Les résultats de l’élection présidentielle en Mauritanie, annoncés, le dimanche 23 juin dernier par la CENI et donnant vainqueur le candidat du pouvoir, Mohamed Ould Ghazouani avec 52,01% des suffrages, ont été aussitôt contestés par l’opposition. Les quatre opposants en lice pour le scrutin ont rejeté les résultats provisoires estimant «inévitable» la tenue d’un second tour, le 6 juillet, entre l’un d’entre eux et M. Ghazouani. Pour se faire entendre, ils ont annoncé leur intention de contester ce «verdict monté de toutes pièces» par tous les moyens légaux et de manifester pacifiquement pour obtenir satisfaction. La date du lundi 24 juin 2019 avait même été désignée pour la journée de protestation, avant d’être repoussée au jeudi 27 juin prochain pour deux raisons. La première raison évoquée est le match des Mourabitounes pour leur première sélection à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui devait mobiliser la jeunesse.
La seconde raison, aussi capitale que la première, est la non préparation de la marche. En se donnant quelques jours pour mobiliser au niveau national, une option qui semble être politiquement correcte, l’opposition espère ainsi pouvoir manifester légalement. Si Nouakchott, la capitale mauritanienne, était dans le calme dans la matinée du lundi, la soirée a été plutôt mouvementée. La police a effectué une descente musclée aux quartiers généraux des deux candidats d’opposition à l’élection présidentielle, qui contestent la victoire du candidat du pouvoir. Il s’agit de l’anti-esclavagiste, Biram Ould Dah Ould Abeid, arrivé 2e avec 18,58% des voix et le journaliste, Baba Hamidou Kane, qui a obtenu 8,71% des suffrages. Selon ce dernier, la police a chargé gratuitement les militants de son parti regroupés à l’intérieur et en face de leur siège, occasionnant des dégâts matériels et des blessés. Le siège du parti de Biram dah Abeid, n’a pas aussi été épargné par les bidasses. Les deux formations dénoncent des arrestations massives injustes et injustifiées de leurs militants et de nombreux blessés. Sur le plan sécuritaire, elles regrettent une interdiction de manifester contraire à la règlementation en vigueur.
Une position contestée par le camp adverse qui soutient que les quatre candidats de l’opposition se sont réunis lundi vers 14h30 au QG de Biram dah Abeid. A l’occasion, ils se sont entretenus pendant près de deux heures pour, au final, décider de reporter la marche de protestation. Convaincu qu’il s’agit plutôt d’une volonté de taire à tout prix toute contestation, les deux autres candidats malheureux de l’opposition, Mohamed Ould Maouloud et Sidi Mohamed ould Boubacar, ont apporté leur soutien à Biram et à Kane. Les violences du lundi dernier viennent encore durcir les positions et mettre à nu la sempiternelle problématique des élections en Afrique. Celle de scrutins émaillés de fraudes, de corruption, de trafic d’influence sur les électeurs du fait de leur ignorance. Certaines formules politiques du genre «on n’organise pas une élection pour la perdre» ou encore «tel groupe ethnique ou caste n’a pas droit aux privilèges du pouvoir» sont régulièrement utilisées. Et pourtant elles contribuent à semer les germes de la division et de l’autoritarisme que tout pays africain, à l’instar de la Mauritanie qui se trouve actuellement dans une zone de turbulence se doit d’éviter. Au risque de mettre en péril la cohésion nationale et la marche du pays vers un avenir radieux.
La conférence de presse hebdomadaire du Chef de file de l’Opposition politique au Burkina Faso (CFOP) s’est tenue, le mardi 25 juin 2019 à Ouagadougou. Des questions d’actualité ont été essentiellement abordées.
L’opposition politique burkinabè a sacrifié à la tradition en tenant, hier mardi 25 juin 2019, sa rencontre hebdomadaire avec les journalistes. Animée par le président de l’Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF-RDA), Maître Gilbert Noël Ouédraogo et Arba Abdoulaye, président du Parti des militants pour le peuple (PMP), la conférence a porté, entre autres, sur la révision du Code pénal, les déplacés des zones touchées par le terrorisme et les examens scolaires. Sur le premier point, les représentants du Chef de file de l’Opposition politique au Burkina Faso (CFOP) estiment que le Code pénal récemment révisée par l’Assemblée nationale va porter atteinte à la liberté de presse et d’opinion au Burkina Faso. «Dans le fond cette loi est un coup de massue sur la presse et les leaders d’opinion», a déclaré Gilbert Noël Ouédraogo. Il a ajouté que la modification du texte, qui intervient seulement une année après son adoption, est la preuve que l’élaboration des lois dans notre pays se fait avec une «certaine précipitation». Réaffirmant son soutien aux Forces de défense et de sécurité (FDS), l’opposition a reconnu que dans ce contexte de guerre contre les terroristes toutes les informations ne peuvent être diffusées, certaines pouvant compromettre les interventions militaires. «Toutefois, loin de chercher des solutions au phénomène dont nous sommes victimes, le pouvoir veut plutôt faire en sorte qu’on ne parle plus des Burkinabè des provinces qui meurent en silence.
L’opposition ne saurait, en aucun cas, être complice d’une telle situation», s’est indigné le président de l’ADF-RDA. Concernant le déplacement des populations des zones victimes d’attaques terroristes vers la capitale, notamment dans l’arrondissement n°9, le CFOP a déploré le traitement réservé par l’exécutif à la question. «Ces compatriotes ont fui la mort dans leurs zones d’origine espérant trouver secours auprès des autorités. Mais le gouvernement leur demande de retourner d’où ils sont venus, parce que Ouagadougou ne disposerait pas de commodités nécessaires pour les accueillir. Cela est révoltant», a affirmé le porte-voix du CFOP. Sur les accusations du parti au pouvoir contre des individus qui mobiliseraient des véhicules pour convoyer des personnes présentées comme étant des déplacés des zones terroristes, Gilbert Ouédraogo a rétorqué: «s’il y a des pêcheurs en eaux troubles qui profitent s’infiltrer dans les rangs des populations en détresse, que les services des renseignements prennent les dispositions pour qu’ils soient démasqués». S’agissant du dernier sujet à savoir les examens scolaires au primaire et au post-primaire, l’opposition a fait remarquer que les évaluations se sont déroulées dans un contexte sécuritaire préoccupant. «Plus de 1000 écoles ont connu des fermetures dans les régions du Sahel, du Nord, de l’Est et de la Boucle du Mouhoun pendant l’année scolaire», a déploré le principal animateur de la conférence.
Si le CFOP s’est réjoui de la construction des 100 complexes scolaires dont le lancement est intervenu le 15 juin dernier, il appelle le gouvernement à prendre les «mesures idoines» pour que ces établissements ne connaissent pas le même sort que ceux incendiés ou saccagés, obligeant leurs pensionnaires à rester à la maison.
A Banfora et à Bobo-Dioulasso, le directeur général du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) est en tournée d’explication du projet « Renforcement de la filière musique et ses nouveaux modèles économiques au Burkina-Faso et dans certains pays de l’UEMOA». Un projet présenté à Genève par le BBDA et qui sera financé par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Dans cet entretien, Monsieur Bara souligne l’importance dudit projet pour la musique burkinabè et ses acteurs.
Sidwaya(S.) : Le Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) est porteur d’un projet, adopté par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle(OMPI), de renforcement de la filière musique à travers l’appropriation des nouveaux modèles économiques. Quels sont ces nouveaux modèles économiques ?
Wahabou Bara (W.B.) : Parlant des nouveaux modèles économiques, si vous prenez la filière musique de façon traditionnelle, on produisait les œuvres avec les supports physiques pour les mettre à la disposition des consommateurs. Aujourd’hui avec la dématérialisation et l’explosion du numérique, les modes de consommation ont changé. Aujourd’hui, on n’achète plus la musique, on s’abonne à la musique. C’est le téléchargement, le streaming et l’écoute en flux continu. Qui parle d’abonnement, parle de nouveaux outils qui doivent être mis en place notamment le paiement électronique, les paiements bancaires. Il est aussi question de confort d’écoute parce qu’on écoute également la musique avec des écouteurs. Ces nouveaux modèles économiques, il faut se l’approprier afin de donner une réponse à la fracture numérique.
S.: Comment est née l’idée de ce projet ?
