Noyade d’une élève de 6e à Kaya

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Noyade d’une élève de 6e à Kaya
Dans sa quête inlassable d’informations, Kantigui a appris, le samedi 16 mars 2019 aux environs de 17h, la mort par noyade dans la piscine d’un hôtel de Kaya, de Ashley Kambou, 12 ans, élève de la classe de 6e au lycée privé Aimé- Césaire de Korsimoro. Le drame est survenu alors que la victime était en compagnie de ses camarades à une sortie touristique. Le corps sans vie a été repêché par une équipe de la 7e compagnie de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers (BNSP) basée à Kaya. Après les constations d’usage de la Police nationale et du médecin légiste, la victime a été transférée à la morgue du Centre hospitalier régional (CHR) de Kaya, puis inhumée, le dimanche 17 mars dernier. Kantigui, qui regrette ce drame, invite les responsables des établissements publics et privés à encadrer davantage les sorties récréatives des élèves.

Fada se vide de ses prostituées
Alors qu’il revenait de Fada N’Gourma à bord d’une compagnie de transport en commun, Kantigui a surpris une conversation des plus insolites entre quatre prostituées qui ont pris place dans le même car que lui. De ce qu’il a pu comprendre, ces jeunes dames fuient la ville de Fada, parce que leur activité est tombée en désuétude du fait du couvre-feu instauré dans la région, du 7 mars au 20 avril prochain, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. En analysant leurs propos, Kantigui s’est rendu compte en réalité que ses «voisines», des travailleuses du sexe, étaient désemparées. Ces dernières se plaignent que le couvre-feu prenant effet à partir de 19 heures, leurs clients ne pouvaient plus leur «rendre visite». Ne pouvant pas supporter ce «chômage technique», la plupart des prostituées de Fada, a constaté Kantigui, migrent vers Koupéla, Tenkodogo et Ouagadougou, entre autres. Au-delà des prostituées, a-t-on rapporté à Kantigui, les maquis et autres débits de boissons ont également vu leurs chiffres d’affaires drastiquement baisser au point que certains sont sur le point de se séparer d’une partie de leur personnel, notamment les serveuses.

CHR de Tenkodogo : des appareils attendent installation
Il est revenu à Kantigui que des patients du Centre hospitalier régional (CHR) de Tenkodogo, dans la région du Centre-est subissent une autre souffrance en plus de leur maladie. En effet, lui a-t-on dit, pour cause de non fonctionnement des services de radiologie et d’échographie dans ce centre, ces derniers sont obligés de se rendre à Bittou, une ville située à 65 Km de Tenkodogo, pour les examens entrant dans ce cadre. Seuls ceux qui sont un peu nantis peuvent le faire en clinique sur place. Les autres auraient bien pu le faire à une distance moins longue, à Koupèla (45Km), mais là-bas, selon les spécialistes de la santé, les images produites par les machines ne sont pas assez nettes et ne facilitent pas l’interprétation des résultats. Toujours, selon les sources de Kantigui, le problème aurait pu pourtant trouver solution depuis les deux ans que les appareils nécessaires à ces examens sont disponibles au CHR de Tenkodogo ; seulement, ils ne sont pas encore installés. Kantigui appelle donc les autorités concernées à se hâter pour une résolution du problème afin de réduire le calvaire des malades.

Yaba ouvre ses arènes ce week-end
Kantigui en séjour à Yaba dans la province du Nayala, s’est fait l’écho d’un tournoi de lutte. Ce tournoi dénommé «Coupe du champion à Yaba» tiendra sa 9e édition, le samedi 23 mars 2019. Voulant en savoir davantage sur cette compétition, Kantigui a été très édifié. Il ressort que le premier championnat national de lutte organisé en 1985 au Burkina Faso, a été remporté par l’intrépide lutteur de Yaba, Gérard Ki. Mais avec le temps, la pratique de la lutte a été reléguée au second plan par les jeunes de Yaba, si bien que ce village a perdu sa notoriété de champion de lutte. C’est ainsi que Gérard Ki a créé avec d’autres passionnés de la lutte ce tournoi. De ce qui est revenu à Kantigui, depuis 2017, l’organisation de cette compétition est reprise en main par Kiègoulou club de lutte de Yaba, présidé par l’ancien champion. Kantigui félicite les organisateurs de ce tournoi ainsi que le parrain en la personne du directeur général de la SONATUR et conseiller municipal de Yaba, Souabou Diallo.

Kantigui

Vitrine du Tourisme et de l’Hôtellerie 2019

Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a reçu en audience, le mardi 19 mars 2019 au Palais de Kosyam, une délégation de la Fédération des organisations patronales de l’hôtellerie et du tourisme (FOPAHT) de l’espace UEMOA.

La Fédération des organisations patronales de l’hôtellerie et du tourisme (FOPAHT) de l’espace UEMOA organise la IIe édition de la Vitrine internationale du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration de Ouagadougou (VITHRO), du 29 mars au 5 avril 2019 au côté Sud du SIAO. A cet effet, une délégation de la fédération est allée porter officiellement l’information au président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, le mardi 19 mars 2019 au Palais de Kosyam. Au cours de cette audience, la délégation a sollicité l’accompagnement du chef de l’Etat pour réussir cette manifestation.

