De jeunes femmes se préoccupent de l’assainissement de l’environnement dans la capitale burkinabè. Ce sont Balguissa Yaméogo, promotrice de l’entreprise Sanki Déco Art, Marie Claire Zongo, promotrice du Centre de formation Claire divine Fashion, Elisabeth Guingané, promotrice de la marque Sumkaam. Elles sont en croisade respectivement contre des polluants comme les pneus usés, les coques d’arachides et les morceaux de tissu. Zoom sur leurs activités à Ouagadougou.
Balguissa Yaméogo/Sankara, promotrice de l’entreprise Sanki Déco Art veut donner un second souffle aux pneus usés, aux boîtes, aux bidons, aux couverts jetables, aux cartons… Pour la cause, elle les recycle en mobiliers, en poubelles, en décoratifs… Bref, en objets utilitaires depuis 2024. Son atelier est situé au quartier Rimkieta de Ouagadougou. C’est un atelier à ciel ouvert implanté dans une cour que nous découvrons en cette matinée

du jeudi 7 mai 2026. Dès l’entrée de la cour, le décor laisse voir un spectacle étonnant : un monticule de pneus usés supplante tout. A côté, sont exposés des chaises, des poubelles, des guéridons fabriqués avec la même matière. Au milieu de ce pêle-mêle, se trouve assise sous un manguier, la responsable en train de peindre une table. « Je reprends la peinture de cette pièce que j’ai fabriquée hier. Je me suis rendue compte que le blanc serait plus expressif que le blanc sale (beige) », dit-elle. Le temps de débuter l’entretien, le téléphone sonne. Elle donne des directives pour la livraison de plusieurs commandes. Des messages vocaux et écrits sont envoyés. On est prévenu depuis la veille que l’agenda du jour est très chargé. On doit patienter car Mme Yaméogo est très sollicitée. Quelques minutes plus tard elle présente son métier. « Comme vous le voyez, j’essaie de transformer des pneus en chaises, en poubelles…, des boîtes, des couverts jetables en objets de décoration. Je fais du recyclage des déchets. C’est ma passion ». Titulaire d’une licence en gestion des ressources humaines et après avoir travaillé dans une entreprise à
Ouagadougou, elle abandonne tout pour se consacrer à sa passion. Elle explique le début de son aventure : « j’ai assisté un jour à une cérémonie de mariage. Après le lunch, les bacs à ordures débordaient de couverts jetables (assiettes, cuillères, fourchettes). La doyenne des femmes présente a voulu les brûler. J’ai trouvé que ce n’était pas une bonne idée et je les ai récupérés ». « Comme j’avais l’habitude de visionner des vidéos sur le recyclage des déchets, l’inspiration de fabriquer une décoration murale m’est venue. Je l’ai offerte aux mariés qui étaient surpris et heureux », ajoute-t-elle. Dès lors, elle comprend qu’elle peut s’y investir et en tirer profit. Elle créé sa page et commence à faire des publications de ses

Elisabeth Guingané : « ce
charbon écologique favorise une
cuisson douce qui ne détruit pas
créations. Elle innove progressivement avec d’autres déchets comme des bouteilles, des bidons, des verres… Elle les vendait à 1 000 ou 2 000 F CFA sur internet. Galvanisée par l’engouement qui se fait autour de ses produits, elle s’intéresse aux pneus. « En son temps, une partie de l’hippodrome de Nonsin était devenue un dépotoir d’ordures. On y jetait des pneus usés. Des jeunes les ramassaient pour aller les bruler dans un canal situé à quelques mètres afin de retirer le fer. J’essayais de sensibiliser ces jeunes car la fumée dérangeait les riverains. J’échangeais les pneus avec des jetons », indique-t-elle.