W.B. : C’est un projet qui a été muri dans les laboratoires du BBDA. Avec les collaborateurs, nous avons voulu éviter d’aller faire de la figuration aux instances internationales notamment lors des rencontres de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Nous avons constaté qu’il était possible de proposer des projets relatifs aux filières gérées au sein du BBDA. Malgré l’étude d’impact du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme qui a identifié la musique comme une filière porteuse, elle souffre pour d’une faiblesse de structuration. Nous avons monté un dossier intitulé ’’Développement de la filière musique au Burkina Faso’’ qui a été, dans un premier temps, soumis à l’assemblée de l’OMPI en novembre. Ce projet a été retenu avec comme consigne, du secrétariat de l’OMPI, d’intégrer les observations des autres délégations. Ainsi le projet a été redéfini ‘’Développement de la filière musique au Burkina Faso et des nouveaux modèles économiques dans l’espace UEMOA’’. Il a été adopté le 22 mai 2019 à l’unanimité et sera mis en œuvre pendant 30 mois (2020-2022) avec un budget de 500 000 francs suisse(environ 295 millions de F CFA).
S.: De projet burkinabè, il est devenu sous-régional. Quels sont les pays qui participent à l’initiative?
W.B. : Le projet concerne l’espace UEMOA parce qu’il y a une dynamique sous-régionale. C’est l’occasion de saluer le président de la Commission de l’UEMOA qui abat un excellent travail ainsi que le responsable du département du développement humain, le Pr Filiga Michel Sawadogo, qui ne cesse de nous accompagner par des conseils. Ce projet vise à doter la filière musique, à l’image de l’audiovisuel, de directives. On espère qu’à la fin, ce projet pourra déclencher un projet de directives en faveur de la filière musique. Pour ce genre de projet, trois à quatre pays pilotes sont choisis. Sans devancer l’iguane dans l’eau, vous aurez la Côte d’Ivoire et le Sénégal et évidemment le Burkina Faso qui a porté le projet. Ces pays, membres de l’espace UEMOA, ont certaines similitudes avec le Burkina Faso. Ils ont fait leur demande de participation au projet auprès du secrétariat de l’OMPI.
S.: Le renforcement concernera-t-il tous les acteurs de la filière musique ?
W.B. : Il y a un déficit de structuration des corps de métier dans la filière musique. Dans la plupart des pays de la sous-région, l’artiste est auteur-compositeur, interprète, producteur, souvent distributeur. Alors quand on se retrouve à faire tout cela, il est compliqué de donner la plénitude de son potentiel. Donc ce projet va viser à restructurer les corps de métier, à favoriser une utilisation rationnelle des droits de propriété intellectuelle à des fins de création et de production. Parce qu’ils sont nombreux, ces créateurs qui ne savent pas que de la création des œuvres découlent des droits. Comment ces droits peuvent être utilisés à des fins de production et de diffusion ? Avec les licences multi-territoriales, aujourd’hui n’importe qui peut diffuser à partir de n’importe quel territoire, donc il faut des réponses concertées. Il faut aussi des concertations entre les bureaux de droit d’auteur, les organismes de régulations et leurs ministères de tutelle. Si vous prenez l’audiovisuel, il est constitué de trois infrastructures importantes. Vous avez les fréquences, les programmes et le régulateur. Les programmes sont constitués généralement d’œuvres littéraires et artistiques qui émanent du droit d’auteur. Donc le secteur audiovisuel est tributaire de l’économie du droit d’auteur. Pourtant dans les cahiers de charges, il n’y a pas de renforcement de ce dispositif qui obligerait les organismes de radiodiffusion à s’acquitter de la redevance de droit d’auteur. Il faut travailler sur ces choses parce que dans les missions des organismes de régulation, il est fait mention de protéger les contenus nationaux et africains. Ce sont des débats qui pourront être menés pour parvenir à une meilleure articulation entre les bureaux de droit d’auteur, les organismes de régulation et les ministères de tutelle. Ce projet concerne tous les acteurs de la filière musique.
S.: Est-ce que les journalistes seront-ils pris en compte ?
W.B. : Les journalistes culturels seront pris en compte. Ils seront dans la catégorie des médiateurs culturels parce que ce sont eux qui apportent l’œuvre culturelle au public avec ses codes, ses spécificités. Dans la phase exploratoire, il s’agira d’identifier tous les leviers qu’il faudra activer pour que le projet réponde à toutes les attentes.
S.: Comment va se présenter l’organigramme de ce projet ?
W.B. : L’OMPI fonctionne généralement sur la base du partenariat privé/public. Au niveau du ministère de la Culture, des Arts et du Tourisme, il y aura un point focal chargé de chapeauter le projet. Il y aura également dans la société civile culturelle spécifiquement musicale un point focal et dans chaque pays nous aurons les coordonnateurs locaux en contact avec la responsable du projet au niveau de l’OMPI, Carole Croela
S.: En cas de succès, qu’est ce qui va changer dans la filière musique ?
W.B. : A la fin du projet, pour ne pas devancer l’évaluateur, je pense à une meilleure restructuration de la chaine de valeurs de la filière musique. Je pense à une meilleure utilisation des droits de propriété intellectuelle à des fins de création, de production et de diffusion. Je crois à une meilleure articulation entre les bureaux de droit d’auteur, des organismes de régulation, à l’amélioration des conditions sociales et économiques des acteurs de la musique et une meilleure gestion des droits dans l’environnement numérique. Ce projet sera aussi un moyen pour réduire les conflits. Parce que lorsqu’on ne sait pas comment fonctionne un écosystème, cela peut prêter à confusion et créer des conflits. Il est important d’échanger sur le rôle des uns et des autres. C’est pourquoi pendant la première année, il y aura une équipe exploratoire. Elle consistera à rencontrer les différentes parties prenantes dans chaque pays afin que les acteurs exposent leurs difficultés et leurs aspirations. Il y aura une hiérarchisation des priorités. On ne peut pas tout régler en 22 mois.
Le ministère de l’Economie, des Finances et du Développement a signé, le lundi 24 juin 2019 à Ouagadougou, deux conventions de financement avec l’Agence française de développement (AFD) et la Coopération Suisse. D’un coût global de près de 31 milliards francs CFA, ces accords vont permettre de faire des investissements dans les secteurs de l’eau, de l’agriculture et de la culture.
Le gouvernement burkinabè bénéficie de l’accompagnement de l’Agence française de développement (AFD) et de la Coopération suisse pour la mise en œuvre de programmes de développement. Le lundi 24 juin 2019, à Ouagadougou, le ministre de l’Economie, des Finances et du Développement, Lassané Kaboré, a signé deux conventions de financement avec les deux institutions.
La première, d’un montant global de plus de 24 milliards francs CFA, est un accord de prêt et de don que l’AFD accorde au Burkina Faso pour l’atteinte de l’objectif global d’amélioration d’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement à travers la mise en œuvre du Programme d’investissements et de renforcement des capacités de l’ONEA (PIRC/ONEA). Selon l’ambassadeur de la République française au Burkina Faso, Xavier Lapeyre De Cabanes, cet appui reflète la volonté de son pays à accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre de ses politiques prioritaires.
«L’une d’elle est l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, de façon à permettre, d’ici à 2030, que les populations bénéficient d’eau potable à côté d’elles. Comme l’ONEA et l’AFD travaillent ensemble, il y a plus de 20 ans, nous avons trouvé qu’il était nécessaire de financer ce projet qui consiste à réaliser des investissements structurants et prioritaires dans les communes de Ouahigouya, Séguénéga et Bobo-Dioulasso», a laissé entendre l’ambassadeur français. Le directeur général de l’ONEA, Gandaogo Frédéric François Kaboré, a, d’abord, traduit sa reconnaissance à l’AFD pour ce financement qui vient au secours d’un projet, jadis à l’arrêt, faute de bailleur.
Il va consister, a expliqué le premier responsable de la Nationale de l’eau, à mettre une station de traitement à partir du barrage de Guitti et une conduction d’eau jusqu’à la ville de Ouahigouya sur une distance de 55 kilomètres. «Tous les villages, au nombre de 17, qui seront traversés, vont être alimentés. La commune de Séguénéga, qui est à 22 kilomètres, va profiter aussi de cette adduction d’eau», a précisé M. Kaboré. En outre, il a ajouté qu’à l’intérieur du chef-lieu de la région du Nord, des extensions seront réalisées pour permettre à l’ensemble de la population de profiter de cet apport supplémentaire, car la ville connaît actuellement des difficultés en matière d’eau potable.
