Juste une saison en Guinée avec le Club Industriel de Kamsar et Kamou Malo a laissé sa marque. 3e pour la première fois de son histoire, les dirigeants de cette formation, séduits par la qualité de l’ex-sélectionneur national du Burkina lui a rempilé pour deux saisons. Présentement au pays pour des vacances bien mérités, Kamou Malo fait le point de la saison et évoque le football burkinabè et guinéen.

Comment aviez-vous apprécié votre première saison en tant que coach hors du Burkina ?

C’est une première pour moi. Je voulais d’abord saluer le public sportif burkinabè. Quoique l’on dise, ce public m’a manqué. Un public avec lequel je me suis habitué. Partir à l’extérieur était une première pour moi. C’était une autre culture et il fallait s’adapter. Je pense que nous avons réussi. L’un dans l’autre, je garde une impression positive. Dans la mesure où nous avons beaucoup appris au contact des autres. Nous avons aussi apporté ce que nous savons de plus cher, la culture burkinabè.Ce sont deux peuples africains et nous n’avons pas mis beaucoup de temps à nous adapter.

Votre club a terminé à la 3e place en championnat. Etes-vous satisfait de votre position au classement ?

Oui et non parce que quand je prends les dernières années que je suis passé au Burkina, je suis habitué à jouer le haut du tableau. Se classer 3e pour ma première saison n’est pas mal. Mais, l’objectif était de de se qualifier pour une compétition africaine, parce qu’en Guinée il n’y a que les deux premières places qui ont droit à cela.Si je considère l’effectif avec lequel nous avons travaillé, il y a de quoi être satisfait. C’est une équipe qui vient de loin, constituée en majeur partie de joueurs issus de l’équipe réserve. Le président avait décidé de tout chambouler et de repartir à zéro. Nous sommes sur la bonne voie dans la mesure où nous avons terminé fort sur une bonne dynamique. C‘est ce qu’il faut retenir.

Que vous ont dit vos dirigeants après cette 3e place ?

Ils sont naturellement satisfaits. Ils ne se sont pas contentés des mots. Ils ont tenu à ce que je renouvelle le bail. La première année, était celle d’essai.Ce qui fait que j’avais refusé de m’engager pour un long bail. J’avais juste signé une année. Cette fois-ci, je me suis inscris pour un projet à long terme. C’est parce qu’ils sont satisfaits qu’ils m’ont proposé un contrat de deux ans.

Justement, quelles sont les raisons de votre prolongation ?

On ne prolonge pas pour les beaux yeux de quelqu’un. On le fait parce qu’il y a une satisfaction et une bonne entente avec la direction qui est prête à nous accompagner dans nos ambitions.C’est l’une des premières raisons pour laquelle nous avons accepté. J’ai prolongé parce que, non seulement quand vous entamez un projet et que vous voyez que vous avez donné beaucoup d’espoir à certains jeunes et à une population, il ne serait pas intéressant de briser cet espoir. Kamsar est une zone industrielle de la Guinée à 400 kilomètres de la capitale. Quand vous venez et que vous suscitez de l’espoir, il ne faut pas le briser. Il y a aussi le fait qu’un entraîneur doit s’inscrire dans la durée. J’avais une opportunité d’aller voir ailleurs. Par exemple, j’avais pratiquement terminé un entretien avec un club congolais. Mais, vu certaines considérations, j’ai préféré rester. Les dirigeants m’ont aidé à accepter ce renouvellement. Votre équipe a séduit cette saison.

Quel a été votre secret ?

C’est le travail. Le mérite ne me revient pas seul. Nous travaillons en staff. Depuis que j’étais au Burkina, je me suis inscrit de travailler en staff. Après l’équipe nationale quand je me suis engagé en faveur de l’AS Douanes, je me suis constitué un staff avec lequel nous sommes restés fidèles avec des résultats probants. C’est pourquoi j’ai tenu à partir avec mon adjoint Antoine Ilboudo, qui est un gros travailleur. Le mérite lui revient aussi. C’est un jeune qui a beaucoup d’amour pour le métier d’entraineur. Mon devoir c’est de l’accompagner et de lui donner de la visibilité. C’est le lieu de le féliciter et le rassurer qu’il soit sur la bonne voie.