«Nous sommes venus rendre une visite de courtoisie au chef de l’Etat et lui faire part de la tenue de notre événement. C’est un salon que nous avons organisé en 2017 et dont la cérémonie d’ouverture a été présidée par le président du Faso. Cette année encore nous souhaitons qu’il puisse encore nous soutenir», a confié le président du FOPAHT, Mamoudou Pierre Célestin Zoungrana. Selon lui, cette grande manifestation, qui va regrouper les opérateurs internationaux du monde du tourisme et les acteurs nationaux dans les différentes provinces, sera une occasion une fois de plus, après le FESPACO, de mettre Ouagadougou sous les feux des projecteurs.

Pour lui, il s’agit de promouvoir davantage la destination Burkina Faso. A l’entendre, l’objectif est de prouver aux yeux du monde que la capitale burkinabè est toujours fréquentable, malgré le contexte d’insécurité. A son avis, les Burkinabè doivent continuer de vaquer à leurs occupations. «Nous les opérateurs du tourisme nous avons décidé, pour notre part, de ne pas baisser les bras», a indiqué M. Zoungrana.

Kowoma Marc DOH kowomadoh@gmail.com

Primature: une délégation du Conseil constitutionnel chez Christophe Dabiré

Le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, a reçu le mardi 19 mars 2019 à Ouagadougou, le président du conseil constitutionnel, Kassoum Kambou.

Une délégation du Conseil constitutionnel, conduite par son président, Kassoum Kambou, a été reçue par le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, hier 19 mars à Ouagadougou. Après trois quarts d’heure d’échanges à huis clos, le chef de la délégation s’est confié à la presse : «ce matin je suis à la tête d’une délégation du Conseil constitutionnel, venue féliciter le Premier ministre pour sa nomination et lui souhaiter plein succès dans cette nouvelle fonction».

Kasoum Kambou a également mis à profit cette rencontre avec le nouveau chef du gouvernement pour échanger sur les rapports de collaboration entre les deux institutions. «La Primature fait partie des structures de l’Etat qui saisissent régulièrement le Conseil constitutionnel dans son travail quotidien par rapport à un certain nombre de dossiers. Il était donc indiqué que nous puissions aborder les procédures et les voies à suivre», a précisé le haut magistrat. Selon lui, le Conseil constitutionnel est compétent en matière constitutionnelle, c’est-à-dire la vérification de la conformité des lois avec les dispositions de la Constitution, ainsi qu’avec les traités et les conventions ratifiés par l’Etat burkinabè. A en croire M. Kambou, le président du Faso, le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale, et aussi les citoyens sont habilités à saisir son institution dans ce sens.

«Au cours de l’année 2018, le Premier ministère a fait recours au Conseil constitutionnel plus de 20 fois afin d’examiner et d’émettre des avis sur différents dossiers contre 14 fois par des citoyens», a fait savoir le président du conseil, ajoutant que la structure étatique figure parmi les garants des droits individuels et collectifs des citoyens. Interrogé sur la nouvelle constitution en cours, le juge a laissé entendre qu’elle relève de la souveraineté du peuple, le rôle du  collège  des magistrats constitutionnels étant de veiller à ce que toutes les autres lois respectent les dispositions de cette volonté populaire.

Beyon Romain NEBIE

Différend intercommunautaire à Solenzo

Le Médiateur du Faso a organisé le lundi 18 mars 2019 la journée de la paix à Solenzo dans la province des Banwa dans la Boucle du Mouhoun.

Lundi 18 mars 2019, il est 10 heures à Solenzo. Par petits groupes ou individuellement, les populations de cette ville, capitale de la province des Banwa, convergeaient dans la cour du chef de canton. Une trentaine de minutes plus tard, un chef traditionnel en compagnie de ses tambouriniers et ses chanteuses fait son entrée, et s’engouffre immédiatement dans une demeure. C’est le chef de la communauté moaga de Solenzo, apprend-on. Quelques instants après, le chef de canton de Solenzo et «son frère» de la communauté moaga rejoignent ensemble la foule pour accueillir les autorités administratives. La raison du rassemblement, a expliqué d’entrée, le maître des lieux, est la célébration de la paix retrouvée dans la ville de Solenzo. «Il y a eu un moment où nos frères mossi et nous ne se parlaient pas. Dieu merci, avec les efforts des uns et des autres, ce passé douloureux est derrière nous. La preuve, nous voilà ensemble aujourd’hui pour traduire cette paix retrouvée», soutient le chef de canton de Solenzo.

