI a été salué par le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, lors de son dialogue direct avec les forces vives de la région du Centre-Nord sur la situation sécuritaire et humanitaire tenu, le 11 septembre 2020. Cette cohabitation pacifique est le fruit des activités de sensibilisation menées sur le terrain. C’est le cas de la célébration des journées internationales conjointes de la paix et de la tolérance qui ont été célébrées, du 19 septembre au 16 novembre 2020, dans la région du Centre-Nord.

A Korko, un pacte de non-agression a mis fin aux conflits intercommunautaires.

Aux dires de Issaï Bamogo, des émissions radiophoniques, de conférences publiques, de causeries éducatives en langues française et mooré ont été organisées. Les leaders coutumiers ne sont pas restés en marge de cette quête du vivre-ensemble harmonieux. Le chef de canton du Sanmatenga, le Naaba Koom, explique que des rites coutumiers sont régulièrement accomplis, afin d’implorer les mânes des ancêtres pour que la paix et la sécurité reviennent au Burkina Faso. A titre indicatif, le garant de la tradition fait cas de la journée de réconciliation, à la suite au drame de Yirgou, tenue le 9 février 2019, à Korko, dans la commune de Barsalogho. «Lors de cette cérémonie, un pacte de non-agression entre Peulhs et Mossis a été signé à travers des outils du forgeron», dit le Naaba Koom.

En plus des actions de sensibilisation et des rites coutumiers, il soutient avoir mis en place des canaux d’informations au sein des PDI, afin qu’une solution soit trouvée à toute situation susceptible d’entacher le vivre-ensemble des communautés. Lors de cette journée de réconciliation, le Cardinal Philippe Ouédraogo, paraphrasant le discours du Pape François II, a exhorté les Burkinabè à abattre les murs de la haine, de la stigmatisation, de l’éloignement, du mépris et de l’égoïsme qui entravent notre vivre-ensemble pour construire des ponts de réconciliation, de justice et de paix. Parlant de stigmatisation, certaines PDI en ont été victimes. «Au moment de notre arrivée, les gens nous appelaient des ‘’fuyards’’. C’est une triste réalité, parce que nous avons effectivement fui nos villages du fait de l’insécurité. Cela m’a beaucoup traumatisée», regrette Bibata Bikienga.

Leurs enfants, ajoute-elle, amère, sont surnommés les «enfants des fuyards» par les populations-hôtes. Mais, avec l’intensification des actions de sensibilisation suscitées, cette appellation a fait place aux termes : «Arrivants ou Venants». La plupart des PDI et hôtes soutiennent que les populations-hôtes ne sont pas prises en compte dans le protocole de distribution des vivres et non vivres. Pourtant, le directeur régional en charge de l’action humanitaire affirme le contraire. «Nous enregistrons les PDI et leurs hôtes. Car, si la PDI est assistée pour 3 mois, la famille d’accueil est assistée pour 1 mois», se défend-t-il.

Pour Issaï Bamogo, la stigmatisation est le fait de toujours identifier soit une communauté, soit un groupe d’individus auteur de tels ou tels maux dans un contexte bien précis. Selon lui, elle est la base de la division, de la fracture sociale ou de la haine. Pour lui, la stigmatisation conduit au repli identitaire. «Le repli identitaire est le fait qu’un individu ou un groupe d’individus stigmatisé se replie sur lui-même. Et, la conséquence de ce repli peut être tout simplement l’extrémisme violent mais nourrit de la haine ou de la vengeance pour l’autre partie qu’on accuse d’être à la base de son malheur», développe M. Bamogo. Tous nos interlocuteurs appellent donc chaque Burkinabè à être un artisan de paix, de tolérance, de cohésion sociale et du vivre-ensemble harmonieux dans sa communauté.

Emil SEGDA
Segda9emil@gmail.com


 

« L’amour est la valeur suprême dans la religion catholique », Mgr Théophile Naré, évêque de Kaya

L’Evêque de Kaya, Mgr Théophile Naré, salue le patriotisme des populations-hôtes de la région du Centre-Nord envers les déplacés internes, dans cette interview réalisée le dimanche 8 novembre 2020.

