Interdiction du gaz subventionné dans l’industrie: l’inquiétude dans les unités de séchage à Orodara

Désormais, les acteurs économiques sont interdits d’utiliser les bouteilles de 12,5 kg de gaz subventionné.

Depuis 2023, les promoteurs des unités de séchage de la mangue au Burkina traversent une période difficile. Le gaz butane qui constitue leur principale source d’énergie se fait rare sur le marché. Outre cela, une mesure gouvernementale leur interdit désormais d’utiliser le gaz subventionné qu’ils consommaient dans le cadre de leurs activités. Entre résignation et recherche d’alternatives, ce n’est pas la parfaite sérénité au sein des entreprises. Constat à Orodara où sont implantées près de 30 unités de séchage.

En cette matinée du 9 avril 2026, une journée caniculaire s’annonce à Orodara, chef-lieu de la province du Kénédougou (région du Guiriko). Malgré quelques pluies tombées récemment dans la localité, les rayons solaires brûlent. Dans cette partie du pays surnommée le « verger du Burkina », la campagne de la mangue démarre bientôt. Les acteurs du maillon transformation affûtent leurs armes. Elles sont une vingtaine d’unités de séchage installées dans cette ville pour donner une plus-value à la mangue. Mais sur le terrain, l’ambiance semble encore morose.

Adrien Kiendrébéogo s’investit dans l’activité de séchage depuis 2015. Aujourd’hui, il est promoteur de deux unités, à savoir Faso Global et Association vive l’arboriculteur (AVLA). Ce matin, il nous fait visiter la première. Derrière les portes toujours closes des différents compartiments, un tapis de poussière enveloppe le matériel, disposé pèle mêle. A côté, des fours silencieux attendent. Ceux-ci sont conçus pour fonctionner à l’aide du gaz butane conditionné dans les bouteilles de 12,5 kilogrammes (kg). Habituellement, M. Kiendrébéogo

Beaucoup d’unités de séchage risquent de ne pas travailler
par manque de gaz.

transforme entre 1 600 et 2 000 tonnes (t) de mangues fraiches par an, soit l’équivalent de 80 à 100 t de mangues séchées. Environ 200 personnes saisonnières, en majorité des femmes, y gagnent leur pitance quotidienne entre avril et juillet. Les clients, eux, sont en Allemagne, en Slovaquie, en Hollande ou aux Etats-Unis. « En temps normal, l’activité marche bien, sauf que ces dernières années, le gaz manque », relève le promoteur. En effet, dans un arrêté conjoint de 2024, signé par les ministères en charge du commerce et des finances, il est mentionné que « la vente du gaz butane contenu dans des bouteilles de 1 à 12,5 kg, subventionné par l’Etat, est exclusivement réservée à l’utilisation domestique des ménages qui résident sur le territoire national ».

Pertes d’environ 200 t de mangues

Une note qui tombe comme un coup de massue sur la tête des sécheurs de mangue dont les unités consomment principalement les bouteilles de 12,5 kg de gaz butane. Outre cela, le gaz se fait rare sur le marché depuis 2023. Adrien Kiendrébéogo explique qu’avec la mesure gouvernementale et la pénurie de gaz, il n’a pas le choix que de basculer vers d’autres sources d’énergie.

Depuis l’année passée, il s’active pour la conception de séchoirs électriques et à vapeur. « Il faut réadapter les fours aux nouvelles sources d’énergie et ce n’est pas un travail qu’on peut faire à l’improviste », soutient M. Kiendrébéogo. En attendant, les séchoirs à gaz sont à l’arrêt. Une situation que le promoteur qualifie de catastrophique, car,, à la campagne précédente, il a perdu près de 200 t de mangues fraiches, par manque de gaz pour les transformer. « En 2025, les fournisseurs de gaz nous ont dit que nous pouvons continuer d’utiliser les bouteilles de 12,5 kg mais, au prix non subventionné qui est de 11 250 F CFA l’unité. Mais quand les contrôleurs sont arrivés, ils ont indiqué que ces types de bouteilles sont interdits pour le séchage. Malgré la présentation de mes factures, mon magasin a été

Adrien Kiendrébéogo est en train de fabriquer des séchoirs électriques …

fermé pour une semaine, alors que la mangue est un produit hautement périssable », détaille-t-il. Ce que déplore M. Kiendrébéogo, ce n’est pas tant le prix élevé du gaz non subventionné mais la rareté des bouteilles adaptées à son activité sur le marché. A l’entendre, c’est maintenant que nombre de fournisseurs ont commencé à proposer des bouteilles de 15 et 38 kg de gaz. « Je viens d’appeler mon fournisseur qui me fait savoir que les bouteilles qu’il a commandées ne sont pas encore disponibles. C’est inquiétant pour nous », confie-t-il. Pourtant, la campagne avance à grands pas.

