Compte rendu du Conseil des ministres du mercredi 03 juillet 2019

Le Conseil des ministres s’est tenu à Ouagadougou, le mercredi 03 juillet 2019, en séance ordinaire, de 09 H 30 mn à 16 H 00 mn, sous la présidence de Son Excellence Monsieur Roch Marc Christian KABORE, Président du Faso, Président du Conseil des ministres. Il a délibéré sur les dossiers inscrits à son ordre du jour, entendu des communications orales, procédé à des nominations et autorisé des missions à l’étranger.

I. DELIBERATIONS

I.1. AU TITRE DE LA REFORME DES INSTITUTIONS ET DE LA MODERNISATION DE L’ADMINISTRATION, LE CONSEIL A ADOPTE CINQ (05) RAPPORTS.

I.1.1. Pour le compte du ministère de l’Education nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales :

– un rapport relatif au regroupement d’élèves pour la session spéciale 2019 des examens et concours scolaires du primaire, du post-primaire et du secondaire dans les régions du Centre-Nord, de l’Est, du Nord et du Sahel.

Le regroupement se fera au profit de 2 233 candidats de 102 établissements des quatre (04) régions concernées par la session de rattrapage.

Le Conseil a marqué son accord pour l’organisation en septembre 2019 de la session spéciale des examens et concours scolaires du primaire, du post-primaire et du secondaire dans ces régions.

I.1.2. Pour le compte du ministère de l’Economie, des finances et du développement :

– un décret accordant une indemnité de session aux membres et au personnel technique et administratif du Comité interministériel des droits humains et du droit international humanitaire (CIMDH).

L’adoption de ce décret permet au CIMDH de bien mener les missions qui lui sont confiées et d’atteindre les résultats escomptés.

– un décret portant modification du décret n°2018-0295/PRES/PM/MINEFID/MFPTPS du 18 avril 2018 portant création d’une indemnité spécifique au profit des agents du ministère de la Culture, des arts et du tourisme.

L’adoption de ce décret permet de remédier à l’exclusion du personnel de la culture, des arts et du tourisme exerçant dans les autres départements ministériels et institutions, les collectivités territoriales et dans les établissements publics de l’Etat, du bénéfice de la prime spécifique.

– un rapport relatif aux mesures de réduction du train de vie de l’Etat et d’amélioration de la gouvernance publique.

Le Conseil a fait une évaluation de la mise en œuvre des mesures déjà en application. Il s’agit notamment :

– de la dynamisation du système de redéploiement des agents publics dans les zones où il existe des postes vacants ainsi que l’encouragement et la promotion des départs volontaires de la fonction publique ;

– des actions entreprises en matière d’économie de consommation d’énergie, d’eau et de téléphone ;

– de la rationalisation des budgets d’acquisition des biens et services et de la poursuite de l’implémentation de la comptabilité des matières dans toutes les sphères de l’administration publique.

Le Conseil a fait le point du processus de finalisation des mesures suivantes :

– l’achèvement des travaux sur le système de rémunération des agents publics qui doit permettre la maîtrise de la masse salariale à travers notamment :

• la rationalisation des éléments de rémunération ;

• la rationalisation des effectifs ;

• la recherche de l’équité entre les agents publics en matière de rémunération.

– la rationalisation des charges des ambassades à travers la réduction des effectifs du personnel et la redéfinition des conditions de rapprochement des conjoints ;

– la relecture du décret n°2012-720/PRES/PM/MEF du 11 septembre 2012 portant rétribution des prestations spécifiques des agents de l’administration publique au Burkina Faso.
Le Conseil a instruit les membres du gouvernement de poursuivre les efforts dans l’application des mesures déjà effectives et d’accélérer la finalisation des dossiers en étude afin de permettre leur adoption par le Conseil des ministres.

I.1.3. Pour le compte du ministère du Développement de l’économie numérique et des postes :

– un décret portant adoption du Schéma directeur d’aménagement numérique (SDAN).

Le Schéma directeur d’aménagement numérique constitue un document de planification à moyen et long terme pour le déploiement des infrastructures numériques à haut et très haut débit. Il a pour vision «d’ici 2030, le haut débit est accessible sur l’ensemble du territoire national à un coût modéré, contribuant à la transformation structurelle du Burkina Faso».

L’adoption de ce décret permet à notre pays de se doter d’un instrument de planification du déploiement d’infrastructures et de services de communications électroniques.

I.2. AU TITRE DU DEVELOPPEMENT DU CAPITAL HUMAIN, LE CONSEIL A ADOPTE :

Pour le compte du ministère de l’Economie, des finances et du développement :

– deux ordonnances portant autorisation de ratification des accords n°D443-BF, n°6388-BF et n°6395-BF conclus le 10 mai 2019 à Ouagadougou entre le Burkina Faso et l’Association internationale de développement pour le financement du projet Centres d’excellence d’Afrique pour l’impact sur le développement et de la première opération de la série d’appuis aux réformes sur la gestion budgétaire, la croissance durable et la prestation des services de santé.

D’un montant total de 33 millions de USD soit environ 19 milliards de F CFA, le don n°D443-BF et le crédit n°6388-BF sont destinés au financement du projet Centres d’excellence d’Afrique pour l’impact sur le développement.
Le crédit n°6395-BF, d’un montant de 87,6 millions d’Euros, soit environ 57,46 milliards de F CFA, est destiné au financement de la première opération de la série d’appuis aux réformes sur la gestion budgétaire, la croissance durable et la prestation des services de santé.

Le montant total de ces accords de financement s’élève à environ 78 milliards de F CFA.

– un rapport relatif à la situation des militaires et fonctionnaires de police radiés suite à la mutinerie de 2011.

Au total six cent trente-trois (633) militaires ont été radiés des forces armées nationales et cent trente-six (136) fonctionnaires de police révoqués de la fonction publique suite aux évènements de 2011.

Le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN) a été saisi du dossier et a formulé des recommandations conformément à ses missions visant à créer les conditions pour la réconciliation et l’unité nationale.

Le Conseil a marqué son accord pour les propositions formulées par le HCRUN afin de permettre la réinsertion sociale des militaires radiés et fonctionnaires de police révoqués et a instruit les ministres en charge du dossier de prendre toutes les dispositions pour leur mise en œuvre.

II. COMMUNICATIONS ORALES

II.1. Le ministre de l’Intégration africaine et des Burkinabè de l’extérieur a fait au Conseil le bilan de la participation de Son Excellence Monsieur Roch Marc Christian KABORE à la 55ème session de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tenue le 29 juin 2019 à Abuja en République Fédérale du Nigéria.