Sidwaya (S) : Quelle appréciation faites-vous de la cohabitation entre les populations-hôtes et les déplacés internes de la région du Centre-Nord ?

Théophile Naré (T.N.) : J’apprécie très positivement la cohabitation entre les Personnes déplacées internes (PDI) et les populations-hôtes de la région. Car, elle est très chaleureuse et pleine de compassion. Certains citoyens de Kaya ont mis leurs maisons à la disposition des PDI pour qu’elles puissent trouver gîte et couverts. D’autres partagent même leurs repas avec elles. Un citoyen m’a même confié qu’il s’est retrouvé dans l’indigence, parce qu’il avait partagé tout ce qu’il avait avec les PDI. J’étais très touché de ce témoignage. Cela prouve que les populations-hôtes ont fait un énorme effort pour dépasser leur peur et accueillir celles qui se trouvaient dans le besoin.

S : Qu’est-ce qui explique, selon vous, cet élan de solidarité et d’hospitalité ?

T.N. : Les populations-hôtes ont vite pris conscience que ce qui est arrivé aux autres pouvait leur arriver un jour. Dans notre religion, l’amour est la valeur cardinale et son commandement dit : «Aime ton prochain comme toi-même». Ce que tu aurais souhaité qu’on te fasse, n’hésite pas à le faire pour ceux qui sont dans le besoin. Les gens se sont dits, voilà des personnes qui sont dans la détresse qui auraient pu être la mienne ou de quelqu’un des miens, alors, je fais ce que je peux pour soulager cette misère d’autrui.

S : Que faut-il faire pour consolider cet esprit de solidarité ?

T. N. : Quand on accueille, il faut dépasser une certaine peur et comprendre que la personne, qui est en face de moi et qui se trouve dans une détresse, peut n’est pas être dans son comportement tout à fait conforme à ce que j’attends. Les PDI doivent aussi se dirent que c’est avec beaucoup de confiance qu’on m’assiste, je dois avoir des comportements et propos qui aident à nourrir cette confiance. Si vous êtes accueillis, faites en sorte qu’on ait envie d’accueillir d’autres personnes en difficulté. Votre comportement doit impacter celui des autres. Car, il y a eu des cas malheureux où certaines PDI se sont livrées à des actes de vol ou de tromperie des populations-hôtes. Et, c’est déplorable ! Je dirai que de part et d’autre, il faut beaucoup de compréhension, d’ouverture et de générosité.

S : L’Eglise catholique a-t-elle mené des actions dans la gestion de cette crise ?

T.N. : Depuis le début de cette crise, chaque matin, à la fin de l’Eucharistie, nous implorons Dieu pour que le Burkina Faso soit un pays de paix et de tolérance. A chaque fois qu’il y a eu un drame susceptible d’engendrer le développement d’un esprit de haine et de vengeance, l’Eglise catholique a été toujours aux côtés des autorités civiles et administratives pour aller à la rencontre des populations, afin d’apaiser les esprits. C’est le cas de la Journée de réconciliation de la région du Centre-Nord, organisée, le 9 février 2019, à Korko (Barsalogho), par l’association Racines, sous l’égide du défunt Dima de Boussouma, le Naaba Sonré, à la suite du drame de Yirgou.

Le cardinal Philipe Ouédraogo était présent au nom de l’Eglise catholique. Lors des tueries dans les villages de Alamou et de Nagraogo (Barsalogho), j’étais présent, le 22 janvier 2020, aux côtés des autorités régionales du Centre-Nord pour présenter nos condoléances et compassions aux familles des victimes et souhaiter prompt rétablissement aux blessés. Toujours dans le sens de la recherche de la paix et de l’expression de la solidarité, l’Eglise catholique, à travers l’OCADES-Burkina et le Diocèse de Kaya, distribue régulièrement des vivres, des non-vivres et des abris aux PDI.

