Biens culturels de l’humanité : Les hauts fourneaux intègrent le patrimoine mondial

Le Burkina Faso a obtenu, le vendredi 5 juillet 2019, à Bakou en Azerbaïdjan, l’inscription de cinq de ses sites de métallurgie ancienne de fer au patrimoine mondial. C’était au cours de la 43e session du Comité du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Construits 800 ans avant Jésus-Christ, les sites de la métallurgie ancienne de réduction du fer de Tiwêga (Centre-Nord), Yamané (Plateau central), Kindibo (Nord), Békuy (Hauts-Bassins), et Douroula (Boucle du Mouhoun) sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial, depuis le vendredi 5 juillet 2019. C’est la décision du comité du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) réuni, pour sa 43e session, à Bakou, en Azerbaïdjan.

Le verdict est tombé après les différentes étapes majeures de l’examen du projet du Burkina Faso (présentation du dossier, avis des structures consultatives, etc.). Plusieurs pays, dont le Zimbabwe, la Tunisie, le Sénégal, l’Angola, la Hongrie et l’Azerbaïdjan ont, tour à tour, salué la qualité du dossier du pays des Hommes intègres et soutenu l’ajout des cinq sites de forges séculaires à la prestigieuse liste du patrimoine culturel de l’humanité. L’annonce de la nouvelle a été suivie d’applaudissements nourris du public et des scènes de liesse au sein de la délégation burkinabè, présidée par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Alkassoum Maïga, président de la commission nationale pour l’UNESCO.

A l’issue de cette victoire culturelle et diplomatique, il a exprimé toute sa fierté et la reconnaissance de son pays pour cette inscription historique, la troisième après Loropéni (2009) et le complexe W-Arly-Pendjari (2017). Le ministre Maïga a témoigné, par ailleurs, sa gratitude, aux experts burkinabè et internationaux, au Centre du patrimoine mondial et à toutes les personnes qui ont joué un rôle clé dans ce sacre. «L’essentiel ne consiste pas seulement à inscrire des sites au patrimoine mondial, mais aussi et surtout à les conserver et protéger, afin de les transmettre aux générations futures comme une richesse de l’humanité.

En ce qui nous concerne, le Burkina Faso jouera sa partition», a-t-il assuré. Il a, par ailleurs, invité les participants à visiter ce bien nouvellement inscrit, et tous les autres classés patrimoine mondial humain. Il a, en outre, remercié, au nom du gouvernement, les plus hautes autorités azerbaïdjanaises pour l’organisation réussie de la 43e session du Comité du patrimoine mondial et l’accueil réservé à la délégation venue du Burkina Faso.

Un lobbying remarquable

La délégation burkinabè a explosé de joie à l’annonce de la nouvelle.

De l’avis du secrétaire général du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme, Lassina Simporé, l’inscription de ces biens sur la liste du patrimoine commun de l’humanité permettra, entre autres, de révéler officiellement un pan de l’histoire du pays et de l’Afrique, à savoir la réduction du minerai de fer, de mieux protéger les sites, de poursuivre les recherches et de les faire davantage connaître par les touristes.

«Ces sites comprennent une quinzaine de fourneaux debout, plusieurs restes de fourneaux, des amas de scories, des mines d’extraction du minerai et quelques traces d’habitations. A ces biens matériels, s’associent des éléments culturels encore vivaces. En effet, même si la réduction du fer n’est plus pratiquée aujourd’hui, les forgerons des villages avoisinants jouent encore un grand rôle tant pour fournir et entretenir les outils et instruments nécessaires à la vie quotidienne que dans de nombreux rituels», a-t-il souligné.

Selon l’ambassadeur du Burkina Faso en France, et délégué permanent du Burkina Faso auprès de l’UNESCO, Alain Francis Gustave Ilboudo, il s’agit d’«un jour de joie et de satisfaction». Pour lui, c’est le couronnement de plusieurs mois d’efforts et de lobbying mené au Burkina Faso, en France, notamment au siège de l’UNESCO, à Paris. «L’équipe d’experts burkinabè et leurs collaborateurs ont abattu un travail remarquable», a-t-il déclaré, avant de saluer également l’esprit de coll aboration qui a prévalu entre les différentes délégations au cours des travaux.

Quant au chef du village de Tiwèga, Naaba Sigri, il a indiqué que ce troisième bien culturel du Burkina Faso au patrimoine mondial va accroître la visibilité du pays, et surtout les différentes localités abritant ces sites. Sur le plan local, cela permettra, a-t-il dit, de susciter également une prise de conscience pour une protection des lieux et leur image auprès des générations présentes et à venir. «Nous souhaitons, par ailleurs, voir l’Etat investir dans les différents villages à travers des travaux d’aménagement pour faciliter aux chercheurs et aux touristes l’accès aux sites», a-t-il soutenu.

 W. Aubin NANA à Bakou (Azerbaïdjan)

Procès du putsch : «Mes clients seront acquittés», Me Idrissa Badini

Les plaidoiries des avocats de la défense se sont poursuivies devant le tribunal militaire, le vendredi 5 juillet 2019. Les conseils Idrissa Badini et Zalyatou Aouba ont demandé la relaxe pour leurs clients.

Les arguments déployés par les avocats de la défense devant le tribunal militaire sont quasiment les mêmes: culpabilité des accusés non établie, acharnement, procès d’intention, etc. Le vendredi 5 juillet 2019, c’était au tour des avocats Me Idrissa Badini et Zalyatou Aouba de présenter les dernières lignes de défense de leurs clients.