En prélude à la Conférence, le Chef de l’Etat a coprésidé le 28 juin 2019 avec Son Excellence Monsieur Muhammadu BUHARI une table ronde sur la sécurité organisée par la Conférence de Munich.

Cette 55ème session a fait le point de la situation politique et sécuritaire de la région. Elle a examiné différents rapports inscrits à son ordre du jour.

Elle a ensuite délibéré sur les questions spécifiques telles que la situation économique de la région, la monnaie unique, les questions de développement de paix et de sécurité et les questions institutionnelles.
Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont élu Son Excellence Monsieur Issoufou MAHAMADOU, Président de la République du Niger, en qualité de Président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, pour un mandat d’une année.

II.2. Le ministre du Commerce, de l’industrie et de l’artisanat a fait au Conseil le bilan de la 27ème session de l’Assemblée générale des Sociétés d’Etat (AG-SE) qui s’est tenue les 28 et 29 juin 2019 à Ouagadougou.

La contribution des sociétés d’Etat, mesurée par la valeur ajoutée globale, à la formation du Produit intérieur brut (PIB) de notre pays est passée de 178,260 milliards de F CFA en 2017 à 209,724 milliards de F CFA en 2018, soit un accroissement de 17,65% en valeur relative et 31,464 milliards de F CFA en valeur absolue entre 2017 et 2018.

Comparativement à l’exercice précédent, l’exercice 2018 a enregistré six (06) sociétés déficitaires sur 21, contre deux (02) en 2017.
Au cours de cette 27ème session de l’AG-SE, 39 résolutions ont été adoptées.

III. NOMINATIONS

III.1. NOMINATIONS DANS LES FONCTIONS INDIVIDUELLES

A. AU TITRE DU MINISTERE DE LA SANTE

– Madame Alizèta KABORE/DIALLO, Mle 49 444 J, Administrateur des hôpitaux et des services de santé, 1ère classe, 5ème échelon, est nommée Directrice de l’administration des finances de l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP) ;

– Monsieur Hubert Marie Aimé BAMOUNI, Mle 74 258 G, Ingénieur des travaux publics, 1ère classe, 13ème échelon, est nommé Directeur des infrastructures, des équipements et de la maintenance.

B. AU TITRE DU MINISTERE DE LA JEUNESSE ET DE LA PROMOTION DE L’ENTREPRENEURIAT DES JEUNES

– Monsieur Somaïla SAWADOGO, Mle 211 779 Z, Conseiller de jeunesse et d’éducation permanente, 1ère classe, 6ème échelon, est nommé Directeur des stratégies éducatives et de la protection des jeunes ;

– Monsieur Camille Guieswendé TAMALGO, Mle 97 598 B, Conseiller de jeunesse et d’éducation permanente, 1ère classe, 2ème échelon, est nommé Directeur de la vie associative et des infrastructures de jeunesse ;
– Monsieur Abdoul Razak ZIDA, Mle 279 511 B, Conseiller de jeunesse et d’éducation permanente, 1ère classe, 2ème échelon, est nommé Directeur de la prospective, du partenariat et de la coopération en matière de jeunesse ;

– Madame Adissa DIALLO/ILBOUDO, Mle 220 377 P, Conseiller de jeunesse et d’éducation permanente, 1ère classe, 4ème échelon, est nommée Directrice du suivi, de l’évaluation et de la capitalisation ;

– Monsieur Abdou Rasmané SAWADOGO, Mle 117 336 X, Conseiller de jeunesse et d’éducation permanente, 1ère classe, 4ème échelon, est nommé Directeur de la planification opérationnelle ;

– Monsieur Ansonibè PODA, Mle 37 37 192 L, Ingénieur statisticien économiste, 1ère classe, 1er échelon, est nommé Directeur des statistiques sectorielles ;

– Madame Félicienne DIMA, Mle 91 706 R, Conseiller de jeunesse et d’éducation permanente, 1ère classe, 4ème échelon, est nommée Chargé d’études.

III.2. NOMINATIONS DANS LES CONSEILS D’ADMINISTRATION

MINISTERE DE LA FONCTION PUBLIQUE, DU TRAVAIL ET DE LA PROTECTION SOCIALE

Le Conseil a adopté un décret portant nomination des personnes ci-après, Administrateurs au Conseil d’administration de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) pour un premier mandat de trois (03) ans.Administrateur représentant le ministère de la Santé :

– Monsieur Seydou NOMBRE, Mle 58 196 X, Administrateur des hôpitaux et des services de santé, en remplacement de Monsieur Théophane Valentin SISSAO.

Administrateur représentant les organisations professionnelles d’employeurs :

– Monsieur Kpakpovi Koffi GOEH-AKUE, Directeur général de ORABANK, en remplacement de Monsieur Cheick TRAVALY.

Le Ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement,
Porte-parole du gouvernement,

Rémis Fulgance DANDJINOU
Officier de l’ordre national

Examens scolaires spéciaux : le ministère de l’Education dévoile sa stratégie

L’hebdomadaire Conseil des ministres s’est tenu, le mercredi 3 juillet 2019 au palais de Kosyam sous la direction du Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré. Plusieurs dossiers ont été examinés, dont la stratégie de rattrapage des examens scolaires session 2019 dans les zones d’insécurité.

Le gouvernement se prépare aux sessions de rattrapage pour les élèves n’ayant pas pu participer aux examens de fin d’année du fait de l’insécurité. Le ministère de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales a dévoilé lors du traditionnel Conseil des ministres, tenu hier mercredi 3 juillet à Kosyam, sa stratégie pour l’organisation des examens spéciaux. Sans trop donner de précisions, consigne sécuritaire oblige, le ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement, Porte-parole du gouvernement, Remis Fulgance Dandjinou, a indiqué que ces examens concernent plus de 2 000 élèves en quête du CEP, du BEPC et du BAC.