Au siège de la Coopérative agricole du Kénédougou (Coopake), les portes de l’unité de séchage demeurent fermées, mais on sent déjà les prémices de la campagne. Une petite quantité de mangue de la variété Amélie git dans un bac de murissement. Sous un arbre, au milieu de la cour, plusieurs bouteilles vides de 12,5 kg sont entreposées. L’entreprise ne pouvant plus les utiliser, elles attendent d’être troquées auprès du fournisseur. Pour se conformer à la réglementation, la Coopake a acquis depuis 2024 une quinzaine de bouteilles de 38 kg, aux dires de son directeur, Souleymane Konaté. Seulement, mentionne-t-il, elles sont insuffisantes. A l’entendre, cette situation crée des désagréments à son entreprise, notamment des ruptures fréquentes d’énergie et des pertes énormes liées au pourrissement de la mangue. « L’an passé, il est arrivé qu’on ait de la matière première à maturité optimale et qu’il n’y a pas de gaz pour transformer. Finalement, ça pourrit. Si l’entreprise n’arrive pas à fonctionner correctement, cela va se répercuter sur les emplois », se soucie M. Konaté dont l’unité emploie environ 250 travailleurs saisonniers et une dizaine de permanents.

« Je ne vais pas transformer si… »

Sa crainte ne se limite pas à là. La confiance entre l’entreprise et sa clientèle européenne, asiatique et canadienne risque de prendre un coup dur. « L’an passé, nous n’avons pas pu honorer toutes nos commandes, à cause des difficultés d’approvisionnement du gaz », se désole-t-il.

Le promoteur de Eben Fruits, Paul Ouédraogo, estime que le ministère
en charge de l’industrie doit accompagner les sécheurs à franchir cette
transition énergétique.

Avant l’interpellation du gouvernement, la Coopake, qui est dans le séchage de la mangue depuis une trentaine d’années, consommait entre 800 et 1 200 bouteilles de 12,5 kg de gaz par campagne, révèle son directeur. Souleymane Konaté estime entre 80 et 90% les transformateurs qui utilisent le gaz butane comme source d’énergie au Burkina Faso. C’est pourquoi, il affirme que ce changement risque de créer un bouleversement total au sein de la filière mangue. « Cela demandait un temps de préparation pour changer progressivement les équipements et aller vers d’autres sources d’énergie », martèle-t-il.

Dans d’autres unités, le découragement semble gagner du terrain. Lassina Ouattara, promoteur de l’unité Ouatt basée au secteur 6 de Orodara, tire la sonnette d’alarme face aux difficultés que traversent les sécheurs de mangue. Selon lui, sans le gaz, beaucoup d’unités vont fermer, parce qu’il n’est pas aisé de trouver en un laps de temps des alternatives. « Si le problème de gaz ne se résout pas, je ne vais pas transformer cette année. C’est d’ailleurs, pour cette raison que je loue mon unité à quelqu’un d’autre depuis 2023 », clame M. Ouattara. Son vœu est que le gouvernement permette aux sécheurs de continuer d’utiliser les bouteilles de 12,5 kg, même si c’est au prix non subventionné.

Paul Ouédraogo, promoteur de l’unité de séchage Eben Fruits est du même avis. Lui, également propose d’acheter les mêmes bouteilles au prix hors subvention afin de poursuivre son activité qui est en train de battre de l’aile. Même à ce niveau, M. Ouédraogo soutient que ce prix ne doit pas excéder 8 000 F CFA. Pourtant, fait-il remarquer, des sécheurs ont acheté les bouteilles de 12,5 kg à plus de 11 000 F CFA, soit le double du prix subventionné. Paul Ouédraogo a déjà signé un contrat avec son fournisseur pour obtenir des bouteilles de 15 kg. Sa commande est toujours attendue. Si elle n’arrive pas dans les deux semaines qui suivent, M. Ouédraogo se verra dans l’obligation de ne pas transformer la mangue cette année. C’est pourquoi, il dit compter beaucoup sur la diligence du fournisseur.

Sauver l’activité de séchage

A la Coopake, ces bouteilles vides de 38 kg attendent toujours
d’être chargées.

