Reléguée en troisième division après avoir terminé avant-dernière de la poule A du Fasofoot Ligue 2 avec 22 points en 22 journées, l’Union sportive de Ouagadougou (USO) traverse l’une des pages les plus sombres de son histoire. Club mythique du football burkinabè, longtemps porté par la ferveur populaire de Larlé et par une culture de formation qui faisait sa force, l’USO paie aujourd’hui plusieurs années de fragilité sportive, structurelle et administrative. Anciens dirigeants, joueurs, observateurs et figures historiques du club livrent leurs analyses sur les causes d’une chute annoncée et sur les conditions d’une possible renaissance.

Le silence qui a suivi le verdict en disait long sur la portée de l’événement. A Larlé, quartier historique où l’Union sportive de Ouagadougou a construit sa légende, la nouvelle de la relégation en troisième division a été reçue comme un choc. Pour beaucoup, voir l’USO évoluer désormais loin des projecteurs du football professionnel semblait encore impensable il y a quelques années. Pourtant, après une saison conclue à la 11e place de la poule A du Fasofoot Ligue 2 avec 22 points en 22 journées, le club rouge et blanc n’a pas pu échapper à la sanction. Cette descente a bouleversé anciens joueurs, dirigeants, supporters et observateurs.

Mais à mesure que les langues se délient, un constat s’impose. L’USO n’est pas tombée en une saison. Elle s’est lentement fragilisée, année après année, jusqu’à ce que la rupture devienne inévitable. Joseph Zangréanogo, ancien président et l’un des sages du club, mesure avec émotion la gravité de la situation. « Voir le club descendre jusqu’en troisième division, ce n’est vraiment pas de gaieté de cœur. Nous n’aurions jamais imaginé cela il y a quarante ans, quand l’USO représentait la Haute-Volta sur la scène africaine », se désole-t-il. Dans sa mémoire, les images des titres nationaux, des tribunes pleines et des grandes soirées de football restent intactes.

Mais l’ancien dirigeant ne se réfugie pas dans la nostalgie. Pour lui, le football a changé et ceux qui ne suivent pas son évolution finissent inévitablement par être dépassés. Le journaliste sportif Ibrahim Diallo partage cette lecture. Selon lui, « le prestige du nom ne suffit plus. Le football ne pardonne plus l’amateurisme. Si la structure derrière ne suit pas, même les monuments peuvent tomber ». L’analyse des dernières saisons semble lui donner raison. Sixième lors de sa première saison en Ligue 2 (2021-2022), huitième ensuite avec seulement deux points d’avance sur la zone rouge, septième l’année suivante, puis cinquième avant de replonger cette saison, l’USO flirtait avec le danger depuis plusieurs exercices. Les alertes existaient, mais elles n’ont manifestement pas été suffisamment prises en compte.

Une identité progressivement effacée Pour Henry Sourwema, membre de la direction sportive, les racines de la crise sont profondes. Il refuse de réduire la relégation à une simple contre-performance sportive. Pour lui, le problème touche d’abord à l’identité même du club. « Il y a une très grande différence avec l’USO d’avant. Le club était une référence par sa discipline, son organisation et surtout sa rigueur. On puisait dans les petites catégories qui, malheureusement, n’existent plus aujourd’hui », précise l’ancien joueur du club. Dans ses souvenirs, l’USO ne recrutait pas seulement des joueurs. Elle formait des hommes, des générations, une culture. Les jeunes grandissaient avec les valeurs du club avant d’intégrer progressivement l’équipe première.

Cette analyse est largement partagée par Emmanuel Rapademnaba, ancien président du club et aujourd’hui président de la commission des finances de la Fédération burkinabè de football. Pour lui, le point de rupture est clairement identifié. En outre, un évènement majeur en 2017 va bouleverser le club : la municipalité réclame son site, le terrain d’entrainement historique du club, pour l’érection de la mairie de l’arrondissement. Depuis lors, l’USO erre de site en site, de l’école Baonghin à l’hippodrome en passant par l’ISSDH, pour ses entrainements. « Le jour où l’USO a perdu son terrain et ses petites catégories, elle a commencé à perdre bien plus que des matchs. Elle a perdu sa chaîne de formation », explique Emmanuel Rapademnaba. Selon lui, la perte de son terrain historique de Larlé a bouleversé tout le modèle du club. L’USO fonctionnait sur une logique de proximité, avec une formation continue allant des cadets jusqu’aux seniors.

Lorsque cette mécanique s’est arrêtée, le club s’est retrouvé privé de sa principale source de renouvellement. Achille Dabré, ancien capitaine puis ancien président du comité exécutif, partage ce constat. « Avant, quand on disait USO, tout le monde pensait à Larlé. On voyait les jeunes observer les anciens, apprendre, puis intégrer naturellement l’équipe. Aujourd’hui, les joueurs viennent, jouent, puis repartent. Il n’y a plus cette culture de maison », analyse-t-il. Pour plusieurs acteurs du club, cette perte de repères a progressivement éloigné l’USO de ce qui faisait sa singularité dans le paysage footballistique national. Des choix sportifs discutables et des obstacles structurels Sur le plan purement sportif, les interrogations sont nombreuses.