Autre sujet débattu, le train de vie de l’Etat. A ce sujet, le porte-voix de l’exécutif a relevé que les 14 mesures annoncées par le ministère de l’Economie, des Finances et du Développement ont été passées à la loupe. Il ressort que certaines ont connu un début de mise en œuvre dans les départements ministériels. Il s’agit, entre autres, de la question du carburant et de la gestion des missions. D’autres mesures n’ont pas encore été appliquées pour la simple raison qu’elles nécessitent l’adoption de décrets, a fait savoir le ministre Dandjinou. «Des directives ont été données pour une accélération de ces mesures» a-t-il rassuré. Le porte-parole du gouvernement a aussi fait cas de l’adoption, au cours du conseil, d’un schéma directeur d’aménagement numérique du Burkina Faso sur une période de 10 ans à compter de 2019. Ledit plan, a-t-il expliqué, comporte quatre orientations stratégiques. Ainsi, l’Etat prévoit étendre la couverture de l’Internet, la barrière tarifaire relative aux capacités, le développement des contenus et des hébergements nationaux et le renforcement de la formation aux métiers du haut débit et du très haut débit.

Ce schéma directeur, selon M. Dandjinou, sera financé en partie par les opérateurs privés à hauteur de 246 milliards F CFA. Les ministres ont également, au cours de la rencontre, autorisé la ratification de trois accords signés le 10 mai 2019 et dont le montant total est évalué à 78 milliards F CFA. Le premier accord concerne l’Association internationale de développement et le second est relatif au centre d’excellence qui vise l’amélioration de la qualité de l’enseignement supérieur. Tandis que le troisième porte sur un appui financier pour l’amélioration de la gestion des ressources naturelles et la fourniture en soins de santé. Outre les dossiers examinés, une série de communications orales a été faite lors du Conseil des ministres par le ministre de la Santé, Léonie Claudine Lougué. Celle-ci a fait le point des mouvements sociaux au sein de son département.

«Nous avons reçu des orientations», a-t-elle soutenu. Elle a précisé qu’il s’agit de rassurer les populations que le gouvernement se préoccupe de leur santé. S’agissant des points de revendications des syndicats, la ministre a soutenu que l’exécutif est à la tâche. «L’opérationnalisation de la loi sur la Fonction publique hospitalière qui a plus d’une vingtaine de textes n’est pas aisée. Le gouvernement rassure que les protocoles d’accords signés avec les partenaires sociaux est un passif à apurer», a-t-elle signifié. Cependant, elle a relevé que dans la mise en œuvre de ces accords, des difficultés subsistent, d’où une rencontre qui a eu lieu avec les syndicats le 27 juin 2019. De son avis, concernant la gestion des carrières, le ministère dispose de propositions techniques qui seront soumises au gouvernement pour des orientations à donner.

Pour ce qui est de l’apurement des dettes financières induites par la mise en œuvre de la Fonction publique hospitalière, Léonie Claudine Lougué a expliqué la complexité du travail. «Il faut évaluer le montant pour l’ensemble des 30 000 agents du ministère afin de dégager l’incidence financière de cette augmentation. Les évaluations ont été faites, il reste les contrôles. Les partenaires seront informés lorsque tout sera fini», a-t-elle signifié.

Abdoulaye BALBONE

Présidentielle de 2020 : «Bientôt» un rapport de l’ONU pour orienter le processus

Le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré a reçu en audience, le mardi 2 juillet 2019 à la primature, une délégation de la division de l’assistance électorale des Nations unies, conduite par la coordinatrice- résidente du Système des Nations unies au Burkina Faso, Metsi Makheta.

L’organisation des élections qui se profilent à l’horizon (2020) constitue un défi pour lequel le Burkina Faso aura besoin du soutien de ses partenaires techniques et financiers. Une mission de la division de l’assistance électorale du système des Nations unies séjourne au Burkina Faso pour évaluer les capacités et les besoins du pays en matière électorale. Une délégation de cette mission, conduite par la représentante-résidente du Système des Nations unies au Burkina Faso, Metsi Makheta, a été reçue en audience le mardi 2 juillet 2019 par le chef du gouvernement, Christophe Joseph Marie Dabiré. «Il s’est agi de faire le point au Premier ministre des institutions et tous les acteurs qui ont été rencontrés», a confié Mme Makheta. Le chef de la mission, le conseiller électoral principal à la division de l’assistance électorale des Nations unies, Akinyemi Adegbola, a précisé qu’ils ont rencontré des acteurs politiques, les ministères concernés par les questions électorales, les institutions impliquées dans le processus électoral (CENI, Conseil constitutionnel), les OSC et les patrons des médias.

Les échanges avec les acteurs, a-t-il poursuivi, serviront à identifier les besoins et les défis qui se présentent au Burkina Faso pour l’organisation des élections. «Il y a des défis assez importants, notamment le problème sécuritaire et le financement surtout avec cette ouverture pour la première fois aux Burkinabè de l’extérieur», a indiqué M. Adegbola. Le conseiller électoral a soutenu que des partenaires sont disposés à accompagner le Burkina Faso avec des moyens techniques et financiers pour relever ces défis. Il a promis que son rapport sera incessamment remis aux autorités habilitées, afin de servir de base d’engagement pour les partenaires concernés.

Fabé Mamadou OUATTARA &
Panson Antoinette BENON

Coopération énergétique : les avantages d’un réseau mondial présentés au président du Faso

Le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a reçu en audience, hier mercredi 3 juillet 2019, à Kosyam, le président de l’Organisation du développement et de la coopération sur l’interconnexion énergétique mondiale (GEIDCO), Liu Zhenya.

Le Burkina Faso entend explorer plusieurs options pour résorber son déficit énergétique. Dans ce registre, le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a eu un tête-à-tête, à Kosyam, le mercredi 3 juillet 2019, avec une délégation de l’Organisation du développement et de la coopération sur l’interconnexion énergétique mondiale (GEIDCO) conduite par son président, Liu Zhenya. «Nous avons rencontré le président du Faso pour lui présenter notre organisation qui a pour but de créer un réseau mondial d’énergie», a, d’emblée, indiqué Liu Zhenya. Selon lui, le Burkina Faso étant un pays à fort potentiel minier et un vaste marché pour le secteur du coton, un réseau d’énergie fiable est nécessaire pour l’exploitation de toutes ces ressources. La GEIDCO, a soumis au chef de l’Etat, a confié son premier responsable, des palliatifs dans l’optique de booster le secteur de l’énergie au pays des Hommes intègres. Et ce, a-t-il expliqué, en passant par la création d’une plateforme énergétique qui va relier le Burkina Faso à tous les pays du monde entier via une technologie ultra haute tension.

