Fonds de développement de l’élevage : « Un outil adapté aux besoins et exigences des éleveurs », Dr Saïdou Ouédraogo Directeur général

Le Fonds de développement de l’élevage (FODEL) vise, entre autres, à mobiliser, coordonner et gérer les fonds destinés à la promotion des activités de développement socioéconomique du sous-secteur élevage, de la pêche et de l’aquaculture. Dans cet entretien, son Directeur général, Dr Saïdou Ouédraogo revient sur les objectifs du FODEL, ses sources de financement et d’autres aspects de la mission assignée au fonds.

Sidwaya (S) : A quel but répond la création du FODEL ?

Saïdou Ouédraogo (S. O.) : Le FODEL est un Etablissement public de l’Etat (EPE) classé en tant que fonds national de financement qui a été créé par décret en 1996. Le fondement de sa création réside dans les ambitions affichées des professionnels de l’élevage et l’Etat burkinabè. Et cela pour répondre aux aspirations des professionnels de l’élevage. Si nous devons refaire l’historique du FODEL, on dira que dans les années 1980, il y a eu une grande sécheresse qui a entraîné une carence en aliment et en eau d’abreuvement. Donc cela a affecté gravement les animaux. Pourtant lorsque vous regardez dans l’espace CEDEAO, le Burkina Faso est l’un des pays qui produit beaucoup de cheptel qu’il exporte. Vu l’expérience des années 80, les professionnels ont compris qu’il était nécessaire de se préparer à toute éventualité. C’est ainsi qu’ils ont consenti à garder une partie de l’argent de l’exportation des animaux qu’ils mettent dans une caisse pour qu’en cas de difficulté, l’Etat puisse leur venir en aide. Alors, l’adoption de la loi de finances en 1996 a permis de créer la Contribution du secteur de l’élevage (CSE), qui est une taxe perçue à l’exportation des animaux sur pieds, la volaille et les peaux brutes. Grosso modo, on peut dire que le FODEL a été créé pour répondre à la sollicitation des acteurs.

S. : Quelles sont les principales sources de financement du fonds ?

S.O. : La première source de financement du FODEL, reste la contribution du secteur de l’élevage. C’est une taxe perçue à l’exportation du bétail notamment sur les bovins, les ovins, les caprins, la volaille ; les peaux brutes et le poisson. La loi de finances 2021 a permis d’élargir l’assiette fiscale aux ressources halieutiques produites au Burkina Faso. A chaque exportation d’animaux ou de produits d’animaux, un montant est payé comme taxe par les exportateurs et les 80% dudit montant reviennent au FODEL et les 20% à l’Etat. La deuxième source de financement du FODEL, c’est la subvention de l’Etat. Chaque année, l’Etat burkinabè met à la disposition du FODEL un fonds pour améliorer son fonctionnement mais aussi pour accompagner les acteurs de l’élevage dans le financement de leurs Activités génératrices de revenus(AGR). La troisième source de financement concerne les produits issus de l’octroi de crédits. Nous plaçons des crédits pour accompagner les activités génératrices de revenus des éleveurs et cela génère des bénéfices. Toute chose qui améliore le fonctionnement du FODEL.

S. : Quel a été l’impact de la COVID-19 sur vos sources de financements ?

S.O. : Avec la pandémie à Coronavirus, il y’a eu un impact direct et négatif sur les activités du FODEL. Parce que la première source de financement, la Contribution du secteur de l’élevage (CSE), est directement touchée. Le fonds finance les acteurs. Ceux-ci embouchent leurs animaux et les vendent. Et il y a des taxes perçues dont une partie nous revient. Maintenant avec la COVID-19, cela a ralenti énormément les activités d’exportation, de production et de commercialisation. Et si on doit faire un bilan de la mobilisation de la CSE, il est très en deçà de nos attentes. En dehors de la pandémie à Coronavirus qui est récente, il y a l’impact de l’insécurité. La sécurité sur le plan national a eu un impact très négatif au niveau du FODEL. Parce que dans les zones où il y a une forte production animale, c’est là-bas qu’il y a l’insécurité. Du coup, les marchés de bétail sont fermés, il y a eu beaucoup de déplacements des éleveurs. Ce qui fait que le flux d’exportation des animaux a carrément baissé.

S. : Après plusieurs années de fonctionnement, comment se présente le bilan global du FODEL ?

S.O. : Nous allons juste prendre ces cinq dernières années pour dire que les acquis sont satisfaisants mais il reste encore de nombreux défis. Et si je dois revenir sur les attributions du FODEL, l’activité principale, c’est l’octroi de crédit. Et durant ces cinq dernières années, nous avons pu financer à peu près 2 000 microprojets pour un montant en gros de 2,5 milliards F CFA. Ce qui a permis de créer environ six mille (6 000) emplois directs sans compter les emplois indirects. En dehors de cela, le FODEL, dans ses attributions, accompagne les éleveurs dans leurs initiatives notamment dans la réalisation d’infrastructures d’élevage à savoir les parcs de vaccination et les forages pastoraux. Et ces cinq dernières années, nous avons pu réaliser environ une centaine d’infrastructures sur le territoire national. L’autre attribution, c’est la formation des professionnels. Comme vous le savez, nous leur accordons des crédits. Donc, il faut renforcer leurs capacités en techniques d’élevage et sur l’éducation financière et économique pour qu’ils aient des retombées à travers les projets financés. Et le FODEL accompagne aussi les acteurs dans leurs initiatives de promotion du secteur de l’élevage à travers l’appui à l’organisation des foires et le financement des voyages d’étude. Certes, nous avons des acquis nobles ces dernières années, mais les défis demeurent parce que l’engouement est vraiment fort.

