Mouvement coiffure « Nappy »: pour la protection du cuir chevelu

Le mouvement « Nappy » marque un retour assumé aux cheveux naturels chez les femmes noires.

Des femmes noires ont pendant longtemps refusé de garder les cheveux naturels. Elles ont fait recours à des méthodes de coiffures agressives (tissages tresses, nattes serrées) ou à des produits défrisants chimiques nocifs. Mais elles ont fini par comprendre que ces pratiques étaient dangereuses. D’où la naissance d’un mouvement baptisé « Nappy » (contraction de natural et happy) qui définit une femme noire ou métisse qui choisit de porter ses cheveux crépus, frisés ou bouclés au naturel. Débuté dans les années 2000 aux Etats -Unis d’Amérique, il s’est propagé en Europe, puis en Afrique. Zoom sur des adeptes à Ouagadougou.

Awa Sebgo, agent public, est une dame ordinaire comme les autres. Mais ce qui la distingue facilement de ses camarades dames, c’est sa coiffure : Mme Sebgo ne se tresse plus, ne se natte plus, ne porte plus de mèches ou de perruques. Elle préfère garder les cheveux naturels, courts. Elle accepte ainsi sa texture capillaire crépue d’origine. Pour elle,

Dr Paré : « Avant de se lancer
dans des soins capillaires, on do

la beauté capillaire ne doit plus être liée uniquement aux longs cheveux. « J’ai décidé de garder les cheveux naturels sans défriser depuis environ une quinzaine d’années. Les produits que j’utilisais pour défriser mes cheveux me donnaient trop de brûlures. Ils détruisaient mes cheveux », confie-t-elle. C’est pour éviter tous ces problèmes, qu’elle a décidé de redevenir « Nappy ».

En effet, être « Nappy » (contraction de natural et happy) définit une femme noire ou métisse qui choisit de porter ses cheveux crépus, frisés ou bouclés au naturel. Ce mouvement prône l’arrêt des défrisages chimiques et lissages agressifs pour accepter sa texture capillaire d’origine, souvent comme revendication d’identité et d’estime de soi. Il a commencé d’abord aux Etats-Unis d’Amérique dans les années 2000 pour progressivement gagner l‘Europe et l’Afrique. Ce retour au naturel a été favorisé par la prise de conscience des effets nocifs des défrisants sur le cuir chevelu et par la prise de conscience des avantages des produits bio pour les cheveux.  Les noires ont trop souvent malmené leurs cheveux par des méthodes de coiffures agressives (tissages tresses, nattes serrées) ou par des produits défrisants chimiques nocifs. 

Awa Sebgo : « aujourd’hui,
l’entretien de mes cheveux n’est
plus compliqué. Un peu de gel
fait mon affaire ».

« Aujourd’hui l’entretien de mes cheveux n’est plus compliqué, car j’aime avoir les cheveux courts. Un peu de gel fait mon affaire », dit Awa Sebgo. Elle conseille aux femmes d’essayer d’être « Nappy ». Cela finira par plaire. On peut faire économie de son temps et de son argent. Mieux, le cuir chevelu n’est pas agressé. Par ailleurs, elle apprécie la décision des autorités burkinabè interdisant le port des mèches à l’école. Elle la trouve salutaire. 

A l’image de Mme Sebgo, de nombreuses Burkinabè tentent de retourner au « Nappy ». Elles laissent pousser les cheveux naturels, se nattent, se tressent avec du fil, font des twists ou des torsadés. Parmi elle, il y a Fadhila Traoré, entrepreneure. Celle-ci force l’admiration par la qualité de ses cheveux naturellement longs et volumineux. « Je suis parvenue à ce résultat depuis que j’ai arrêté de torturer mes cheveux par des défrisants. J’ai décidé d’avoir les cheveux naturels parce qu’au fil des années je me suis rendue compte des effets néfastes des défrisants sur mes cheveux. Ces produits les fragilisaient, les décoloraient, les empêchaient de pousser normalement », déclare-t-elle. Comme routine et sans complexe, elle se fait faire des modèles de tresses ou de nattes traditionnelles.