… et la Coopération suisse permettront au gouvernement de mettre en œuvre des programmes de développement.
«Il y a le volet de Bobo-Dioulasso qui consiste à réaliser une basse de 5000 mètres cubes à Bolmakoté pour alimenter la zone de Sarfalao», a-t-il souligné. Réduire la vulnérabilité des jeunes La deuxième convention concerne un accord de financement que la Suisse apporte au pays des Hommes intègres à hauteur de 6,9 milliards francs CFA en faveur des secteurs de l’agriculture et de la culture pour une durée de quatre ans. La directrice du bureau de la coopération de l’ambassade de Suisse, Elisabeth Pitteloud Alansar, a rappelé que son pays intervient au Burkina depuis plus de 40 ans dans les domaines de l’appui macro-économique, de l’éducation de base, de la gouvernance, de la démocratie et du développement économique local.
A l’écouter, le financement des deux programmes réaffirme la volonté du gouvernement suisse à appuyer le Burkina dans la mise en œuvre de ses orientations stratégiques de développement inclusif définies dans le Plan national de développement économique et social (PNDES). Pour elle, le Programme de valorisation du potentiel agro-pastoral dans l’Est du Burkina, phase 2 (VALPAPE 2) contribue aux efforts du gouvernement en faveur de l’accroissement de la production et de la création d’emplois décents au profit des jeunes, des perspectives économiques offertes contribuant à réduire la vulnérabilité des jeunes face à l’extrémisme violent.
«Sur le plan culturel, les appuis aux opérateurs culturels nationaux privés, au Fonds de développement culturel et touristique, permettront de renforcer la promotion des activités culturelles comme moyens d’éducation citoyenne, source d’emplois, promotion de la cohésion sociale et de la paix au profit des populations et des femmes en particulier», a dit Elisabeth Pitteloud Alansar à propos du deuxième accord de financement d’un montant de 1,3 milliard francs CFA en faveur de la phase 5 du Programme d’appui au secteur de la culture (PASEC).
Le ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme, Abdoul Karim Sango, a salué ces accords qui vont appuyer, d’une part, la sécurité alimentaire dans la région de l’Est et, d’autre part, aider à mieux structurer le secteur de la culture. «Au nom du gouvernement, nous voulons dire merci à la Coopération suisse, car ce n’est pas tous les jours que nous avons des partenaires qui acceptent injecter des ressources dans le secteur de la culture, élément pourtant déterminant dans le processus de développement du pays», a laissé entendre M. Sango.
Le secrétariat permanent du G5 Sahel, en partenariat avec l’organisation internationale de la Francophonie, tient un atelier de renforcement des capacités d’analyse et de réflexion au profit des centres d’études stratégiques des pays de l’espace et de l’Afrique de l’Ouest, les 24 et 25 juin 2019 à Ouagadougou.
Le secrétariat permanent du G5 Sahel veut changer la donne dans la définition des actions de lutte contre l’insécurité dans les pays d’Afrique de l’Ouest. Pour ce faire, en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie, il a convié les centres d’études stratégiques privés et institutionnels des pays du G5 Sahel et de l’Afrique de l’Ouest à un séminaire de formation, les 24 et 25 juin 2019, à Ouagadougou.
Pour le représentant du secrétariat permanent du G5 Sahel, Mahamadou Samaké, la vision est d’établir une connexion entre décideurs politiques dans les différents pays touchés par l’extrémisme violent et la radicalisation, pour développer de bonnes stratégies de riposte après avoir fait des analyses pertinentes des causes de ces phénomènes.
«Le rôle des chercheurs est de nous édifier sur les causes du terrorisme, de la radicalisation, de l’extrémisme violent et de nous aider à bâtir de bonnes stratégies de riposte»,a-t-il souligné. La rencontre de Ouagadougou, qui fait suite à celle de Bamako, tenue à en 2017, participe de cette vision. Elle devrait, à terme, permettre de mettre en place un réseau régional des centres d’études stratégiques, de créer une plateforme d’échanges entre les chercheurs, les décideurs et la société civile, entre autres.
Parmi les objectifs assignés au séminaire figurent également l’élaboration d’une feuille de route et d’un mécanisme qui garantit l’exploitation des résultats des centres par les décideurs politiques. Des actions de soutien au G5 Sahel La feuille de route vise à définir dans le cadre de la coopération régionale les orientations et activités des centres d’études nationaux en fonction de leurs spécificités.
La représentante du président du conseil des ministres du G5 Sahel, Pauline Zouré, ministre déléguée chargée de l’aménagement du territoire a réaffirmé l’engagement du Burkina Faso, assurant la présidence de l’organisation, pour la mise en œuvre d’outils de réflexion stratégique et d’alerte précoce afin de faire face à l’insécurité qui endeuille les populations. «Depuis 2017, le G5 Sahel, l‘OIF et d’autres partenaires se mobilisent pour renforcer les capacités d’anticipation et de prospectives de nos Etats.
Pour le représentant du secrétariat permanent du G5 Sahel, Mahamoudou Samaké, le rôle des centres de recherche est d’anticiper la survenance des crises et conflits liés au terrorisme.
Mais il revient aux pays sahéliens de développer leurs capacités académiques scientifiques et de recherche afin de contribuer au développement d’une pensée stratégique africaine», a insisté la ministre déléguée. Elle s’est, par ailleurs, réjouie de la participation du centre sahélien d’analyse des menaces et d’alerte précoce à la rencontre. Le représentant de l’organisation internationale de la Francophonie, André Abel Barry a, pour sa part, rappelé que le séminaire de Ouagadougou s’inscrit dans le cadre du mémorandum d’entente signé entre les deux organisations en décembre 2018 à Nouakchott.
«L’action de la Francophonie dans la lutte contre le terrorisme se fonde sur un socle normatif solide que sont la déclaration de Bamako sur la pratique de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone et surtout la déclaration de Saint Boniface sur la prévention des conflits et sécurité humaine de mai 2006», a-t-il relevé. André Abel Barry a aussi fait remarquer que l’OIF a engagé plusieurs actions en soutien au Secrétariat permanent (SP) G5 Sahel. Il a cité les résolutions sur le terrorisme adoptées par les chefs d’Etat et de gouvernements de la Francophonie en 2016 et 2017, l’organisation de la conférence internationale sur la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation violents, le 6 juin 2016 à Paris, entre autres.
Le ministre de l’Energie, Ismaël Bachir Ouédraogo était, courant mai 2019, face à la Rédaction de Sidwaya pour échanger sur plusieurs sujets d’intérêt. Offre énergique, fronde sociale, gouvernance MPP, présidentielle de 2020…, il n’a pas eu sa langue dans sa poche.
Dr Bachir Ismaël Ouédraogo, ministre de l’Energie
Sidwaya (S.) : Nous avons constaté cette année qu’il y a eu moins de délestages pendant les mois d’avril et de mai.Qu’est-ce qui explique cela ?
Dr Bachir Ismaël Ouédraogo (B.I.O.) : C’est la résultante des efforts déployés à l’interne et à l’externe. Je ne l’ai pas fait tout seul, mais avec l’équipe du ministère, de la Société nationale d’électricité du Burkina (SONABEL), de l’Agence burkinabè d’électrification rurale (ABER), de l’Agence nationale des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (ANEREE) et du Projet d’appui au secteur de l’électricité (PASEL).
Nous avons constaté à notre arrivée au département, qu’il y avait un déficit de près de 100 Mégawatts (MW) au Burkina Faso. C’est beaucoup pour un pays qui a une capacité installée d’environ 250 à 300 MW. Rapidement, nous avons essayé de consolider à l’interne en augmentant la production de 50 MW avec une équipe d’urgence grâce à Aggreko. En l’espace de six à sept mois, nous avons ajouté 50 MW à la sous-station de Gounghin. A l’externe, nous avons fait l’interconnexion avec le Ghana.
A ce niveau, il y avait des difficultés, parce que pour un potentiel de 150 à 250 MW, nous étions à 50 MW. Nous avons eu des relations assez soutenues avec le Ghana pour conforter la production. Nous avons été en mesure, avec l’accompagnement d’un certain nombre de Partenaires techniques et financiers (PTF), d’augmenter la production de 120 MW.