«Nous venons de loin. Dieu merci, nous sommes parvenus à concilier les positions pour une vie paisible. Nous avons le devoir de travailler à consolider cette paix pour un développement durable de notre localité», renchérit le chef de la communauté moaga. La paix, la cohésion sociale, le pardon, ont été les maîtres-mots de tous les intervenants à la journée consacrée au renforcement du tissu social et au vivre-ensemble à Solenzo. «Désormais, les fils et filles de Solenzo, conclut le chef de canton de Solenzo sont à jamais unifiés». La journée de réconciliation, a rappelé le haut-commissaire de la province des Banwa, Sahabani Zèba, n’aurait pas lieu sans l’implication du Médiateur du Faso, Saran Séré/Sérémé, qui, dès sa prise de fonction a entamé des tournées dans les régions qui l’ont conduite à Solenzo dans la Boucle du Mouhoun où elle a fait le constat de l’effritement du tissu social. Ce constat aurait permis à Mme Séré de travailler d’arrache-pied pour rassembler les deux communautés de Solenzo, qui ne s’adressaient pas la parole.

Un processus qui a débuté par la réunion des deux entités en juin 2018 pour discuter à bâtons rompus du mal qui gangrenait la vie sociale à Solenzo. Dès lors, sur proposition du Médiateur du Faso, les deux chefs, ayant fait preuve d’un sens du dialogue dans la recherche de la paix, ont reçu la reconnaissance de la Nation à l’occasion du 11-Décembre 2018, à en croire la représentante du Médiateur du Faso à cette journée de célébration de la paix, Triandé Alizata, par ailleurs directrice du cabinet du Médiateur du Faso. Le dernier acte, pour sceller définitivement cette paix, a été cette journée ayant réuni à la même place les différentes communautés de la ville de Solenzo. En rappel, entre 2010-2011, un conflit intercommunautaire a éclaté entre les populations autochtones et la communauté mossi. Un conflit qui s’était soldé par la perte en vies humaines de deux personnes et de nombreux blessés, a confié une personne ressource. De 2010 à 2018 bien que vivant dans la même ville, les deux communautés avaient du mal à enterrer la hache de guerre jusqu’à l’intervention du Médiateur du Faso.

Kamélé FAYAMA

Insécurité au patrimoine mondial W-Arly-Pendjari : « C’est à l’Etat burkinabè de demander notre aide », Dimitri Sanga de l’UNESCO

Le nouveau directeur régional du Bureau régional multisectoriel de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest-Sahel, Dimitri Sanga, a accordé un entretien à Sidwaya, le 28 février 2019. Ce technocrate évoluant dans le système des Nations Unies depuis une dizaine d’année parle de ses missions et ambitions et de l’insécurité dans le Sahel.

 Sidwaya (S) : Pouvez-vous nous présenter brièvement le bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel ?

Dimitri Sanga (DS) : Je viens de prendre les rênes du bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel), il y a trois mois et je suis du système des Nations Unies depuis 15 ans. L’UNESCO est une agence spécialisée du système des Nations Unies, qui a pour mandat de construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes à travers l’éducation, les sciences, la culture et la communication.  Le siège de l’UNESCO se trouve à Paris en France, mais nous avons des bureaux régionaux dans les différentes régions du monde.

En ce qui concerne l’Afrique subsaharienne, nous avons cinq bureaux régionaux notamment l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Ouest (Sahel), l’Afrique Centrale, l’Afrique de l’Est et l’Afrique Australe. Je m’occupe du Bureau Afrique de l’Ouest – Sahel qui couvre le Sénégal, le Cap Vert, la Gambie, la Guinée Bissau, le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Je suis en même temps Directeur régional et représentant résident au Sénégal mais non résident dans les autres pays incluant le Burkina Faso.

S : De façon concrète, quelles sont les activités que vous menez ?

DS : Nous menons des activités dans les domaines relatifs aux secteurs de l’éducation, des sciences naturelles, des sciences sociales et humaines, de la culture, et de la communication et de l’information. En ce qui concerne l’éducation par exemple, plusieurs organisations s’occupent de certaines questions relatives à l’éducation, telle que l’UNICEF avec un accent sur les jeunes garçons et filles. Le FNUAP, autre agence spécialisée, traite également des questions d’éducation.

Mais l’UNESCO est cette agence qui détermine les normes, comme par exemple le ratio entre le nombre d’étudiants et d’enseignants dans un pays. L’UNESCO appuie les états membres par exemple dans la formulation des politiques d’éducation, de sorte qu’un Etat ne soit pas en train de naviguer à vue. Il s’agit d’œuvrer à ce qu’un pays, étant donné le nombre de sa population, puisse se projeter sur un horizon lointain et prévoir le nombre de salles de classe qu’il faut pour satisfaire toute sa population potentielle en âge d’aller à l’école.

La grande particularité de l’UNESCO est de s’occuper des questions d’éducation de la petite enfance jusqu’au tertiaire. Ce que nulle autre agence ou organisation ne fait. Evidemment, les questions d’éducation sont très complexes et ne peuvent pas être résolues par une seule institution comme l’UNESCO. Nous bâtissons donc des partenariats avec tous ceux qui peuvent faire avancer cette cause sur le terrain.

S : Quels sont vos plus grands défis de votre organisation?

DS : Les plus grands défis de l’UNESCO, dans l’appui aux Etats membres dans ses différents domaines d’intervention sont déteminés par les états membres. L’UNESCO ne fait qu’appuyer les Etats et les organisations qui travaillent dans les domaines de la science, de la culture, de l’éducation et de la communication.