A l’aide de celle-ci, a poursuivi, Liu Zhenya, l’organisation compte mettre l’accent de prime abord, sur le développement de l’énergie locale en accordant une bonne place aux énergies renouvelables notamment le solaire et l’éolienne (énergie produite par le vent). Au second volet, a laissé entendre le président de la GEIDCO, si la production locale est déficitaire, la structure entend importer l’énergie d’autres pays du réseau, pour combler le déficit. Le prix du kilowattheure devrait bientôt diminuer au Burkina Faso avec l’annonce par Liu Zhenya, d’un projet de construction d’un grand barrage hydroélectrique en Afrique centrale. A terme, à l’en croire, cette ‘’importante’’ retenue d’eau va permettre d’importer à moindre coût, de l’énergie au pays des Hommes intègres et ailleurs en Afrique.

Boukary BONKOUNGOU

Projet pôle de croissance de Bagré : des députés prennent le pouls

Une délégation de députés, membres de la Commission du développement rural, de l’économie et du changement climatique (CDRECC) de l’Assemblée nationale visite des installations et infrastructures réalisées à Bagré, du 1er au 4 juillet 2019.

La Commission du développement rural, de l’économie et du changement climatique (CDRECC) de l’Assemblée nationale (AN) veut connaȋtre les activités menées à Bagrépole ainsi que les difficultés rencontrées par les acteurs. Elle a donc initié une visite des infrastructures et installations réalisées à Bagré, du 1er au 4 juillet 2019. Accueillie par le directeur général de Bagrépôle, Joseph Martin Kaboré, la délégation conduite par le député, Moussa Zerbo, a eu droit d’abord à une présentation du Projet pôle de croissance de Bagré (PPCB) en salle avant la visite de terrain.

Ainsi, le concept et la stratégie du projet, les potentialités, l’état de sa mise en œuvre, les difficultés et les perspectives, etc., ont été expliqués aux élus nationaux par vidéoprojecteur. Après quoi, les membres du CDRECC ont débuté sportivement la visite en dévalant les 100 marches de la digue du barrage de Bagré. La centrale hydroélectrique, des infrastructures hydroagricoles, piscicoles, les exploitations dans les anciens aménagements de la rive droite, la ferme semencière-pilote, l’aqueduc ou pont-canal, la porcherie, les bananeraies de la rive gauche du Nakanbé, les aménagements de l’ONG SAPHE ont retenu l’attention des visiteurs. Il en est de même pour les nouveaux aménagements de la rive gauche du Nakanbé, les aires de séchage, les magasins de stockage et les nouvelles parcelles agricoles attribuées aux personnes affectées par le projet et aux agro-investisseurs-pilotes. Les membres de la commission ont également visité certains sites où il y a des débuts d’industrialisation.

Connaître les réalités du terrain

A toutes les étapes, les députés ont eu des échanges directs avec les acteurs. Le président de la CDRECC, Moussa Zerbo, a dit être impressionné par la qualité des investissements qui sont faits notamment le barrage hydroélectrique et les aménagements hydroagricoles qui l’ont beaucoup «édifié». Il a fait savoir que le séjour se poursuivra par la visite d’autres investissements, infrastructures, aménagements hydroagricoles, échanges avec des partenaires techniques et financiers intervenant à Bagré, entretiens avec les forces vives de la commune et des producteurs. La délégation participera aussi à la cérémonie de remise des prix aux lauréats du concours «Meilleur producteur et meilleur groupement». M. Zerbo a soutenu que cette sortie permettra à la commission de s’imprégner de la réalité du terrain afin d’apporter sa contribution pour la réussite de Bagrépole. «Le CDRECC a en charge les grands aménagements donc une autre équipe est sur le terrain à Samandéni pour toucher du doigt les réalités», a-t-il déclaré. Le directeur général de Bagrépole, Joseph Martin Kaboré, s’est pour sa part réjoui de la visite qui lui a permis de présenter aux députés, le concept de «Pôle de croissance» et la stratégie nationale en la matière.

Bougnan NAON
naon_2012@yahoo.fr

Forêt de Gourga dans le Yatenga : l’écocide d’un «patrimoine mondial»

Selon le maire de Ouahigouya, Boureima Basile Ouédraogo, le processus pour doter le prix Nobel d’une charte foncière est lancé.

Le soleil culmine au zénith, ce mercredi 29 mai 2019. En cette journée caniculaire, un vent chaud et sec souffle sur le village de Gourga, dans la province du Yatenga, région du Nord. Il fait 42 degrés Celsius à l’ombre. Dans ce conglomérat d’habitats spontanés, formant un véritable labyrinthe, notre véhicule de reportage se fraie difficilement un passage. Un, deux, trois tours de volant, nous voilà sur un autre sentier. A gauche comme à droite, des maisons de fortune bordent la route. Dans cette partie Nord de Gourga, les concessions en terre battue poussent comme des champignons. Les maçons qui montent brique après brique se soucient peu de notre présence. Ils jettent quelques regards furtifs sur nous. Notre chemin est obstrué par endroit. Le temps d’observer ces constructeurs, une plaque nous indique : «Forêt Bangr Raaga». Daba à l’épaule droite, machette à la main gauche, Yacouba Sawadogo, le héros de la lutte contre la désertification sur cette terre aride du Yatenga avance lentement vers nous. Mine déconfite, le prix Nobel alternatif 2018 marmonne quelques mots : «je suis allé constater un peu les dégâts…». Désespéré et essoufflé par une chaleur de plomb, le septuagénaire prend place sur une banquette. La voix tremblotante, le ciel semble lui tomber sur la tête. «Les habitants n’épargnent plus rien dans la forêt. De jour en jour, c’est avec désolation que je constate les diverses agressions», se désole-t-il.

Des attributaires de parcelles ont commencé à ériger des villas.

Ce cultivateur a réussi la prouesse de faire pousser près de 90 espèces d’arbres sur des terres arides. Ce long combat contre l’avancée du désert, Yacouba Sawadogo l’a mené durant 40 ans, grâce à la force de ses bras, avec pour seuls outils, sa petite daba et sa détermination. Pour réussir cette gigantesque œuvre, il a quitté son commerce de pièces détachées à Ouahigouya qui lui rapportait mensuellement 300 000 F CFA pour se replonger dans une technique ancestrale : le zaï. Elle consiste à creuser des trous et à les remplir de déchets organiques en saison sèche avant de semer les graines. Les termites, attirées par le compost, creusent des galeries permettant de retenir et répartir l’eau à l’arrivée des pluies. En plus, il faut faire des cordons pierreux pour limiter l’érosion et conserver l’humidité du sol. Malgré le scepticisme des habitants de son village vis-à-vis de son projet, l’écolo persévère.