A l’entendre, chaque fois qu’elle se rend au salon de coiffure, elle est complimentée et questionnée sur le secret de sa chevelure. Comme réponse, elle conseille tout simplement de faire régulièrement des bains d’huile avec des produits bio, tels que le beurre de karité, l’huile de ricin ou de coco afin de faciliter la manipulation. Pour accélérer la pousse, elle fait une infusion avec le romarin ou des feuilles de laurier, d’hibiscus ou des clous de girofle. En effet, le mouvement « Nappy » s’accompagne de plusieurs conseils en matière de soins capillaires et de pratiques à mettre en place (l’hydratation régulière) et la préférence des produits naturels conçus spécialement pour ces cheveux. 

Stéphanie Benon, juriste, est aussi « Nappy ».  « Ce style s’est imposé à moi depuis près d’une quinzaine d’années, car je ne supportais plus les produits de défrisage des cheveux qui me faisaient de grosses plaques sur le cuir chevelu. Il me fallait utiliser le défrisant pour enfants. Je n’en pouvais plus », explique-t-elle. A l’écouter, le début n’a pas été facile. Les gens ne comprenaient pas son choix, parce que la tendance était au défrisage.

Plusieurs conseils en soins
capillaires avec des produits
naturels sont distillés sur
internet.

Certains mêmes se moquaient d’elle. Mais elle dit avoir tenu bon et ne regrette pas aujourd’hui. « La dernière fois que j’ai défrisé mes cheveux remonte à 2015 », confie Kadi Ouédraogo. Pour elle, être « Nappy » lui permet de protéger ses cheveux. Elle n’a plus recours aux défrisants qui les abîmaient. Elle estime que le « Nappy » fait paraitre plus jeune. Avec des recherches sur internet, elle arrive à prendre soin de ses cheveux grâce à des produits naturels comme l’huile de coco, de ricin, de clou de girofle… 

Selon Awa Sebgo, si l’entretien de ses cheveux naturels ne lui pose pas de soucis, ce n’est pas le cas chez certaines adeptes du mouvement.  

Des contraintes

Garder les cheveux naturels n’est pas sans contraintes. Mme Benon a du mal à trouver les produits qu’il faut et les salons de coiffure adaptés. Elle croit que l’offre de soins des cheveux naturels sur la place du marché n’est pas encourageante, n’est pas toujours à la portée du Burkinabè moyen. « Les soins de ce jour (7 avril 2026) me reviennent à 15 000 F CFA avec gommage, masque et bain d’huile », affirme-t-elle. A défaut de se payer les soins au salon, on peut fabriquer des produits naturels soi-même. « Il n’y a pas de place à la paresse quand on veut être « Nappy ». Cela demande du temps. « Il y a des moments où on a envie d’arrêter », reconnait Mme Benon. Toutefois elle conseille à toutes ces femmes qui ont perdu des cheveux à cause du mauvais traitement, d’essayer de suivre le mouvement. Avec le temps, elles apprécieront leurs cheveux crépus. 

Fadhila Traoré dit remarquer que la plupart des salons de coiffure ne savent pas comment manipuler et entretenir les cheveux crépus.  J’ai appris récemment qu’il y a des peignes spéciaux pour ça. Comme ils n’en ont pas, ils utilisent les peignes destinés aux cheveux lisses. Cela occasionne des casses », regrette-t-elle. En plus, nombreux sont des salons qui n’ont pas de produits nécessaires pour faire les masques purifiants, fortifiants. Ceux qui en ont, haussent les prix. « Dans certains endroits où j’ai été pour un gommage de cuir chevelu, il fallait débourser au moins 12 000 F CFA pour une séance de 2 heures environ. Le coût est élevé et devient inaccessible pour les revenus modestes », déplore-t-elle. Pour Mme Traoré, la meilleure solution est que chacune fasse son masque à la maison avant de se rendre au salon pour se coiffer. 

Stéphanie Benon se paie des soins
dans une entreprise de renom.