Ce n’est pas nous qui, au jour le jour, mettons les programmes en œuvre sur le terrain. Nous avons beau développer des normes, du matériel didactique, des projets et programmes, ce sont les Etats, les partenaires, les ONG, les communautés et les autres parties prenantes qui vont les mettre en œuvre. En ce qui concerne l’UNESCO, l’un des plus grands défis consiste en des problèmes de coordination entre les différents partenaires et intervenants, mais aussi, le nerf de la guerre, reste la question des financements.

L’UNESCO travaille donc au niveau normatif, en apportant un appui technique aux Etats sur comment formuler les programmes, comment renforcer les capacités des intervenants dans les différents domaines d’intervention. Dans le domaine de l’éducation par exemple, afin de mettre en œuvre les programmes et projets, on a besoin de ressources pour payer les enseignants, les mettre à jour dans leurs domaines spécifiques. Il faut également des infrastructures. Cela relève du domaine régalien des Etats, avec lesquels nous collaborons. Nous pouvons aussi créer un environnement favorable aux discussions entre partenaires techniques et financiers pour les accompagner dans la mobilisation des ressources.

S : Qu’en est-il alors des interventions de l’UNESCO ?

DS : L’UNESCO ne vient pas dire aux Etats ce qu’il faut faire dans ses domaines d’intervention, à savoir l’éducation, les sciences, la culture et la communication. Elle répond aux besoins. Et ce sont les défis auxquels font face les pays qui militent en faveur de nos interventions. Si nous prenons le cas du Sahel qui nous préoccupe, les plus grands défis sont à l’unanimité, les problèmes d’insécurité, les changements climatiques, la démographie galopante, les questions de genre, la gestion des ressources naturelles etc. Car, les taux de croissance des populations les plus élevés sur ce continent sont dans la région de l’Afrique de l’Ouest et principalement au Sahel. Les taux de natalités les plus élevés au monde se retrouvent dans le Sahel. Il faut donc que cette région soit préparée à recevoir de plus en plus d’enfants et par conséquent, beaucoup plus d’écoles et d’enseignants que le reste du monde. Il faut des politiques pour que les jeunes filles ne décrochent pas.

Elles commencent l’école au même titre que les garçons, mais plus on avance, plus la jeune fille est sous représentée. Au primaire, on voit déjà qu’il y a un écart entre la fréquentation scolaire des jeunes garçons et filles. Quand on monte au secondaire et au tertiaire, l’écart devient encore plus grand. Il faut des politiques garantissant les mêmes chances d’aller à l’école à la jeune fille et au garçon. Parce qu’à la fin, si on laisse ces écarts s’accentuer du primaire jusqu’au niveau universitaire, cela va se répercuter dans leur vie réelle. Il faut que les gouvernements adoptent des politiques, qui permettent de garder la jeune fille à l’école autant que le jeune garçon pour que les deux aient les mêmes opportunités par la suite.

S : Est-ce qu’on peut véritablement inverser la tendance vu les pesanteurs socio-culturels ?

DM : Les pesanteurs socio-culturelles font partie des problèmes sur lesquels on ne peut pas fermer les yeux. Ce n’est pas à une agence comme l’UNESCO ou le système des Nations unies dans son ensemble de régler les questions liées à l’égalité des sexes. Ils conseillent plutôt les Etats et les accompagnent dans les mesures à prendre pour y arriver. Il faut que les différentes parties prenantes de ces pesanteurs soient autour de la table, parce qu’on ne peut pas régler les questions de natalité en Afrique de l’Ouest et de fréquentation scolaire des jeunes filles en Afrique de l’Ouest, sans parler avec les familles, les responsables religieux, les autorités traditionnelles et la communauté. Sans oublier les politiciens eux-mêmes qui prennent les décisions. C’est un ensemble d’intervenants, qui doivent être autour de la table et les agences comme la mienne vont proposer des solutions adaptées.

S : Vous avez une stratégie opérationnelle couvrant la période 2014-2020, censé consolider les systèmes éducatifs en Afrique. Quels en sont les objectifs et les programmes phares ?

DS : La plupart des systèmes éducatifs en Afrique sont reliques de la période coloniale. Après l’accès aux indépendances, on voulait former des ingénieurs, des médecins, des docteurs en sciences sociales etc.. Nous avons un peu sauté un certain nombre d’étapes incluant celle de former des techniciens car pour un ingénieur on a besoin de plusieurs techniciens et pour un médecin on a besoin de plusieurs infirmiers ou infirmières. C’est la formation technique et professionnelle qui nous permet d’avoir ces techniciens. Cette Nous prônons le fait que la cette formation technique et professionnelle ne soit pas considérée comme une cinquième roue.

Cela vient du fait que nous ne valorisons pas assez les métiers.   Un autre aspect, c’est ce qu’on appelle la formation à la citoyenneté. Nous parlons du Sahel aujourd’hui, des questions d’insécurité, qui résultent d’un certain nombre de choses de base. Nous fournissons beaucoup d’efforts dans la formation contre l’extrémisme violent. Et pour que cela, il faut que les enseignants soient formés. Nous travaillons également pour la reconnaissance des diplômes à l’échelle communautaire pour favoriser la mobilité. La formation dans les sciences, technologies, ingénierie et mathématiques a aussi une place choix dans cette stratégie sans oublier la qualité de l’enseignement.