Les premières années sont difficiles. Il se bat seul contre les caprices de la nature et les railleries de son entourage. «C’est dans le travail et la ténacité que l’on récolte les fruits de ses efforts», clame-t-il. A force de persister, quelques années plus tard, baobabs, papayers, pruniers et acacias fleurissent dans sa forêt de 27 hectares et des dizaines d’espèces animales la peuplent. L’insécurité alimentaire devient un vieux cauchemar pour les villageois. Les rendements agricoles triplent. Aujourd’hui, sa forêt est un véritable rempart contre l’avancée du désert. Cette titanesque œuvre lui a valu, le 23 novembre 2018 à Stockholm, le Right Livelihood Award ou prix Nobel alternatif pour sa contribution contre la désertification. Mais, ce poumon écologique de cette partie du pays est aujourd’hui en danger.

Environ 5 hectares engloutis

Quotidiennement, Yacouba fait la ronde pour dissuader d’éventuels agresseurs de l’espace forestier qu’il a créé. Car, des actions anthropiques menacent la survie de son domaine. Au cours de notre randonnée, les moineaux s’envolent. Les chants d’hirondelles font place à ceux des tourterelles. Dans le domaine forestier, de somptueuses villas sont aussi perceptibles. Des tonnes d’agrégats, des briques et du sable fin y sont entreposés par endroit. Sur des dizaines de mètres, des bornes sont solidement fixées. Des fondations de maisons sont érigées dans l’espace forestier. Fatoumata Kindo est attributaire de la parcelle N°4 du lot 19. Malgré les supplications du septuagénaire, elle a tenu mordicus à ses 506 mètres carrés.

«Les autorités communales de l’époque lui ont proposé trois parcelles pour qu’elle abandonne son projet de construction. Nous avons même envoyé une délégation pour la supplier, mais elle a catégoriquement refusé», regrette M. Sawadogo. Contre vents et marées, Mme Kindo a abattu une centaine d’arbres quadragénaires pour ériger sa bâtisse. D’autres attributaires de parcelles n’hésitent pas à lui emboîter le pas. Les espèces utilitaires comme les acacias, les combrétacées, les nérés…ont été dessouchées. Le défenseur de la nature supplie parfois les propriétaires d’épargner la vie de certaines plantes fréquemment utilisées dans la pharmacopée traditionnelle. Comment en est-on arrivé à cette situation ? Les lotissements de 2003 ont empiété sur le domaine forestier. Les lots 17, 18, 19, 20, 21, 22 ont été attribués à des particuliers. Environ cinq hectares, soit 49 165 mètres carrés de sa portion ont été engloutis par les lotissements. 70 parcelles se trouvent alors enclavées dans l’espace forestier. Seules 13 parcelles sur 14 dans le lot 19 lui ont été restituées. Pourquoi ? Difficile pour le défenseur de l’environnement d’y répondre. Pendant que le soleil poursuit sa course, le mercure monte. La chaleur écrasante force une colonie d’abeilles à quitter leurs ruches.

Leurs bourdonnements, nous obligent à leur «céder» le passage. «Il fait tellement chaud qu’elles quittent leurs ruches pour venir se désaltérer», lance Lookman Sawadogo, le fils de Yacouba. Nous poursuivons notre chemin. Les agressions sont multiples dans la forêt. Le septuagénaire n’est pas au bout de ses peines. La forêt de Gourga n’est ni bornée, ni clôturée. Elle est de facto, dans le collimateur de nombreux spéculateurs fonciers. Ces derniers n’hésitent pas à morceler par endroit des parcelles de forêt pour les brader. De tous les côtés, le constat est alarmant. Des dizaines de mètres carrés ont fait place à des terrains anarchiquement bornés. «Nous avons plusieurs fois sommé des gens d’arrêter de construire. Mais, ils persistent», témoigne le forestier David Yaméogo. Ne dit-on pas que l’homme est un loup pour l’homme ? «Souvent, ils nous disent que ce sont les villageois qui leur ont vendu des portions de terre. Certains, nous montrent même leurs reçus d’achat», déplore l’agent Yaméogo. Pire, des propriétaires terriens de la zone non lotie, à proximité du domaine forestier, n’hésitent pas à franchir leurs limites spatiales pour y implanter des bornes. «Nous ne savons pas d’où, ils viennent avec les bornes pour les implanter dans la forêt», affirme Yacouba Sawadogo. Au nez et à sa barbe, l’œuvre de sa vie est en train d’être détruite.

Plus de 100 millions F CFA à investir

Face à toutes ces agressions, il a été contraint de repousser les limites de sa forêt. «Je n’ai pas le choix, puisqu’ils détruisent tout sur leur passage», dit-il. Malheureusement, le prix Nobel alternatif ne possède aucun titre de propriété. Donc, à son éternel problème de documents, se greffent désormais l’occupation anarchique de sa forêt, les coupes abusives de bois, les spéculations foncières et la divagation des animaux. Pour sécuriser son patrimoine, il a entrepris, depuis des dizaines d’années, diverses démarches qui n’ont pas abouti. Plusieurs maires se sont succédé à la tête de l’exécutif communal de Ouahigouya, mais aucun n’a pu le rétablir dans ses droits.

«Nous avons eu plusieurs rencontres avec les autorités communales sans qu’aucune décision ne soit formalisée par écrit», se souvient-il. Le ministère de l’Environnement, celui en charge de l’urbanisme et le cadastre, ont mené sans succès des réflexions pour lui octroyer un titre foncier. «Nous avons fait le devis pour le bornage qui s’élevait à 2 500 000 F CFA. Le dossier a été introduit, mais rien n’a été fait jusqu’en fin 2016», se remémore-t-il. Le dossier est à quel niveau ? Yacouba Sawadogo n’a aucune réponse. L’obtention d’un titre de propriété est un long processus qui peut prendre plusieurs années. Selon le receveur des domaines et de la publicité foncière du Yatenga, Issouf Nyampa, pour obtenir un titre de propriété, le vieillard doit s’attacher les services techniques pour se faire établir un plan de situation et un projet de sylviculture. Ensuite, un acte de cession à l’amiable de droits fonciers doit être fourni par les services domaniaux en accord avec les chefs de terres et les Conseil villageois de développement (CVD). Si cet acte est signé, les services de l’urbanisme, de l’environnement, du cadastre, et la mairie doivent donner leur quitus pour l’établissement du projet d’arrêté de cession provisoire à soumettre au ministre des Finances, chargé des domaines.

