Conflit communautaire dans la Comoé : cinq morts et plusieurs blessés à Sitiéna/ Djongolo

Un conflit foncier, latent depuis des années, a dégénéré en affrontements meurtriers, le samedi 29 juin 2019, entre les populations de Sitiéna et celles du village voisin, Djongolo dans la province de la Comoé. Les premiers bilans, font état de 5 morts et plusieurs blessés dont certains par balles, un hameau de culture (Djongolo 3) dévasté et plusieurs dégâts matériels.

Les versions sur les causes de ces affrontements divergent au sein-même des belligérants. Cependant, on est unanime que ce sont deux conflits fonciers qui opposent Sitiéna et Djongolo. Le premier, qui date déjà, avait fait l’objet d’une procédure et la justice aurait même prononcé un verdict. Quant au deuxième conflit, qui est moins récent que le premier, il serait à l’origine de ces affrontements. Il s’agit d’un bas-fond situé entre Sitiéna et Djongolo, qui est disputé par les deux parties. Le problème a été porté devant les autorités administratives. Mais après plusieurs tentatives de conciliations, les deux parties étaient restées dos à dos ; chacune étant restée campée sur sa position. On aurait même appris qu’après une dernière médiation du village de Tengréla, il était finalement décidé de passer aux pratiques traditionnelles pour régler définitivement cette question.

Cela aurait été prévu pour ce dimanche 30 juin 2019, jour de repos des producteurs de la zone. Contre toute attente, un certain nombre de producteurs du village de Sitiéna, au nombre de 4, semble-t-il, se seraient rendus le samedi 19 juin 2019 sur le terrain litigieux pour l’exploiter. Plusieurs producteurs de Djongolo «3» s’interposèrent et s’ensuivra une bastonnade avec comme conséquence, des blessés par machettes dans le camp de Sitiéna. Aussitôt, le village a été alerté, et comme si c’était préparé, quasiment tous les habitants, leurs femmes comprises, font une descente musclée sur Djongolo «3» qui serait en quelque sorte un hameau de culture de Sitiéna. Les habitants de Djongolo «3» ont eu la vie sauve grâce à leur jambe. Alertées à leur tour, les populations de Djongolo I et II viennent au secours de leurs «protégés».

Ils viennent trouver en face, les habitants de Sitiéna un peu plus confiants après leur forfait, qui avaient replié à la frontière entre les deux villages. Une situation toujours précaire Les deux camps se regardèrent en chiens de faïence sans agir pendant un long moment. Mais Djongolo, qui était meurtri, avait son plan. Armés de fusils, les plus courageux parmi lesquels des chasseurs dozos, laissent le grand groupe dans le face-à-face et prirent la brousse jusqu’à Sitiéna. Là, c’était la vengeance qui avait commencé. La première victime fut une personne influente du village, à qui la population de Djongolo en voulait dans ce conflit latent. Il a été assassiné à domicile avec un de ses amis avec qui il se trouvait. C’est également à cet endroit que les autres victimes par balles ont été touchées. Cette scène sinistre aurait créé une véritable psychose à Sitiéna.

Les manifestants de Sitiéna ont tout détruit à leur passage : les vivres, les maisons, le matériel roulant avant de mettre le feu. Le conflit communautaire de Sitiéna et Djongolo a fait comme bilan officiel selon les sources sécuritaires, 5 morts. Mais de sources proches des victimes, on dénombre une dizaine de morts. On y compte plusieurs blessés dont certains par balles et par asphyxie. Certains des blessés ont été évacués au CHUSS de Bobo-Dioulasso et d’autres sont dans un état grave au CHR de Banfora. Ce dimanche 30 juin 2019 dans la matinée, certaines familles étaient toujours à la recherche des leurs. Au CHR de Banfora, on comptait plus d’une dizaine de blessés issus de ces affrontements meurtriers, dont la majeure partie par balles.

Les dégâts matériels sont inestimables à Djongolo «3» comme à Sitiéna. Ceux du quartier de Djongolo présente un décor effroyable car tout a été complètement détruit. Dans la soirée du samedi 29 juin 2019, les Forces de défense et de sécurité ont été aussitôt sur le terrain et sont revenues dans la nuit. Selon une source sécuritaire jointe au téléphone sur le terrain, c’est le calme précaire qui règne dans ces villages ce dimanche matin. Le village de Sitiéna est situé à 7 km environ au Sud-Ouest de Banfora. Il est voisin des villages de Kiribina, Djongolo, Tiékouna, Nékankanlou et Niankar. Ces affrontements ont provoqué des déplacements des populations de Sitiéna vers les villages voisins et même Banfora. Tout au long des routes, on pouvait les percevoir à pied, à vélo ou à moto, des femmes, des enfants et des personnes âgées qui partaient se mettre à l’abri dans les villages voisins. C’était véritablement la panique, car des rumeurs circulaient sur un éventuel retour des assaillants au cours de la nuit.

Mamadou YERE

Inhumation du général Bila Zagré : le patriarche repose à Ponsomtenga

Décédé le 26 juin 2019, à Ouagadougou, le général de brigade Bila Jean Gérard Zagré a été conduit à sa dernière demeure, le samedi 29 juin, à Ponsomtenga, son village natal, dans la commune rurale de Komsilga.

