Gabon : une décision qui fâche

Au Gabon, la suspension « jusqu’à nouvel ordre » des réseaux sociaux depuis le 18 février 2026 par la Haute autorité de la communication (HAC) continue de faire des vagues. Si les autorités ont justifié cette décision par les menaces que représentent les réseaux sociaux pour la stabilité et la sécurité du pays des Gabonais n’ont de cesse de la critiquer. La principale figure de l’opposition, Alain-Claude Bilie-By-Nze, a même porté l’affaire devant le tribunal de première instance de Libreville qui a rendu son verdict, avant-hier lundi 16 mars.

Cette juridiction s’est déclarée incompétente, renvoyant le litige devant le juge administratif, notamment le Conseil d’Etat. Le plaignant, pour qui « la HAC agit de manière manifestement illégale et anticonstitutionnelle », va devoir patienter avant de connaitre la suite de son dossier.  En s’attaquant à la décision de l’instance de régulation, l’opposant épouse la cause des Gabonais, accrocs aux réseaux sociaux, dont le plus populaire est Facebook.  Au Gabon, tout comme cela s’entend en de pareilles circonstances, les grincements de dents sont fortement ressentis, dans la mesure où les réseaux sociaux ne constituent plus un simple outil de communication.

Ils constituent désormais des plateformes de commerce et de branding personnel ou institutionnel. Des influenceurs gabonais de renom, comme l’artiste Créol, sont montés au créneau pour dénoncer cette mesure. Si le mécontentement est réel, les fanatiques des réseaux sociaux au Gabon out trouvé la parade pour continuer à scroller sur leurs écrans, à travers un recours massif aux VPN, des réseaux privés virtuels sécurisés permettant de contourner la censure. Cette astuce montre d’ailleurs la limite, voire l’inefficacité d’une mesure de suspension des réseaux sociaux, à l’ère du tout numérique. 

Il existe des outils, dont les internautes peuvent se servir pour ne pas subir des restrictions sur la durée. Le gouvernement gabonais, qui a agi manifestement en toute responsabilité, doit œuvrer à ce que sa décision ne perdure pas.  Même si leur usage s’apparente à un couteau à double tranchant, on ne saurait imagier un monde sans réseaux sociaux, vu leur enracinement dans les habitudes des citoyens. L’enjeu ne réside pas dans la suspension des réseaux sociaux, source de polémique généralement, mais dans les initiatives à développer pour mieux les encadrer.

C’est l’objectif recherché par les autorités gabonaises, à travers cette mesure qui fâche.  Si les réseaux sociaux offrent des facilités de communication, ils ne sauraient être une zone de non droit, où n’importe quel quidam peut insulter qui il veut ou déverser à longueur de journée de fausses informations, couramment appelées « Fake news ». Même si elle est garantie par la loi dans presque tous les pays à l’échelle planétaire, la liberté d’expression ne veut pas dire impunité.

Dans la parenthèse de la suspension des réseaux sociaux, les autorités gabonaises doivent travailler à renforcer la législation en la matière pour limiter les dérives ou les menaces qui ont motivé la mesure décriée. La régulation des réseaux sociaux est un véritable casse-tête, mais il faut s’y mettre pour satisfaire au besoin de construire une société vertueuse. Cette exigence vaut aussi bien pour le Gabon que pour tout autre Etat confronté à la problématique de la gestion des réseaux sociaux.  On ne peut pas bâtir une nation dans le désordre. Il faut nécessairement des limites aux actions humaines…

Kader Patrick KARANTAO

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