Quelles sont les équipes qui vous ont mis en difficulté ?

Ce n’est pas de la prétention mais c’est de dire les choses telles qu’elles sont. Nous n’avons pas été champions à cause de petits détails. Je ne voudrais pas revenir chez moi et commencer à critiquer certains aspects du championnat guinéen. Je résume simplement que c’est à cause de petits détails que nous n’avions pas été champions. Ce sont des petits détails qui ont déterminé nos rencontres face à des ténors du championnat guinéen comme le Horoya, le Hafia, l’AS Kaloum ou le Milo. Nous produisons un jeu assez plaisant avec des gamins insouciants. Vous avez vu que lors de la dernière journée, nous avons cartonné le leader à domicile 3-0.Nous avons battu des équipes importantes. Même au match aller, n’eut été quelques erreurs d’arbitrage, nous aurions pu gagner. Dire que des équipes nous ont mis en difficulté, je dis non. Je dirai plutôt que nous avions mal abordé certains matchs à cause de la jeunesse de notre effectif.

Quelles sont vos ambitions avec Kamsar pour la saison prochaine ?

Nous allons jouer pour le titre. Nous savons maintenant comment le championnat guinéen se joue. Nous avons les armes pour aller chercher le titre. Nous avons une équipe pour le faire. Nous allons jouer crânement pour cela. Nous avons un président passionné et féru du football qui ne jure que par ça. Il veut que son équipe aille à l’assaut de l’Afrique.

Kamou Malo a-t-il les coudées franches dans la gestion de son équipe ?

Vous pouvez aller au sondage avec les présidents de clubs qui m’ont vu passer, je n’ai jamais permis à ce qu’on mette du sable dans mon couscous. Je n’ai jamais permis qu’on influence mon travail. C’est l’une de mes conditions. Mais, parfois, en tant qu’entraîneur, il faut souvent faire des concessions. Ce qui n’est pas de la faiblesse. Il n’y a pas d’entraineur propriétaire de club. Un entraîneur est un employé du club. Ce sont les dirigeants qui fixent les objectifs. Moi, je suis responsable de leur réalisation. L’un de vos adjoints a été coopté dans le staff technique des Étalons.

Un commentaire ?

Permettez-moi d’abord de saluer l’humilité de ce garçon. Beaucoup sont revenus après leur carrière professionnelle, mais, n’ont pas accepté embrasser la carrière d’entraineur.Même certains qui l’ont fait, ont voulu parachuter par le sommet. Jonathan Zongo est venu me voir un matin quand j’étais à l’AS Douanes pour me demander de se joindre à nous pour apprendre. Je lui ai répondu que ça sera de la réciprocité, car, nous allons aussi apprendre de lui. C’est ainsi que nous avons passé 2 saisons ensemble à l’AS Douanes. Je précise qu’avec l’AS Douanes, il n’avait pas de contrat. Et quand je suis parti à Kamsar, il m’a encore appelé pour me rejoindre. Il est venu travailler avec moi à Kamsar sans contrat. Sa nomination dans le staff des Etalons ne m’a pas surpris. C’est un garçon qui a de l’étoffe contrairement à ce que certains pensent. Il a aussi une connaissance du haut niveau. Toute chose qu’il a partagé avec nous. Il nous a apporté aussi son expérience. Et ceux qui ont pensé à sa nomination ont bien réfléchi.

C’est un garçon qui a de la retenue, qui a cette fidélité qu’il faut pour performer dans ce domaine. Et le conseil que je lui ai prodigué avant qu’il ne rejoigne l’équipe nationale est de rester fidèle et sincère avec le sélectionneur national comme il l’a été avec nous. C’est très important, car, il y va de son avenir. Jonathan Zongo peut aller loin pour peu que nous Burkinabè acceptons l’accompagner. C’est cela aussi le défaut du public sportif burkinabè qui est beaucoup versé dans l’émotionnel. Il est jeune et il a accepté aller au charbon. Il faut l’accompagner à ce qu’il ne soit pas comme nous autres, des laissés pour compte qui avions dû nous débrouiller avec nos moyens de bord pour faire ce que nous pouvions. Un coach se construit.

