Variétés de riz FKR18 et FKR56N: de meilleurs rendements après la stabilisation

Les deux variétés FKR18 et FKR56N ont été stabilisées, parmi tant d’autres, pour le bonheur des producteurs et des consommateurs burkinabè.

Le riz, selon des statistiques nationales, est l’une des céréales importantes du Burkina Faso en termes de production (un million de tonnes de riz/an) et de consommation. Pour montrer tout l’intérêt de diversifier des variétés stables dans l’optique de booster la production nationale, l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) du Burkina Faso a relevé le défi de stabiliser deux variétés de bas-fond et irriguées de riz (FKR18 et FKR56N), parmi tant d’autres, à travers des recherches supplémentaires. Retour sur le processus de recherche scientifique qui a abouti à ces résultats.

En ce mois de décembre 2022, sur la plaine aménagée de Bagré, commune rurale située à 45 kilomètres (km) de Tenkodogo, dans la province du Boulgou, région du Centre-Est, les activités agricoles d’après saison pluvieuse se poursuivent. L’heure est à la moisson du riz chez bon nombre de riziculteurs, dans une localité au climat de type soudanien, avec une végétation savanicole composée d’arbres et d’arbustes.

Plusieurs variétés, comme la FKR64 communément appelée TS2 (riz de Bagré), la FKR62N, la FKR84, homologuée sous le nom de la Orylux 6 (riz de luxe aromatisé) et FKR60N) y sont cultivées. Parmi les variétés cultivées, l’on note aussi la présence de la FKR18 et la FKR56N (FKR signifiant : Farakoba Riz), des variétés de bas-fond et irriguées qui ont fait l’objet de recherches supplémentaires, comme bien d’autres, au Centre de recherches environnementales et agricoles de Kamboinsé (CREAF-K), à quelques encablures de la ville de Ouagadougou.

A Bagré, dans le champ du producteur « modèle », Adamou Boundaogo, en collaboration avec l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA) du Burkina Faso, les variétés FKR18 et FKR56N sont produites. Sur l’une des parcelles de sa rizière, en 2022, il a mis en expérimentation la FKR18 ; l’objectif étant d’apprécier sa qualité et son rendement. « Pour la FKR56N, elle a été homologuée en 2020.

L’INERA a expérimenté plusieurs variétés sur mon champ pendant six campagnes. Il nous a montré les manières de repiquer, de taller, comment se passent la montaison et la maturité, en invitant des producteurs souvent à la dégustation », se rappelle-t-il. Ainsi, la stabilisation de FKR18 et FKR56N réalisée au CREAF-K a impliqué l’INERA, le gouvernement burkinabè et des Partenaires techniques et financiers (PTF), en l’occurrence, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA).

Cela sonne comme une particularité dans les recherches entreprises par l’Institut, selon ses techniciens. Pour eux, ces variétés de bas-fonds irriguées, performantes et homologuées s’adaptent à la plaine aménagée de Bagré. Des chercheurs avisés travaillent nuit et jour au CREAF-K pour créer des semences de sélection, puis de première génération, de pré-base et de base certifiée mise à la disposition des producteurs semenciers.

La FKR56N, une variété résiliente

Le riziculteur Adamou Boundaogo produit dans son champ à Bagré, les variétés de riz FKR18
et FKR56N.

Des serres sous lesquelles sont multipliées des semences de pré-base s’observent sur le site de Kamboinsé, situé sur la Route nationale 22 (Ouagadougou-Kongoussi). « La FKR56N est un NERICA (Nouveau riz pour l’Afrique) issue du croisement entre le riz africain qui résiste mieux aux maladies et le riz asiatique qui talle bien, c’est-à-dire qui produit bien. La FKR18 n’est pas un NERICA.