Le premier cité a dénoncé une «farouche détermination» du parquet militaire et des avocats de la partie civile à culpabiliser son client, le sergent-chef Mohamed Laoko Zerbo. «C’est son nom qu’on cite. Les avocats de la partie civile ont cité son nom par onze fois pour parler en réalité d’un autre accusé», a fait remarquer Me Badini. L’avocat a estimé que son client est taxé d’avoir fait de la résistance lors du désarmement de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP), après sa dissolution.

A l’entendre, les difficultés liées à la démilitarisation de ce corps étaient dues davantage à un déficit de communication, car au lendemain de la dissolution du RSP, la hiérarchie a accéléré le processus de désarmement, initialement prévu pour durer trois semaines. Au demeurant, a-t-il fait savoir, le sergent-chef Zerbo faisait partie des premiers soldats à avoir remis leurs armes. «Pourquoi viendrait-il à s’opposer à un désarmement collectif», a interrogé Me Badini.

En tout état de cause, a-t-il renchéri, même si résistance il y a eue, cela ne saurait être retenu comme un attentat à la sûreté de l’Etat dans la mesure où les faits se sont déroulés après l’arrestation des autorités de la Transition. «Comment peut-on parler d’attentat à la sûreté de l’Etat après le rétablissement des autorités ?», s’est interrogé Me Badini. Appelé pour dire son dernier mot, le sergent-chef Zerbo a dit ne pas être inhumain, ni un monstre.

Il faisait allusion aux plaidoiries des avocats de la partie civile qui ont soutenu que certains accusés sont des «monstres froids». Il a rappelé que son rôle lors des événements du coup d’Etat de septembre 2015 a consisté à exécuter les ordres de ses supérieurs hiérarchiques. Il dit avoir effectué une mission d’observation du côté Ouest de la présidence. «J’étais sur les lieux parce qu’on m’a appelé, et non de mon propre chef.

Dans l’armée, le subordonné exécute des ordres, il ne décrète pas», s’est défendu l’accusé, tout en s’excusant auprès des personnes qu’il a pu offenser dans l’exécution de ces missions. Le sergent-chef a, par ailleurs, dit n’avoir fait aucune patrouille, ni du maintien d’ordre. La «clémence exceptionnelle» du tribunal Son avocat a plaidé l’acquittement pour lui, tout comme pour ses autres clients, le soldat de 1re classe Amadou Ly et l’adjudant Ardjouma Kambou.

«J’ai la certitude que mes clients seront acquittés», a soutenu Me Badini pour qui, aucune des infractions attribuées aux accusés qu’il défend n’est constituée. Néanmoins, il a sollicité la «clémence exceptionnelle» du tribunal, au cas où il retiendrait quelque chose contre ses clients. «Je vous demande donc de rester juge, rendez justice tant aux victimes qu’aux accusés», a-t-il conclu, passant le micro à Me Zaliatou Aouba pour sa plaidoirie. Elle aussi a plaidé la relaxe pour ses clients, l’adjudant Michel Birba et le sociologue malien Sidi Lamine Oumar.

L’avocate a d’abord remis en cause l’intégrité du dossier et regretté l’absence d’expertise balistique. Elle a dit être convaincue que le dossier a été «manipulé». L’avocate a fait savoir que certaines pièces du dossier ont été renumérotées. «Qu’a-t-on ajouté ou retiré ?», s’est-elle inquiétée. Elle a également dénoncé une inégalité entre le parquet et la défense dans la mesure où la partie poursuivante n’a jamais mis le dossier électronique du putsch à la disposition des avocats de la défense.

Cependant, elle a adressé des félicitations au tribunal pour la conduite du procès. Dans sa plaidoirie, l’avocate a insisté sur le fait que le procès du putsch n’est pas une affaire politique et que les accusés ne doivent être considérés qu’au regard des faits du coup de force et de ce qu’il leur est reproché. En cela, Me Aouba a déclaré que les faits reprochés à ses clients ne sont pas constitués, ou en tout cas, des doutes subsistent sur leur culpabilité et le doute profite à l’accusé.

Elle a, par conséquent, sollicité leur acquittement. Concernant Sidi Lamine Oumar, Me Aouba a indiqué que le tribunal militaire n’est pas compétent pour connaître des faits à lui reprochés. Pour elle, cela est de la compétence des juridictions de droit commun, puisque le Malien est un civil. Malgré cela, l’avocate a affirmé avoir écouté les enregistrements téléphoniques relatifs à son client et que nulle part, elle n’a entendu l’évocation d’un nombre quelconque d’hommes à envoyer en soutien au général Gilbert Diendéré.

Elle a d’ailleurs fait remarquer que pendant les événements, Diendéré a reçu plusieurs soutiens. «A supposer que Sidi Lamine Oumar ait voulu faire intervenir des mercenaires, pourquoi l’aurait-il fait à la fin du coup d’Etat au lieu de le faire au début ? C’est trop beau pour être vrai», a soutenu l’avocate. Appelé à la barre, son client a également nié avoir voulu inciter le général Diendéré à commettre des actes. L’audience reprend ce lundi 8 juillet 2019.

Fabé Mamadou OUATTARA

Exploitation minière artisanale 2018-2019 : Les sites d’orpaillage fermés jusqu’en octobre

Le ministre des Mines et des Carrières, Oumarou Idani, a fermé officiellement le vendredi 5 juillet 2019 le site de Bouda dans la commune de Yako, dans la région du Nord, et à travers lui, tous les sites d’exploitation minière artisanale sur toute l’étendue du territoire. La reprise est prévue pour les mois d’octobre et novembre 2019, en fonction des zones.