Le général de brigade Bila Jean Gérard Zagré repose désormais aux côtés des siens à Ponsomtenga, sa terre natale, à la périphérie Sud de la capitale burkinabè. Il y a été enterré dans l’après-midi du samedi 29 juin 2019. Après les derniers hommages des plus hautes autorités du pays et l’absoute à la cathédrale de l’Immaculée-conception de Ouagadougou, le long cortège funèbre du général s’est ébranlée en direction de son patelin, sous un soleil de plomb. Parents, amis, sympathisants, frères d’armes et anonymes étaient de la procession mortuaire. Dans sa famille, celui qui a vu le jour le 24 juillet 1925 à Kati, au Mali, a encore eu droit à des hommages. Plusieurs parents et connaissances ont défilé devant la dépouille pour dire leurs adieux. Le représentant de la famille, Alain Jean-Claude Zagré, a témoigné sa gratitude à tous ceux qui, de près ou de loin, leur ont apporté soutien et réconfort depuis l’annonce du décès de leur père. A son avis, le général Bila Zagré n’appartient à sa famille que de nom. En témoigne, selon lui, cette forte mobilisation du public de diverses catégories sociales, qui l’a accompagné à sa dernière demeure. Officier de l’armée voltaïque, le nonagénaire a inculqué des valeurs de discipline et de rigueur à ses enfants, à entendre l’aîné.

Ces valeurs, a-t-il souligné, le général les a, sans doute, héritées de son père, le lieutenant Gomtibo Zagré. Le chef de Ponsomtenga a, par la voix de François Zagré, salué la mémoire du défunt et loué ses qualités de rassembleur. Quant au général de division à la retraite Ibrahim Traoré, qui a prononcé l’oraison funèbre, il a rappelé que le disparu a été incorporé le 6 novembre 1943 au Régiment des tirailleurs sénégalais. «Très dynamique», a-t-il poursuivi, il accède aux grades de caporal en 1944, caporal-chef en 1946, sergent en 1947, sergent-chef en 1953, sergent-chef major en 1954, adjudant en 1956, sous-lieutenant en 1958 et lieutenant en 1960. Rappelé dans l’armée voltaïque en 1961, il est promu capitaine en 1964, commandant en 1968, lieutenant-colonel en 1973, colonel en 1978 et général de brigade à titre exceptionnel en 1979. L’homme de 94 ans a aussi occupé des portefeuilles ministériels et reçu plusieurs médailles. Le patriarche laisse derrière lui 15 enfants, 37 petits-fils et un arrière-petit-fils.

Mady KABRE

 

Quelques témoignages sur le défunt

Général Kwamé Lougué, frère d’armes :

«J’ai servi sous ses ordres». «Je suis beaucoup plus jeune que le général Zagré. J’ai servi sous ses ordres quand il était chef d’Etat-major général des armées. Il était un officier de valeur, de principe et surtout qui avait à cœur d’éduquer et de former les jeunes. Si j’ai aussi gravi les échelons jusqu’au grade de général, c’est grâce à ses conseils. Je ne peux que souhaiter la cohésion et le bonheur dans sa famille. Il a été un officier rigoureux qui a aussi assuré des fonctions ministérielles dans la droiture, la dignité et dans l’amour de sa patrie. Il était un patriote».

Amélie Bélem, fille aînée :

«Il était un père aimable et rigoureux». «Notre père nous a inculqué toutes les valeurs morales, notamment l’amour du prochain, le pardon et surtout l’humilité. Ces valeurs cardinales me restent gravées dans la mémoire. Il était un père très aimable mais rigoureux dans l’éducation. Les défauts comme le mensonge, le vol, n’étaient pas tolérés».

Alain Zagré, fils aîné :

«C’est un baobab qui est tombé». «Il n’est pas facile de résumer une vie de plus de 90 ans en quelques minutes. Mais ce sont les valeurs comme l’humilité, l’engagement, la rigueur, la discipline, l’amour du prochain et le travail bien fait qui ont caractérisé notre père. Et il a forgé en chacun de nous, ces valeurs. Aujourd’hui, son départ est comme un grand baobab qui tombe».

M.K.

Sécurité transnationale : les trafics illicites alimentent le terrorisme, selon un rapport

La conférence de Munich sur la sécurité transnationale a publié un nouveau rapport sur le domaine, le vendredi 28 juin 2019, à Abuja au Nigéria. C’était en présence du président en exercice du G5-Sahel, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré et de son homologue nigérian, Muhammadu Buhari.