Aussi, nous avons développé des mécanismes à l’interne tels que le Back up solaire et l’hybridation des bâtiments publics avec le solaire, parce que le Burkina Faso a l’un des meilleurs ensoleillements au monde. Nous avons poussé dans ce sens pour ajouter de la puissance solaire.
Ce sont toutes ces actions combinées qui ont permis de rattraper le déficit. Car, pour la première fois, depuis plus de dix ans, nous avons rattrapé le déficit entre l’offre et la demande et nous sommes en train d’investir pour aller au-delà de la demande et faire des branchements qui vont permettre au Burkina Faso de sortir des délestages.
S. : Pourquoi dans un pays bien ensoleillé, l’on peine encore à explorer l’énergie solaire ?
B.I.O. : Le secteur de l’énergie a souffert du manque d’organisation et de certification. Ce qui fait que ceux qui ont fait des investissements ont été découragés. C’est pour cela que nous avons créé l’Agence pour la promotion des énergies renouvelables (ANEREE).
Mais, l’énergie solaire, il y a de cela quelques années, était à un niveau où il fallait subventionner ou mettre un certain nombre de moyens pour permettre à ce qu’un investissement puisse être rentable. Depuis 2015, nous avons vu que les paradigmes ont complètement changé en matière d’énergie solaire.
Au Burkina Faso, l’énergie solaire est trois fois plus rentable que l’énergie thermique, parce que le kilowattheure (KWh) à la SONABEL coûte entre 130 et 150 F CFA. Mais, avec l’énergie solaire, vous l’avez à moins de 50 F CFA. Il faut maîtriser la technologie en matière de qualité du matériel et c’est à ce niveau que nous devons faire un effort, parce que certains vont en Chine ou à Dubaï sans expérience aucune pour envoyer des containers de panneaux solaires et s’auto- proclament électriciens.
Des citoyens ont dépensé près de 3 à 4 millions F CFA et se sont sentis grugés à la fin. C’est pourquoi, cette année, nous avons développé le projet Back up solaire qui va être encadré par l’Etat et permettre la sécurisation de l’investissement par une garantie. Je n’excuse ni l’Etat ni le ministère de l’Energie parce que nous avons notre rôle à jouer. Il y a un travail de communication que nous sommes en train d’organiser de façon progressive pour montrer l’intérêt à investir dans l’énergie solaire.
Aujourd’hui, sur la base de la facture que vous payez à la SONABEL, nous pouvons vous faire un investissement solaire sans que vous ne déboursiez 5 F CFA. Vous allez payer l’investissement que vous êtes en train de faire, parce que vous économisez pratiquement 50 F CFA à 100 CFA le KWh. Si nous estimons cela, au bout de trois ans, sur la base de cette facture de la SONABEL, vous payez votre investissement dans le solaire.
Nous sommes en train de montrer à la population, que l’énergie solaire est une manne pour le Burkina Faso, une bénédiction. Le soleil était vu comme une calamité qui nous tape fort, mais en réalité, le Burkina Faso a l’un des meilleurs ensoleillements en Afrique de l’Ouest. Notre pays sera un eldorado en matière d’énergie solaire dans les années à venir.
S. : A quel taux d’électrification, sommes-nous en milieux urbain et rural ?
B.I.O. : En 2015, nous étions à 23% de la population qui avait accès à l’énergie au Burkina Faso. Ce taux était de 3% en milieu rural. Depuis la création du Fonds de développement de l’électrification rurale (actuelle Agence burkinabè de l’électrification rurale-ABER), il y a dix ans, on n’a pu électrifier qu’environ 200 villages. De 2015 à nos jours, nous allons, avec les projets en cours, électrifier 600 autres villages d’ici à 2020.
Les paradigmes ont changé et tous les investissements sont désormais basés sur l’énergie solaire. Cela permet d’avoir un coût de KWh moindre. Le milieu rural ne peut pas payer plus cher le KWh qu’en ville. Nous sommes à 30% de la population qui a accès à l’énergie solaire. Nous visons le taux de 45% en 2020. Aussi, la SONABEL est en train de développer un « Plan Marshall » pour les connexions au réseau.
A ce niveau, nous avons des difficultés avec les compteurs dans certaines régions et dans les quartiers périphériques de Ouagadougou. Mais nous allons atteindre les objectifs fixés au niveau du Plan national de développement économique et social (PNDES), car autour de 750 000 personnes sont actuellement connectées au réseau de la SONABEL pour une prévision d’un million d’abonnés en 2020.
S. : N’y a-t-il pas de risque pour le Burkina Faso de bâtir sa souveraineté énergétique sur les interconnexions avec d’autres Etats ?
B.I.O. : C’est dangereux d’avoir une production basée sur les interconnexions avec les autres pays. A l’heure actuelle, plus de 50% de notre consommation vient de l’extérieur. Nous avons des connexions filaires. D’Abidjan à la centrale de Zagtouli, il y a plus de 1000 kilomètres de câbles.
Du Sud du Ghana à Zagtouli, nous avons presque la même distance de câbles. Donc, nous avons un réseau filaire et aérien de plus de 2500 km qui transporte 50% de notre consommation d’électricité. Mais, le système de connexion est exposé aux intempéries, aux actes de vandalisme, à l’usure compte tenu de la chaleur, si bien que nous pouvons être coupés du réseau.
C’est pourquoi, nous avons trouvé nécessaire d’aller vers des mécanismes qui vont nous permettre d’avoir à l’interne 100 MW pour répondre à la demande. Il faut se le dire, nous ne pouvons pas vivre en autarcie. Rien ne sert de produire l’électricité à un coût exorbitant si l’on peut l’avoir à moindre coût avec les voisins. Néanmoins, nous devons investir pour notre sécurité énergétique. Je suis sûr qu’avec l’énergie solaire, le Burkina Faso va faire des merveilles dans les années à venir.
S. : Qu’est-ce que l’interconnexion avec le Ghana a coûté comme investissements au Burkina Faso ?
B.I.O. : Nous avons mis environ 100 milliards F CFA sur la ligne, grâce à un prêt de la Banque mondiale (BM), de l’Union européenne (UE) et de l’Agence française de développement (AFD). Le Ghana a bénéficié aussi de ce prêt.
Il avait, en effet, besoin d’une ligne de 330 Kilovolt (KV) pour transporter l’énergie au Burkina Faso. Au moment du lancement, nous étions à 50 KV et nous avons été obligés de trouver des partenaires financiers pour nous accompagner à faire l’investissement au niveau du Ghana. Le Ghana a suffisamment d’énergie pour sa population et ce n’est pas sa priorité de chercher de l’argent pour construire une ligne.
Par contre, pour le Burkina Faso, c’est une priorité. Donc, nous nous sommes rendus compte que si nous allons au rythme du Ghana, nous risquons d’atteindre 2020 ou 2022 sans que la ligne ne soit construite. Mais ce sont des investissements qui se remboursent très vite. Quand je prends l’exemple des mines qui consomment 400 MW hors réseau et produisent à des coûts exorbitants, si nous avons la possibilité de réduire le coût du KWh ne serait-ce que de 10 à 20 %, les consommateurs sont prêts à s’engager.
S. : Qu’en est-il du projet d’interconnexion qui doit être financé par la Chine ?
Selon le ministre Ouédraogo, les paradigmes ont complètement changé en matière d’énergie solaire depuis 2015.
B.I.O. : Ce projet, concerne la ligne Ouagadougou – Bobo-Dioulasso. L’électricité que nous importons de la Côte d’Ivoire passe par Bobo-Dioulasso avant d’arriver à Zagtouli. La ligne est constamment saturée parce qu’il y a beaucoup de demandes. C’est mieux de doubler la ligne parce que nous avons l’interconnexion avec le Nigéria en projet d’une puissance de 330 KV qui va transiter par Bobo-Dioulasso, Sikasso jusqu’en Guinée.
C’est ce qui explique le projet de renforcement de la ligne d’interconnexion de Ouaga à Bobo avec 330 mégawatts pour nous permettre de «souffler» et pourquoi pas, de desservir le Mali, la Guinée et la Côte d’Ivoire à un moment donné. Les études de faisabilité ont été faites et on a les coûts. Nous sommes en train de faire une contre analyse pour évaluer les taux, parce que ce sont des investissements assez importants.