Les deux variétés ne sont pas typiquement burkinabè. Elles ont été développées ailleurs et nous avons procédé à des tests d’adaptation, car elles correspondent mieux à nos conditions agricoles », explique l’un des techniciens du CREAF-K, Dr Lucien Kaboré. Selon le coordonnateur du programme riz à Kamboinsé, Dr Edgar Traoré, la variété ancienne, SC27 (sélection chinoise 27), aujourd’hui sous le nom de FKR18 (Farakoba riz n°18), a été introduite au Burkina Faso en 1981, à travers la coopération chinoise.

Au moment des inscriptions, cette variété n’était pas sur la liste des variétés retenues, car elle posait des problèmes. Elle avait été retirée et déployée essentiellement à Banzon, à 60 km de Bobo-Dioulasso, dans la province du Kénédougou et n’a donc pas été prise en compte dans le catalogue national. A l’époque, les chercheurs qui avaient travaillé sur la variété ont constaté qu’elle était trop sensible à la pyriculariose du riz, une maladie cryptogamique, causée par des champignons et fongique la plus importante et la plus contraignante du riz, explique Dr Edgar Traoré.

« En plus, l’une des difficultés majeures était les plaintes de certains consommateurs qui accusaient la variété de se transformer en bouillie à la cuisson. Mais, cela est dû au fait que l’art culinaire n’était pas trop avancé ; ce qui est normal, car le riz n’était pas consommé quotidiennement. L’art culinaire a dû évoluer et les consommateurs ont fini par accepter la variété », détaille-t-il.

Le chercheur Traoré, par ailleurs, généticien et sélectionneur de riz à l’INERA, aujourd’hui Directeur général de l’Agence nationale de la valorisation des résultats de la recherche (ANVAR), indique qu’en 2008, il y a eu des travaux à Africa Rice (Centre du riz pour l’Afrique), basé en Côte d’Ivoire, pour améliorer les variétés en utilisant la technique des métisses. Des croisements ont donc eu lieu entre les variétés chinoises et africaines de riz pour donner le NERICA, stable et beaucoup profitable aux producteurs.

C’est dans ce sens qu’on a suivi le système de Farakoba (commune rurale de Bobo-Dioulasso), mais en associant « N » d’où l’apparition de FKR56N et bien d’autres variétés similaires retenues au Burkina Faso et très appréciées, selon Dr Traoré. Après, souligne- t-il, il y a une maladie du riz qu’on a découverte dans la vallée du Kou, dans la région des Hauts-Bassins, provoquée par un virus transmis par un champignon du sol. « Par précaution, le programme de sélection a écarté une variété, la FKR58N.

Et les gens ont aimé la FKR56N qui n’était apparemment pas stable. Lorsqu’on la sème, pendant qu’il y a des panicules (grappes d’épis ou d’épillets) qui sont en train de mûrir, il y a certains qui émergent et d’autres fleurissent. Et pourtant, quand on parle de variété, on veut récolter le même jour et non à des périodes différentes », précise M. Traoré. En conséquence, le Service national des semences (SNS), une structure d’inspection de la station de Kamboinsé, rattachée au ministère en charge de l’agriculture, déclasse à chaque fois le champ de FKR56N, en raison de l’instabilité de la variété.

En vérité, il s’agissait d’un mélange de « cousins ». Il y a eu deux parents et tant que l’on n’a pas le nombre de générations nécessaires pour stabiliser, c’est-à-dire, pour que toutes les graines soient comme des jumelles et mûrissent en même temps, on ne peut pas parler de variété, justifie-t-il. Donc, la FKR56N a été écartée, car une variété qui n’est pas cultivée ne persiste pas dans la nature, aux dires du scientifique.

La stabilisation par la sélection

L’ingénieur agronome, Rigobert Guengané, spécialiste en étuvage de riz : « la FKR56N a été introduite à Bagré en 2003, avec l’entrée en 2002 du NERICA ».