Les orpailleurs devront attendre le mois d’octobre pour reprendre leurs activités. Pour éviter des éboulements ou inondations dans des sites d’exploitation minière artisanale qui occasionnent souvent des pertes en vies humaines, le ministre des Mines et des Carrières, Oumarou Idani, a fermé officiellement, le vendredi 5 juillet 2019, le site de Bouda, situé dans la commune de Yako.

Ainsi toutes les activités sur les autres sites d’exploitation artisanales de l’or du pays sont suspendues. L’objectif de cette suspension, selon le ministre est de minimiser les risques de pertes en vies humaines. Ainsi, du 1er juin au 31 octobre 2019, les sites dans les régions de la Boucle du Mouhoun, des Cascades, du Centre-Est, du Centre-Ouest, du Centre-Sud, des Hauts-Bassins et du Sud-Ouest resteront fermés.

Pour ce qui concerne les régions du Centre, du Centre-Nord, du Nord, du Plateau central, du Sahel et de l’Est, les activités d’orpaillage sont suspendues du 30 juin au 30 septembre 2019. «Un communiqué va être diffusé sur toutes les ondes dans les différentes localités en vue d’une large sensibilisation.

Aussi, des sorties terrains seront organisées pour sensibiliser les artisans miniers. Si nous constatons que la mesure n’est pas respectée, des forces de défense et de sécurité veilleront à son application», a expliqué le directeur général de l’Agence nationale d’encadrement des exploitations minières artisanales et semi-mécanisées (ANEEMAS), Salofou Trahoré.

Les artisans miniers invités au respect de la mesure

Les sites d’orpaillage artisanal resteront fermés jusqu’en octobre prochain.

Tenue sous le thème : «Artisanat minier dans le contexte sécuritaire burkinabè : quelle stratégie pour une exploitation sécurisée», la campagne d’exploitation minière artisanale 2018-2019 a servi de cadre pour sensibiliser et interpeller les artisans miniers à dénoncer toute personne suspecte.

Car, de l’avis du chef de département, les sites semblent être le refuge des terroristes, en témoignent des cas retrouvés sur certains sites des régions de l’Est, du Sahel et du Centre-Est. «C’est pour cette raison que tous les sites de la région de l’Est ont été fermés depuis le 27 mars 2019. Alors les acteurs sont donc invités à faire de la sécurité des sites d’exploitation une préoccupation essentielle car cela y va de la survie des hommes et des femmes qui y travaillent et gagnent leur vie», a souligné le ministre Idani.

Il a souhaité que les orpailleurs s’engagent à la surveillance des sites et au respect des périodes de suspension des activités. A cet effet, le représentant des orpailleurs du site de Bouda, Sambo Sawadogo, a réaffirmé l’engagement de tous les acteurs au respect de la mesure. D’ailleurs, pour assainir le milieu, l’ANEEMAS a procédé à une réforme du secteur. «Ainsi, un comptoir unique a été créé.

Dorénavant, il existe des cartes pour chaque type d’artisan (exploitant, collecteur, intermédiaire ou prestataire de service)», a précisé M. Idani. Selon le DG de l’ANEEMAS, déjà 1500 artisans ont été identifiés. A cela s’ajoute, l’organisation spatiale des sites en zone d’extraction, de traitement et d’habitation. La cérémonie a pris fin par une plantation d’arbres.

Fleur BIRBA

fleurbirba@gmail.com

Caisse des dépôts et consignations : La Commission de surveillance installée

Le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, a installé les membres de la Commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations du Burkina Faso (CDC-BF), le 5 juillet 2019, à Ouagadougou. Le député Bindi Ouoba a été porté à la tête de cet organe.

Le processus d’opérationnalisation de la Caisse des dépôts et consignations du Burkina Faso (CDC-BF) est en marche. Les membres de la commission de surveillance de cette institution financière à statut spécial ont été installés par le chef du gouvernement burkinabè, Christophe Marie Joseph Dabiré, le vendredi 5 juillet 2019, à Ouagadougou, en présence du président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé.

Au nombre de onze, soit cinq députés, trois représentants du pouvoir exécutif, un représentant de la Cour des compte et deux experts désignés par le président du Faso et le président du parlement, les membres de la commission ont choisi le député Bindi Ouoba pour présider l’organe de contrôle et d’orientation de la CDC-BF.

Le Premier ministre les a invités à assumer pleinement leurs responsabilités afin de permettre à cet «instrument innovant de financement» de l’économie nationale de remplir convenablement sa mission. «Vous avez le redoutable devoir d’être les garants de l’autonomie de la CDC-BF et d’exercer le contrôle des opérations.

C’est votre action qui permettra à cet établissement d’être au-dessus de tout soupçon», a-t-il lancé aux membres de la commission. Financer les investissements structurants Le premier président de la commission de surveillance de la CDC-BF a exprimé sa disponibilité à œuvrer à garantir une gestion saine de l’institution nouvellement créée, conformément aux règles de gestion publique en vigueur.

«Ensemble, nous allons bâtir les fondations stables et opérantes de cette institution, avec la claire conscience, la lucidité et la créativité», a-t-il déclaré. Selon le chef du gouvernement Dabiré, la mise en place de cette caisse répond à un besoin d’assurer un financement des investissements structurants et à long terme, à la nécessité de doter le pays des Hommes intègres d’une institution-tiers-de confiance.

Il vise également à sécuriser et rentabiliser des fonds de pension et d’épargne, a poursuivi M. Dabiré. Elle aura pour domaine d’intervention, a-t-il expliqué, les programmes prioritaires et innovants du gouvernement et des collectivités territoriales et les secteurs non couverts ou insuffisamment couverts par les mécanismes classiques de financement.