Les crimes organisés et les flux illicites menacent la paix et la sécurité des Etats dans le monde, selon le rapport 2019 de la Conférence de Munich sur la sécurité. Le document a été rendu public, le vendredi 28 juin 2019 à Abuja, en marge du 55e sommet de la CEDEAO, en présence du président en exercice de l’Organisation, Muhammadu Buhari et du président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, qui dirige le G5-Sahel. Selon le chef des opérations de la Conférence de Munich sur la sécurité transnationale, Benedikt Franke, la mondialisation a permis aux Etats de réaliser des progrès en termes de développement, mais elle a également permis aux personnes mal intentionnées d’entreprendre des projets maléfiques à grandes échelles. «Ce sont les trafics de drogue et d’humains, le transfert illicite des capitaux et bien d’autres crimes organisés», a-t-il précisé. Il ressort du rapport, selon M. Franke, que le trafic illicite a généré plus d’un milliard 800 millions de dollars de recettes dans le monde en 2018.

Ces ressources à la provenance douteuse, a-t-il fait savoir, servent à financer les groupes terroristes à travers le monde. Après ce tableau peint en noir, le président en exercice du G5-Sahel, le président du Faso, est monté à la tribune. Pour Roch Marc Christian Kaboré, la question de la sécurité transnationale est devenue, ces dernières années, un défi majeur, du fait de l’augmentation des mouvements illicites et surtout de l’ingéniosité dont font preuve leurs auteurs. «Les groupes armés terroristes, qui endeuillent les populations des pays membres du G5 Sahel, et ceux du Bassin du Lac Tchad, sont financés, en partie, par les ressources des mouvements illicites», a-t-il dénoncé. Face à cette situation, a indiqué le président Kaboré, le G5-Sahel a été mis en place avec pour objectif de mutualiser les moyens pour une action collective et efficace en Afrique de l’Ouest.

«Cela s’est traduit par le renforcement de la coopération régionale et des mécanismes de gouvernance entre les Etats membres», a-t-il fait savoir devant un parterre de personnalités et d’experts des questions sécuritaires réunis pour la circonstance. Mais, pour le chef de l’Etat burkinabè, le terrorisme, qui est un phénomène mondial, nécessite, au-delà de l’Afrique de l’Ouest, d’autres formes de coopération plus larges et une certaine solidarité. C’est de cette manière, que les pays pourront se préserver de l’instabilité et des conflits alimentés et soutenus par les mouvements illicites, qui ne cessent de s’accroître ces dernières années, notamment dans les zones frontalières des Etats. Il s’est donc réjoui de la tenue de la table ronde d’Abuja, et surtout de la publication du rapport 2019 de la Conférence de Munich qui s’investit depuis des années dans la recherche de solutions aux problèmes liés à l’insécurité transnationale. «Le rapport met en lumière certains mouvements illicites et leurs liens avec l’instabilité, la violence et les conflits.

Nous devons saisir l’opportunité de la présente rencontre pour instaurer des échanges féconds, afin d’approfondir les solutions proposées, une lutte efficace», a souhaité le président du Faso. Son homologue Muhammadu Buhari, dont le mandat à la tête de la CEDEAO vient de s’achever, a appelé les Etats à faire bloc contre les crimes transnationaux. De l’avis du président Buhari, ces vastes réseaux compromettent le développement des pays et particulièrement ceux de l’Afrique subsaharienne. «Le transfert illicite des capitaux est un obstacle à la lutte contre la corruption et l’occupation des groupes terroristes qui écument nos territoires», a-t-il déclaré. Il s’est engagé à plaider auprès de son successeur à la tête de la CEDEAO afin que les bases de la collaboration entre la CEDEAO, le G5-Sahel et la Conférence de Munich sur la sécurité se renforcent dans les années à venir.

Beyon Romain NEBIE

nbeyonromain@yahoo.fr

Depuis Abuja (Nigeria)

Espace CEDEAO : les dirigeants s’engagent pour une monnaie unique

Le 55e sommet ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) s’est tenu, le samedi 29 juin 2019, à Abuja au Nigeria. Outre les nombreux dossiers examinés, le président du Niger, Mahamadou Issoufou, a été élu président en exercice, pour un mandat d’un an.

Le président de la République du Niger, Mahamadou Issoufou, est le nouveau président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Ainsi en ont décidé ses pairs, au terme du 55e Sommet ordinaire de l’organisation régionale, tenue le 29 juin 2019, à Abuja au Nigéria. Il succède à Muhammadu Buhari, président de la République fédérale du Nigeria, qui a dirigé la CEDEAO les douze derniers mois. «Présider la CEDEAO à cette étape de son évolution est une lourde mission.

Je souhaiterais faire à notre communauté, un pas supplémentaire sur la voie de l’intégration économique et sociale de nos pays. Je remercie mes pairs pour la confiance qu’ils viennent de me témoigner pour présider aux destinées de notre organisation commune», a indiqué le président Issoufou dans un Tweet. Au cours de la rencontre à huis clos, les chefs d’Etat ont abordé plusieurs dossiers. Selon le ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la Coopération, Alpha Barry, le sommet a été dominé par la question sécuritaire au sein de la CEDEAO et particulièrement dans les pays du Sahel. Dans ce cadre, les chefs d’Etat ont décidé de la tenue «très prochaine» d’un sommet extraordinaire sur la sécurité à Ouagadougou, a-t-il indiqué.