S : Comment bénéficier du crédit FODEL ?

S.O. : Pour bénéficier de l’appui du FODEL à travers le financement d’un microprojet, de prime à bord, il faut être Burkinabè, être une personne physique ou morale et mener réellement l’activité. Car le FODEL finance toutes les filières animales et tous les maillons. Et si on se réfère à notre politique de crédit, il y a un certain nombre de critères mais ce sont les principaux que je viens de citer un peu plus haut. Car, le fonds donne deux catégories de crédits : le fonds de roulement et les investissements. L’autre critère pour bénéficier du financement, il faut nous présenter un projet vraiment rentable. Car, l’objectif est d’améliorer les productions animales. Le bénéficiaire du projet doit travailler à améliorer ses conditions de vie, celles de sa famille, de son entourage et l’économie nationale. Donc les microprojets que nous finançons, il faut que ce soit des microprojets très rentables. L’autre critère important, c’est d’avoir deux avals (adultes solvables.), c’est-à-dire ceux qui vont témoigner que le demandeur est crédible. Il faut présenter une garantie en nature pour le montant demandé. La garantie peut être des animaux ou un Permis urbain d’habiter ( PUH). Car le FODEL n’est pas comme une banque classique. L’accès est facile avec un taux vraiment appréciable. La politique de crédit détaille un certain nombre de critères mais c’est après avoir notifier au bénéficiaire que son dossier a été accordé qu’il vient ajouter les pièces complémentaires pour nous permettre de voir s’il ne doit pas à d’autres fonds. Il y a des conventions entre les fonds nationaux de financement qui font que quelqu’un qui a bénéficié du financement du FODEL ne peut plus prétendre au financement d’un autre fonds simultanément.

S . : Quelles sont les modalités de remboursement des prêts FODEL?

S.O. : Les crédits au niveau du FODEL, il y a ce que l’on appelle des échéances en fonction de l’activité. Pour quelqu’un qui a bénéficié d’un financement pour une activité d’embouche, la durée de remboursement est de 12 mois. Mais lors du montage du dossier, il doit préciser s’il va faire un remboursement unique ou en deux tranches. Pour les autres filières notamment la volaille ou bien le lait, cela peut aller jusqu’à 18 mois. Et vous pouvez payer en une, deux ou trois tranches. Le taux d’intérêt est dégressif à 7%. Donc il appartient au bénéficiaire de choisir quelle est la modalité qui lui convient.

S. : Toute personne peut-elle trouver satisfaction auprès du FODEL ?

S.O. : Bien sûr. Tout Burkinabè peut bénéficier de l’appui du FODEL. Mais il y a une limite d’âge. Avoir 18 ans au moins et 60 ans au plus. Car, il y a d’autres fonds qui financent ces catégories de personnes. Le demandeur doit également pouvoir mobiliser sa part contributive à hauteur de 25%. Nous avons un canevas spécifique qui est propre au FODEL que les demandeurs de financement doivent se renseigner. Le canevas est disponible et est diffusé sur toute l’étendue du territoire national au niveau des structures déconcentrées du ministère des Ressources animales et halieutiques.

S. : Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit des bénéficiaires et de l’Etat ?

S.O. : A l’endroit de ceux qui ont déjà bénéficié de nos financements, nous les appelons à utiliser à bon escient le financement reçu pour mieux renforcer leurs activités d’élevage et respecter leurs engagements de remboursement dans les délais. Car, s’ils remboursent dans les délais, ils peuvent non seulement bénéficier du renouvellement et aussi permettre à d’autres éleveurs de bénéficier de crédits. Quant à la population burkinabè et particulièrement aux éleveurs, ils doivent savoir que le FODEL est leur outil et adapté à leurs besoins et exigences. Ce fonds leur appartient et c’est à eux d’en faire bon usage. Maintenant à l’endroit de l’Etat burkinabè, c’est de remercier le gouvernement pour l’appui constant au FODEL. Parce que la subvention de l’Etat permet le bon fonctionnement de la structure et l’accompagnement des acteurs dans le financement des AGR. Ce qui crée des emplois, lutte contre la pauvreté et améliore la qualité alimentaire et nutritionnelle des ménages. Et je souligne que la part contributive de l’Etat est immense. Et c’est l’Etat qui s’occupe de la collecte des taxes à travers les différentes structures du MINEFID (DGD, DGI, DGTCP). Et c’est parce que l’Etat s’est porté garant du fonds que les acteurs ont accepté adhérer à l’initiative. Un remerciement particulier au ministre en charge des ressources animales et halieutiques pour ses nombreuses actions en vue d’améliorer les performances du FODEL. Sa vision est de travailler à la pérennisation du FODEL pour le bonheur des acteurs et actrices du sous- secteur de l’élevage.

Interview réalisée par :

Donald Wendpouiré NIKIEMA

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