En d’autres termes, la création de la CDC-BF traduit la forte vision du chef de l’Etat de doter le Burkina Faso d’un puissant instrument de financement autonome de son développement, a ajouté M. Ouoba. Pour mener sa mission, la caisse de dépôts et consignations bénéficie d’un budget initial de 20 milliards francs CFA.

La commission de surveillance devra travailler les jours à venir à mettre en place des commissions spécialisées. Le premier directeur général de la CDC-BF, l’ancien Premier ministre, Paul Kaba Thiéba, entrera en fonction officiellement le 12 juillet 2019 à travers une prestation de serment à l’Assemblée nationale.

Mahamadi SEBOGO

windmad76@gmail.com


Liste nominative des membres de la commission de surveillance :

Cinq (05) députés, représentants de l’Assemblée nationale :

1. Monsieur Bindi OUOBA, pharmacien (Président);

2. Monsieur Ahmed Aziz DIALLO, Ingénieur en informatique ;

3. Madame Kaboubié Reine Bertille SANKANDE/BENAO, Conseiller d’Administration scolaire et universitaire ;

4. Monsieur Issaka CONGO, Administrateur des services financiers ;

5. Monsieur Hervé KONATE, Cadre de banque.

Trois (03) représentants du pouvoir exécutif :

1. Monsieur Célestin Santéré SANOU, Directeur Général du Trésor et de la Comptabilité Publique (es qualité) ;

2. Monsieur Kubeterzié Constantin DABIRE, Cadre de Banque ;

3. Madame Aïssata DIALLO/DIALLO, Administrateur des services financiers.

Un représentant de la Cour des comptes :

1. Monsieur Justin NIKIEMA, Président de chambre, Administrateur des services financiers.

Deux experts nommés par le président du Faso et le président de l’Assemblée nationale :

1. Monsieur Ousmane NACRO, Gestionnaire commercial et financier ;

2. Monsieur Eric N’péouè OUATTARA, Ingénieur de réseau et télécom.

Renforcer l’Etat de droit

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Rarement un sujet a alimenté autant l’actualité nationale. L’adoption du projet portant modification du Code pénal par l’Assemblée nationale, le 21 juin 2019, continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive.

La disposition qui stipule : «Est puni d’une peine d’emprisonnement d’un an à dix ans et d’une amende de trois cent mille (300 000) francs CFA à deux millions (2 000 000) francs CFA, quiconque, en temps de paix, participe en connaissance de cause, par quelque moyen que ce soit, à une entreprise de démoralisation des Forces de défense et de sécurité», fait polémique.

Cette partie, ajoutée à d’autres passages de la nouvelle loi, ont mis les organisations professionnelles des médias et des acteurs de défense des droits humains dans tous leurs états. Estimant que ces dispositions portent atteinte à la liberté de presse et d’expression, ils demandent le retrait de ces amendements.

Certes, les contestataires sont dans leur rôle régalien d’interpellation et de proposition, mais pour ce qui est des nouveaux articles, il faut admettre que la lutte contre le terrorisme nécessite beaucoup plus de prudence et de rigueur dans le traitement de l’information sécuritaire.

Comme nous l’écrivions dans un précédent éditorial, les moyens de communication mal utilisés servent la cause des forces du mal. C’est en cela que la surmédiatisation des actes terroristes par les médias peut alimenter la psychose, voulue par les extrémistes. De ce fait, mettre des garde-fous dans le traitement de ce type d’information n’est pas mauvais en soi, surtout lorsqu’il s’agit de la sécurité intérieure.

Il est vrai que le Code pénal révisé n’est pas exempt de tout reproche, mais il y a péril en la demeure, parce que le Burkina est en guerre. Dans ce contexte où les réseaux sociaux sont prompts à diffuser des informations sans précaution, contrairement aux médias classiques, des restrictions s’imposent.

Que l’on soit attaché à la liberté d’expression ou de presse, il faut se rendre à l’évidence que l’information est une denrée trop précieuse pour la laisser aux mains des profanes, vu les enjeux sécuritaires. Encore faut-il trouver le moyen de dissocier les activistes des journalistes.

En tout état de cause, on peut admettre, sans a priori, que la modification du Code pénal s’inscrit dans la volonté des plus hautes autorités de renforcer l’Etat de droit et le vivre-ensemble. Cet élan a été amorcé depuis quelques années dans la perspective d’une réconciliation nationale.

La tenue du procès du putsch manqué de 2015, qui s’achemine vers sa fin, pourrait être une sorte de catharsis à même de construire un Burkina de paix. En effet, passée l’étape des plaidoiries en cours, les victimes de cette page sombre de l’histoire et leurs familles seront situées sur le sort de leurs bourreaux.

Ce qui marquera du même coup une étape décisive dans le processus de réconciliation nationale, facteur indispensable à un développement durable. A travers bien d’autres actions, la justice donne de plus en plus la preuve qu’elle peut contribuer à l’aboutissement de ce processus et il faut l’encourager.

Dans la même logique, certaines sources judiciaires indiquent la reprise prochaine du procès du dernier gouvernement de Blaise Compaoré, pour situer les responsabilités dans la répression de l’insurrection populaire d’octobre 2014. Cet élan amorcé est l’occasion pour la justice de redorer son blason auprès des justiciables qui n’avaient plus foi en l’appareil judiciaire à cause d’un certain nombre de dossiers.

