Nomination d’un nouveau Directeur Afrique pour la Fondation Bill & Melinda Gates

0

SEATTLE, le 21 février 2019 – La Fondation Bill & Melinda Gates a annoncé la nomination de M. Cheikh Oumar Seydi au poste de Directeur Afrique. Il rejoint ainsi la Fondation à un moment crucial pour son action en Afrique. M. Seydi, de nationalité sénégalaise, rejoint la Fondation Gates après avoir travaillé à la Société financière internationale (IFC) du Groupe de la Banque mondiale, où il a occupé le poste de Directeur régional pour l’Afrique subsaharienne, basé à Nairobi. Il a également été Directeur de cette institution pour l’Afrique orientale et australe et Directeur des Ressources Humaines avec une couverture mondiale. Il a rejoint IFC en 1997 comme responsable des investissements. En sa qualité de Directeur Régional pour l’Afrique subsaharienne d’IFC, M. Seydi était en charge des opérations d’investissement et des services de conseil de l’institution dans les 49 pays de la région. En 2018, la région Afrique est devenue le plus important programme d’investissement annuel d’IFC, atteignant 6,2 milliards de dollars en investissements à long terme, dont plus de 4 milliards de dollars provenant d’autres institutions pour le compte du secteur privé.

Auparavant, Seydi occupait un poste de direction chez Ernst & Young à New York, où il conseillait les entreprises clientes en matière de restructuration, de réorganisation, de financement d’entreprise et d’évaluation de patrimoine. Il a également passé cinq ans à l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et a commencé sa carrière en travaillant pour diverses banques privées et sociétés d’audit commercial au Sénégal et en Belgique. M. Seydi est titulaire d’un MBA de la Harvard Business School.

 « Oumar possède une vaste expérience de travail à travers l’Afrique, pour avoir dirigé des équipes très performantes pendant une période de forte croissance avec des partenariats d’envergure dans les secteurs public et privé », a déclaré Chris Elias, président de la Direction du Programme de Développement mondial à la Fondation Bill et Melinda Gates. « Il jouera un rôle central dans le travail de la Fondation sur le deuxième plus grand continent du monde. »

 « Je me réjouis de collaborer avec nos partenaires et d’explorer de nouvelles stratégies qui contribueront à accroître l’impact de la Fondation sur le continent », a ajouté Seydi, « Nous nous trouvons à un moment crucial pour le développement de l’Afrique et je suis ravi à l’idée de rejoindre une organisation qui s’engage à aider les pays africains à atteindre leurs objectifs de développement ».

 La Fondation a récemment renforcé sa présence en Afrique en doublant son personnel basé sur ce continent au cours des deux dernières années. Elle continue d’approfondir son action en Éthiopie et au Nigéria et de renforcer son engagement dans toute l’Afrique subsaharienne, notamment par la mise en place d’un écosystème de partenaires – publics et privés – pour contribuer à élargir son action de plus en plus intégrée afin de relever les défis liés aux soins de santé, d’éliminer la pauvreté et de faciliter la croissance économique.

 Le Rapport Goalkeepers 2018 de la Fondation réaffirme ce qui suit : « nous sommes convaincus que l’Afrique est la priorité absolue sur laquelle le monde doit se concentrer dans un avenir prévisible. L’avenir des nombreux jeunes de la région sera le facteur le plus déterminant pour que le monde progresse vers les Objectifs de développement durable, et donc pour que la vie sur terre continue de s’améliorer. »

Communiqué de presse

Visite du président du Faso en Allemagne : Roch Marc Kaboré reçu par le président fédéral

Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, en visite de travail de 48 heures à Berlin (Allemagne), a été reçu, hier mercredi 20 février 2019 dans l’après-midi, par le président fédéral allemand, Dr Frank Walter Steimmeier.

Le chef de l’Etat burkinabè a entamé, hier mercredi 20 février 2019, une visite de travail en Allemagne. C’est à 14 heures 15 mn GMT, 15 heures 15 mn (heure locale) que le président Kaboré et la délégation qui l’accompagne ont atterri à l’aéroport militaire Tegel de Berlin. Peu après, il a regagné son hôtel, avant de rendre visite au président fédéral allemand, Dr Frank Walter Steimmeier. Rien n’a filtré du tête-à-tête entre les deux personnalités.
Le programme de la visite prévoit, le jeudi 21 février 2019, une audience que le président du Faso accordera au ministre allemand de la Coopération économique et du Développement, Dr Gerd Müller. Le chef de l’Etat recevra également le Président directeur général (PDG) de ‘’Afrika Verein’’, un consortium d’opérateurs économiques allemands intervenant en Afrique.

Les autres moments forts de la visite concernent l’entretien que Roch Marc Christian Kaboré va accorder à la Deutsche Welle, le déjeuner de travail entre le président du Faso et la chancelière allemande Angela Merkel, suivi d’une conférence de presse animée par les deux personnalités.

