Cavernes de Douna : un joyau touristique victime de l’insécurité

Douna, dans la province de la Léraba (Sindou), est l’une des 12 communes qui regorge d’un site touristique sur les 17 que compte la région des Cascades (Banfora). Ses cavernes, car c’est d’elles qu’il s’agit, autrefois refuge tactique des combattants, sont devenues une véritable attraction touristique depuis son ouverture au grand public en 2011. A l’instar des nombreux sites de la région, les cavernes de Douna subissent de plein fouet les conséquences des crises sanitaire et sécuritaire depuis plusieurs années. Constat en cette deuxième quinzaine du mois de décembre 2022.

La région des Cascades, chef-lieu Banfora, est l’une des 13 régions administratives créées en 2001 au Burkina Faso. Le relief de cette région offre des paysages pittoresques, objet d’attraction de nombreux touristes. Sur les 17 communes que compte la région, 12 ont des sites touristiques. La commune rurale de Douna, dans la province de la Léraba (Sindou), est l’une de ces communes qui a un site touristique.

Il s’agit des cavernes de Douna. Située à 5 kilomètres au nord-est de Douna (chef-lieu de la commune), dans le village de Monsona, cette merveille de la nature, étendue sur 1 km², a été depuis des siècles, un refuge des populations environnantes en temps de guerre. « Dans le temps, lorsqu’il y avait un affrontement, comme ce fut le cas de l’invasion de Samory Touré et de Babemba, le peuple turka se réfugiait dans ces cavernes », explique le chef du village de Monsona, Fako Kara. Le chef de village de Douna, Mondjon Soura, par la voix de son porte-parole, embouche la même trompette. « En son temps, s’il y avait une attaque, on se réfugiait dans ces cavernes pour mieux se préparer et se défendre », fait savoir le garant des us et coutumes de Douna. Selon le guide touristique et promoteur du site, Dounfalmy Son, si l’on se fie au récit des anciens, ces cavernes étaient un lieu de refuge du peuple turka, un lieu de repli tactique pour tout risque d’attaque de l’ennemi. « Les cavernes de Douna sont une forteresse naturelle dans la province de la Léraba. C’est vers le XIXe siècle que cette forteresse a été découverte. Ce qui fait la richesse des cavernes, c’est le passage des guerriers comme Samory Touré par exemple, selon l’histoire qui a été contée », explique le directeur régional par intérim de la culture, des arts et du tourisme des Cascades, Blagnima Ouattara.

11 étapes à parcourir en 1h30

Hormis les lieux sacrés, les cavernes de Douna, selon le chef du village de Monsona, Fako Kara, sont ouvertes au grand public depuis juillet 2011

Une piste ensablée, avec par endroits des arbustes sur la chaussée, longue de seulement 2 km du bitume, mène à ce massif rocher pour 15 à 20 minutes de trajet en véhicule. « L’un des véritables problèmes des cavernes de Douna, c’est son inaccessibilité », fait savoir d’un air attristé le guide touristique. Sur une superficie de 1 km², les cavernes de Douna se résument en 11 étapes. De la place du conseil des sages, à la salle de consultation ou de lecture avec les esprits, à la place des invalides, en passant par la section santé, la maternité, la prison … toutes les étapes ont une histoire. « Ici c’est la prison. C’est le lieu où le peuple turka apprivoisait les ennemis capturés. Cette prison a trois compartiments. Le 1er était réservé aux plus dociles, le 2e à ceux qui étaient difficiles et le 3e aux récalcitrants », explique M. Son. La place des invalides, poursuit le guide touristique, était réservée aux vieilles personnes, aux femmes et aux enfants qui ne pouvaient pas prendre part à la guerre. Un compartiment était prévu pour prendre en charge les blessés de guerre et les malades, selon Dounfalmy Son. Les notables et les chefs de guerre avaient une aire de repos.

Aucun visiteur en 3 mois

Pendant longtemps interdit au grand public, l’accès des cavernes de Douna est sans restriction depuis le 9 juillet 2011 (sauf les lieux sacrés), selon les confidences de son promoteur. De 2011 à 2013, laisse entendre Dounfalmy Son, le site refusait du monde. « Par jour, je pouvais faire deux à trois tours, en raison d’une heure 30 minutes le tour, avec différents groupes venus à la découverte des cavernes. Mon petit frère (ndlr, Léon Son) qui m’assiste dans cette tâche, plus physique que moi, pouvait faire quatre à cinq tours lui aussi par jour », narre avec nostalgie le guide touristique. Cet engouement des touristes et autres visiteurs des cavernes de Douna a été estompé depuis le début de la crise sécuritaire au Mali et au Burkina Faso et la pandémie de la maladie à coronavirus de 2019 (COVID-19). Avant ces deux crises, les frères Son recevaient en moyenne 500 à 600 touristes par trimestre. Mais depuis, ils scrutent l’horizon à longueur de journée, voire des mois, sans recevoir le moindre visiteur.