Il s’agit, entre autres, de l’assassinat de Thomas Sankara, de l’affaire Norbert Zongo, du dossier Dabo Boukary et de celui du juge Salifou Nébié. Comme quoi, on peut espérer des jours meilleurs…

Par Mahamadi TIEGNA

Unesco: Le Burkina inscrit des sites de métallurgie anciens

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Le Burkina Faso a obtenu, le vendredi 5 juillet 2019 à Bakou (Azerbaïdjan), l’inscription de cinq de ses sites de métallurgie ancienne de fer au patrimoine mondial. C’était  au cours de la 43e  session du Comité du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

 Gouvernement/syndicat : L’exécutif souhaite la reprise du dialogue le 22 juillet 2019

 

Le  premier ministre Christophe Dabiré a convié  l’union d’action syndicale (UAS) à une rencontre préparatoire en vue  renouer le fil du dialogue  avec les partenaires sociaux le vendredi 5 juillet 2019 à Ouagadougou.

Le gouvernement veut  retourner à la table des négociations avec l’union d’action syndicale  le 22 juillet 2019. A  cet effet, le premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré a eu une rencontre  préparatoire avec les syndicats   dans la soirée du  vendredi   5 juillet  2019 à Ouagadougou. « Nous avons décidé de leur communiquer le document technique  concernant la généralisation ou non de l’IUTS  qui a été élaboré en 2016. Nous allons mettre en place un petit comité technique  qui va examiner les conclusions de ce document. Chacune des parties aura le retour de ce comité  et à partir du 22 juillet nous allons reprendre les discussions sur le cahier de doléances et cette questions de l’IUTS », voilà la proposition que j’ai faite aux formations syndicales  a confié Christophe Dabiré. Il considère que  le dialogue gouvernement-syndicat est un instrument important  qu’aucune partie n’a  le droit de remettre en causes quelque soit les raisons. C’est pourquoi il a dit attendre de la partie syndicale qu’elle désigne 3 représentants pour faire partie du comité d’examen.

Le président du mois  par intérim de l’union d’action syndicale, Bassolma Bazié a pour sa part salué l’esprit de  reprise du dialogue du gouvernement. « Conformément à l’esprit d’ouverture et à l’éducation qui nous été transféré par nos devanciers dans la lourde responsabilité de tenir le drapeau syndical, il  est nécessaire de venir écouter et c’est ce que nous avons fait », a-t-il poursuivi.   M. Bazié   a déclaré que l’UAS attend les documents écrits  afin de donner sa réponse de manière responsable.

Au cours de la rencontre, le mouvement syndical a soulevé des préoccupations « urgentes ». « Il s’agit de la remise en cause de la liberté  d’expression à travers la loi sur le code pénal. Le deuxième élément  concerne les affectations et brimades  dont sont victimes nos camarades de l’alliance police nationale  que  nous avons constaté. Le dernier élément est  un appel du gouvernement à  prendre en charge les dépenses liées à l’autopsie  et  aux funérailles  des 2 militants de l’organisation démocratique de la jeunesse assassinés alors qu’ils se rendaient à une rencontre avec l’autorité. », a cité le président du mois  par intérim.  En réponse, le premier ministre a affirmé que le gouvernement prend acte et donnera  des réponses au cours des discussions à venir.

 Nadège YE

 

Creuser, concasser, transporter, vanner: Le quotidien des femmes de la carrière de Pissy

 Près de  2000 femmes travaillent à la carrière de Pissy, située dans l’arrondissement n°9  de Ouagadugou,  un gisement d’exploitation traditionnelle de granite à ciel ouvert. Dans des conditions difficiles ces femmes  concassent du dur pour survivre.

 Assise à même le sol, Abzeta Kaboré veuve d’environ 75 ans casse  difficilement  le granite. Elle casse et concasse la pierre sans aucune protection. De grosses gouttes de sueur perlent sur son front.  Sa camisole de couleur rougeâtre est toute  trempée. Avec un souffle entrecoupé, elle indique qu’elle travaille sur le site depuis plus de 20 ans. « Quand j’étais plus jeune j’entrais dans le trou, transporter le granite et sortir concasser », confie-t-elle. Aujourd’hui, elle n’a plus la force. Mais malgré son âge elle est toujours à la tache car ne sachant quoi d’autre à faire l pour se nourrir. « Le travail est très pénible. J’ai des courbatures et j’ai mal partout, mais je suis obligée de venir ici tous les jours pour avoir de quoi me nourrir. Car je n’ai personne pour s’occuper de moi », marmonne-t-elle.

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Sur le site, elle n’est pas la seule femme à y travailler. Il y a de centaines d’autres femmes qui s’adonnent à cette activité pour s’occuper de leur famille.

 

Ramatou Bancé travaille sur cette carrière il y a plus de 20 ans. « Je  suis  ici pour n’est pas ‘’mourir’’ de faim. Sinon le travail est pénible mais n’est pas rentable », indique-t-elle. Aussi, elle affirme que le marché est lent. Elle fait savoir que pour sortir le granite du trou c’est vraiment très difficile. « Je suis fatiguée de ce travail, mais que faire ? »

Creuser, casser, concasser, transporter, vanner… c’est le quotidien des personnes qui travaillent sur le gisement granitique de Pissy. Des bruits de concassage, des fumées et des tiraillements des vendeurs accueillent tout visiteur qui s’aventure sur ce lieu. Pendant que certaines femmes, assises sous des tentes et des arbres réduisent en petits morceaux le granite, d’autres les approvisionnent de blocs de pierres transportés dans des récipients.