S : Quelles sont les actions planifiées en faveur du Burkina Faso ?

DS : Nous travaillons sur un projet de formation des jeunes aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les emplois du 21e siècle ne sont plus ceux d’hier. Aujourd’hui, tout est devenu électronique, et nous voulons dès l’école primaire démystifier l’ingénierie, les technologies de l’information et de la communication et les mathématiques. Nous avons donc un grand programme pour former la génération actuelle quel que soit le domaine d’activité en technologie de l’information.

Nous ne sommes pas en train de réinventer la roue. En effet, l’UNESCO a eu à accompagner au Gabon, un programme similaire suite à un constat que les banques ou les sociétés de télécommunications avaient des difficultés à trouver des ressources humaines   compétentes, faute de connaissances en technologies de l’information et de la communication.   Ce programme   d’un coût de 6 millions de dollars, financé par des sociétés installées au Gabon, a permis de former de nombreux jeunes dans le ddomaine du numérique. Il y a des spécificités au Burkina Faso, que l’on pourra intégrer dans un tel programme avec le concours des différents ministères.

S : Vous intervenez dans le domaine de la culture, qui ne semble pas être une priorité pour les Etats

 

DS : Lorsque l’on parle de culture, les gens pensent généralement à quelque chose de folklorique : la musique et les mets traditionnels. Pourtant la culture, c’est bien plus que cela. Le FESPACO en est une illustration. La culture, c’est la créativité. Le principe, c’est la transmission des valeurs et connaissances de génération en génération. La culture est très importante pour le développement et la paix. Par exemple, la parenté à plaisanterie qui existe en Afrique de l’Ouest a permis de par le passé, aux différents groupes de décanter des situations conflictuelles et de régler de façon pacifique leurs différends. C’est le genre d’exemple à puiser dans notre culture pour réduire les conflits récurrents observés dans le Sahel, notamment entre agriculteurs et éleveurs. Quand on parle de culture, il y a également les industries créatives.

Un pays comme la France injecte près de 7 milliards d’euros par an dans l’industrie culturelle. Ce qui rapporte en en retour près de 57 milliards d’euros. Ce pays a donc un gain de 50 milliards, mais c’est parce qu’il a reconnu l’importance des différentes sortes de culture à savoir la mode, les musées et autres.   Plus proche de nous, vous avez l’exemple du Nigeria où l’industrie cinématographique, Nollywood, a contribué en 2017 à près de 2% du PIB de ce pays. Si les pays ont des politiques culturelles de qualité avec des législations adaptées, cela peut encourager les créateurs et créatrices mais aussi contribuer au développement.

S : Quelle est la position de l’UNESCO par rapport à la restitution des biens culturels africains présents dans les pays occidentaux ?

DS : La question est importante et nécessite que les Etats discutent des détails du rapatriement. Déjà, c’est une bonne chose qu’on parle de la possibilité que ces biens retournent dans leurs pays d’origine. Leur retour doit être le fruit de négociation entre les Etats. Si un Etat nous sollicite pour l’aider dans les négociations avec un autre Etat nous lui offrirons nos services. L’UNESCO n’est pas un Etat et ne peut donc pas s’auto saisir d’une question qui intéresse deux pays souverains.

S : Que fait l’UNESCO pour encourager les industries culturelles en Afrique et en particulier au Burkina Faso ?

DS : A ce sujet, dans le cadre du FESPACO, nous avons eu une séance très intéressante sur la Convention de 2005 pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Tous les pays africains, dont le Burkina Faso, l’ont signée. Cette Convention vise exactement à propulser les industries créatives pour qu’elles contribuent au développement. La première étape a été de demander aux Etats de mettre en place un certain nombre de cadres législatifs qui vont aider cette industrie à fleurir.

Chaque Etat produit tous les quatre ans un rapport qui nous permet de faire le suivi sur un certain nombre de points. Pour ce faire, nous avons un fonds international pour la diversité culturelle qui finance les Etats jusqu’à hauteur de 200 mille dollars dans ce cadre. Six pays ont partagé leur expérience de l’usage de cette enveloppe de l’UNESCO, lors d’une réunion au cours du FESPACO. Par exemple, le Malawi a utilisé cette aide financière pour mettre en place une caisse d’épargne des artistes. Ce qui parait intéressant. Le secteur privé ne s’y intéressera que lorsqu’il verra son intérêt.

 S : Le Parc W d’Arly-Pendjari, une vaste forêt que le Burkina Faso partage avec le Niger et le Benin, est devenu une sorte de refuge pour les terroristes. Est-ce qu’il y a un risque que le site soit retiré du patrimoine mondial de l’UNESCO ?