En vue de sauver le secteur de la transformation, les premiers responsables de la filière mangue ont touché les plus hautes autorités du pays. « En 2024, nous avons exposé nos préoccupations au président du Faso lors de son passage à Banfora. Il a vite compris et nous a permis d’utiliser le gaz subventionné pour la même année », confie le président de l’Association des professionnels de la mangue du Burkina (APROMA-B), Yaya Koné. En 2025, ajoute-t-il, les sécheurs de la mangue s’attendaient encore à une dérogation mais cela n’a pas abouti. « Nous savons que l’Etat fait des efforts. Mais nous souhaitons qu’il continue de nous soutenir, en accompagnant par exemple la filière pendant quatre ans afin de permettre aux acteurs de modifier les équipements pour aller vers d’autres sources d’énergie », suggère M. Koné. Et Paul Ouédraogo de renchérir que la campagne de la mangue durant laquelle les sécheurs utilisent beaucoup le gaz ne dure que 4 mois. Pour sa part, le Directeur régional (DR) de l’industrie, du commerce et de l’artisanat du Guiriko, Sib Levain Médard, informe que la dérogation était accordée juste pour la campagne 2024 et qu’à l’issue de cette période, la réglementation devait être appliquée. Il soutient que l’utilisation excessive du gaz subventionné dans certaines unités occasionne des pénuries sur le marché. En prenant cette mesure, dit-il, le gouvernement entend soulager les ménages.

Quant au chef de service industrie à la direction régionale en charge du commerce du Guiriko, Raymond Ili, il exhorte les sécheurs à se conformer aux dispositions actuelles, parce qu’il n’est pas évident qu’une dérogation leur soit encore accordée. « A toutes les rencontres, nous avons toujours conseillé de diversifier soit le type de bouteille, soit le combustible utilisé dans les unités de séchage », déclare-t-il.

De leur côté, les promoteurs d’unités de séchage disent s’inscrire dans cette dynamique mais les moyens font défaut. A écouter Paul Ouédraogo, aller vers d’autres sources d’énergie comme l’électricité ne s’improvise pas. Les équipements actuels dont il dispose sont les séchoirs hybrides (ATESTA amélioré) consommant du gaz et de l’électricité. C’est également l’avis de Souleymane Konaté de la Coopake pour qui, changer d’équipements du

Le président de l’APROMA-B, Yaya Koné : « si on ne nous aide pas,
la filière mangue va battre de l’aile ».

jour au lendemain n’est pas facile pour une entreprise. Dans son unité, deux types de fours sont utilisés, à savoir les séchoirs à gaz et à vapeur. L’avantage pour la Coopake est qu’elle détient une autre unité de transformation de l’anacarde dont les résidus sont utilisés comme combustible pour les séchoirs à vapeur. « Ces séchoirs sont fabriqués localement et demandent continuellement des améliorations », note le directeur de la Coopake. Adrien Kiendrébéogo de Faso Global, lui, a fait l’option des fours électriques et des chaudières pour pallier le problème du gaz. Dans son unité, des techniciens sont à l’œuvre pour que tout soit prêt avant le début de la campagne.

Trouver des alternatives

A l’Unité de séchage Dicko Fatimata (US/DF), la promotrice Fatimata Dicko n’a pas prévu une autre source d’énergie que le gaz mais s’est déjà conformée aux textes. Ayant reçu la visite des contrôleurs du ministère en charge de l’industrie, elle s’est vu obliger de troquer ses bouteilles de 12,5 kg contre celles de 15 kg. 300 nouvelles bouteilles sont acquises à cet effet et stockées au sein de son entreprise, située au secteur 3 de Orodara. Toutefois, elle trouve cette quantité largement insuffisante. « J’ai 100 fours qui prennent 100 bouteilles par jour. Donc le stock que j’ai, c’est pour 3 jours de séchage », souligne-t-elle, avant de signaler qu’elle a perdu près de 40 tonnes de mangues fraiches l’an passé, par manque de gaz. Des déboires qu’elle craint de revivre. « Si j’avais les moyens, j’allais utiliser les tunnels. Mais pour les avoir, il faut débourser environ 100 millions F CFA », déclare-t-elle. En attendant, Mme Dicko plaide pour la réduction du prix du gaz non subventionné. Car, indique-t-elle, beaucoup de femmes (environ 400) travaillent dans son unité et comptent sur cette activité pour subvenir aux besoins de leurs familles.

chaudières sont aussi une
alternative au problème de gaz.