Ensuite, le prix Nobel devrait s’acquitter de la Taxe de jouissance (TJ) pour obtenir l’attestation de cession provisoire. «Après, il faudra évaluer les investissements dans la forêt, c’est-à-dire, la valeur de chaque arbre qui doit être 20 fois le prix la TJ», explique-t-il. En clair, la taxe de jouissance coûte 20 F CFA le mètre carré. Ce qui équivaut à 200 000 F CFA, l’hectare. Pour ses 27 hectares, il devrait s’acquitter de la somme de 5 400 000 F CFA pour avoir la taxe de jouissance. Or, le titre foncier est égal à 20 fois le coût de ladite taxe. C’est-à-dire que la valeur totale des arbres plantés devrait s’élever à 108 000 000 F CFA, pour qu’on lui délivre enfin un titre foncier. Dans le cas contraire, ce patrimoine mondial sera toujours à la merci des prédateurs de tout acabit… Car, le vieux Sawadogo ne disposera d’aucun document officiel. «Espérons qu’il n’y ait pas des gens qui ont déjà borné des parties dans la forêt avec des titres», s’inquiète M. Nyampa.

«Il ne peut pas se plaindre…»

Selon une source au service cadastral qui a requis l’anonymat, si Yacouba n’a pas de titre de propriété, il ne peut pas se plaindre des agressions. «S’il n’arrive pas à obtenir le document, on peut rentrer dans son domaine sans souci», prévient la même source. Pour le maire de Ouahigouya, Boureima Basile Ouédraogo, tout détenteur d’une parcelle qu’elle soit attribuée ou pas, est tenue d’avoir des papiers authentiques prouvant qu’il en est le propriétaire. «Lorsqu’on a fait le lotissement, la forêt avait été identifiée. Une partie était réservée à la forêt communale et une autre à un espace vert qui a été ensuite loti et attribué. Yacouba a voulu intégrer l’espace vert à sa forêt.

Ce qui a été fait», explique l’édile. Malheureusement, relève-t-il, il y a eu des attributaires de parcelles dans la forêt et tous ont été désintéressés, sauf une dame. Aujourd’hui, souligne M. Ouédraogo, il n’y a pas de problème majeur, car des démarches sont en cours pour que celle-ci y renonce. Il ajoute : «Les riverains n’ont pas du tout forcé la forêt. Ils ont été attributaires. Des négociations sont en cours pour que de façon apaisée, on puisse lui remettre sa forêt», relate le maire. Issa Ouédraogo est attributaire d’une parcelle de 496 mètres carrés depuis 2004. L’an dernier, c’est avec la «bénédiction» du service cadastral de la mairie qu’il a érigé sa villa de type F3. «Lorsque, la parcelle m’a été attribuée, j’ignorais qu’elle était située dans une forêt. Mais avant la construction, la mairie m’a rassuré qu’elle ne faisait pas partie de la forêt. J’ai payé toutes les taxes à hauteur de 300 000 F CFA. J’ai tous mes documents.

Il ne me reste que le permis urbain d’habiter», explique-t-il. Issa dit qu’il ne cédera son lopin de terre que si, la mairie accepte le dédommager à la hauteur de ses investissements. «J’habite la maison depuis le 1er septembre 2018. J’ai commencé à la bâtir avec un prêt de 7 millions F CFA et d’autres revenus», lance-t-il. Selon le maire Ouédraogo, un expert procédera bientôt à des études pour délivrer une charte foncière à Yacouba Sawadogo afin de lui restituer sa forêt. Quand pourrait-il obtenir cette charte foncière ? «Ce sont des démarches administratives, je ne peux vous le dire. L’expert ira avec les services du domaine ou du cadastre, c’est ensemble qu’ils verront. C’est un processus qui est lancé. Nous veillerons à ce que le vieux ait tous les documents», promet-il. Face aux diverses menaces de destruction de ce «patrimoine mondial», le bourgmestre affirme qu’actuellement le conseil municipal n’a pas suffisamment de moyens pour clôturer la forêt. «Nous avons des problèmes financiers. Même si nous l’envisageons, ce ne sera pas pour demain», prévient-il.

Des espèces menacées

Comme, Yacouba Sawadogo est attributaire du prix Nobel alternatif, avance-t-il, la commune pourra, peut-être, approcher certains bailleurs afin d’avoir les moyens pour délimiter définitivement la forêt. «Nous ferons tout notre possible pour qu’elle soit classée comme un patrimoine communal, pour qu’on ne puisse pas la violer», clame Boureima Ouédraogo. Poumon écologique de Ouahigouya, l’importance de cette forêt n’est plus à démontrer. Elle sert aux recherches pédologiques, agricoles, à l’éducation environnementale…Elle est également un vivier pour les produits de la pharmacopée traditionnelle. En attendant la concrétisation de toutes ces promesses, les espèces végétales sont en péril. Les acacias, les dattiers du désert, les pruniers, les gommes arabiques et autres se meurent. Des clandestins coupent les arbres à but lucratif ou pour les transformer en bois de chauffe, mettant en danger l’écosystème, cette forme de réponse aux changements climatiques, dans cette zone où le désert avance à grands pas. «Lors des patrouilles dans la forêt, j’entends souvent des bruits secs. Des gens viennent couper les arbres. Ils sont conscients que ce qu’ils font n’est pas bien. C’est pourquoi, ils viennent nuitamment avec des camions pour le faire et disparaitre», confirme le forestier David Yaméogo.

«Je suis meurtri…»

Pour son combat contre l’avancée du désert, Yacouba Sawadogo est devenu une fierté mondiale. Même, s’il a eu de la satisfaction morale et de la reconnaissance au plan national et international, il est aujourd’hui désespéré. «Je suis meurtri…La sécurisation de la forêt est un véritable problème pour moi», déclare-t-il. Le regard pointé vers l’horizon, il craint de ne rien laisser aux générations futures. Les promesses des ONG, des structures de défense de l’environnement, des personnes physiques et morales, des autorités, il en a reçu ! Mais sur le terrain, aucune action pour l’aider à protéger la forêt n’est visible. Face à cette inaction, le septuagénaire compte sur tous les amoureux de la nature et les personnes de bonne volonté pour sécuriser sa forêt. Pour Yacouba Sawadogo, le plus pressant est de reconstituer la forêt dans son intégrité, afin d’empêcher l’avancée du désert et ses multiples conséquences pour l’homme et la nature. La forêt nécessite plus d’attention des dirigeants, des autorités locales et des acteurs de l’environnement, estime le forestier Yaméogo. «Le vieil homme se bat seul pour la sécuriser. Pour un prix Nobel, il n’a pas le soutien qu’il faut pour protéger ce patrimoine mondial.