« Avec les attaques terroristes au Mali voisin et au Burkina Faso, les touristes, notamment les expatriés, se font rares. L’on peut passer deux à trois mois sans recevoir de visiteur », regrette M. Son. De janvier à mars 2020, soutient-il, les cavernes de Douna n’ont reçu aucun visiteur, les premiers touristes de l’année ayant été reçus en avril. Selon les statistiques de la direction provinciale de la culture, des arts et du tourisme de la Léraba (Sindou), 242 touristes sont venus à la découverte des cavernes de Douna pour toute l’année 2020. Ce chiffre s’est amélioré en 2021 avec 465 visiteurs composés essentiellement d’écoliers et d’étudiants. En 2022, le site n’a enregistré que 372 visiteurs. Comme les cavernes de Douna, c’est tout le secteur du tourisme dans la région des Cascades qui paye un lourd tribut de l’insécurité et de la pandémie à coronavirus. « Tout allait très bien pour le secteur du tourisme avant la crise sécuritaire. Mais depuis cette crise sécuritaire qui s’est mariée entre-temps à la crise sanitaire, nous sommes au regret de dire que le tourisme, dans tout son ensemble, se porte très mal dans les Cascades », dépeint l’intérimaire du directeur régional en charge du tourisme de la région des Cascades, Blagnima Ouattara.

Intégrer le tourisme dans les habitudes

Les visiteurs étrangers, poursuit Blagnima Ouattara, qui affluaient dans la région des Cascades, se font rares ou sont même inexistants. « Les restaurateurs, les hôteliers, les guides touristiques et les commerçants d’objets d’art se retrouvent au chômage parce que s’il n’y a pas de touristes, les hôtels, les restaurants et les sites touristiques ne sont pas fréquentés », précise-t-il. Ce secteur qui faisait rayonner la région des Cascades dans le pays et même à l’international est aujourd’hui dans une léthargie, regrette-t-il. Toutefois, le tourisme interne lancé en 2014 par les ressortissants de la région des Cascades regroupés au sein du Réseau citoyenneté et développement des Cascades (RECIDEC), aux dires de Dounfalmy Son, donne un bol d’air au secteur du tourisme. « Avec l’aide du RECIDEC, les structures scolaires et administratives s’intéressent de plus en plus au tourisme. C’est ce qui nous permet de recevoir de temps en temps des touristes », se satisfait le guide touristique. Les crises sécuritaire et sanitaire, se convainc le directeur régional par intérim de la culture, des arts et du tourisme, sont venues rappeler que le tourisme n’est pas ancré dans les habitudes des Burkinabè.

Le DR par intérim en charge du tourisme des Cascades, Blagnima Ouattara : « il faut valoriser le tourisme et la culture pour mieux vendre le Burkina ».

« Il est bien de connaitre l’extérieur, mais il est encore mieux de connaitre chez soi », lance Blagnima Ouattara. C’est pourquoi, il invite les Burkinabè à intégrer le tourisme interne dans leur quotidien, afin, non seulement de connaitre leur pays, mais aussi de permettre au secteur de vivre. « Le citoyen lambda pense que le tourisme est fait pour les nantis et les étrangers. Il va falloir changer cette mentalité parce que le tourisme permet d’abord de connaitre son village, sa région, son pays », argue M. Ouattara. C’est aussi l’avis du promoteur du site pour qui, certains habitants de Douna ne connaissent même pas les cavernes. « Il va valoir créer cette émulation autour de nos sites à l’interne pour attirer plus de touristes nationaux », renchérit-il. Les filles et fils du pays des Hommes intègres, poursuit M. Ouattara, doivent se sentir concernés par leur histoire, leurs sites touristiques. A cet effet, il estime qu’un plaidoyer, auprès des collectivités territoriales, pour une prise en compte de ce secteur dans leur budget, peut être d’un grand apport. Il propose également la sensibilisation des établissements scolaires et l’intérêt de l’administration (publique et privée) pour le secteur du tourisme comme pistes pour booster le tourisme interne. Blagnima Ouattara appelle également les médias à faire des productions sur les sites touristiques afin de leur donner une plus grande visibilité et une attractivité.

Kamélé FAYAMA

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