Le recyclage, une passion
Elle s’inspire alors des vidéos pour leur donner une seconde vie. Pour se perfectionner, elle suit un stage de perfectionnement chez un monsieur au quartier Gounghin de Ouagadougou. Le recyclage devient une passion qu’elle développe à ses heures libres. Dans le but de se faire connaitre, elle multiplie les postes sur les réseaux sociaux. Des vidéos sous forme d’humour finissent par conquérir le cœur des internautes. Plus elle

pour se développer.
gagne des commandes, plus elle consacre le temps à sa passion. Des nuits sans sommeil s’enchaînent. Et pourtant elle est assistante des ressources humaines dans une entreprise de la place. « C’était devenu une routine. J’étais épuisée. Allier la gestion des ressources humaines, s’occuper de son foyer (mariée et mère de 3 enfants) et satisfaire des commandes étaient énormes à supporter. De retour des congés, j’avais plus maigri », confie-t-elle. Ses collègues et le directeur général de l’entreprise s’inquiètent. Celui-ci la convoque dans son bureau et lui montre une de ses vidéos publiées. Il lui fait savoir que si c’est elle qui fait réellement ce travail, c’est un talent à exploiter. Il lui conseille également de ne pas hésiter à démissionner, si cela lui rapportait plus. Mais la passionnée reste indécise durant des mois. Car il était difficile de faire le choix entre un salaire régulier et une passion dont on n’est pas sûr de réussir. La peur de l’inconnu s’installe. Un jour, ce qui devait arriver, arriva. Elle rend sa démission. Elle ne l’annonce pas à ses proches, même pas à son conjoint. Plus tard, ce dernier tombe sur sa lettre de démission. Il lui reproche d’avoir abandonné son travail au profit des objets usés. « J’ai dit que j’ai foi en ce que je fais comme passion et que si je m’y mets à fond, ça va donner », lui rétorque-t-elle.
Monsieur Yaméogo se plaint d’habitude des déchets accumulés à la maison. Mais avec la démission, il finit par prendre la passion de madame au sérieux. Il décide désormais de l’accompagner. Il l’aide à découper, à peindre. Progressivement, il apprend à confectionner lui-même les poubelles et les chaises. Monsieur devient assistant de madame. Elle ne tarit pas d’éloges à l’endroit de celui qui partage sa vie : « quand je n’arrive pas à réaliser physiquement certains travaux, c’est lui qui le fait. C’est un mari qui me soutient car allier mon métier et les travaux domestiques, n’est pas chose aisée. Il s’occupe de notre dernier enfant et me laisse souvent me reposer. Il accepte faire la cuisine quand je suis très occupée. Il est compréhensif ».

Aujourd’hui, la promotrice de Sanki Déco Art est arrivée à s’imposer en dépit des incessantes moqueries dont elle a été victime. Elle en a reçu aussi bien de la part de son entourage que d’autres personnes. On l’a traitée de folle qui passe tout son temps à fouiller dans les poubelles. Des promotionnaires d’école éprouvaient de la pitié pour elle. Mais elle a tenu bon. « Je savais ce que je faisais. J’avais un objectif. Après mon passage à Pépites d’entreprise (demi-finaliste à l’édition 2025), on a commencé à apprécier ce que je fais. Les opinions ont évolué positivement. Je suis devenue leur star. Quand je fais un poste, on réagit positivement », révèle-t-elle. C’est dans cette persévérance qu’elle gagne de nombreuses commandes. Elle vit bien de son art. Ses recettes du mois atteignent souvent 400 000 F CFA. Il lui arrive de confectionner 3 poubelles en une journée. Leur prix varie de 15 000 à 40 000 F CFA. Une chaise se vend à 15 000 F CFA et plus. Sanki Déco Art a une diversité de clientèle. A écouter la responsable, les clients sont des passionnés d’art, des gens qui ont vécu à l’extérieur, des restaurateurs, des propriétaires de maquis et des ménages. Elle constate que présentement le marché de poubelle augmente. Elle croit que cela est dû aux actions de la Brigade Laabal qui interdit de jeter les ordures dans les rues.