L’idée de ce rendez-vous, a expliqué le ministre Barry, est née de «l’initiative d’Accra», une rencontre de quelques chefs d’Etat de pays voisins, dont le Burkina Faso, qui a eu lieu en février 2019. Sur la question de la monnaie unique, (l’éco), qui était très attendue, la volonté des dirigeants d’aller vers cette devise a été réaffirmée. «La plupart des chefs d’Etat ont émis le souhait que l’échéance de 2020 fixée pour la mise en place de cette monnaie puisse être respectée», a précisé le représentant burkinabè.

Cependant, a-t-il fait savoir, le projet exige une convergence économique, et un certain nombre d’Etats ne remplissent pas ces conditions. Face à cette situation, la mise en route de la devise appelée à être administrée par une banque centrale de type fédéral, selon le patron de la diplomatie burkinabè, pourrait démarrer avec ceux qui sont à jour, en attendant que les autres pays ne s’y conforment. Il a également été question de la situation sociopolitique en Guinée-Bissau, notamment le mandat de la force armée de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (ECOMOG).

Concernant le prolongement du mandat de cette force, tous les Etats ne se sont pas montrés favorables au projet. «Certains pays dont le Burkina Faso, ont estimé que vu les défis sécuritaires auxquels ils font face, ils ne peuvent pas continuer indéfiniment à déployer les troupes», a laissé entendre Alpha Barry. Le sommet a encouragé la Commission de la CEDEAO à poursuivre les réformes en cours ainsi que l’approfondissement du processus en faveur de l’intégration des peuples, des biens et des services.

«La CEDEAO, une famille»

A l’ouverture des travaux, le président en exercice sortant de la CEDEAO, Muhammadu Buhari, a traduit sa reconnaissance à ses pairs pour la franche collaboration et les soutiens dont il a bénéficié durant son mandat. «La CEDEAO est une famille et votre disponibilité témoigne de notre engagement à construire une communauté de destin», a-t-il lancé. S’agissant de son bilan, le président Buhari a fait savoir que des progrès ont été réalisés dans le domaine de la gouvernance politique avec à la clé, des élections démocratiques et pacifiques au Sénégal, au Mali ainsi que dans son propre pays, le Nigeria. Il a reconnu, cependant, que sur le plan sécuritaire, la région reste confrontée à plusieurs défis. «Les attaques terroristes qui se sont multipliées ces douze derniers mois touchant plusieurs Etats membres et les conflits communautaires ont mis à mal la cohabitation entre les populations», a regretté le chef de l’Etat nigérian.

Exprimant sa solidarité aux proches des victimes du terrorisme, il a invité les Etats à poursuivre les efforts et développer des initiatives dans le sens de la collaboration, en vue de faire face au phénomène. Pour le président de la Commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou, la multiplication des crimes terroristes et leur extension dans la sous-région interpellent sur l’urgence d’agir. «Le poids du financement de la lutte contre cette insécurité grandissante sur les budgets des Etats, a atteint des niveaux qui compromettent les équilibres financiers et le développement économique et social», a précisé l’Ivoirien. Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, Mohamed Ibn Chamas, qui a assisté aux travaux, a réaffirmé la disponibilité de l’instance mondiale à accompagner la CEDEAO sur ses différents chantiers du développement. A ce sommet, l’organisation ouest-africaine a honoré la mémoire de l’ancien secrétaire général de l’ONU Koffi Annan, décédé l’année dernière. Il a reçu, à titre posthume, le prix d’honneur (décerné aux éminentes personnalités), pour ses efforts en faveur de l’intégration, de la paix et du développement en Afrique de l’Ouest. Dr Améyo Adadevoh du Nigeria dans la catégorie «Prix du Citoyen méritant» et la chorégraphe franco-sénégalaise, Germaine Acogny, «Prix des Arts», ont aussi été récompensées.

Beyon Romain NEBIE

Depuis Abuja

Lutte contre le paludisme au Burkina Faso : plus de 12 millions de moustiquaires à distribuer gratuitement

Le ministère de la Santé a lancé, le vendredi 28 juin 2019 à Bobo-Dioulasso, la quatrième campagne nationale de distribution universelle de Moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action (MILDA) au Burkina Faso. Au total, plus de 12 millions de moustiquaires seront distribuées gratuitement à la population.

En 2018, les données statistiques montrent une forte incidence du paludisme avec près de douze mille (12 000) cas notifiés ayant occasionné plus de quatre mille (4 000) décès, selon le ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de la Cohésion sociale, Siméon Sawadogo. «Ce tableau peu reluisant nous interpelle tous et nous exhorte à plus d’engagement dans la lutte contre le paludisme», a fait comprendre M. Sawadogo. En vue de vaincre le fléau, le ministère de la Santé a lancé la quatrième campagne nationale de distribution universelle de Moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action (MILDA) au Burkina Faso. La cérémonie de lancement a eu lieu le vendredi 28 juin 2019, sous le patronage du Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, représenté à cette occasion par le ministre Siméon Sawadogo.

Au total, plus de 12 millions de moustiquaires seront distribuées gratuitement à la population. La présente campagne de distribution connaît une innovation majeure, a déclaré le représentant du Premier ministre. Cette innovation, à l’en croire, est l’introduction des moustiquaires de nouvelles générations en vue de faire face à la résistance des moustiquaires aux insecticides couramment utilisés.