Concernant le solaire, nombre de sécheurs ont évoqué son efficacité peu limitée. A les écouter, la crainte est que dans les zones humides, l’on peut passer plusieurs jours sans soleil. Selon Adrien Kiendrébéogo, il faut disposer d’accumulateurs puissants pour pouvoir bien fonctionner avec le solaire. Le chef de service industrie, Raymond Ili, affirme que ces alternatives sont bien possibles, car déjà en expérimentation dans certaines entreprises. Il cite le cas d’une unité de transformation en construction à Bobo-Dioulasso qui ne va utiliser que des séchoirs solaires et des séchoirs consommant l’huile de vidange comme combustible. M. Ili signale également les inconvénients de l’utilisation des bouteilles de gaz où parfois des unités de transformation sont consumées. En attendant la mise en œuvre des alternatives, la plupart des sécheurs suggèrent de placer des étiquettes sur les bouteilles de 12,5 kg qu’ils vont acheter au prix non subventionné. Et ce, dans le but de sauver leurs activités. Sinon, prévient le président de l’APROMA-B, si le problème de gaz ne trouve pas de solution, les petites unités de séchage risquent de mettre la clé sous le paillasson.

Mady KABRE

dykabre@yahoo.fr


L’histoire de l’utilisation des séchoirs à gaz

Selon Paul Ouédraogo, c’est le Centre écologique Albert Schweitzer (CEAS) qui a mis au point le séchoir à gaz, notamment le modèle ATESTA, au Burkina Faso. Deux hypothèses se dégageaient, à savoir utiliser soit le soleil, soit le gaz pour sécher la mangue. Après les essais, explique-t-il, c’est le séchoir à gaz qui a été retenu au détriment du solaire, car ne pouvant pas sécher une grande quantité. En outre, le gaz est considéré comme le combustible le plus rentable et le plus accessible partout au Burkina Faso. Au final, ce sont les bouteilles de 12,5 kg de gaz qui ont été retenues.

M.K.


Quelques chiffres du maillon transformation de la mangue

Selon les données de l’UNPM-B, la transformation de la mangue est occupée à plus de 95% par le séchage. Le reste concerne les unités qui font le nectar, la purée, la confiture… Les quantités de mangues produites au Burkina Faso sont estimées à 300 000 t en 2023, 270 000 t en 2024 et 280 000 t en 2025. Pour la campagne 2025, la transformation a englouti 100 247 t de mangues fraiches dont 95 580 t par le séchage. En 2025, on dénombrait au plan national 178 unités de transformation, membres de l’UNPM-B. Orodara, considéré comme lieu de forte production de mangues, compte pourtant 29 unités, alors qu’on en dénombre 81 à Bobo-Dioulasso.

M.K.


« 60 à 70% des unités de séchage risquent de fermer », Zoumana Nombré, Assistant technique de l’UNPM-B

Carrefour africain (C.A.) : Actuellement, la transformation rencontre des difficultés liées à la pénurie de gaz. Quelle est l’ampleur du problème ?

Zoumana Nombré : « le gaz
subventionné a aidé beaucoup
d’unités de séchage ».

Zoumana Nombré (Z.N.) : Le problème a commencé depuis 2023 et l’arrêté conjoint des ministères en charge du commerce et des finances est sorti en 2024. Il précise que le gaz n’est pas subventionné pour les acteurs économiques. Pourtant, depuis des années, c’est le gaz subventionné qui a aidé beaucoup d’unités de séchage à s’installer. Cela a suscité des plaintes chez beaucoup de sécheurs. En mai 2024, nous avons soumis notre problème au président du Faso qui était de passage à Bobo-Dioulasso et à Banfora. Finalement, il a accordé une dérogation spéciale pour l’année 2024 qui a permis aux différents sécheurs de travailler. Mais en 2025, le même problème est revenu. Nous avons tenté de négocier avec le ministère en charge du commerce pour une autre dérogation mais cela n’a pas abouti. Les bouteilles de 1 à 12,5 kg de gaz étant réservées uniquement aux ménages, il fallait trouver des bouteilles spéciales de 15 kg et plus pour les acteurs économiques. Actuellement, les gens sont prêts à acheter le gaz non subventionné mais il n’est pas disponible en quantité suffisante. Hier, 9 avril, j’ai été voir l’un des distributeurs de gaz qui dit que les textes ne l’autorisent pas à produire une grande quantité de bouteilles de plus de 15 kg. Donc, il ne peut satisfaire que le tiers des demandes. D’autres marketeurs ne prennent que les commandes de leurs anciens clients, alors que les unités de séchage sont nombreuses.