Elisabeth Guingané, nutritionniste de formation se bat également contre la pollution dans notre environnement en recyclant les coques d’arachide. Elle est promotrice de la marque Sumkaam, une entreprise agroalimentaire qui évolue dans la valorisation de l’arachide. Elle est installée au quartier Nonsin, au secteur 14 de Ouagadougou. Depuis 2024, elle produit et commercialise des biscuits, du lait végétal à base d’arachide. Les coques sont carbonisées et modelés en briquettes. A entendre la promotrice, c’est du charbon écologique, une alternative au charbon de bois. « Il est accessible, moins cher et permet d’assainir l’environnement. Un kilogramme coûte 250 F CFA », dit-elle. Son utilisation se fait comme le charbon traditionnel. Cependant, pour qu’il donne bien, il faut un support sur lequel on pose le récipient. Ce procédé permet de maintenir l’aération. « Ce charbon ne
dégage pas de fumée. Il se consume lentement en favorisant une cuisson douce qui ne détruit pas les nutriments essentiels. Au finish, on obtient une nourriture de qualité », précise Mme Guingané. Les clients sont les ménages et les éleveurs de poussins. Les derniers allument ce charbon pour maintenir la bonne température dans les poulaillers pendant le froid ou la saison pluvieuse.
Quelques difficultés à surmonter
Marie Claire Zongo, elle, est promotrice du Centre de formation en coupe et couture Claire Divine Fashion. Après 12 ans de pratique dans la couture, elle ne pouvait plus continuer de jeter à la poubelle des morceaux de tissu considérés comme facteurs de dégradation de l’environnement. « A partir de 2024, j’ai décidé de faire de ces déchets des accessoires de mode comme des sacs, des boucles d’oreilles, des colliers, des bracelets, des chaussures…. Aujourd’hui, beaucoup préfèrent les chutes des pagnes en vogue comme le Koko donda ou le Faso Danfani. A partir de 8 000 F CFA, on peut s’acheter un sac de Claire divine Fashion. Elle souhaite que ses collègues couturiers essayent de retravailler avec les morceaux de tissus pour créer des modèles.
Les jeunes entrepreneures rencontrent quelques difficultés dans la gestion de leurs affaires. Sanki Déco Art est à la recherche de main-d’œuvre. « Ça m’intrigue de voir des jeunes assis à ne rien faire à longueur de journée. Alors qu’il y a du travail. Qu’ils sachent qu’il n’y a pas de sot métier. J’ai besoin d’un assistant qui ne va pas abandonner dès qu’il aura
appris le travail », souligne-t-elle. Une autre de ses difficultés est liée à l’acquisition du matériel adéquat, moins lourd à manipuler pour découper les pneus. Balguissa Yaméogo doit également faire face aux critiques sur le prix de ses produits. Selon elle, certaines personnes trouvent que ses articles ne sont pas abordables. Ils rechignent à payer une poubelle fabriquée avec de vieux pneus à 15 000 F CFA. Elle se défend : « j’ai des charges à honorer, notamment le loyer, l’eau, l’électricité, sans compter mon énergie et le savoir-faire mis à rude épreuve ». Le problème d’acquisition des appareils performants constitue un des obstacles au développement de l’entreprise Sumkaam. La responsable Elisabeth Guingané le justifie par le manque de moyens financiers. « Actuellement, la production est manuelle. Nous avons besoin d’un appui financier et technique, d’un accompagnement pour la visibilité, pour le renforcement des capacités afin d’améliorer la qualité de notre produit », soutient-elle.
Les jeunes entrepreneures ne manquent pas de projets. Le plus grand souhait de Sanki est de quitter la location pour avoir son propre local. Elle ne veut plus entendre parler de déguerpissement de la part d’un bailleur à cause de son métier. Elle projette agrandir sa boutique et son atelier avec la soudure et la menuiserie. Car, elle utilise beaucoup le fer et le bois dans son travail.
L’entreprise Sumkaam a l’ambition d’étendre son activité sur toute la chaine de valeur. Produire, transformer, commercialiser. Grâce à une collaboration, elle dit avoir eu 3 hectares pour la production de l’arachide en cette saison. Plus elle produira, plus il y aura beaucoup de coques pour transformer en charbon.
Habibata WARA




