Toutefois, s’il est vrai que ces dames ont arrêté de défriser leurs cheveux, elles ne sont pas arrivées pour autant à se débarrasser définitivement des mèches. Elles en utilisent de temps en temps. Elles pensent avoir gagné une bataille, celle d’avoir pu se débarrasser des défrisants. Elles s’en félicitent et comptent remporter la victoire.

Une opportunité 

Le mouvement « Nappy » est un pain béni pour certains. C’est le cas de cette entreprise co-dirigée par deux jeunes femmes : Dasia Farida Sawadogo et Aïcha Malika Paré. Aux dires de Farida Sawadogo, l’entreprise évolue officiellement depuis 2020. Elle fabrique et vend des produits capillaires fabriqués à partir des produits locaux comme la mangue, le moringa, le henné…. « Ceux-ci sont transformés en crèmes, en sprays, en masques, en bains d’huile dans l’optique de donner beaucoup de propriété aux cheveux naturels (brillance, pousse, rupture avec la casse), assure Farida Sawadogo. En plus de ces produits, l’entreprise propose des soins capillaires pour cheveux naturels dans ses instituts : deux à Ouagadougou (dont un dédié aux hommes) et un à Bobo-Dioulasso). 

La clientèle est variée. Hommes comme femmes, jeunes comme adultes font recours à son expertise. Par rapport aux offres de soin, l’entreprise propose plusieurs options. Selon la co-directrice Sawadogo, il y a l’option du soin simple composé de gommage capillaire avec le lavage et l’hydratation comprise à 4 000 F CFA. Le gommage consiste à déboucher les pores et à nettoyer le cuir chevelu pour permettre aux produits de bien pénétrer. Il y a aussi les soins anti pelliculaires. « Dans ce cas, il est question d’utiliser des produits spéciaux. Un masque anti pelliculaire comprend deux lavages, le démêlage et l’hydratation évalué à 8 000 F CFA », affirme-t-elle. Dr Aicha Malika Paré, pharmacienne est co-promotrice de l’entreprise. Elle se dit passionnée de tout ce qui touche à la cosmétique capillaire. Selon elle, la particularité du cheveu africain se situe au niveau de la texture, de la taille, de la longueur. On peut avoir des cheveux fins, plus lisses, plus mousseux. La génétique y est aussi pour quelque chose.

Une gamme variée de produits
pour nourrir les cheveux.

Une personne qui a du sang peul n’aurait pas la même texture qu’une personne d’ethnie moaga.  Dr Paré suggère qu’avant de se lancer dans des soins capillaires, on doit connaître ses cheveux. C’est pourquoi elle recommande de voir les spécialistes qui pourront guider. Réagissant sur la conclusion de l’étude portant sur la dangerosité des extensions capillaires, Dr Paré avoue que quand il y a une préoccupation, on cherche la cause. On touche donc à tout.  C’est ainsi qu’elle soutient que c’est la recherche des causes de l’émergence des problèmes de reproduction, des fibromes, des cancers qui a conduit à cette étude. Les résultats auxquels les scientifiques ont abouti viennent confirmer des doutes.

Elle annonce que la plupart du temps, les mèches sont faites avec des produits chimiques qui leur donnent les formes, les couleurs et les textures. « Une femme qui se tresse avec les mèches reste en contact avec elle tout le temps de la durée de la coiffure. La peau peut absorber les substances contenues dans la mèche. Celles-ci peuvent passer dans le sang et peuvent créer des désordres », souligne Dr Paré. D’où le risque de cancer. C’est pourquoi, sa structure ne cesse de sensibiliser sur l’acceptation des cheveux crépus à travers des ateliers.

Comme conseils à prodiguer à l’adresse de ceux qui font ce flash-back, Farida Sawadogo affirme qu’il faut d’abord comprendre que c’est un réapprentissage. Il faut se donner le temps de comprendre comment fonctionnent ses cheveux, comment en prendre soin, comment les aimer. Pour révéler toute leur beauté, il faut aussi apprendre à les connaître et à en prendre soin. Savoir quel type de liquide, de pommade par exemple dont ils ont besoin, est primordial. La patience est recommandée car un cheveu afro dénaturé prend encore plus de temps à se rétablir. Il faut surtout avoir une bonne routine.  