La distribution se déroulera en deux phases. La première phase de l’opération va couvrir la période du 29 juin au 3 juillet 2019 et va concerner 10 régions. Il s’agit notamment des régions du Centre, du Centre-Est, du Centre-Ouest, du Centre-Nord, du Centre-Sud, de l’Est, du Nord, du Plateau central et du Sahel. La deuxième phase de cette campagne se déroulera du 7 au 11 août prochain et va concerner les régions de la Boucle du Mouhoun, les Cascades, et le Sud-Ouest. Le paludisme demeure un problème majeur de santé publique au Burkina Faso, a rappelé Siméon Sawadogo.

«Toute la population est à risque, en particulier, les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans qui constituent les groupes les plus vulnérables», a-t-il poursuivi. C’est pourquoi, au nom du Chef du gouvernement, il a exhorté les populations à en faire bon usage, en dormant toujours sous leurs moustiquaires et à assainir et promouvoir l’hygiène du cadre de vie. Avant de réitérer la gratitude du gouvernement burkinabè aux partenaires financiers et techniques.

«Zéro palu ! Je m’engage»

Pour la directrice-résidente de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Burkina Faso, Dr Alimata Jeanne Diarra, cette opération devra permettre au pays d’avancer vers la couverture universelle en matière de prévention contre le paludisme. Car, de l’avis de Mme Diarra, l’investissement dans la couverture universelle est le meilleur moyen de faire en sorte que toutes les communautés aient accès aux services dont elles ont besoin pour combattre le paludisme. La cérémonie de lancement de la campagne nationale de distribution universelle de MILDA a été couplée à la commémoration de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme (25 avril de chaque année).

Placée sous le thème : «Zéro palu ! Je m’engage», l’objectif de cette journée est d’attirer l’attention de la communauté internationale et de mobiliser davantage les décideurs et les populations sur cette maladie. «Le thème retenu cette année souligne la nécessité de donner des moyens d’action aux individus, partout dans le monde, pour que chacun prenne l’engagement personnel de sauver plus de vies et d’aider les collectivités et les économies à prospérer en éliminant le paludisme», a laissé entendre Mme Diarra. Tout en invitant les partenaires à poursuivre l’accompagnement du gouvernement, elle a rassuré de la disponibilité de l’OMS à apporter le soutien nécessaire dans la lutte contre le paludisme. L’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Burkina Faso, Andrew Young a, pour sa part, souligné que «la route est encore longue, le défi reste énorme». D’où son invite aux populations à s’engager dans la lutte contre le fléau.

Au cours de la cérémonie, des prix ont été décernés au meilleur centre hospitalier et aux quatre meilleurs districts sanitaires. Ainsi, Le centre hospitalier régional de Banfora est le meilleur centre hospitalier. Le district sanitaire de Thiou dans la région du Nord est classé premier, suivi de celui de Yako. Le district sanitaire de Boussouma au Centre-Nord vient en troisième position devant le district sanitaire de Ténado au Centre-Ouest.

Boudayinga J-M THIENON

Y croire

La 55e session ordinaire de la conférence des chefs d’Etat de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a décidé d’«une approche graduée» pour l’adoption d’une monnaie commune au 15 pays de l’institution, l’Eco, d’ici l’année prochaine. A l’image du débat actuel sur l’abandon ou non du Franc CFA, l’adoption d’une monnaie de la CEDEAO a été la décision la plus médiatique, commentée avant même d’être actée par les chefs d’Etat réunis en l’absence d’un des poids lourds de la zone UEMOA, le président sénégalais, Macky Sall. En soit, l’adoption d’une devise unique est le curseur d’une intégration économique, car facteur potentiel d’accélération des autres formes d’intégration (politique, institutionnelle, sociale, culturelle…).

Pourquoi ne pas y croire au moment où la question de la création de cette monnaie unique, dont le projet est vieux comme l’organe lui-même, connaît enfin des avancées notables. Annoncée en 2000 pour 2009 dans un premier temps, la mise en place de la monnaie commune CEDEAO qui a fini par devenir un mirage, a été reportée pour 2015, au regard de certains obstacles préalables à surmonter au sein de l’UEMOA d’une part, et d’autre part, dans la Zone monétaire ouest africaine (ZMAO) regroupant les pays ayant leurs propres banques centrales comme le Nigeria et le Ghana. Cette fois semble être la bonne, même si la décision fait sourire certains spécialistes et de nombreux «Saints Thomas». Ceux-ci ne promettent pas moins à la future monnaie commune CEDEAO que le destin du Franc malien (1962-1984) créé en droite ligne de l’affirmation de l’indépendance du pays, c’est-à-dire non convertibilité, menace permanente de dévaluation, taux d’inflation hors norme. Le principal argument des «Ecopessimistes» semble être les difficultés objectives qu’ont les pays de l’UEMOA à faire respecter les huit critères de convergences (taux d’inflation moyen annuel, ratio dette intérieure-dette extérieure sur PIB nominal, non accumulation d’arriérés internes et externes et le fameux ratio masse salariale sur ressources propres qui ne devrait pas excéder 35% …) dans la zone franc et le géant Nigérian qui formalise la 2e zone monétaire avec les autres pays anglophones de l’espace CEDEAO.