Le monde entier nous a fait honneur, à nous de nous assumer», estime-t-il. «Lors de mes voyages, je suis régulièrement interpellé sur le rôle de nos autorités dans la sécurisation de cette forêt. Mais chaque fois, j’ai la tête baissée. Des personnes veulent nous aider, mais pour eux, le premier pas doit venir de nous», affirme le vieux Sawadogo. Désemparé, le héros de la lutte contre la désertification rêve de léguer l’intégrité de l’œuvre de toute sa vie à l’humanité. Mais il redoute que ses efforts pour stopper l’avancée du désert ne soient réduits au néant…

Abdel Aziz NABALOUM
emirathe@yahoo.fr


     Il faut agir !

Pour son combat contre l’avancée du désert, Yacouba Sawadogo est devenu une icône dans la lutte contre la désertification à travers le monde. Ses efforts lui ont permis de glaner en plus du prix Nobel alternatif, des lauriers  Prix  de la fondation Hander Wasser, Prix des Nations Unies Land For Life…). Il est régulièrement invité à travers le monde pour partager son expérience.  Cet Officier de l’Ordre national a montré à la face du monde que la lutte contre la désertification n’est pas un vain mot. Adulé, son œuvre est en train d’être réduite à néant par ses concitoyens. Pire, sans que personne ne pipe mot. Ne dit-on pas que nul n’est prophète chez soi ? Une mesure spéciale doit être prise par les autorités compétentes pour lui accorder un titre de propriété. Nous devons tous contribuer à la protection de l’environnement. Il est temps d’agir vite pour sauver le couvert végétal du vieux Yacouba et par-délà son pays.

A.A.N

Le Burkina, terre des OGM !

La recherche dans la lutte contre le paludisme connaît des avancées sensibles, à travers le monde. Indispensables à toute «trouvaille» digne de ce nom, les essais qui entrent dans ce cadre, permettent de recueillir d’importantes données en vue de faire avancer la recherche. C’est ainsi que malgré les critiques et inquiétudes d’Organisations non gouvernementales (ONG) et de certains Burkinabè, l’Institut de recherche en sciences de la santé du Burkina Faso (IRSS) a libéré des moustiques mâles génétiquement modifiés (OGM) dans la ville de Bana, dans le Sud-Ouest du pays, le 1er juillet 2019. Cette libération de «moustiques génétiquement modifiés mâles stériles auto-limitatifs», une première du genre en Afrique, fait partie d’un projet financé par l’initiative Target Malaria, un consortium de recherche dirigé par l’Imperial College de Londres.

Pas d’inquiétude selon l’Institut, ce lâcher à petite échelle est conforme aux exigences éthiques et réglementaires et a rencontré, non seulement l’assentiment des populations des zones concernées, et l’approbation de l’Agence nationale de biosécurité du Burkina Faso. Il est connu de tous qu’on ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs, mais l’espèce humaine est tellement fragile et précieuse qu’elle ne saurait faire l’objet de tests à tout va. L’inquiétude des Burkinabè quant aux conséquences néfastes de ce lâcher sur l’homme et l’environnement est d’autant plus fondée que de façon générale, les effets de ces essais ne sont perceptibles que plusieurs années plus tard, avec probablement à la clé, des maladies incurables et des déformations congénitales. L’un de ces malheureux exemples est celui de la Polynésie française qui a fêté le 2 juillet 2019, le douloureux 53e anniversaire du 1er essai nucléaire de la Métropole sur son territoire. En effet, pendant 30 ans, de 1966 à 1996, la France a testé ses bombes nucléaires en Polynésie.

53 ans après donc, alors que ce territoire ultramarin paye encore les conséquences sanitaires, sociales et environnementales des essais, la lutte des victimes pour faire reconnaître le rôle préjudiciable de la métropole et obtenir justice se heurte encore au secret-défense.
Pour le cas du Burkina Faso et au-delà de la libération des moustiques, le Dr Abdoulaye Diabaté, chercheur entomologiste, dans les colonnes de Sidwaya du mardi 2 juillet 2019, levait un coin de voile sur les résultats des études d’une équipe de scientifiques de l’Institut de recherches en science de la santé(IRS) sur les capacités d’un champignon transgénique (modifié avec la toxine d’une araignée) dans la lutte contre le paludisme. Bien avant, le Burkina Faso a toujours flirté avec les OGM.

A titre illustratif, le pays a enregistré l’un des plus gros ratés dans l’expérimentation et l’utilisation à grande échelle des OGM avec les semences de Coton Bt de la firme américaine Mosanto. Présenté comme une solution miracle face aux invasions de chenilles des années 1990 qui menaçaient la production, le coton Bt a eu ses heures de gloire au point de faire du pays des Hommes intègres vers 2010, le 1er producteur africain de coton. La suite, on la connaît avec la tempête que son utilisation a entraînée chez les producteurs qui affirmaient qu’il n’était pas rentable et que la fibre du coton devenait de plus en plus courte.

Les chercheurs ont beau expliqué que le fruit de leurs travaux sont la résultante d’un processus scientifique rigoureux, mais plusieurs autres acteurs leur opposent le fait qu’avec les manipulations génétiques, des «sciences incertaines», «la modification du génome d’une espèce vivante peut entraîner un changement de comportement de cette espèce». Il convient donc que le gouvernement analyse les tenants et les aboutissants de ces recherches qui, si elles sont concluantes, seront une avancée significative dans la lutte contre le paludisme. Cela s’impose au risque de faire des Burkinabè, des cobayes humains.

Jean-Marie TOE

Procès du putsch : «Omer Bationo n’a commis aucun fait», Me Kanyili

A l’audience du procès du putsch manqué du mercredi 3 juillet 2019 au tribunal militaire, des avocats de la défense ont plaidé pour l’acquittement total pour leurs clients.