Sur le plan psychologique et psychosocial, actuellement, des fidèles catholiques sont en formation, en vue de se préparer pour une éventuelle prise en charge des PDI, parce que sans cela, il serait difficile d’envisager une réconciliation véritable au Burkina Faso. Les gens vivent avec des «blessures mentales». Donc, ils ont besoin d’être écoutés et consolés. Nous devons leur faire comprendre la dynamique dans laquelle ils doivent entrer pour pouvoir se réconcilier avec eux-mêmes et ceux qui leur ont fait du mal, afin de ne pas tomber dans la spirale de la violence ou de la vengeance. Et, notre pastorale familiale se donne déjà à ce type d’activités.

S : Quel rôle doit jouer la religion dans la promotion de la paix et de la tolérance ?

T.N. : D’une manière générale, toute religion doit avoir à cœur de promouvoir les valeurs de tolérance, de concorde, de communion et d’acceptation des autres, parce que nous sommes tous des «enfants» du même Dieu. Une religion, qui préconise la division, le repli et le rejet des autres, rend un très mauvais service à l’humanité. Et, elle serait difficile à être accepter comme authentique. Parce que Dieu qui nous a créés ne veut pas que nous nous entredéchirions ou entredévorions. Un de nos textes dit : «On peut tout avoir, on peut tout être, mais si on n’a pas l’amour, on n’a rien et on n’est rien». C’est pourquoi, l’amour est la valeur suprême dans la religion catholique.

S : Votre message pour un vivre-ensemble harmonieux au Burkina Faso ?

T. N. : Il faut toujours préserver les valeurs de solidarité, de paix, de concorde, de tolérance, etc., parce qu’elles sont tellement précieuses qu’elles sont fragiles. Le vivre-ensemble est aussi conditionné par la culture des valeurs de la justice et de l’équité. Il ne faut pas qu’on est à l’esprit d’accumuler au détriment des autres. Il ne faut pas non plus négliger certaines parties de la population ou du pays. C’est une question de bonne gouvernance. Car, l’injustice amène toujours la révolte. Le souci du bien de tout le monde doit dominer dans notre manière de gouverner. Ainsi, alors nous pourrons retrouver ces valeurs suscitées que nous avons vécues jusqu’ici et qui faisaient bien des envieux dans la sous-région.

Interview réalisée par
Emil SEGDA


Il enceinte la femme et la fille de son hôte

Des PDI adopteraient de mauvais comportements vis-à-vis de leurs hôtes. En effet, certaines PDI préfèrent vendre leurs provisions à vil prix à des particuliers que de soutenir à leur tour leurs hôtes. D’autres s’adonnent à des actes de vol ou de tromperie des populations-hôtes. Selon l’un des habitants de Kaya, un déplacé interne a enceinté la femme et la fille de son hôte, avant de prendre la poudre d’escampette. Un autre déplacé interne a été trimballé chez les groupes d’autodéfense koglwéogo pour harcèlement sexuel sur une autochtone de Kaya. Quatre autres PDI sont derrière les barreaux de la prison de Kaya pour avoir fracturé le bras d’un jeune à cause d’une fille.

E. S.


Le message du Chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré

«Nous devons éviter deux choses au Burkina Faso. La première, c’est la stigmatisation qui est un mal dont nous devons nous départir de façon fondamentale. Mais en même temps un autre mal qui nous guette, c’est le repli identitaire. Ces deux questions que nous devons savoir résoudre avec tout le tact et toute l’intelligence nécessaire pour le vivre-ensemble. Nous devons éviter de mettre chaque fois de l’huile sur le feu quand il ne faut pas».

Propos recueillis par
Emil SEGDA


La culture, un antidote contre l’extrémisme violent

La feuille de route issue du colloque national sur la contribution de la culture dans la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent et la promotion de la cohésion sociale est articulée en trois axes. Il s’agit de la promotion de l’idéal de citoyen burkinabè reconnu par le pays à travers l’éducation, la promotion des fondements d’une culture burkinabè axée sur le partage de valeurs ancestrales et de connaissance de l’homme burkinabè pouvant servir à la lutte contre l’extrémisme violent et la promotion de la cohésion sociale par l’intégration culturelle et l’affirmation de la multiculturalité d’un héritage indivis des peuples du Burkina Faso.

E. S.

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