Ben Idriss Zoungrana : « Je suis moi-même la photo »

Ben Idriss Zoungrana : « Que les jeunes qui souhaitent faire carrière dans notre métier s'y donnent à fond avec amour ».

Affable, l’homme ne passait pas inaperçu. Journaliste de formation, il n’a pas hésité à ajouter une autre corde à son arc qui, au fil du temps, prendra le dessus sur son premier métier. Connu sous le sobriquet « BIG-Z », il s’appelle Ben ldriss Zoungrana, à l’état civil. Décédé le vendredi 13 mars 2026, Sidwaya rend hommage à ce journaliste-photographe que Sidwaya Mag Plus a rencontré en mars 2008. Interview !

Sidwaya Mag Plus (S.M.P.) : Qui est Ben Idriss Zoungrana ?

Ben Idriss Zoungrana (B.I.Z.) : Je suis journaliste de formation et j’ai ajouté la photographie à mon arc. Mon parcours a commencé à l’université d’Abidjan, puis à Ouagadougou, à Dakar, à Moscou et un séjour de perfectionnement aux Etats-Unis. J’ai pu visiter presque tous les Etats des Etats-Unis d’Amérique grâce à la bourse américaine. Je remercie de tout cœur l’ambassade en son temps, qui m’a octroyé la bourse à l’occasion des Jeux Olympiques de Los Angeles avec d’autres confrères.

J’ai profité de mon séjour aux Etats-Unis pour me former à la photo statique, d’action, de portrait et à la photo de guerre. Il était rare de former des Africains comme nous à cette discipline. Le reportage de guerre est dangereux c’est vrai, mais passionnant et j’ai eu l’occasion de mettre mon savoir en application avec les premiers numéros de Sidwaya dont nous étions les animateurs. Avec le regrettable conflit entre le Burkina et le Mali, j’ai été sur le terrain pour appliquer ce que j’ai appris comme photographe de guerre.

Voir un homme dans son dernier retranchement face à la mort, il faut voir cette facette de la vie des hommes. Je faisais partie de celte équipe en 1973 à animer l’Observateur, l’actuel Observateur Paalga et permettez-moi de dire merci à monsieur Edouard Ouédraogo, directeur du journal l’Observateur Paalga qui a eu confiance en moi. J’étais très jeune quand je suis allé lui dire que je voulais travailler dans son entreprise et je suis ce que je suis aujourd’hui grâce à sa bienveillance.

S.M.P. : Pourquoi avoir privilégié la photo à l’écriture journalistique ?

B.l.Z. : La photo est une passion pour moi. Je faisais les deux à la fois. C’est depuis mon enfance que j’ai eu l’amour pour la photo. J’ai eu mon premier appareil-photo dès l’âge de 13 ans. Un cadeau que ma mère m’a offert à mon anniversaire. Mon premier sponsor est ma mère.

S.M.P. : Quelles difficultés rencontrez-vous dans ce métier de photographe ?

B.l.Z. : Les difficultés sont très énormes. Il y a plusieurs façons d’être photographe. Vous pouvez choisir d’être photographe d’actualité, de grandes conférences et de presse qui englobe tout. Ce sont les mêmes difficultés que les journalistes rencontrent dans l’exercice de leur fonction. Je prends un exemple de couverture : l’arrivée de chefs d’Etat à Ouagadougou pour un sommet. Regardez la misère que nous rencontrons avec les éléments de la sécurité qui font d’ailleurs leur travail. A mes débuts, on a cassé mes outils de travail, on m’a brutalisé. Dieu merci, aujourd’hui ce n’est plus le cas. En dehors des actes de vandalisme dans certaines manifestations où tu peux être agressé, ça va.

S.M.P. : Préparez-vous une relève au sein de votre famille ?

B.I.Z. : Dans ma famille, j’ai mon dernier, Ben Amed et je pense qu’il va prendre la relève. Maintenant, c’est à lui de voir si le métier lui plaît ou pas. Je forme d’autres jeunes. Le métier est difficile et les jeunes visent d’abord l’argent par rapport au métier alors qu’il faut viser le métier, la notoriété, votre place dans la société avant l’argent. J’ai travaillé plus de 4 ans à l’Observateur Paalga sans être payé et je n’ai jamais demandé de l’argent puisque j’étais toujours étudiant. Je faisais mienne, la pensée d’un de mes grands formateurs aux Etats-Unis, Ave Bingam. Il avait 74 ans quand il me formait : « Mon fils, travaille pendant dix, vingt, quarante ans comme moi pour vous faire un nom.

Le reste viendra tout seul ». Je comprends les jeunes d’aujourd’hui, les besoins sont tels que c’est l’argent qu’ils veulent pour vivre tout de suite comme s’ils avaient leur vie en main, je dis non. Vous ne pouvez pas dire, j’ai besoin d’argent maintenant parce que je ne vais pas vivre longtemps. C’est faux. Vous n’avez pas votre vie en main. Moi, quand j’ai commencé à travailler, je ne savais pas que j’allais atteindre cet âge. Bientôt j’aurai 60 ans et le 13 juin 2008, je vais boucler 35 ans de vie professionnelle. J’ai traîné ma bosse partout dans le circuit de la presse.

S.M.P. : Si votre vie était à refaire, quel métier choisirez-vous ?

B.l.Z. : Le métier de journaliste-photographe. Aujourd’hui, je ne pense pas que je suis photographe, je suis la photo moi-même, car une journée sans au minimum 100 à 200 photos, serait invivable pour Ben ldriss, ce n’est pas possible. Lors de la sortie du Président Blaise Compaoré à Samendéni pour la cérémonie sur place, j’ai fait 1 259 photos alors que des gens étaient entre 4 ou 1 0 photos. Moi, rien ne doit m’échapper dans un reportage et c’est le sujet qui me préoccupe quand Je me déplace pour couvrir un événement.

S. M. P. : Quelle est la situation familiale de Ben Idriss ?

B.l.Z. : Je suis marié et père de deux enfants. Le premier exerce dans la médecine et son frère est avec moi à la maison pour la photo.

S. M. P. : Votre souhait le plus cher !

B.I.Z. : Que la paix règne au Burkina Faso, notre chère patrie. Je profite de l’occasion pour déplorer la situation actuelle de notre pays. J’ai participé à des marches à l’intérieur de mon pays comme à l’extérieur mais je n’ai Jamais détruit un bien public ni privé. Mon éducation de base m’interdit cela et quand je vois cc qui se passe, ça me rend malheureux. Je lance un appel aux organisateurs des marches que dans un pays, c’est tout à fait normal que les gens revendiquent face à ce qui se passe car la vie est devenue réellement chère et nous vivons dans un pays de droit où les revendications, les manifestations, les marches sont permises mais qu’on utilise les canaux normaux pour se faire entendre, sans détruire les biens. On n’a rien et si le peu qu’on a, on se met à le détruire, ce n’est pas bon. Ce n’est pas en cassant qu’on va résoudre les problèmes.

S.M.P. : Votre sport favori ?

B.I.Z. : J’aime le football mais je ne néglige pas les autres sports comme le volley. A la création de Sidwaya en avril 1984, j’ai pris à bras-le-corps le volley.

S.M.P. : Le mot de la fin

B.I.Z. : Que les jeunes qui souhaitent faire carrière dans notre métier s’y donnent à fond avec amour. Tout être mérite respect, il se doit de respecter les biens publics ou privés.

lssiaka DABERE

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