 

Odile Gansbéogo, la quarantaine révolue, travaille ici pour prendre en charge ses cinq enfants tous scolarisés. Elle affirme que le travail n’est pas aisé mais elle n’a pas le choix. Son mari ne fait rien.

 

Ce travail m’a conduit à la Mecque

La septuagénaire Adja Asseta Kouraogo travaille sur le site il y a plus de 30 ans. Elle affirme qu’au départ, elle travaillait sur cette carrière comme toutes les autres femmes. « Grâce à ce travail, j’ai pu nourrir ma famille », soutien-t-elle. Aujourd’hui, elle n’a plus assez de force pour affronter ce travail pénible. Mme Kouraogo est aujourd’hui grossiste. Après plusieurs années de dur labeur, le concassage de granite lui a permis d’aller à la Mecque. Elle est aujourd’hui ‘’Adja’’.

 « Pendant que les parents sont dans le « trou » de la carrière de granite de Pissy, les enfants des travailleuses de la roche sont envoyés dans une école préscolaire non loin du site, créée par l’association de l’ensemble des exploitants », confie Sawadogo Edouard, le président de l’association des travailleurs de la roche. Il affirme qu’il y a quatre classes dont une crèche, une classe de petite section, une de moyenne section et  une de grande section. Il y a au total 219 enfants à la crèche et à l’école maternelle.

Des travailleurs  exposés

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M Sawadogo indique que le travail de la roche est plein de risques. Selon lui, chaque jour les travailleurs se blessent. « Au départ, nous avons cotisé pour mettre en place une infirmerie pour nous permettre de nous prendre en charge en cas de blessure. Cette infirmerie dénommée ‘’centre médical Wend La Laafi’’ a été renforcée par les Pères Don Orione de Kamboinsé », dit-il.

Située en pleine ville, sur environ 700 mètres de long et 70 m de large, la carrière de granite du quartier de Pissy est un site d’exploitation dite « artisanale traditionnelle ». Cette carrière existe depuis la période coloniale et les techniques n’ont pas changés.

Wamini Micheline OUEDRAOGO

 

 

Zone de libre échange continentale: « Techniquement, il reste beaucoup à faire…», Dr. Illy Ousseni

La Zone de libre échange continentale (ZLEC) en Afrique est entrée en vigueur le 30 mai 2019, à l’issue de sa 22è ratification faite par la Guinée. Et la question sera sur la table du sommet des Chefs d’Etat de l’Union africaine ce vendredi 5 juillet  à Niamey au Niger. Mais que renferme cette notion de ZLEC ? Comment sera-t-elle opérationnalisée ? Quel sera son impact sur le commerce intra-africain ? Quels pourraient être les obstacles à sa mise en œuvre réussie ? Pour répondre à toutes interrogations et bien d’autres, Sidwaya a rencontré un expert en la matière : Dr. Ousseni Illy, enseignant chercheur en droit à l’Université Ouaga II, spécialiste des relations commerciales internationales et par ailleurs directeur exécutif du Centre africain pour le commerce international et le développement.

Sidwaya (S.) : Le 30 mai 2019, la Zone de libre échange continentale (ZLEC) en  entrée en vigueur, après sa 22è ratification.  Que renferme cette notion?

Dr. Ousseni Illy (O.I): Une  zone de libre échange est définie techniquement comme un espace économique qui regroupe plusieurs pays et au sein duquel les barrières tarifaires (les droits douanes par exemples) et non-tarifaires (les restrictions à l’importation, à l’exportation comme les quotas,  les contingents) sur les échanges commerciaux sont supprimés entre les pays partenaires. Toutes ces barrières, y compris barrières administratives, de normes, sont supprimées de sorte à ce que le commerce entre les pays membres puisse se faire de manière libre, sans obstacles tarifaires et non-tarifaires. Une zone de libre échange continentale (ZLEC) vise justement à créer cet espace à l’échelle de tout le continent africain. Cela veut dire que lorsque  cette ZLEC sera effective, il n’y aura plus de droits de douanes sur le commerce à l’intérieur du continent sur les produits originaires africains. Lorsque le Burkina Faso par exemple voudra exporter son coton, son sésame ses amendes de karité en Afrique du Sud, il le fera sans droits de douane, à l’exception de la TVA (qui n’est pas une taxe à la porte). Inversement, l’Afrique du Sud, le Kenya Cameroun, etc.  pourront exporter leurs productions vers le Burkina Faso sans payer les droits de douane et sans être soumis à des limitations quelconques en termes de quantité. L’objectif de la  ZLEC, est de créer un vaste marché à l’échelle africaine où les produits circuleront librement d’un Etat à un autre.

S.: On dit que la phase opérationnelle de cette ZLEC commence le 7 juillet prochain, concrètement comment cela va se faire ?

O.I: Concrètement, le 7 juillet 2019 ne sera pas la phase opérationnelle mais plutôt la phase politique. L’accord de la ZLEC a été signé en 2018 par la quasi-totalité des Etats africains à l’exception du Nigéria, du Benin et de l’Erythrée mais le  Nigéria  a annoncé qu’il le signera au sommet de l’UA qui s’ouvre  le 5 mai à  Niamey au Niger. L’accord est entré en vigueur le 30 mai 2019 parce qu’il avait besoin d’être ratifié par 22 pays. Aujourd’hui, on dépasse ce nombre.  Mais il reste encore des éléments qui ne sont pas encore prêts  pour que la ZLEC soit  effective maintenant?

S : Quels sont ces éléments manquant pour rendre opérationnelle la zone de libre échange continental ?