Qu’à cela ne tienne, il y a fort à parier que toutes ces contraintes et hypothèses ont été prises en compte dans l’élaboration des documents de base de la décision des chefs d’Etat. Du reste, le débat sur les critères de convergence devrait substantiellement évoluer car, dans une zone monétaire comme celle de la CEDEAO, basée non pas sur «l’import-export» mais sur le commerce intra zone essentiellement, ces critères, tels qu’ils sont édictés, ne devraient plus être prééminents. Une raison de plus pour accréditer la soudaine décision des dirigeants de l’Afrique de l’Ouest qui, du coup, abordent le débat sur le F CFA par le bon bout. En effet, décider de ne rien décider dans le projet de monnaie CEDEAO reviendrait à cautionner un scenario.

Au gré des contingences diverses, les pays pourraient individuellement être amenés à rallier une zone monétaire préalablement rejetée, avec les clauses les plus instables, prêtes à voler en éclats à la moindre contrariété. En tous les cas, la CEDEAO semble avoir amorcé la dernière ligne droite et plus rien ne devra pouvoir l’arrêter, pourvu que l’ensemble des pays concernés continuent de parler le même langage. C’est le souhait pour le bonheur des 335 millions d’hommes et de femmes de la communauté.

Par Mahamadi TIEGNA

mahamaditiegna@yahoo.fr

Gouvernance au sein des partis politiques : le MPP à l’école du Parti communiste chinois

Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a organisé, le dimanche 30 juin 2019 à Ouagadougou, un colloque sur le renforcement des capacités de gouvernance au profit de ses membres. Au cours de la rencontre, les militants du parti se sont approprié les expériences d’une délégation de cadres du Parti communiste chinois (PCC).

Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) veut s’inspirer du modèle chinois pour le développement du Burkina Faso. A cet effet, le parti politique a organisé, hier, dimanche 30 juin 2019 à Ouagadougou, un colloque de partage d’expériences entre ses cadres et ceux de Parti communiste chinois. Le président par intérim du MPP, Simon Compaoré, a justifié la tenue d’une telle rencontre par le manque de formation de certains de ses camarades. «Malgré notre brillante victoire lors des élections législatives et présidentielle de 2015, nous avons besoin de nous former, nous organiser pour surmonter certains écueils et répondre aux multiples attentes des militantes et militants du MPP», a-t-il expliqué. Pour lui, la méconnaissance de l’organisation du parti, de son fonctionnement, de la discipline et du centralisme démocratique, par des membres, constitue un véritable handicap à la consolidation des bases du MPP.

Il s’est donc réjoui que toutes les structures de son parti soient représentées au colloque. Persuadé que cet échange d’expériences servira de coup d’accélérateur à la formation politique des militants du MPP, Simon Compaoré a émis le vœu que le Centre de formation politique Kwamé Nkrumah, initiateur de l’activité, devienne une académie politique. «Elle sera ainsi une école où des militants consciencieux et dévoués à la cause du président Roch Marc Christian Kaboré seront formés afin de lui assurer des victoires plus éclatantes au bénéfice du peuple burkinabè», a relevé M. Compaoré. Si le parti au pouvoir attend beaucoup de son partenaire stratégique le PCC, le président par intérim du MPP et ses camarades ont aussi montré leurs savoir-faire à leurs hôtes chinois. «Notre parti, un an après sa création, est sorti victorieux des consultations électorales de 2015. En cinq ans d’existence nous avons des acquis que nous avons voulu partager avec nos amis chinois», a soutenu M. Compaoré. Puis, d’ajouter que cette rencontre a aussi été l’occasion de parler de l’insurrection populaire que toutes les forces politiques de la nation ont menée.

Abdoulaye BALBONE

Accusation de sorcellerie dans le Boulgou : le gouverneur met en garde des guérisseurs

Des dénonciations des cas de sorcellerie par des guérisseurs et guérisseuses dans les communes rurales de Bané et de Bagré, dans la province du Boulgou, région du Centre-Est, créent le désordre depuis un certain temps dans ces deux localités. Informé, le gouverneur de la région, Antoine Ouédraogo, a échangé avec ces guérisseurs et guérisseuses, le jeudi 27 juin 2019, à Tenkodogo.

«Depuis un certain temps, il y a un phénomène d’installation de guérisseurs dans notre région, plus particulièrement dans la province du Boulgou dont l’activité consiste essentiellement à la dénonciation de cas de sorcellerie. Cela a pour conséquence l’exclusion sociale, avec les désagréments qui s’en suivent. Nous avons jugé bon de les rencontrer pour recadrer leur activité parce qu’ils travaillent dans l’illégalité. Car, ne disposant pas d’autorisation d’exercer. De plus, ces dénonciations vont porter un coup à la cohésion sociale et au vivre-ensemble dans notre région. Ils devraient se limiter à soigner uniquement les malades plutôt que de dénoncer des cas de sorcellerie», a déclaré le gouverneur du Centre-Est, Antoine Ouédraogo, à l’entame de sa rencontre avec les guérisseurs, venus des villages des communes de Bané et Bagré. Il a étayé ses propos par des cas de dénonciation qui lui sont parvenus, notamment des cas de personnes qui ont été violentées, ligotées et frappées par des Kogl-wéogo.