Dasia Farida Sawadogo :
« les cheveux afro dénaturés
prennent encore plus de temps
à se rétablir. Il faut donc
de la patience ».

Les autorités burkinabè ont imposé le « Nappy » à l’école depuis 2025. En effet, un arrêté conjoint du ministère de l’Enseignement de base, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues nationales et celui de l’Enseignement secondaire, de la Formation professionnelle et technique datant du 10 mars 2025, a annoncé la règlementation de la coiffure des apprenants dans les structures éducatives au Burkina Faso. La coiffure uniforme des apprenants est faite d’une coupe des cheveux à ras, simple et sans embellissement ni fantaisies quelconques. Les tresses et les nattes de cheveux naturels sans mèches et assimilées sont autorisées pour les filles. Le non-respect de cette décision entraîne le renvoi de l’apprenant. Tout apprenant dont la coiffure n’est pas conforme à celles annoncées ne peut accéder à la cour de la structure éducative, indique la note. 

Habibata WARA


Cancer du sein : les extensions de cheveux pointées du doigt

Des extensions de cheveux contiennent des substances chimiques liées au cancer du sein, aux dérèglements hormonaux et à des problèmes de reproduction. C’est la conclusion, selon BBC New Afrique, d’une étude publiée dans le Journal de l’American Chemical Society. Des scientifiques ont découvert près de 50 substances chimiques dangereuses dans la quasi-totalité des échantillons analysés, provenant d’une gamme de produits capillaires synthétiques et naturels, notamment des perruques, des mèches à tresser, des tissages et des extensions à clips. Dans les 43 échantillons testés, ils ont identifié 170 substances chimiques. Parmi celles-ci, 48 figurent sur les principales listes internationales de substances dangereuses, notamment celles établies par l’ONU et l’Agence européenne des produits chimiques.

« Cela inclut des retardateurs de flamme, des pesticides et des substances comme les phtalates, des perturbateurs endocriniens connus pour leurs effets néfastes sur la reproduction », explique Dr Elissia Franklin, auteure principale de l’étude. 17 substances chimiques liées au cancer du sein ont été trouvées dans 36 échantillons d’extensions capillaires (synthétiques et naturelles), tandis que près de 10 % des échantillons contenaient des composés organostanniques dangereux, couramment utilisés dans la fabrication de plastiques incombustibles.

Ces composés chimiques sont connus pour provoquer des irritations cutanées et sont des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire qu’ils interfèrent avec les hormones qui régulent de nombreux processus physiologiques, notamment la fertilité et le développement. Parmi les substances les plus fréquemment détectées dans les échantillons figurent le phénol, utilisé dans la fabrication du contreplaqué et d’autres adhésifs pour le bois et le phtalate de bis (2-éthylhexyle), une substance employée pour assouplir les plastiques. Les chercheurs ont indiqué, selon BBC New Afrique, que ces éléments chimiques induisent des modifications biologiques similaires à celles provoquées par des agents cancérigènes connus du sein et peuvent accroître le risque de cancer du sein à long terme.

Les cheveux humains vierges et bruts ne sont pas en reste. Ils contiennent des substances chimiques qui peuvent être introduites lors de la fabrication ou de la transformation des cheveux, notamment lors des traitements visant à améliorer leur apparence, leur résistance ou leur entretien.

Les produits chimiques contenus dans les extensions de cheveux portées par des millions de femmes peuvent pénétrer dans l’organisme par inhalation. Ils peuvent également pénétrer par contact cutané, affectant non seulement la personne qui les utilise, mais aussi les coiffeurs qui posent ces extensions, selon les chercheurs. Car, de nombreuses extensions sont chauffées ou trempées dans l’eau bouillante pour être coiffées, ce qui peut libérer des vapeurs toxiques. Il n’existe aucune méthode sûre pour utiliser des extensions de cheveux traitées chimiquement en toute sécurité, et même les mesures visant à réduire l’exposition peuvent s’avérer inefficaces, stipule l’étude, selon BBC New Afrique.

 

H.W.

Source : BBC New Afrique

 

 

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