C.A. : Quelles peuvent être les conséquences de cette situation sur le secteur de la transformation ?

Z.N. : Si une solution n’est pas trouvée, 60 à 70% des unités de séchage vont fermer. Cela veut dire que des milliers de personnes vont chômer durant la campagne de la mangue. En outre, la mangue va pourrir dans les vergers. Ce sera un manque à gagner, parce que la grande partie de la mangue séchée est vendue à l’extérieur et cela fait entrer des devises dans le pays.

C.A. : N’y a-t-il pas d’alternatives qui consistent à aller vers d’autres sources d’énergie que le gaz ?

Z.N. : Il y en a, mais elles sont coûteuses. On peut utiliser les chaudières pour sécher la mangue mais le souci est que beaucoup d’unités sont installées dans des parcelles à usage d’habitation. Le risque est élevé, parce que c’est du matériel qui fonctionne avec l’eau chaude. En plus, la chaudière est un matériel coûteux de plus de 50 millions F CFA. Elle a aussi besoin d’être accompagnée avec des séchoirs adaptés. Pour le séchoir à tunnel, il coûte au minimum 35 millions F CFA. Ce qui n’est pas à la portée de tout le monde.

Entretien réalisé par M.K.


« Nous sommes disposés à accompagner les sécheurs à acquérir les bouteilles adaptées », Sib Levain Médard, DR chargé de l’industrie du Guiriko

Carrefour africain (C.A.) : Depuis 2023, on constate une pénurie de gaz sur le marché. Qu’est-ce qui explique cette situation ?

Sib Levain Médard (S.L.M.) : La pénurie concerne le gaz subventionné. Puisqu’il y a des dispositions réglementaires qui prévoient que ce gaz soit utilisé par les ménages. Les unités de transformation doivent utiliser le gaz non subventionné par l’Etat. Ce sont les bouteilles reconditionnées au-delà des 12,5 kg. Nous avons constaté que nombre d’unités utilisent le gaz subventionné, provoquant sa raréfaction sur le marché. Le plus souvent, ces unités utilisent un nombre élevé de bouteilles, plus de 500, dans le cadre de leurs activités. Parfois lors de nos contrôles, nous découvrons dans certaines unités que des bouteilles ont été stockées en grande quantité, dans le but d’éviter les ruptures. Tout cela contribue à créer une pénurie de gaz sur le marché. Outre les unités de transformation, il y a d’autres acteurs qui utilisent le gaz subventionné, notamment des jardiniers, des conducteurs de taxis, etc. Donc le gouvernement a pris cette mesure pour soulager la population, surtout les ménages. Mais au préalable, il y a eu des sensibilisations à cet effet.

C.A. : En 2024, les unités de séchage ont bénéficié d’une dérogation qui leur a permis d’utiliser le gaz subventionné. Peut-on s’attendre encore à cela ?

S.L.M. : Effectivement, ceux qui sont dans le séchage de la mangue ont bénéficié d’une dérogation. Mais, c’était juste pour la campagne 2024. On leur avait dit qu’à l’issue de cette période, la réglementation devait être appliquée. On les avait encouragés à aller vers d’autres sources d’énergie dans le cadre de leurs activités. Quand je suis arrivé à la direction régionale, en 2025, les acteurs m’ont fait part de leurs préoccupations concernant le gaz et j’ai rendu compte à ma hiérarchie. Au cours de la même année, il y a eu une rencontre sur le sujet entre eux et les membres du comité qui fixent les prix des hydrocarbures à Bobo-Dioulasso. A cette rencontre, des doléances ont été formulées et des suggestions faites aux plus hautes autorités pour voir comment les accompagner. Mais, il n’y a pas eu de décision autorisant les unités à continuer d’utiliser le gaz subventionné.

C.A. : Des promoteurs d’unités peinent à trouver les bouteilles de 15 kg et plus sur le marché. Sont-elles disponibles ?

S.L.M. : Ce sont des investissements que les opérateurs doivent faire pour acquérir les bouteilles de gaz. Tant que la demande n’est pas forte, ils ne vont pas s’exécuter. Sinon ces bouteilles sont disponibles, même si ce n’est pas suffisant. Comme ce sont des acteurs du privé, ils font leurs investissements en fonction de la demande. Si les acteurs sont prêts à utiliser ces bouteilles, nous sommes disposés à les accompagner pour les acquérir.

Entretien réalisé par M.K.

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