Pour le moment, c’est un projet très avancé et on attend l’offre du meilleur taux pour faire l’investissement nécessaire.
S. : Ces interconnexions pourront-elles réduire les coupures de courant ?
B.I.O. : C’est notre objectif. Il faut qu’en Afrique,on comprenne qu’individuellement on ne peut pas s’en sortir. Les Etats-Unis paient l’électricité avec le Canada ; l’Allemagne avec la Russie. C’est pareil en Afrique. Certains pays ont un potentiel en hydroélectricité qui peut desservir pratiquement la moitié de l’Afrique. Mais seuls, ils ne pourront jamais lever assez de fonds pour l’investissement.
L’essence de l’interconnexion, c’est permettre à l’investisseur de savoir que le potentiel ce n’est pas seulement le marché local mais sous-régional. Au lieu de faire 20 mégawatts, l’investisseur est prêt à produire 200 mégawatts pour faire des économies d’échelle et réduire le coût du Kilowattheure.
Les interconnexions de façon générale permettent au Burkina Faso de réduire le coût du kilowattheure entre 25 et 40 F CFA selon les endroits. Si nous pouvons économiser 25 ou 40 F sur le kilowattheure pendant que le réseau est stable, nous allons le faire.
S. : En matière d’énergie renouvelable, la recherche est une dimension importante. Qu’est-ce que votre département fait dans ce sens ?
B.I.O. : Au niveau du ministère, nous avons pour ambition d’avoir une sorte de Cluster (groupement) où nous allons avoir tout ce qu’il y a comme formations, applications, recherches dans un même environnement. Nous sommes en train de le développer avec le ministère en charge de la recherche. Les investissements sont pratiquement acquis. L’Union européenne et d’autres investisseurs nous accompagnent.
Parallèlement, nous accompagnons des instituts comme 2IE et l’ISGE. De même, dans le cadre du Millenium challenge corporation (MCC), nous investissons dans le capital humain pour que nos étudiants, nos ingénieurs puissent être au top. Nous sommes en train de mettre en place un technopôle des énergies renouvelables à l’ANEERE dans lequel il y’ aura des incubateurs.
S. : Qu’est-ce qui va changer en matière d’offre énergétique avec le second compact du MCC ?
B.I.O. : Le second compact du MCC est consacré au secteur de l’énergie et je tiens à saluer le peuple américain pour cela. Cette option permettra au Burkina de faire un bond qualitatif dans le domaine. Ce que nous avons décidé de faire avec le MCC, c’est de consolider les lignes de transport de l’énergie. Dans le secteur de l’énergie, on a trois grands segments : la production, le transport et la distribution.
Au niveau de la production, nous avons pratiquement résolu le problème, parce que nous avons réussi à équilibrer l’offre et la demande. Nous avons des investisseurs privés qui sont prêts à construire une centrale de 100 mégawatts par exemple, à produire l’énergie et à l’injecter dans le réseau. Mais les investisseurs privés n’aiment pas assurer le transport de l’énergie, parce que le retour sur investissement est lent. Alors que nous, nous voulons un maillage national.
Même s’il n’y a pas suffisamment de potentiel, le Burkinabé de l’intérieur a aussi droit à l’énergie. Si on laisse ce segment au privé, il va se concentrer sur les régions productives. C’est le rôle régalien de l’Etat de s’occuper du transport. Avec l’importante somme que les Américains vont nous donner, on va investir dans ce segment pour faire un maillage solide au Burkina Faso.
Si les investissements se réalisent dans le cadre du MCC, cela permettra aux investisseurs privés, dans chaque région, de se greffer au réseau, de produire et de distribuer facilement. Ce qui sera un ouf de soulagement pour la SONABEL qui, depuis des années, n’a pas pu faire des investissements solides, parce que ses comptes n’étaient pas au «vert». C’est donc plus qu’une bouée de sauvetage que nous allons avoir avec le MCC.
S. : Beaucoup de coopératives d’électricité COOPEL n’arrivent pas à gérer efficacement leurs réalisations. Qu’est-ce que votre ministère fait pour les accompagner ?
B.I.O. : Le souci avec les COOPEL, c’est que nous avons des membres qui ne sont pas formés à la gestion. Ils n’ont aucune notion de comptabilité ce qui fait qu’aucune banque n’est prête à donner 5 F CFA aux COOPEL alors que même la SONABEL prend des prêts à la banque. Quand la ville se développe jusqu’à un certain niveau, la COOPEL n’a plus les moyens pour faire l’investissement nécessaire, notamment la pose des compteurs et la mise à jour des poteaux électriques.
Nous avons aussi notre part de responsabilité, parce que c’est le ministère qui a écrit les textes des COOPEL. C’est nous qui les avons mis en place. C’est pour cela que nous avons transformé le Fonds de développement de l’électrification (FDE) en Agence burkinabè de l’électrification rurale (ABER) et que nous sommes en train de réécrire les textes des COOPEL. Les textes sont fin prêts.
Nous allons avoir une grande assemblée générale pour revoir les mécanismes. Mais en entendant, il y a des COOPEL à problème, mais il y en a qui fonctionne bien et qui sont même des modèles. Il y aussi des COOPEL emblématiques que nous sommes en train de reverser à la SONABEL. Dans un futur proche, ces problèmes seront derrière nous.
S. : Cela fait pratiquement deux ans, que les populations de la commune de Zabré ne paient pas les factures d’électricité. A-t-on peur de leur couper l’électricité ?
B.I.O. : Nous avons tenu une rencontre à Zabré, à laquelle ont participé la COOPEL, la population, le maire et le haut-commissaire. Il a été décidé que la coopérative sera reversée à la SONABEL. Chacun sait ce qu’il a consommé, et les populations sont prêtes à payer leurs arriérés de deux ans, qui seront échelonnés.
S. : La centrale de Zagtouli avait suscité pas mal d’espoir. Quel est son rendement aujourd’hui ?
B.I.O. : La centrale fonctionne très bien. Il faut aller à la SONABEL pour savoir qu’elle a un impact très positif sur les comptes de la société. C’est pratiquement 25 mégawatts qui sont injectés dans le réseau continuellement. Avant même qu’on ait fini la centrale, la demande était déjà plus élevée.
La SONABEL vend ces 25 mégawatts à un prix intéressant. Je ne vais pas dévoiler les comptes de la SONABEL mais sur le plan financier, elle fait un bond énorme. L’Etat subventionne le fuel utilisé dans les centrales à hauteur de 52 milliards F CFA. Alors que le solaire permet d’éviter la subvention de l’Etat, mais également d’avoir une bonne marge. A titre illustratif, la SONABEL vend à perte en produisant à 90 F CFA le kilowattheure pour le revendre à 75 F CFA.
S. : Le problème de l’énergie solaire, c’est le stockage. Qu’est-ce qui est fait à ce niveau ? B.I.O. : Nous avons le soleil dans la journée. La nuit, il faut stocker l’énergie produite. Avec le MCC et le projet YELEEN, nous sommes en train d’envisager les meilleures options de stockage. Nous allons disposer de batteries pouvant stocker 10 mégawatheures, avec la possibilité d’évoluer entre 30 et 50 mégawatheures. Une étude de faisabilité est en cours. Aucun pays en Afrique de l’Ouest n’a un système de stockage industriel de l’énergie. Le coût du stockage va s’ajouter à celui du kilowattheure. L’investissement est déjà acquis pour les 10 mégawatheures du projet YELEEN.
S. : Qu’en est-il des centrales solaires photovoltaïques de Kaya et de Koudougou, prévues dans le cadre du Projet d’appui au secteur de l’électricité (PASEL) ?
Le ministre de l’Energie, dans le livre d’or, a salué le professionnalisme des travailleurs des éditions Sidwaya.
B.I.O. : Les ouvertures des plis de l’appel d’offre ont eu lieu, le lundi 20 mai 2019 et on a dénombré 23 soumissionnaires. J’espère que dans les jours à venir, nous allons pouvoir publier les résultats des entreprises retenues. C’est 10 mégawatts à Kaya et 20 à Koudougou. Si tout se passe bien, les travaux de construction vont démarrer et dureront entre 12 et 18 mois. Les terrains sont déjà acquis, tout est déjà balisé. D’ici l’année prochaine, on pourra inaugurer ces centrales.