DS : Il y a énormément de choses qui sont faites actuellement en ce qui concerne la conservation du patrimoine en période de crise. Au Mali, on a eu la destruction des manuscrits, des monuments et des mosquées. Le gouvernement a fait appel à l’UNESCO et d’autres partenaires. Ces monuments sont en voie de reconstruction. Le cavalier Al-farouk, qui représente, selon la légende, le protecteur de la ville de Tombouctou, détruit en 2012 lorsque la ville a été prise, a été restauré.

D’ailleurs, c’est au Burkina qu’il a été produit et transporté et réinstallé au Mali. Certaines mosquées détruites ont été aussi reconstruites. Les manuscrits extirpés des sites lors de l’occupation ont été numérisés et conservés. La situation dans le parc W est récente. On peut se baser sur ce qui a été fait au Mali pour sauver ce patrimoine. C’est à l’Etat burkinabè de demander l’aide de l’UNESCO. Il doit demander un accompagnement dans la protection, parce que lorsqu’un site est inscrit au patrimoine, on ne doit pas perde les caractéristiques de son inscription.

S : L’Etat burkinabè peut-il solliciter l’appui de votre organisation dans la lutte contre le terrorisme?

DS : Les institutions internationales aident les pays à régler les problèmes auxquels ils font face et l’un des plus importants dans la plupart des pays en Afrique de l’Ouest est celui de l’insécurité. Si vous faites appel à l’UNESCO pour vous aider à régler le problème d’insécurité, évidemment l’institution va apporter son aide dans le cadre de son mandat. Elle ne peut pas prétendre venir aider le pays avec une force militaire ou de l’argent, par exemple. Nous pouvons faire de la prévention en éduquant différentes couches de la population contre l’extrémisme violent.

S : Est-ce que le Burkina a formellement fait une demande de soutien ?

DS : Avec le Burkina, on travaille déjà sur les questions de prévention de l’extrémisme violent, dans les programmes éducatifs. On aimerait introduire des modules dès le bas âge. Ils vont porter sur l’acceptation d’autrui et les précautions à prendre pour éviter l’endoctrinement. Par ailleurs, on a réuni des journalistes du Mali, du Niger et du Burkina pour discuter du traitement et de la diffusion de l’information en vue d’éviter la désinformation.

En effet, il y a une manière de communiquer en ces périodes. L’autre point est de savoir comment lutter contre le trafic illicite des biens culturels. Lorsque des pans entiers du territoire sont hors contrôle de l’État, cela donne lieu à toutes sortes de trafics illicites incluant des biens culturels. Nous avons en ce sens organiser des séminaires à l’intention de forces de l’ordre, de sécurité et des services des douanes en provenance des pays de l’Afrique de l’Ouest dont le Burkina Faso. Ces séminaires ont été organisés en collaboration avec Interpol et l’Organisation mondiale des douanes.

S : Présentement, bon nombre d’écoles ont été fermés du fait du terrorisme, comment l’UNESCO compte aider le Burkina à les rouvrir?

DS : Il ne faut pas attendre que la situation se calme. Il est important de prendre des mesures pour former les gens même en période d’insécurité. Il s’agit par exemple de bâtir sur des modèles utilisés par le passé dans le cadre des programmes pour former les enfants des populations nomades, parce qu’ils bougent selon les périodes.

 S : Quelles sont les activités prévues au Burkina Faso pour la promotion des droits des femmes et des jeunes filles ?

DS : On fait tout pour que la jeune fille et le jeune garçon aient accès à la même éducation et dans les mêmes domaines pour qu’ils aient les mêmes opportunités plus tard. Au Burkina Faso, nous travaillons principalement sur ce que l’on appelle les STEM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématique).

Nous collaborons avec le ministère en charge de l’Enseignement supérieur et celui en charge de l’Economie numérique pour créer des modules qui vont être insérés dans la formation avec un accent particulier sur les jeunes filles dès l’école primaire. En plus de cela, avec un certain nombre de partenaires, il va s’agir de donner l’opportunité aux jeunes filles de pouvoir avoir des cours accélérés pour démystifier les sciences, les technologies et l’ingénierie.

S : Quelles sont les perspectives de l’UNESCO ?

DS: Les perspectives de l’organisation sont posées dans le sens des défis qui vont devenir de plus en plus importants. Nous ne pouvons plus avoir les mêmes systèmes éducatifs qu’il y a 40 ans. Le futur appartient aux campus virtuels. L’on a commencé à travailler avec les gouvernements pour insérer cela dans le système éducatif. Au Sénégal, il y a déjà 12 campus virtuels où les jeunes gens peuvent de là où ils sont à partir de leurs téléphones aller chercher des modules de cours sur les maths, sur la comptabilité avec des exercices à l’appui.