Le capitaine Adama Zoungrana reconnaît avoir senti très tôt que la saison serait compliquée. « Le recrutement s’est basé sur des tests au lieu d’aller chercher des joueurs compétitifs. Un joueur peut paraître bon pendant un test parce qu’il veut un contrat, mais cela ne garantit pas qu’il pourra tenir toute une saison », révèle-t-il. Ses inquiétudes se sont rapidement confirmées pendant la préparation. « Sur une quinzaine de matchs amicaux contre des équipes en majorité de D3, nous n’avons gagné que trois fois. Dès les premières journées, j’ai compris que quelque chose n’allait pas », poursuit Adama Zoungrana.

Le capitaine pointe également un déficit d’engagement dans l’effectif : « Nous avions des joueurs peu combatifs, avec parfois peu d’amour du club et peu de volonté dans les moments difficiles ». Pour Emmanuel Rapademnaba, cette instabilité sportive n’est qu’une conséquence de la rupture avec le modèle de formation. « Une équipe qui change de joueurs chaque année ne peut pas construire des résultats durables. Sans base, il est difficile de bâtir une identité collective », souligne-t-il. Mais l’ancien président évoque également des obstacles administratifs et financiers qui ont ralenti la reconstruction du club. Selon lui, malgré un terrain attribué par le ministère, l’absence de certaines validations administratives empêche encore l’USO de lancer un véritable projet d’infrastructure.

« Nous avons un terrain, mais les blocages administratifs nous empêchent de l’exploiter pleinement. Cela décourage aussi des partenaires qui pourraient nous accompagner », relate Emmanuel Rapademnaba. A cela s’ajoute la perte progressive de sponsors historiques. Avec le passage du football burkinabè vers un modèle plus professionnalisé, plusieurs soutiens majeurs se sont retirés, fragilisant davantage le fonctionnement du club. Paradoxalement, les joueurs ne font pourtant pas de la question salariale le principal problème.

Adama Zoungrana reconnaît que « les dirigeants ont été irréprochables. Il n’y a pratiquement pas eu d’arriérés de salaire, sauf ces deux derniers mois. Nous avons même affronté des équipes avec plusieurs mois d’impayés qui ont réussi à nous battre ». Pour Henry Sourwema, cela prouve que le mal est ailleurs. « Les finances seules ne suffisent pas. Toute la famille USO est responsable. Les dirigeants, les joueurs, les supporters, l’encadrement. Il n’y a pas eu cette solidarité qu’il fallait autour de l’équipe », insiste-t-il. Entre introspection et espoir de renaissance Aujourd’hui, malgré la douleur, aucun des acteurs interrogés ne semble prêt à considérer la troisième division comme le glas de l’USO. Emmanuel Rapademnaba insiste sur le caractère unique de l’USO.

« L’USO n’est pas un simple club. C’est une famille. Et une famille qui se relève commence toujours par se retrouver », indique-t-il. L’ancien président explique également son retrait relatif de la gestion quotidienne par ses responsabilités actuelles au sein de la fédération qui limitent son implication directe selon les textes. Il reconnaît toutefois que le suivi rigoureux du recrutement, de la discipline et de la vie du groupe, qui faisait la force de l’USO autrefois, a manqué ces dernières saisons. Il donne déjà rendez-vous aux supporters lors de la prochaine assemblée générale : « Nous avons commis des erreurs, mais nous avons aussi des solutions. L’histoire de l’USO prouve qu’avec de la rigueur, de l’unité et une vision claire, la remontée est possible ».

Joseph Zangréanogo partage cette conviction. « Nous sommes déjà descendus et nous sommes revenus. Si les filles et fils du club se retrouvent, l’USO peut rebondir », justifie-t-il. Achille Dabré appelle lui aussi à une mobilisation générale : « Il faut une synergie d’actions. Les clubs comme les nôtres ne peuvent survivre que si tout le monde se donne la main ». Henry Sourwema, enfin, lance ce qui ressemble à un appel solennel. « Mon cri de cœur, c’est que toute la famille USO se retrouve en urgence pour tracer une ligne de retour », lance-t-il. En attendant, à Larlé, les fans n’ont plus de voix. Les souvenirs sont lourds, les regrets immenses. Mais dans les regards de ceux qui ont fait l’histoire de l’USO, une certitude demeure. Un monument peut vaciller. Il peut même tomber. Mais tant que son âme survit, sa renaissance reste possible.

Pengdwendé Achille OUEDRAOGO

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