S. : Lors d’une de vos interventions, vous affirmiez que le Burkina Faso pourrait exporter de l’énergie solaire. Comment cela est-il possible ?
B.I.O. : J’ai toujours un pincement au cœur, quand je vois certains rigoler que le Burkina Faso n’est pas capable d’une telle chose. Même à l’Assemblée nationale, on n’y croit pas. Pourtant, nous avons un potentiel. La Côte d’Ivoire et le Ghana nous vendent l’électricité, parce qu’ils ont du gaz et de l’hydroélectricité.
C’est parce que la nature les a privilégiés. Aujourd’hui, le Burkina Faso a le solaire qui est plus compétitif que le gaz, le thermique et l’hydroélectricité. C’est une question d’organisation et d’investissements. Tous les pays développés se sont basés sur leur potentiel pour l’être. Ce qui est encore plus marrant, c’est que ce sont les autres pays qui se rendent compte que le Burkina Faso a un potentiel en solaire et qui nous font des propositions. La CEDEAO nous a permis d’avoir un investissement solaire de 300 mégawatts à vocation sous régionale.
Les études de faisabilité ont commencé. Nous avons déjà demandé aux maires de Koupéla et de Kaya de sécuriser 120 hectares pour qu’on puisse réaliser ce projet.
S. : Où en sommes-nous avec le projet d’unité de montage de panneaux solaires à Dédougou ?
B.I.O. : Il y a effectivement à Dédougou une unité d’assemblage de lampes solaires. C’est un investisseur privé, qui s’est engagé et nous sommes allés l’encourager. Il fait du très bon travail avec des lampes de haute qualité, certifiées ISO. Il mérite un accompagnement, parce que nous sommes inondés par des lampes étrangères de mauvaise qualité. Quand ces lampes tombent en panne, on ne peut plus les recycler.
Alors que cette société fabrique des lampes avec des matériaux recyclables. J’en ai parlé avec mon collègue de l’Education nationale pour lui suggérer de faire de la discrimination positive, en privilégiant cette société en cas de projet d’achat de lampes. Parce qu’elle paie des taxes et emploie des Burkinabè. Par ailleurs, une usine d’assemblage de panneaux solaires est aussi en projet à Kossodo.
Nous l’avons visitée et elle est pratiquement prête. Cette unité aura une capacité de 20 mégawatts, extensible à 50. Les producteurs privés d’électricité (IPP) solaires sont en train d’investir pour 155 mégawatts au Burkina Faso. Il faut qu’on accompagne ces initiatives.
S. : Qu’est-ce que l’opération de remplacement des lampes ordinaires par des lampes LED a eu comme impact sur l’économie d’énergie ?
B.I.O. : A Ouagadougou, il y a des lampadaires LED sur certaines artères. Ça éclaire mieux et consomme moins. Nous avons des réductions de consommation qui vont pratiquement de 50 à 60%. Mais ce sont des artères que nous avons utilisées pour faire des simulations, et voir la réduction de la consommation avant et après. Nous avons constaté un impact très positif. C’est vrai que les lampes LED coûtent plus cher mais si vous avez la possibilité d’économiser 50 à 60% de votre consommation, vous pouvez facilement rentabiliser votre investissement en quelques mois.
Si vous installez des lampes énergétivores, vous allez perdre de l’argent. Si vous achetez un climatiseur à 200 mille F CFA, c’est mieux d’ajouter 200 mille autres pour prendre un inverseur qui va vous permettre d’économiser 50 à 60% et de rentabiliser au bout de deux ou trois mois.
S. : Des techniciens ont sillonné des ménages pour installer des ampoules LED. Où en est-on avec le processus?
B.I.O. : Cela s’inscrit dans le cadre du projet 1 500 000 lampes LED qui a pour vocation d’accompagner les ménages dans les treize régions. Par ménage, on donne entre trois et cinq lampes. Il s’agit de les sensibiliser aux économies d’énergie en optant pour ce type de lampes. L’objectif étant de les inciter à payer désormais les lampes LED. Si on réussit à basculer tout le monde vers les lampes LED, nous allons économiser de l’énergie.
S. : Il était également question d’installer des systèmes solaires dans les bâtiments administratifs…
B.I.O. : Les études ont montré que la climatisation consomme 60% d’électricité dans les bâtiments publics. Cette consommation s’enregistre entre 7h30 et 16h. Et on se rend compte que dans le même laps de temps, il y a le soleil entre 6h et 17h30. Le coût du kWh est de 130 à 150 F CFA avec la SONABEL alors que celui du solaire revient à 50 F CFA. Pour éviter le gaspillage dans les bâtiments publics, il faut les hybrider.
D’abord sur le plan économique, on va diviser la consommation dans ces bâtiments par deux ou trois. Et nous allons résoudre le problème en faisant la corrélation entre l’heure de la climatisation et le potentiel en énergie solaire. Cela va donner du confort, désengorger le réseau et permettre à la SONABEL de s’occuper d’autres clients. Le Conseil des ministres a autorisé un projet pilote avec cinq bâtiments publics à Ouagadougou.
Ce sont l’aéroport, l’hôtel administratif, le ministère de l’Energie, le ministère en charge de l’éducation et celui des Finances. Ce sont des promoteurs privés qui vont faire ces installations sur les bâtiments publics. Ils feront l’investissement et le travail nécessaire pour aboutir à l’efficacité énergétique du bâtiment et à la maîtrise de la consommation d’énergie. A notre tour, nous signerons un contrat avec eux.
Admettons que par mois on payait un million F CFA pour l’électricité. On part sur la base de 800 ou 900 mille F CFA pour le contrat. Cette installation va réduire la consommation et l’Etat va économiser pratiquement 200 mille F CFA par mois. Le promoteur va faire l’investissement et c’est avec les 800 mille qu’il va faire le retour sur investissement. Tout le monde y gagne.
S. : Vous occupez le poste de secrétaire national chargé des jeunes dans le bureau politique national du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Comment êtes-vous arrivé en politique ?
B.I.O. : C’est une longue histoire. Je m’intéresse à la politique depuis le collègue de la Salle à Ouagadougou. C’est dans cet établissement que j’ai commencé à faire la politique avec quelques amis. Plus tard à l’université, mon engagement s’est renforcé à la suite de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo.
A un moment donné, j’ai pensé que la politique devait être quelque chose qui permet de développer mon pays. J’ai commencé au bas de l’échelle et j’ai fini à l’université comme responsable national des élèves et des étudiants du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), quand Roch Marc Christian Kaboré en était le président.
C’est après l’université que je suis entré dans le bureau politique du CDP. Je suis allé ensuite au Ghana pour des études en anglais puis au Pays-Bas. J’ai poursuivi en Angleterre mais même étant à l’extérieur, je n’avais jamais raté un seul congrès du parti. Mais à un moment, nous avons constaté certaines dérives au niveau de la gestion du parti. On était à l’étroit, taxé de ceci ou de cela. Avec l’expérience que j’ai de l’extérieur, j’ai dit au président Kaboré que je ne me sentais plus dans le parti, notamment avec l’histoire du Sénat et de la modification de l’article 37 de la Constitution.
Du reste, c’est depuis 2008-2009 que nous avons commencé à émettre des inquiétudes sur ces questions. A l’époque, j’ai dit qu’il y avait une alternative parce que l’Union pour le progrès et le changement (UPC) venait d’être créée et beaucoup de camarades s’y sont retrouvés. On était tous prêts à quitter le CDP. Et quand on a eu l’opportunité, on n’a pas hésité. C’est là qu’on a créé le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Parmi les 74 démissionnaires, j’étais le plus jeune. Je connais toute l’histoire du parti, parce que j’y étais aux premières heures.
S. : Vous êtes du Centre-Nord comme Kadré Désiré Ouédraogo. Est-ce que l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle ne complique pas la tâche pour le MPP et pour vous en particulier dans la région ?
B.I.O. : Pas du tout ! M. Ouédraogo est mon oncle. Mais cela ne pose pas de problème. Le MPP travaille sur le terrain et ce sont les résultats qui comptent. La politique, ce n’est pas la guerre, mais le travail. J’attends impatiemment le lancement de la campagne qui va donner l’occasion à chacun de présenter ce qu’il a fait. Nous savons le travail que nous avons fait sur le terrain. Nous avons une proximité avec la population, si bien que nous n’avons pas d’inquiétudes.