Il y a des facilitateurs qui animent une plateforme de questions-réponses. Nous sommes heureux de savoir qu’il y a les germes de ces campus virtuels au Burkina Faso. C’est l’une des initiatives que nous allons appuyer dans le cadre du programme sur les technologies de l’information. Nous travaillons aussi sur l’assurance qualité. Il y a un certain nombre de domaines où l’Etat n’a plus le monopole de la formation. Il y a de plus en plus des instituts de formation privés. Mais il faut que le diplôme qui est donné dans le cursus de l’Etat et celui du privé soit concordant. A ce sujet, nous accompagnons le Burkina Faso à mettre en place un organisme d’assurance qualité dans l’enseignement supérieur. En ce qui concerne les sciences, nous sommes au Sahel et l’une des causes des mouvements des populations et les violences que nous constatons, c’est la rareté des ressources incluant celles en eau. Le lac Tchad par exemple n’est qu’à 10% de la superficie qu’il avait il y a 40 ans.

Ce qui fait que quelques cent millions de personnes qui vivaient autour du lac s’agglutinent autour des 10% restants. Ce n’est pas étonnant que nous ayons chaque jour des claches entre éleveurs, cultivateurs et pêcheurs. Cela contribue à alimenter l’insécurité. Nous travaillons dans le domaine des sciences naturelles à faire une cartographie des ressouces en eau en Afrique de l’Ouest et facilitons les discussions entre états pour une gestion et exploitation durables de ces ressources en eau.

Interview réalisée par la Rédaction

Mise en œuvre du programme présidentiel : Le Premier ministre sollicite le soutien de l’APMP

Le Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré a rencontré le lundi 18 mars 2019 à Ouagadougou les partis politiques de l’Alliance pour la majorité présidentielle (APMP) dans le but de recueillir leurs suggestions pour réussir sa mission.

Le Premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré compte sur la majorité au pouvoir pour réussir sa mission. A cet effet il a rencontré les partis politiques membres de l’Alliance pour la majorité présidentielle (APMP) hier 18 mars 2019 à Ouagadougou pour recueillir leurs suggestions. Le chef du gouvernement a expliqué cette démarche s’explique par le fait le regroupement politique de la majorité constitue un soutien de taille au président du Faso Roch Marc Christian Kaboré pour la mise en route de sa politique. « L’APMP a des représentants à l’Assemblée nationale et au sein du gouvernement.

Dans la conduite des affaires, nous sommes obligés de tenir compte de leurs observations afin que nos actions puissent déboucher sur des résultats », a relevé M. Dabiré. Le premier ministre a aussi saisi la perche pour remercier les députés de la majorité présidentielle qui lui ont donné quitus pour conduire le gouvernement à l’issue de sa déclaration de politique générale. Il a en outre souhaité que l’alliance puisse continuer à l’épauler pour la réalisation du Plan national de développement économique et social.

Son appel semble avoir été entendu par le camp présidentiel. Le Coordonnateur de l’APMP, Clément Sawadogo a, au nom des partis membres de la formation politique, salué la démarche du chef du gouvernement de les rencontrer à l’effet d’avoir leurs points de vue sur les questions de développement. Il a exprimé la disponibilité de la majorité à l’accompagner. « Nous avons dit notre entière satisfaction sur sa déclaration de politique générale qui a été un engagement fort », s’est réjoui M. Sawadogo.

Il a également félicité l’équipe du gouvernement Dabiré qui, en deux mois, a des résultats palpables à son actif surtout sur le plan sécuritaire marqués par la réouverture des écoles dans plusieurs localités. Pour plus de collaboration, l’APMP a souhaité que les deux parties puissent davantage travailler à travers des mécanismes de concertation en vue de faire le point de l’état d’avancement de la mise en œuvre du programme présidentiel.

Abdoulaye BALBONE

Procès du putsch : « Je n’ai rien modifié», l’informaticien Younoussa Sanfo

En sa qualité d’expert en cyber sécurité, Younoussa Sanfo, est passé à la barre du tribunal militaire, le lundi 18 mars 2019 dans le cadre du procès du putsch manqué. Il a expertisé les messages et les appels téléphoniques en lien avec le dossier.

Que savez–vous des résultats techniques produits dans votre rapport ?, a interrogé le président du tribunal militaire, Seydou Ouédraogo. A cette question, le témoin Younoussa Sanfo a relaté, le lundi 18 mars 2019 à la barre, qu’il aurait reçu par ordonnance du juge militaire, Fréderic Ouédraogo, la mission de récupérer et d’effectuer par corrélation des correspondances de tous les messages des appareils (téléphones, ordinateurs, clés USB, disques durs et cartes mémoires) des accusés en lien avec le procès du putsch manqué. Ainsi donc, il a reçu 72 appareils.

«L’expertise de ce type ressemble à une fouille archéologique. Mon travail a donc consisté à faire une copie conforme des appareils à travers un dispositif homologué. Face à un manque d’appareils appropriés, j’ai fait appel à un laboratoire européen pour faire le travail de récupération. Au cours du processus, j’ai constaté que 86% des messages avaient été supprimés.

Alors j’ai fait recours aux sociétés de téléphonies mobiles afin d’avoir des traces de communication à la demande du juge. Ainsi, j’ai pu retrouver certains, par contre ceux déjà écrasés, il m’a été difficile de les restituer. N’empêche, ces fragments ont été transmis au juge. Libre à lui d’en faire ce qu’il veut », a-t- il expliqué. Selon l’expert Sanfo, faisant face à des milliers de messages, il a donc créé un programme numérique pour effectuer le travail. « Il était donc possible d’avoir une marge d’erreurs dans la sémantique des textes.