Celles-ci ont porté plainte, soit à la police, à la gendarmerie et même auprès du procureur près le Tribunal de grande instance (TGI) de Tenkodogo. «Je suis devenu guérisseur par un don de Dieu. Je n’ai pas acquis mon don à la suite d’une maladie et je ne m’y attendais pas. Je n’ai pas cherché non plus ce pouvoir de guérir. J’ai eu une vision un soir où j’ai été investi du pouvoir de soigner. Ceux qui m’ont donné ce pouvoir, m’ont instruit de soigner toutes sortes de maladies», a déclaré Adama Dabré, guérisseur du village de Bourma, commune de Zabré. Selon lui, sa méthode de travail ne consiste pas à dénoncer la sorcellerie ; ce sont les malades eux-mêmes qui dénoncent les auteurs pendant la transe de délivrance. Adama Dabré a dit avoir compris le message du gouverneur, à savoir éviter d’accuser de sorcellerie des personnes.

Car, cela met à mal la cohésion sociale. Comme Adama Dabré, les guérisseurs ont pris l’engagement de ne plus faire des dénonciations en matière de sorcellerie, mais de soigner leurs malades sans tenir compte de leurs aveux. Si la venue des guérisseurs dans la commune de Bané a été salutaire pour la population, le maire Issouf Kéré a déploré, cependant, le fait que cette situation, au regard des conflits générés par les cas de dénonciation de sorcellerie, soit devenue un problème. Il a dit avoir reçu des plaintes de la population, notamment des femmes accusées de sorcellerie et au moins une vingtaine de familles de sa commune sont en difficulté à la suite de dénonciation de sorcellerie. «En plus du fait que certaines personnes sont chassées de leurs familles, il y a également des mésententes, des discordes et des conflits familiaux. Une situation conflictuelle devenue inquiétante», a-t-il ajouté. Les préfets, les maires et les forces de l’ordre ont été instruits à cet effet par le gouverneur pour l’exécution des instructions et des sanctions seront prises à l’encontre des contrevenants, a prévenu Antoine Ouédraogo.

Bougnan NAON

Procès du putsch : «Tout le monde est responsable», selon Me Adrien Nion

Devant le tribunal militaire de Ouagadougou, le vendredi 28 juin 2019, des avocats ont demandé la clémence pour neuf accusés. Certains d’entre eux ont plaidé à la fois coupables pour certains faits commis par leurs clients et non coupables pour d’autres, avec à l’appui, des éléments justificatifs.

Me Adrien Nion a ouvert le bal des interventions de la défense à l’audience du vendredi 28 juin 2019 au tribunal militaire de Ouagadougou. Il a plaidé l’acquittement pour le capitaine Gaston Kaboré, celui qui a ramené de la frontière ivoirienne, par hélicoptère, du matériel de maintien d’ordre et une valise contenant de l’argent. Le capitaine ignorait le contenu de cette valise, a soutenu le conseil pour qui, dans cette «malheureuse» affaire de coup d’Etat, tout le monde est responsable pour n’avoir pas assuré le «service après-vente» à l’issue de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. «Si nous avions poursuivi l’insurrection jusqu’au départ d’une certaine classe politique, le putsch ne serait pas arrivé», a argué le défenseur. Il en a aussi voulu au Conseil national de la Transition qui a pris sur lui la responsabilité d’exclure certains des compétitions électorales. «Quand on exclut des gens qui ont gouverné le pays pendant 27 ans et qui ont des relais dans toutes les couches sociales, on va tout droit dans un putsch», a-t-il souligné. Pour son second client, l’adjudant-chef Jean Florent Nion, Me Nion a demandé le sursis dans des proportions telles que le sous-officier ne perde pas son emploi, contrairement aux 15 ans de prison ferme requis par le parquetsurtout qu’il a fait étalage de vérité dans sa narration des faits. Autrement, la juridiction enverrait un mauvais signal selon Me Nion, car il «ne conseillerait pas plus à un accusé de dire la vérité si cela ne peut pas lui valoir quelque reconnaissance».

La deuxième plaidoirie du jour, celle de Me Bertin Kiénou, était en faveur du major Eloi Badiel contre qui l’accusation a requis 25 ans de prison ferme. Le conseil a admis la culpabilité du major dans seulement la prise en otage des autorités. Il a considéré l’enlèvement et la séquestration comme une situation non irrémédiable que le général Gilbert Diendéré a décidé de pousser jusqu’au renversement du régime alors en place. Aux dires du conseil, son client est complice de l’attentat à la sûreté de l’Etat et non auteur, car il n’a fait qu’obéir à l’ordre de ses supérieurs, sans avoir pris part à la résolution concertée et délibérée d’agir. Me Kiénou a, du reste, noté que le parquet n’a pas pu prouver qu’Eloi Badiel est auteur de violences ayant causé la mort ou des blessures sur des victimes.