O.I: L’un des éléments importants, c’est définir  ce qu’on appelle les règles d’origine. Car dans une zone de libre échange, la levée des droits de douane, portent sur les produits originaires des pays membres. Et il y a des règles pour définir ce que c’est qu’un produit originaire car un produit peut être fabriqué par plusieurs pays. Le Burkina Faso importe  par exemple des pièces des motos pour venir  les monter  sur son sol ; est-ce que le fait que ces motos aient été montées dans notre pays, elles  peuvent être considérées comme étant des produits made in  Burkina Faso et  qui pourront par conséquent  bénéficier de cette libre circulation ? Et c’est pour éviter que les pays importent des pièces, les rassemblent pour ensuite revendiquer qu’ils sont des produits originaires qui doivent bénéficier de la libre circulation,   que l’on définit les règles originaires.  Dans la définition des règles, on pourra dire que pour qu’un produit industriel soit considéré comme un produit originaire burkinabè, il faudra que  par exemple 60% de la valeur ajoutée ou la matière première  provienne du Burkina Faso. Ce texte définissant ce que c’est qu’un produit africain, qui est très important et sans lequel la ZLEC ne peut être effective n’est pas encore pris. En plus de ce texte, il y a d’autres textes pour harmoniser les normes, les pratiques douanières, etc.  qui ne sont également pas encore pris. Vu tout cela, je pense que Niamey va simplement  lancer politiquement la zone. Mais techniquement, il reste encore beaucoup de  choses pour que les produits puissent bénéficier de la libre circulation.

S : Lorsque cette ZLEC serait effective, quel pourrait être son impact sur le commerce intra-africain ?

O.I : Théoriquement, les effets d’une zone de libre circulation, c’est comme on vient de le dire, les barrières sont levées, à priori le commerce devient plus libre et va augmenter. Cela  va avoir un effet d’entraiment sur la production, sur la création d’emplois. Mais tout cela, c’est de la théorie. On a essayé de faire des simulations, il semblerait que lorsque la zone sera effective, elle pourra entrainer une augmentation du commerce intra-africain de l’ordre de 60% . L’idée c’est de faire en sorte  que les pays africains échangent plus entre eux. Puisqu’à l’heure actuelle on constate que le commerce entre les pays africains est très faible, entre 10-12%.

L’objectif est que, selon les calculs de l’Union africaine en 2022 et au-delà, si la zone est effective, au moins 50% du commerce total de l’Afrique  soit à l’intérieur du continent, c’est-à-dire sur des produits  africains. Mais  on attend de voir si ce serait le cas.

S : Quels seront les effets pour les pays qui n’ont pas ratifiés la ZLEC?

O.I : Pour les pays qui n’ont pas signé aujourd’hui, l’accord ne leur sera pas appliqué. Ces pays garderont leurs politiques commerciales antérieures et l’accord ne leur ne sera pas opposable. Ils ne seront pas obligés d’ouvrir leur marché aux produits africains. Chacun a ses raisons.

S : Justement, quelles sont ces raisons qui ont  poussé ces pays à ne pas signer ou ratifier l’accord ?

O.I: L’argument du Nigeria par exemple qui refusait de signer l’accord est qu’une zone de libre-échange n’a pas que des effets bénéfiques. Dans une zone de libre-échange, vous supprimez vos droits de douane et les autres restrictions, c’est-à-dire que vous ouvrez votre marché à la concurrence. Ce qui signifie que vous exposez également vos producteurs nationaux. Si vos producteurs ne sont pas bien préparés et que les autres qui viennent d’ailleurs sont plus efficients et ont des coûts de production moindres, ils peuvent éliminer les vôtres. Donc il y a un danger qui est là. Au-delà du fait même que l’Etat va perdre des recettes douanières en levant les droits de douanes, il y a le risque que les producteurs locaux peuvent subir des dommages pouvant conduire même à leur disparition.

Le Nigeria avait dit qu’il n’y avait pas suffisamment de garantie dans l’accord qui lui permettait au cas où ses producteurs seraient menacés de pouvoir prendre des mesures pour les protéger. C’est en réalité les industriels nigérians qui ont posé ce problème à leur gouvernement pour dire l’accord risque d’entrainer la fermeture d’industries au Nigeria, compte tenu du fait que la concurrence avec les autres pays va être rude. Vous savez que quand on parle de zone de libre échange continentale, c’est y compris les pays maghrébins (le Maroc, l’Algérie, l’Egypte) et l’Afrique du sud  qui sont tous des pays industriellement très avancés. C’est vrai que par rapport à ces pays, le Nigéria est une grande économie mais ce pays avait des craintes au niveau de l’industrie nationale, parce que son secteur privé était réservé, surtout les industriels. Mais est-ce que le secteur privé et le gouvernement nigérians ont trouvé un terrain d’entente, on attend de voir si le Nigéria va finalement signer l’accord.

La principale crainte au niveau des pays, c’est aussi la perte des recettes  (taxes douanières) mais surtout la perte  des marchés au niveau des producteurs nationaux.

S : Comment peut-on expliquer  que des géants comme le Nigéria  aient  hésité avant de rejoindre la ZLEC alors que ceux comme le Burkina Faso y ont adhéré sans hésitation ?