Par exemple, quand vous prenez le Sénégal, ils ont construit le coach Pape Thiaw qui est présentement le sélectionneur national. Je dis encore merci à ceux qui ont eu le nez creux en proposant ce garçon dans le staff. Je dis aussi merci à Amir Abdou d’avoir accepté ce monsieur.

Quelle appréciation faites-vous du niveau du championnat guinéen par rapport à celui burkinabè ?

Le championnat burkinabè est d’un très bon niveau. C’est un championnat à 16. Le label du championnat burkinabè est au-dessus de celui guinéen. Certains indices prouvent que le championnat burkinabè est un peu plus professionnel que celui de la Guinée. Par exemple en Guinée, sur la feuille de match, il y a 18 joueurs. Alors qu’au Burkina, ça va au-delà. Maintenant dans le contenu, le championnat guinéen est au-dessus techniquement. Les gens jouent très bien au football. Tactiquement, il y a du jeu.

En Guinée, il y a aussi Narcisse Yaméogo qui est adjoint de l’équipe nationale de ce pays. Echangez-vous souvent ?

Narcisse est une vieille connaissance depuis Koudougou. Durant mon séjour guinéen, je l’ai croisé une fois. Ce jour-là, il ne nous ait pas regardé de loin. Il est venu vers nous et nous avons sympathisé. Il nous a montré beaucoup d’affection. Il était content de voir un staff burkinabè en Guinée. J’étais avec Antoine Ilboudo et Jonathan Zongo. Il a montré qu’il nous connaissait. Ça nous a rehaussé l’image. C’est le lieu de lui dire merci, car, d’autres pourront faire semblant de ne pas nous voir. Mais, lui, est venu vers nous. C’est ça aussi le Burkinabè. A l’extérieur, nous devons être solidaires. Je prie Dieu que ça se passe bien pour Paulo Duarte et lui.

Duarte est devenu comme un Burkinabè. Je m’amuse souvent pour rire à dire aux Guinéens que peut être qu’après Duarte ça sera moi parce que je l’ai aussi remplacé à la tête des Etalons. Narcisse est un garçon qu’il va falloir miser pour le futur.

Parlons de l’USO où vous avez évolué dans le Fasofoot. Ce club a été relégué en 3e division. Cette relégation vous a surpris ?

L’USO est mon équipe de cœur avec laquelle j’ai une longue histoire. C’est l’équipe avec laquelle j’ai signé ma première licence. C’est la première équipe avec laquelle j’ai disputé une campagne africaine. Voir cette équipe reléguée en D3 fait mal au cœur. Pas parce qu’il lui a manqué de la qualité mais aussi de management. Cette relégation doit tirer la sonnette d’alarme à certaines équipes dites traditionnelles.

La situation de l’USO interpelle à plus d’un titre. Aux autres de se mettre au diapason. Le football ne saurait être géré de la même manière que par exemple comme en 1983. Aujourd’hui, les gens sont passés à autre chose. Il va falloir que les équipes dites traditionnelles changent leur mode de gestion pour pouvoir rester dans l’élite du football burkinabè. Je vais profiter de vos colonnes pour remercier le public sportif burkinabè. Il est vrai que ma candidature n’a pas été retenu pour le poste de sélectionneur national. Mais, pour moi, ça été une victoire. Une victoire dans la mesure ou beaucoup de Burkinabè m’ont témoigné de l’affection. Je tiens à dire à ce public dans son ensemble que c’est le football.

Nous rêvons de voir notre pays accrocher une médaille. Cela nécessite tout un processus et nous sommes sur la bonne voie. Kamou Malo est Burkinabè et il soutien notre équipe nationale que j’ai eu la chance de conduire à un moment donné. Je rêve que cette équipe ait une médaille. Car, on ne parlera pas de cette sélection sans évoquer Kamou Malo. Je ne suis pas celui qui morfonde dans son coin. Il est vrai que je suis engagé dans d’autres projets, mais, mon rêve est de voir le Burkina au sommet du football africain.

Interview réalisée par Yves OUEDRAOGO

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