S. : Il y a eu un temps où ça grognait au sein de la jeunesse du MPP à cause de l’ouverture aux OSC au détriment des militants de la première heure. Comment avez-vous géré cette situation ?
B.I.O. : C’est normal que les jeunes soient au front pour dénoncer certaines pratiques, car ils comptent pour 75% de la population. Nous sommes arrivés au pouvoir avec beaucoup de compromis et ces conditions recommandaient que l’on puisse s’ouvrir à certains acteurs. Si le MPP voulait rabrouer tout le monde et gouverner avec ses militants, ça n’allait pas aller. Le président Kaboré a été bien inspiré et je lui tire mon chapeau pour la façon dont il a su gérer le pays. Le Burkina Faso revient de loin, après 27 ans de régime Compaoré, après tout ce qu’il y a eu comme coups d’Etat, les actes terroristes, etc.
Le chef de l’Etat avec sa tempérance et son calme légendaire a été choisi pour diriger le pays. Il a fait les bons choix et honnêtement, il faut l’accompagner. C’est ce message que nous avons passé à la jeunesse du parti qui l’a comprise et il n’y a plus de problème.
S. : D’aucuns estiment que depuis le décès de Salifou Diallo, le MPP est l’ombre de lui-même. Que leur répondez-vous ?
B.I.O. : Ceux qui le pensent prennent leur rêve pour la réalité. Le parti a été bâti par trois leaders historiques : le président Kaboré, Salifou Diallo et Simon Compaoré. Le MPP était organisé de telle sorte que si l’un n’est pas là, les autres puissent continuer le travail. Nul doute que Salifou Diallo était une bête politique au Burkina et dans la sous-région.
Nous sommes très peinés de perdre un militant de sa qualité, parce que c’est une figure emblématique du MPP. Mais ceci étant, il a formé des militants. Ce serait mentir que de dire qu’avec son décès le parti n’a pas pris un coup. Quand vous perdez le président de votre parti vous ne pouvez pas ne pas être d’une manière ou d’une autre désarçonné. Mais le MPP est tellement bien ancré sur tout le territoire qu’on s’est réorganisé après son décès.
S. : Pourquoi le MPP est toujours dirigé par un intérimaire après la disparition de son président ?
B.I.O. : Il faut un congrès pour changer le président du parti. C’est aussi par respect pour la mémoire du défunt, que nous n’avons pas voulu procéder immédiatement à son remplacement. La mention intérimaire nous rappelle que c’est un grand monsieur qui est parti.
S. : Selon certaines rumeurs, la désignation d’un président pourrait occasionner l’explosion du parti…
B.I.O. : Ce n’est pas vrai. Le leader du parti, c’est le président Kaboré. Ce n’est pas quelqu’un d’autre, c’est lui le patron. Qui va faire exploser quoi pendant qu’il est là ? Même du vivant de Salifou Diallo, le bureau exécutif se réunissait autour du président Kaboré pour prendre ses directives sur un certain nombre de questions. Le parti est géré correctement comme cela a toujours été le cas. La mise en place des structures se passe très bien. Il n’y a pas de parti sans des courants en son sein et c’est normal que les militants ne voient pas les choses de la même manière. Mais il y a de la discipline qui fait que l’on tait les divergences pour l’intérêt commun du MPP.
S. : Que deviennent les pro-Salif Diallo ?
B.I.O. : Il n’y a pas de pro-Salif ou de pro-un tel. Tout le monde est du MPP. Il n’y a pas de clivages. C’est le président Kaboré qui est le patron du parti. Quand il y a un problème, il tranche.
S. : Qui sont les terroristes qui attaquent le Burkina ?
B.I.O. : Le terrorisme touche tout le monde. Il s’est accentué au Sahel avec la crise libyenne. C’est la coalition entre les Etats-Unis, la France et l’Angleterre qui nous a conduits à cette situation. C’est elle qui a déboulonné Kadhafi, déversé des armes et pas des moindres pour aider les terroristes, sans aucun suivi.
Ces pays ont laissé la Libye dans un état incroyable et c’est de là que viennent nos problèmes. Le Mali a d’abord été touché. Tous les trafiquants qui avaient des complicités avec un certain nombre de chefs d’Etat et l’Europe, écument nos pays et sèment la terreur. Le Burkina Faso n’était pas préparé à cette situation. On se doutait que cela allait arriver et c’est malheureusement le cas. Il fallait donc réorganiser l’armée pour y faire face.
Je suis fier du travail des Forces de défense et de sécurité (FDS). La lutte contre le terrorisme est un travail de longue haleine.
S. : Votre parti a déjà pointé du doigt l’ancien régime comme étant responsable des attaques terroristes. Sur quoi ces accusations sont-elles fondées ?
B.I.O. : Ce n’est pas une indexation, mais c’est la vérité. Lorsque vous voyez des vidéos dans lesquelles, des personnalités embrassent des terroristes dans le désert, que voulez-vous qu’on dise ? Ce sont des copains. C’est la vérité qui nous divise inutilement dans ce pays. Qu’est-ce que l’on gagne à accuser à tort certaines personnes ?
Pourquoi certains croient que nous faisons de la politique avec cette question ? Lorsque des terroristes viennent demander où sont leurs pickup à un Etat, que voulez-vous qu’on dise ? Dans la lutte contre le terrorisme, il faut qu’on se mette tous ensemble, parce que quand les terroristes attaquent, ils ne considèrent pas la couleur politique des victimes.
S. : Mais pourquoi des poursuites ne sont-elles pas engagées contre des personnalités de l’ancien pouvoir ?
B.I.O. : C’est difficile parce qu’elles sont cachées dans d’autres pays. Si elles étaient au Burkina Faso, elles allaient répondre devant la justice.
S. : Est-ce que dans la lutte contre le terrorisme, le Burkina Faso est suffisamment soutenu par les autres pays de la sous-région ?
B.I.O. : Le Burkina Faso est soutenu dans la lutte contre le terrorisme. Le président du Faso est à la tête du G5 Sahel en ce moment et vous avez vu le dynamisme qu’il a impulsé à cette organisation. En l’espace de quelques mois, plusieurs acteurs se sont réunis à Ouagadougou, autour de la question.
La chancelière Angela Merkel a même participé à une rencontre de haut niveau sur cette problématique. Les autres pays se rendent bien compte que le terrorisme n’est pas seulement l’affaire du Burkina. Tous les Etats ont intérêt à collaborer pour en finir avec ce phénomène. Il y a une bonne collaboration avec les pays de la sous-région. La lutte contre le terrorisme s’inscrit dans la durée, il faut que les populations intègrent le réflexe de dénoncer tout comportement suspect aux forces de défense et de sécurité.
S. : Le front social est en ébullition. Est-ce que le pouvoir n’a pas manqué de tact dans la gestion des revendications ?
B.I.O. : Le MPP est arrivé au pouvoir dans un contexte compliqué. J’en veux pour preuve le fait que le gouvernement soit en train d’appliquer des décrets de 2012. Tout le monde sait d’où viennent les ressources du pays, qui est pauvre. Le budget de l’Etat est clair ainsi que l’allocation des ressources par secteur. Les travailleurs doivent savoir que le gouvernement ne peut pas régler tous les problèmes tout de suite et maintenant. Il faut du temps.
S. : N’est-ce pas le traitement inégal qui est à la base des remous sociaux ?
B.I.O. : Le président Kaboré a dit à ce propos qu’il faut repenser le traitement des salaires. Il est venu trouver un certain nombre de revendications sur la table, et il a souhaité que tout le monde se mette autour d’une table pour trouver la bonne formule pour rémunérer les travailleurs. Le chef de l’Etat a montré sa bonne volonté, en invitant les uns et les autres à la table des négociations, mais certains n’ont pas répondu à l’appel.
Il faut être franc les uns envers les autres. Le pays appartient à tout le monde. Le MPP est au pouvoir aujourd’hui, demain çà pourrait être un autre parti mais le Burkina Faso va demeurer. Le Burkina Faso utilise ses propres ressources pour fonctionner et s’endette à des taux exorbitants pour financer les investissements. Ça ne peut pas continuer. Il faut qu’à un moment donné, les Burkinabè acceptent qu’il faille faire des investissements qui permettent à chacun d’en bénéficier.
S. : Pensez-vous que le président Kaboré va être réélu en 2020 au regard du contexte actuel marqué par la fronde sociale et le terrorisme ?