Mais, la FKR56N a été stabilisée à travers la sélection de meilleurs caractères (cycle court et haut rendement) pour offrir de meilleures variétés aux producteurs. C’est une variété qui, au finish, est nouvelle, mais comme elle a été stabilisée à partir de la FKR56N, la décision a été prise de garder son nom FKR56N, tout en lui donnant un surnom : « Yaa Paalé » qui signifie nouveau en langue nationale mooré.

« Nous avons profité d’un projet financé par l’AGRA pour insérer la variété dans les dispositifs des champs de démonstration, de sorte que, quand les producteurs ont commencé à la connaître, ils en ont manifesté un grand intérêt. Nous avons mis la FKR56N sur la liste des variétés préférées identifiées dans le cadre du projet AGRA, comme variété additionnelle », clarifie Dr Edgar Traoré.

La FKR18 qui, malheureusement, n’était pas inscrite dans le catalogue national a été néanmoins introduite chez trois producteurs différents de Banzon pour voir ses ‘’manifestations’’. Parmi les semis, il y avait des variétés dominantes qui, elles-mêmes, étaient différentes.

stabilisation de la FKR18 a été effectuée à travers une sélection de tous ces mélanges pour donner une variété stable qui fleurit en même temps avec un rendement prévisible, foi du coordonnateur du Programme riz à Kamboinsé. L’ingénieur agronome et spécialiste en étuvage de riz, Rigobert Guengané, soutient que la FKR56N est une variété interspécifique provenant de l’espèce sativa, d’origine asiatique et de l’espèce orixa glavenima, d’origine africaine, provenant de la Guinée, du Niger, de l’Egypte.« La FKR56N a été introduite à Bagré en 2003, avec l’entrée en 2002 du NERICA, en la comparant à des variétés préexistantes telles que la FKR19 et la TS2 », relate-t-il.

Gage de meilleurs rendements

Selon le coordonnateur du Programme riz à Kamboinsé, Dr Edgar Traoré, la variété ancienne, SC27 (sélection chinoise 27), aujourd’hui, sous le nom de FKR18 (Farakoba riz n°18), a été introduite en 1981, à travers la coopération chinoise.

Les chercheurs de l’INERA et les producteurs sont unanimes : les deux variétés stabilisées produisent de meilleurs rendements. Pour Dr Lucien Kaboré, la FKR56N, ayant des graines larges et rondes a 115 jours de cycle végétatif, avec un potentiel de six à sept tonnes (t) à l’hectare (ha) lorsque les conditions sont réunies en station.

« Nous avons mis en expérimentation en 2022, la FKR18 pour apprécier sa qualité et son rendement. On peut dire que le rendement et la qualité sont bons. J’ai produit sur une superficie de six hectares. Et sur un hectare, j’ai récolté 5,5 t à 6 t de FKR18», se réjouit Adamou Boundaogo. Dans son champ de riz, la FKR56N, une variété homologuée, a été expérimentée lors des campagnes antérieures. M. Boundaogo affirme que décortiqueurs apprécient les graines, car le pourcentage de décorticage est souvent de 65% à 67%.

Par ailleurs, il estime le rendement de la FKR56N à l’ha autour de 5 à 6 t par an sur sa parcelle. « Le prix varie souvent sur le marché. Le kilo était vendu pendant la campagne passée (2021-2022), entre 165 FCFA et 200 FCFA pour FKR18 et FKR56N », renseigne-t-il. Le producteur de riz à l’INERA, Halidou Ilboudo, confirme que la FKR56N talle bien, surtout à l’épiaison.

Le président de l’Union régionale des sociétés coopératives des producteurs semenciers du Centre-Est, Issaka Sango, lui, confie que pour ce qui est de la FKR56N, elle talle bien, a un haut rendement et les consommateurs l’apprécient bien. Selon lui, en tant que décortiqueur aussi, c’est une variété prisée. « J’ai eu la chance de conduire avec l’INERA la production de la semence de base de la FKR56N et nous nous sommes rendu compte de la nécessité de stabiliser la variété, car elle n’était pas homogène.