Les plaidoiries des avocats de la défense, entamée depuis le 27 juin 2019, se suivent et se ressemblent. Le 3 juillet 2019, les avocats Flore Toé, Maria Kanyili, Jacques Soré et Pascal Ouédraogo ont tour à tour plaidé pour l’acquittement de leurs clients ou à défaut, la clémence du tribunal avec des sanctions assorties de sursis. A l’ouverture de l’audience, c’est Me Toé qui a pris la parole, pour défendre l’accusé Nobila Sawadogo, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires et contre qui, le parquet militaire a requis quinze mois de prison avec sursis. Une peine que l’avocate trouve lourde pour son client. Selon elle, le prévenu n’a posé aucun acte répréhensible qui nécessite cette sanction, parce qu’il a seulement été dans le cortège du général Diendéré au moment des faits. Et de poursuivre qu’en agissant ainsi, l’accusé ne faisait qu’obéir aux ordres de son supérieur hiérarchique, la discipline étant la règle cardinale dans l’armée.

«Il n’a ni assisté aux différentes réunions, ni fait de patrouilles, encore moins de missions de maintien d’ordre. D’ailleurs, les témoignages des accusés Moussa Nébié et Sami Da l’ont confirmé» a-t-elle démontré. A entendre Me Toé, le parquet a fait fi de ces témoignages à décharge dans ses réquisitions. «C’est pourquoi, je prie votre tribunal de tenir compte de ces faits au moment des délibérations et d’accorder l’acquittement total à mon client», a-t-elle souhaité. Me Maria Kanyili, quant à elle, assure la défense du colonel Omer Bationo et du soldat de 1re classe, Samuel Coulibaly. Certes, le ministère public a requis l’acquittement du premier prévenu, mais l’avocate a encore plaidé son acquittement total. «Omer Bationo n’a commis aucun fait personnel de nature à soutenir le coup d’Etat. Mieux, le général Diendéré a affirmé lors de sa déposition à la barre que le colonel n’a jamais participé à quoique ce soit», a-t-elle déclaré.

Du saccage de la radio de Zorgho

Pour ce qui est de l’accusé Samuel Coulibaly, il est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires et complicité de dégradation aggravée de biens. De l’avis de Me Kanyili, son «protégé» a seulement conduit le sergent Ali Sanou à Zorgho sous l’ordre de son chef de poste, Lamoussa Badoun. «Arrivé sur les lieux, mon client n’est jamais descendu du véhicule. Ce qui signifie qu’il n’a posé aucun acte personnel qui pourrait justifier les faits à lui reprochés. En plus, il n’a jamais participé aux différentes réunions, ni aux patrouilles encore moins aux missions de maintien d’ordre. Alors pourquoi le parquet a requis 25 ans de prison ferme contre lui?», s’est-elle interrogée. Le parquet n’ayant pu apporter aucune preuve de l’implication de son client dans le saccage de la radio de Zorgho, Me Kanyili a demandé au tribunal de ne pas faire planer le fardeau des coupables sur le dos des innocents.

L’élément matériel de complicité «n’étant pas prouvé» et l’accusé «n’ayant pas fait usage de son arme» au moment des faits, Me Kanyili a souhaité l’acquittement du soldat ou subsidiairement le sursis.

A la suite de cette plaidoirie, c’était au tour de Me Jacques Soré, avocat du sergent Issa Yago, de présenter sa défense. Contre l’accusé, le ministère public a requis 15 mois de prison assortis de sursis. Mais pour l’avocat, cette peine est lourde à supporter pour son client, parce qu’il n’a, à aucun moment, assisté aux réunions, participé aux patrouilles et l’expertise téléphonique n’a relevé aucune communication entre lui et d’autres accusés. «Sa mission a été d’assurer la protection du président Yayi Boni. Après cela, le sergent est rentré chez lui», a expliqué l’auxiliaire de justice. Et de poursuivre que l’accusé est un homme exemplaire, qui demande la clémence du tribunal. L’acquitter serait la meilleure décision, au cas échéant, réduire la peine de sursis proposé. Même son de cloche chez l’avocat Pascal Ouédraogo, défenseur du caporal Pascal Moukoro et du sergent Salif Coulidiaty. Pour lui, le caporal a été impliqué dans ce coup d’Etat, parce qu’il était au mauvais endroit, au mauvais moment.

«Permettre à l’accusé de s’amender»

Le second client, d’après l’avocat, n’a posé aucun acte, il a été inculpé à la suite des déclarations, rectifiées plus tard, de Hamadou Ly, mais le parquet n’a pas tenu compte de cela. «Pour ces deux accusés, le doute est évident et les acquitter au bénéfice du doute serait la décision à prendre», a-t-il indiqué.

Dans la soirée, Me Arnaud Sampébré a demandé au tribunal de mettre hors de cause son client, Paul Sawadogo, parce que l’arrêt de mise en accusation n’a retenu aucun fait contre lui. A l’entendre, c’est par inadvertance que celui-ci s’est retrouvé sur la liste des accusés. Quant à Dieudonné Willy et Me Timothée Zongo, ils veulent voir leur client, le magistrat militaire Abdoul Karim Traoré, libre ou à défaut condamné avec sursis. Car, selon leurs dires, il n’y a aucun élément qui prouve que l’accusé est le rédacteur des communiqués du CND. Me Zongo a indiqué que le parquet s’acharne sur leur client qui était à la recherche d’informations pour écrire son ouvrage.

«En tant qu’expert en médiation, je ne pouvais pas rester indifférent à cette crise dans mon pays», a mentionné le colonel Traoré. Le conseil du lieutenant Abdoul Kadri Dianda, Me Bali Bazémo, a aussi requis l’acquittement pour son client. Aux dires de l’avocat, l’accusé n’a fait que conduire une équipe à l’aéroport et observer le quartier consigné, sur les ordres de ses supérieurs. Pour cela, il a souhaité qu’il soit simplement relaxé. Me Paul Kéré, lui, a défendu le soldat Abdou Compaoré.

Il a plaidé pour l’acquittement du mécano du RSP dont le rôle n’est pas d’être dans les unités de combat. «La vertu pédagogique du procès pénal c’est de permettre à l’accusé de s’amender et de revenir à de meilleurs sentiments», a affirmé l’avocat. Me Idrissa Badini défend trois accusés dont le soldat Amadou Ly. Pour avoir été appelé par ses supérieurs pour renforcer un poste de garde à la présidence, l’avocat a estimé que son client ne mérite pas 15 ans de prison ferme comme l’a requis le parquet mais la relaxe pure. L’audience reprend le vendredi 5 juillet.

Fleur BIRBA
Mady KABRE