B.I.O. : Il n’y a pas d’inquiétude. Nous sommes sur le terrain, pendant que des adversaires sont en train de critiquer. Les résultats sont têtus. Prenez l’exemple de l’éducation, un marché de 100 écoles est passé pour être réalisé d’ici fin 2019. Le bilan du président Kaboré est positif dans plusieurs secteurs. On ne peut pas tout faire en un mandat et c’est d’ailleurs pour cela qu’il a besoin d’un second.
S. : N’est-ce pas des projets électoralistes qui ont été annoncés ?
B.I.O. : Le mouvement d’humeur des travailleurs du ministère des Finances a duré près de six mois, est-ce aussi une stratégie de campagne ? Si les marchés étaient publiés depuis le début de l’année cela aurait été fait. Accordez-nous le bénéfice du doute. Il faut qu’on accélère. Il faut parfois penser à ceux qui ont besoin du strict minimum mais ne l’ont pas. La société burkinabè doit être plus solidaire.
Des experts venus des 53 pays africains et des autorités chinoises sont réunis à Pékin, les 24 et 25 juin 2019 pour s’approprier les outils de financements des projets de développement et évaluer la mise en œuvre des actions du dernier Forum sur la coopération économique sino-africaine (FOCAC).
Comment promouvoir de manière efficace le partenariat stratégique global de coopération Chine-Afrique ? C’est l’enjeu de la rencontre qui se tient les 24 et 25 juin 2019, entre experts africains et chinois à Pékin. Après avoir échangé avec le vice-président chinois, Wang Qishan, dans la matinée où l’Empire du milieu a salué les efforts de renforcement des liens de coopération, les participants ont eu une séance de travail avec des responsables d’institutions financières chinoises.
Tour à tour, les différents patrons des banques et fonds de développement ont détaillé les différents mécanismes mis en place pour accompagner la coopération économique et financière entre la Chine et l’Afrique. L’on se rappelle que lors du dernier Forum sur la coopération économique sino-africaine (FOCAC), 60 milliards de dollars US avaient été annoncés pour soutenir le développement en Afrique.
En termes de répartition, 10 milliards ont été dédiés aux aides et aux crédits sans intérêt, 20 aux crédits commerciaux, 10 pour les fonds spéciaux et 5 pour le commerce des produits africains. Pour l’économiste en chef de la Banque de développement de Chine, Liu Yong, il est important que les experts africains puissent s’approprier les outils financiers pour un bon usage desdits fonds. A l’entendre, la coopération économique sino-africaine doit prendre en compte les ressources humaines, économiques et technologiques pour favoriser un développement inclusif.
Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, Seydou Sinka : «Cette rencontre est une belle occasion pour s’imprégner des possibilités de financement des projets de développement».
Aux dires du vice-président exécutif de la Banque de développement de Chine, Zhang Xuguang, son institution est disposée à accompagner les initiatives du FOCAC. A titre d’exemple, a-t-il indiqué, 32 pays africains ont déjà bénéficié du fonds d’appui aux PME. A son tour, le vice-président exécutif de la Banque d’import-export de Chine, Xie Ping a déclaré que son institution est prête à investir cinq milliards de dollars dans des projets d’infrastructures, de produits d’importation et d’exportation et le développement vert.
Dans le cadre du financement des projets inhérents au FOCAC, la Banque de Chine a lancé un crédit de l’ordre de 15 milliards de dollars en Afrique. «Nous sommes actuellement en échanges avec des pays comme le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, Madagascar et d’autres Etats pour des projets d’investissements importants. L’économie mondiale souffre d’incertitudes et du protectionnisme de certains.
C’est pourquoi l’Afrique et la Chine doivent renforcer leur partenariat économique», a déclaré le vice-président de la Banque de Chine, Lin Jingzhen. Adopter une démarche commune Quant au directeur général du fonds de développement sino-africain, Shi Jiyang, il a précisé que la coopération industrielle avec l’Afrique est une priorité de sa structure. «Déjà, nous avons financé 14 projets en Afrique dans le domaine du développement vert et de la numérisation. Nous sommes en train d’explorer d’autres domaines porteurs d’emplois pour la jeunesse africaine», a-t-il lancé.
Le chef de la délégation burkinabè, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, Seydou Sinka, a soutenu que cette rencontre est une occasion pour mieux comprendre le mécanisme de fonctionnement des institutions financières chinoises dans le cadre de la coopération économique. «Il s’agit de voir comment elles opèrent en Afrique et dans quelles mesures elles peuvent financer des projets de développement. Nous avons aussi été édifiés par les différentes actions que ces institutions ont financées en Afrique depuis la tenue du premier FOCAC», a-t-il souligné.
Sur le plan bilatéral, M. Sinka a relevé que les lignes bougent depuis le rétablissement de l’axe Ouaga-Pékin. «Pour un début de coopération, il faut saluer le dynamisme des relations diplomatiques entre la Chine et le Burkina Faso. C’est pourquoi, nous ferons de notre mieux pour tirer le maximum de profit au cours de cette rencontre. C’est dans un cadre de consultation réciproque que l’Afrique et la Chine construisent leur coopération. La Chine est disposée à apporter son savoir-faire et ses moyens financiers.
Et le Burkina Faso en bénéficie dans divers secteurs», a ajouté le secrétaire général du ministère en charge des affaires étrangères. Le coordonnateur du prochain sommet du FOCAC, le ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Amadou Ba, s’est réjoui du tête-à-tête avec les responsables des institutions financières chinoises. Pour lui, il revient aux Etats africains d’adopter une démarche commune pour mieux profiter des opportunités d’investissements chinois dans un climat d’affaires propice.
Le ministère de la Sécurité, en collaboration avec l’ambassade des Etats-Unis au Burkina Faso, organise, du 24 au 26 juin 2019 à Ouagadougou, une conférence sous-régionale sur la police de proximité.
La dégradation de la situation sécuritaire dans la sous-région ouest africaine préoccupe les différents Etats qui ne cessent de multiplier les rencontres afin de dégager des stratégies efficaces de lutte contre le terrorisme. C’est dans ce cadre que le ministère de la Sécurité et le département d’Etat américain de concert avec l’agence Strategic capacity group, tiennent une rencontre sur la police de proximité, du 24 au 26 juin 2019, à Ouagadougou.
Ce séminaire sous-régional regroupe environ 90 experts de la sécurité du Mali, du Sénégal, du Niger, du Burkina Faso et des Etats-Unis venus partager leurs expériences et réfléchir au concept de police de proximité. Placée sous le thème : «Ensemble, pour la mise en œuvre réussie de la police de proximité par la formation, la sensibilisation, l’organisation institutionnelle et le partenariat», ce séminaire vise, selon les organisateurs, à analyser les dispositifs de mise en œuvre de la police de proximité des pays afin de parvenir à une mutualisation des meilleures expériences.
Il permettra d’entrevoir dans un premier temps la nécessité d’adapter les programmes de formation en la matière aux besoins des acteurs et de formuler ensuite des orientations sur la conception des outils de communication et de sensibilisation. Il est attendu des participants, des propositions d’organisations institutionnelles efficaces et l’amélioration des partenariats entre les organisations de la société civile et les forces de sécurité. Pour l’ambassadeur des Etats-Unis au Burkina Faso, Andrew Young, ce rendez-vous dont l’organisation a bénéficié du coup de pouce de professionnels américains va servir de cadre pour trouver des solutions aux problèmes sécuritaires de la région.
De son avis, la solution au terrorisme réside dans le renseignement et la collaboration entre les pays de la sous-région. «Je suis convaincu que les pays de la sous-région ouest africaine ont tout ce qu’il faut pour relever ce défi car ils forment une communauté forte et diverse», a-t-il déclaré. Le ministre de la Sécurité, Ousséni Compaoré, s’est, quant à lui, réjoui du choix de Ouagadougou pour abriter ce séminaire.
A ses dires, le Burkina Faso a une longueur d’avance en matière de police de proximité. Néanmoins, il a indiqué que cette rencontre va permettre au pays d’enrichir son expérience en la matière. En rappel, le concept de police de proximité se définit comme une police qui vit en symbiose avec les populations et partage les mêmes préoccupations que celles-ci dans l’objectif de mutualiser leurs efforts pour lutter contre la criminalité.