La stabilisation de cette variété a eu un impact positif, la plante étant devenue homogène, avec un haut rendement et un goût très apprécié par les consommateurs », insiste-t-il. Les consommateurs, eux, apprécient également la qualité de la graine et le goût. Par exemple, au niveau du goût, la FKR56N est en avance que la « TS2», collante à la préparation, témoigne M. Boundaogo. C’est aussi le cas du consommateur Koro Coulibaly qui apprécie positivement la FKR56N, non seulement pour son léger arôme (parfum), mais aussi pour son bon goût. « Je consomme en moyenne 10 kg par mois du fait de la variation des repas », dit-il.

La touche de AGRA

Le représentant-pays de AGRA au Burkina Faso, Jules Somé, fait comprendre que AGRA, de par sa mission qui consiste à accompagner le développement des filières agricoles, pour une transformation inclusive du secteur, appuie depuis 2008, le Burkina dans le secteur agricole.

Les transformateurs des deux variétés de riz, à Bagré, se disent satisfaits de ces stabilisations, grâce aux fruits de la recherche menée par l’INERA.

Le système d’irrigation, les forages et les chambres froides réalisés avec l’appui de AGRA ont permis à l’INERA et à ses chercheurs « chevronnés » de produire des semences de base et de stabiliser des variétés demandées sur le marché, dont la FKR56N et la FKR18, laisse entendre Jules Somé. « Dans le cadre de ce soutien à l’INERA, il s’agissait de faire en sorte qu’avec la stabilisation, le Burkina Faso puisse disposer de semences de base de qualité et de quantité suffisante.

De façon technique, l’homogénéité vise à résoudre le problème de certification, de rendement et de commercialisation, car les transformateurs veulent des variétés homogènes pour s’assurer que leurs produits sont à la hauteur des exigences du consommateur », argumente-t-il. Le chef du service provincial en charge des productions agricoles et des aménagements hydrauliques du Boulgou, Issa Pabgo, avise que de façon globale, la production de riz a connu « vraiment » un essor considérable ces dernières années.

Sur le plan national, le riz se place en 4e position, montrant ainsi l’intérêt des producteurs pour cette spéculation. La région du Centre-Est est la troisième zone de production de riz, avec 16% de contribution à la production nationale, grâce à l’intervention de plusieurs projets et programmes, notamment le Projet d’amélioration de la productivité agricole et de sécurité alimentaire (PAPSA), le Programme de coopération agricole Burkina Faso/Chine (PCA-BF/CH), le projet « Commercialiser du riz de qualité pour un meilleur revenu (Qualiriz) ».

Boukary BONKOUNGOU


Le riz : une céréale prisée au Burkina Faso

Le riz (toutes variétés confondues), selon des statistiques nationales, est la quatrième céréale du Burkina Faso en termes de production (prévision d’un million de tonnes de riz/an) et de superficie, avec 500 000 ha de bas-fonds aménageables dont moins de 50 000 ha exploités et 233 500 ha irrigables dont moins de 11 675 ha mis en valeur, selon l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en octobre 2012. Sa consommation per capita (par tête en latin) était de 4,5 kg en 1960, 14,5 kg en 1992, 24 kg en 2010.

Avec le changement des habitudes alimentaires, cette consommation moyenne annuelle est passée de nos jours à plus de 50 kg/an à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso contre une moyenne nationale variant entre plus de 10 et 15 kg/an. A ce propos, des recherches s’accentuent, non seulement, pour faire face à une demande nationale de plus en plus accrue, mais aussi pour s’adapter au changement climatique, en vue de prévenir ses effets sur la production rizicole. C’est l’exemple de quatre nouvelles variétés (KBR2, KBR4, KBR6 et KBR8) créées par l’INERA avec en projection la création d’autres variétés.

B.B.

Laisser un commentaire