Cependant, impossible de créer un nouveau message qui n’a jamais existé », a souligné l’informaticien. L’on se rappelle qu’au cours des auditions des accusés, bon nombre ont affirmé que ce rapport a été falsifié, tripoté et monté de toute pièce. Que dire donc de sa qualité ?, a demandé le parquet militaire. Et l’expert de rétorquer qu’il lui est impossible de tripoter ou de falsifier les données. « Tout ce que j’ai fait, est vérifiable chez l’opérateur mobile. Il y a une trace de tous les appels et des messages. Cela est vérifiable également à travers une contre-expertise », a-t- il soutenu.

A cet effet, l’expert en cyber sécurité a tenu à rappeler qu’il est à la barre en tant qu’expert, non pas pour contredire des propos. « C’est de bonne guerre, car les accusés ne font que se défendre », a-t-il dit. Cependant, il faut mentionner que c’est à l’issue de ce rapport que le lieutenant Jacques Limon, décoré pour son patriotisme pour avoir aidé à mettre fin au putsch, a été inculpé comme un agent de renseignement auprès du général Gilbert Diendéré. Dans son rapport, l’expert a révélé des messages du lieutenant envoyés au capitaine Hussène Zoumbri, lui indiquant les positions des troupes de Bobo-Dioulasso, venant sur Ouagadougou.

Mais l’accusé voit en son inculpation, un acharnement sur sa personne, parce qu’il aurait tenté de dénoncer une affaire de corruption sur la somme de 153 000 000 F CFA en lien avec le marché attribué à l’expert. Sinon pourquoi, l’inculper sans même avoir des preuves de sa complicité ?, s’est demandé l’accusé. De l’avis de Me Mamadou Sombié, les éléments à charge ne concordent pas. Si réellement, le lieutenant Limon était un agent de renseignement, on aurait dû expertiser son téléphone portable qui a servi à envoyer les messages.

Un rapport à polémique

Pour Me Hervé Kam, Younoussa Sanfo comparait à une étape procédurale où beaucoup des discussions ont jalonné son travail. Et c’est grâce à son travail que le lieutenant a été mis aux arrêts. « Conformément à la loi, les accusés avaient sept jours pour faire des observations et formuler des demandes de contre-expertise. Mais, aucune des parties ne l’a formulée », a-t-il affirmé.

A ce propos, l’informaticien a déclaré ne pas connaitre M. Limon au moment des faits, excepté un jour où il s’est rendu chez lui à domicile. Celui-ci lui aurait demandé d’intercéder à sa faveur, afin qu’on classe sans suite son dossier. « J’ai déjà déposé mon rapport depuis le 30 mars 2016, je ne peux rien faire pour toi », a-t-il répondu. Et l’accusé de marteler qu’il a été chez l’expert accompagné de l’ancien directeur de la justice militaire, Sita Sangaré. Cependant, il a attendu le colonel Sangaré dans la voiture. « Au contraire, M. Sanfo est venu dans mon bureau dans le cadre de son dossier d’expertise.

Je suis déboussolé et étonné par ses propos », a-t-il renchéri. Et Me Sombié de poursuivre que l’expert n’a fait qu’un travail de retranscription de messages. Ce n’est pas de l’expertise. « Si on pouvait le détruire, j’allais le faire avec une roquette. On a dépensé plus de 347 000 000F CFA pour rien pour un document truqué », a-t- il insisté.

La défense a continué à accabler le rapport d’expertise de Younoussa Sanfo. Me Latif Dabo est confus quant au contenu du document, parce que des accusés ont envoyé des messages qui n’ont pas été retrouvés chez le destinataire. Tout comme, d’autres en ont reçu qui ne figurent pas chez l’expéditeur.

L’expert a alors expliqué les « possibilités techniques » qu’un SMS envoyé ne soit pas « distribué ». « Aussi il est possible que tout ce qui est informatique puisse être modifié. Mais moi, je n’ai rien modifié », a confié M. Sanfo. Me Dabo, lui, est convaincu que les pièces mises à la disposition de « Youn » ont été « alternées » par des officiers de police judiciaires et l’expert commis à la tache avant Younoussa Sanfo. Me Dieudonné Boukoungou a embouché la même trompette, pour remettre en cause le travail de l’expert.

Il a révélé que M. Sanfo a eu un premier contact avec le dossier le 17 septembre 2015, aux côtés des gendarmes, a précisé « Youn ». « Comment ne pas douter de la fiabilité de l’expertise des éléments qu’il a lui-même collecté ?», s’est interrogé l’homme de droit, surtout que l’expert n’a pu accéder aux contenus de tous les téléphones portables. Younoussa Sanfo a expliqué que certains d’entre eux étaient protégés, ce qui ne permettait pas aux outils de récupération de lire leurs contenus. Et de s’étonner : « Pour des avocats de votre niveau, pourquoi n’avoir pas demandé une contre-expertise ?».

Fleur BIRBA
Djakaridia SIRIBIE