«A défaut d’une étude balistique rattachant indubitablement ces faits à des auteurs identifiables, l’accusation a recouru à la généralisation interdite en droit pénal», a argumenté Me Kiénou. Au finish, selon lui, M. Badiel devrait bénéficier, concernant l’attentat à la sûreté de l’Etat, de circonstances atténuantes consistant entre autres, à la non-préméditation de l’arrestation des autorités et au fait qu’il a agi sous la contrainte et non sur initiative. L’avocat a espéré que l’accusé sera acquitté des faits de meurtres, coups et blessures volontaires. Quant à Me Mamadou Sombié, conseil du lieutenant-colonel Mamadou Bamba, il a indiqué que son client reconnaît amplement les faits de lecture de la déclaration et des communiqués du Conseil national de la démocratie (CND) ainsi que l’accompagnement du cortège du président du CND, le général Diendéré. Cela devrait, s’est convaincu le défenseur, valoir au prévenu un sursis et non les cinq ans de prison ferme plus une amende d’un million F CFA requis par le ministère public.

Cela, parce que l’officier s’est rendu de lui-même à la gendarmerie et a révélé spontanément l’existence de 10 millions F CFA reçus de Diendéré qu’il devait partager avec le colonel Abdoul Karim Traoré. Le second client de Me Sombié est le lieutenant Jacques Limon. Le conseil a plaidé la non culpabilité de l’officier poursuivi pour l’envoi de messages. «Les SMS que Limon a envoyés au capitaine Oussène Zoumbri visaient à remonter le moral à un jeune frère découragé face aux évènements du putsch. Ils n’ont pas pu causer l’attentat à la sûreté de l’Etat, car l’infraction était déjà consommée. Du reste, le destinataire a confirmé qu’ils n’ont eu aucune incidence», a défendu l’avocat. Et de soutenir qu’on ne peut condamner quelqu’un pour des messages malsains sans expertiser son téléphone.

«Moralement, c’est difficile à accepter et juridiquement c’est du jamais vu», a appuyé Mamadou Sombié, convaincu que le parquet en veut à son client qui a osé dénoncer le «marché frauduleux» relatif à l’expertise électronique en vue de ce procès. A ses dires, l’officier ne devait pas être condamné à cinq ans de prison ferme plus une amende d’un million de francs comme l’a souhaité le ministère public, car il porte une décoration et a contribué à faire échouer le putsch, en aidant les artilleurs à déterminer et frapper les positions d’alors de l’ex-RSP.

«Ecartez l’application de l’article 67»

Le sous-lieutenant Seydou Traoré est le troisième accusé sous la coupe de Me Sombié qui a demandé en sa faveur l’acquittement ou à défaut un sursis de six mois contrairement à 15 mois avec sursis requis par le parquet. L’avocat a avancé que cette «bonne graine» qui venait de prendre service à son premier poste dans l’armée mérite un rachat. Il n’a fait qu’obéir aux ordres de ses supérieurs.

Le lieutenant Philippe Ouattara est le quatrième «protégé» de M. Sombié. Celui-ci a souhaité la relaxe ou à défaut trois mois avec sursis pour le «vieux soldat» qui ira à la retraite en décembre. Me Isaac N’Dorimana assure la défense du sergent Ollo Stanislas Poda et de l’adjudant-chef Bonjaté Dibloni. Il a plaidé non couplable pour son premier client pour infractions non constituées. Il a avancé, concernant la complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, l’absence de l’élément matériel et de la préméditation. S’agissant des faits de meurtre et de coups et blessures volontaires, Me N’Dorimana a tablé sur le défaut de preuve d’usage d’arme à feu par son client. Au sujet de l’article 67 du Code pénal relatif aux infractions de conséquence, l’avocat a relevé que la disposition est lacunaire et incomplète.

«Parle-t-elle de responsabilité pénale ? Si oui, cela est contraire à l’article 5 de la Constitution stipulant que les peines sont personnelles. M. le président, la norme constitutionnelle est supérieure. Ecartez définitivement l’application de l’article 67, peu importe les conséquences politico-sociales», a sollicité le conseil de celui contre qui 25 ans de réclusion ont été requis. A propos de son deuxième client, l’adjudant-chef Bonjaté Dibloni, le conseil a affirmé qu’il est poursuivi, parce qu’un officier aurait dit l’avoir vu en patrouille à la place de la Nation et qu’il aurait sécurisé le parcours du président sénégalais Macky Sall, venu en médiateur. C’est la relaxe pour infraction non constituée que Me N’Dorimana a demandée. Pour sa part, Me Latif Dabo, avocat de Abdoul Karim Bagagna dit Lota, a entamé sa plaidoirie en demandant que le tribunal militaire se déclare incompétent pour juger des civils comme son client. Les plaidoiries des avocats de la défense se poursuivent ce lundi 1er juillet 2019.

Jean Philibert SOME