La reine Ahan Kalidji Béatrice, ambassadrice d’ONU Femmes pour la lutte contre les mariages précoces et les mutilations génitales féminines, a animé un panel lors du forum des médias du Réseau des Médias Africains pour la Santé et l’Environnement (REMAPSEN). Elle y a partagé l’expérience de son royaume dans la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG). Dans le royaume d’Oussouye, il est formellement interdit à un homme de lever la main sur son épouse.
Intronisée reine à l’âge de 14 ans en août 2000, Ahan Kalidji Béatrice venait alors de réussir son examen d’entrée en 6e. Depuis, elle codirige les 17 villages de son royaume aux côtés de son époux, le roi Sibilumbaï Diédhiou. Bien qu’elle rêvât de poursuivre ses études, le royaume s’y est opposé, craignant de perdre sa souveraine. Traditionnellement, chaque village envoie une jeune fille et un jeune garçon à la cour royale, mais Béatrice a insisté pour que ces enfants restent dans leurs familles et puissent continuer leur scolarité.
Elle a fait de la défense des droits des femmes et des filles, notamment la lutte contre les VBG, son cheval de bataille. Cet engagement a conduit à sa nomination comme ambassadrice d’ONU Femmes.
Dans le cadre de la gestion des VBG, notamment des violences verbales, elle convoque les parties concernées – hommes et femmes – pour des médiations. Pour elle, il est inacceptable qu’un homme frappe sa femme : « Si vous frappez votre femme, c’est comme si vous frappiez votre mère », rappelle-t-elle fermement.
Chaque année, lors de la fête annuelle du royaume, une journée est consacrée à la dénonciation des violences telles que les vols, les viols, et autres abus. La reine encourage sa communauté à rompre le silence autour des VBG : « Tant qu’on ne brise pas le silence, il sera difficile de lutter contre les VBG », insiste-t-elle.
Ayant elle-même été victime d’un mariage précoce, Ahan Kalidji Béatrice milite activement contre cette pratique ainsi que contre les mutilations génitales féminines. Elle considère ces traditions comme sources de nombreux problèmes pour les jeunes filles. En tant qu’ambassadrice d’ONU Femmes, elle œuvre pour leur éradication à travers des campagnes de sensibilisation et d’éducation.
« Nous encourageons la scolarisation des jeunes filles afin qu’elles puissent trouver un emploi décent et subvenir à leurs besoins. Nous voulons que cessent les mariages précoces et les violences faites aux femmes, car la femme est sacrée. Les hommes doivent prendre soin d’elles, non les violenter ni les violer. Aujourd’hui, grâce à ONU Femmes, je voyage à travers le continent pour défendre cette cause. Je suis allée au Nigeria, en Éthiopie, en Zambie, et j’ai aussi participé à une semaine d’activités à Dakar », confie-t-elle dans une interview accordée au journal Enquête+.
Son époux, le roi Sibilumbaï, se dit fier de son militantisme : « Elle a beaucoup de relations, elle est ouverte et disponible. Aujourd’hui, elle parcourt l’Afrique pour transmettre de bonnes nouvelles et défendre les causes du royaume d’Oussouye », témoigne-t-il dans le même journal.
Boureima SANGA
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