O.I : Des pays comme le Burkina Faso n’ont pas fait  d’études particulières pour évaluer les effets de la ZLEC sur leurs économies. Je crois que le Nigéria a pris  le temps de faire une étude d’où  ses hésitations. L’Union africaine et la commission économique des Nations unies  ont fait des études qui ont  montré que ce sera positif pour tous les pays mais en réalité, certains pays vont perdre.  Pour un pays comme le Burkina Faso, même sans étude, on ne peut pas s’attendre à un impact  significatif sur les importations. Parce que si vous regardez le Burkina Faso,  nous sommes déjà en zone de libre échange avec nos principaux partenaires commerciaux. Il s’agit de la Côte d’Ivoire, le Nigeria, le Togo, et tous ces pays sont déjà membres  soit de la CEDEAO,  soit de l’UEMOA.  La zone de libre échange économique  va supprimer les droits de douanes  avec les autres pays. Mais quel est le degré de commerce entre le Burkina et  l’Afrique du Sud  ou le Cameroun  ou encore le Kenya par exemple ? Peut être que la ZLEC va favoriser  le commerce avec ces pays. Je vois surtout un impact dans la relation avec le Maroc. Ce pays a une industrie  et une agriculture développées. Vous savez le Maroc exporte des tomates et des oignons au Mali et au Sénégal, peut-être  que si les droits de douanes sont levés grâce à la ZLEC on retrouvera des tomates marocaines sur le marché burkinabè et là on aura un impact sur les producteurs  locaux de tomates. Mais on n’en sait rien vu qu’il n’y a pas eu d’études sur la question.  Vous savez ces accords sont plus politiques qu’économiques.

S : Est-ce que la mise en œuvre  de la ZLEC ne risque pas d’être confrontée à des difficultés étant  donné qu’il n’y a pas eu d’études au niveau de certains pays ?

O.I : Il peut y avoir des difficultés et l’accord prévoit des soupapes de sécurité, comme tous les accords de commerce. Cela veut dire que lorsqu’un pays est confronté à une augmentation massive des importations, des techniques  sont prévues pour lui permettre de les stabiliser. De plus, l’accord ne va pas ouvrir le marché pour tous les produits, il y a une marge de manœuvre qui est laissée aux pays, car à terme, les droits de douanes seront levés sur 95% des produits. Chaque pays pourra choisir les produits qu’il juge sensibles et les protéger. Du reste l’accord prévoit dans un 1er temps la suppression des droits de douanes sur 90% des produits pendant une dizaine d’années. Tous ces garde-fous font que si le Burkina  décide  qu’un produit est sensible et qu’en l’ouvrant à la concurrence ce secteur risque de souffrir, il peut décider de le mettre dans les 10% et à termes dans 5%   qui ne seront jamais soumis à l’ouverture afin  de permettre aux secteurs sensibles d’exister.  Si l’accord est mis en œuvre de façon transparente, il y aura des opportunités à saisir pour les opérateurs économiques  burkinabè.

S : Quels peuvent être les autres obstacles à la réussite de la zone  de libre échange économique ?

O.I : Les pays africains sont champions en signature d’accord. D’ailleurs la ZLEC n’est pas le premier accord d’intégration continentale, il ya eu ce qu’on appelé le traité d’Abuja qui avait prévu la création de la communauté africaine avec un programme de libéralisation assez schématisé et bien parfait . Il avait été signé par tous les Etats africains en 1991.  Le principal obstacle que je vois c’est d’abord la mise en œuvre, le respect des délais prévus. Aucune étude n’a été faite au niveau des pays, si dans la mise en œuvre, les pays se rendent compte que l’impact est très significatif sur  leurs recettes,  ils peuvent décider d’arrêter la mise en œuvre. Déjà que dans les communautés régionales, il y a des pays  qui continuent d’appliquer les droits de douanes sur certains produits à l’intérieur  de la CEDEAO ou de l’UEMOA.  Il y a des mécanismes de sanctions mais personne ne les actionne.

L’un des défis majeurs et celui de la production, car comme on le dit ce se sont pas les accords qui créent le commerce. L’une des raisons de la faiblesse du commerce intra-africain  c’est parce qu’il n’y a pas de production. Quand vous regardez, en dehors des produits agricoles et des matières premières, il n’y a pas de pays africains  qui  mettent suffisamment de produits  manufacturés de qualité sur le marché  de sorte à éviter que les autres ne s’approvisionnent en Chine.

Le troisième défi est le transport, alors que tout le sait qu’en Afrique, les routes, les moyens de transport et même le  coût de transport  sont  des facteurs handicapants.  Tant que le problème des infrastructures de transport et du parc ne se sont pas réglés, cet accord restera théorique.

S : Que doit on attendre de la réunion des chefs d’Etats de l’Union africaine à Niamey ?

O.I: Les chefs d’Etat vont donner le coup de pouce politique pour le départ de la zone de libre échange économique. Mais le problème est qu’après ils retournent dans leurs bureau et laissent les choses entre les mains des techniciens. S’il n’y a pas de suivi politique auprès des administrations par les chefs d’Etats, le lancement seul ne suffira pas.

S : Est-ce à dire que l’union économique et monétaire d’ici  2028 n’est pas réaliste ?

O.I : Tout est possible. Je ne suis pas pessimiste mais juste un peu réservé. Si vous prenez le projet de 1991, selon le calendrier  adopté, on devait être dans la zone de libre échange depuis 2017. Pourtant c’est en 2019 qu’on lance une zone  de libre échange et qui va prendre 10 ans minimum pour se mettre en  place, cela me laisse sceptique. La monnaie de la CEDEAO devait être en vigueur depuis 2005 et 15 ans après nous sommes entrain de discuter de son nom.  En réalité, la plupart des projets africains sont politiques, mais personne n’y  croit et c’est là le problème. C’est pour cela que l’intégration sous régionale ne décolle pas.

Interview réalisée par Mahamadi SEBOGO

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