La République fédérale d’Allemagne intervient au Burkina Faso dans plusieurs secteurs comme celui de l’agriculture, de l’eau potable, de la décentralisation, de la sécurité etc.
On note la mise en œuvre en cours du programme de coopération 2018-2020 soutenu par une enveloppe financière globale de 67,03 milliards F CFA.
Après son élection en 2015, c’est la deuxième visite officielle que le président Kaboré effectue en Allemagne, en l’espace de deux ans, après celle de mars 2017.

Alban KINI
(Envoyé spécial à Berlin)

Procès du putsch : «Tirs groupés» sur le général Diendéré

Au Tribunal militaire de Ouagadougou, hier mercredi 20 février 2019, deux généraux ont livré leur témoignage dans le cadre du procès du putsch de 2015. Il s’agit des ex-Chefs d’état-major généraux des armées (CEMGA), Nabéré Honoré Traoré et Oumarou Sadou.

Les témoignages se suivent et se ressemblent au tribunal militaire. Le 20 février 2019 à la barre, le Chef d’état-major général des armées (CEMGA) au moment des faits, le général de division, Nabéré Honoré Traoré a, une fois de plus, confirmé la version de ses prédécesseurs. Pour avoir participé aux réunions des 16 et 17 septembre 2015, le témoin a affirmé qu’en plus des raisons données par les autres témoins qui justifient l’acte du coup d’Etat, la nomination de l’ex-Premier ministre, Yacouba Isaac Zida au grade de général de division en est une. «Certes, la hiérarchie militaire était contre cette décision mais elle a refusé d’endosser le coup de force, contrairement à ce que dit le général Diendéré», a-t-il expliqué.

A l’écouter, au moment des faits, Diendéré a soutenu que l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) a mis fin au pouvoir de la Transition en vue de le remettre à l’armée. Mais la hiérarchie a désapprouvé ce coup de force. «Nous nous sommes exprimés sans ambiguïté», a-t-il témoigné. Alors, «Golf» l’aurait supplié de le soutenir. «J’ai besoin de votre aide, de votre soutien», aurait dit le général Diendéré, selon le témoin. «Dès lors, je pressentais qu’un coup d’Etat était en téléchargement», a précisé Nabéré Traoré. Et d’ajouter que c’est à l’issue de l’échec de la médiation de la délégation (composée de l’ex-CEMGA, Pingrénoma Zagré, l’ancien SG du MDNAC, Alassane Monè, l’ex-président Jean-Baptiste Ouédraogo et monseigneur Paul Ouédraogo) que Diendéré a fait savoir que le RSP compte mettre en place le Conseil national pour la démocratie (CND) et faire une déclaration.

Laquelle a été lue sans signature au vu et au su des participants à la rencontre. «On s’est demandé qui en était l’auteur mais aucune réponse n’a été donnée. Ce n’est que le lendemain que l’on a constaté à travers sa lecture à la télévision nationale qu’elle a été signée par Gilbert Diendéré. C’est en ce moment qu’on a compris qu’il s’agissait bel et bien d’un putsch», a relaté le général Traoré. «Mais pourquoi ne l’avoir pas mis aux arrêts ?», ont demandé le parquet militaire et les avocats de la partie civile. Et le témoin de répondre qu’ils n’y ont pas songé et d’ailleurs, il n’y a pas de texte qui justifierait son arrestation. «Aussi, pendant la réunion, j’ai constaté qu’ un cordon de sécurité lourd y a été instauré. Il y avait même des chars blindés. Alors, pour éviter des affrontements, on n’a pas voulu procéder à son arrestation», a expliqué l’ex-CEMGA.

Les griefs du général Diendéré

En confrontation avec le témoin, le général Diendéré a soutenu qu’il n’a jamais été question d’aller consulter la troupe. «D’ailleurs, je n’ai pas fait de va-et-vient au MDNAC. J’ai juste devancé la délégation pour aller préparer la réunion», a-t-il souligné. Pourtant, le commandant Aziz Korogo, dans sa déposition, a soutenu que le général est venu les consulter avant de repartir au ministère en charge de la défense. Pour Diendéré, la hiérarchie militaire lui aurait, dans la mollesse, fait allégeance car, à la réunion du 17 septembre, dès son entrée dans la salle, les officiers se seraient mis au garde-à-vous pour l’accueillir et même le CEMGA à l’époque, Pingrénoma Zagré lui aurait demandé de prendre «sa» place. Une version que Honoré Traoré a confirmée. Cependant, il a précisé que l’armée n’a jamais donné son aval pour le maintien de l’ordre. A ce propos, le coaccusé, Boureima Kiéré persiste et signe.

«L’armée a accompagné le coup d’Etat car le chef d’état-major de la gendarmerie et le directeur général de la police ont demandé du matériel de maintien d’ordre les 16 et 17 septembre. Ils ont souhaité une réquisition», a-t-il indiqué. Après tous ces témoignages, le parquet militaire a soutenu que l’heure de la vérité a sonné car les versions sont concordantes. «Le général a décidé de mettre fin à la Transition. Il n’était donc pas question d’une médiation. Alors comment est-ce que la hiérarchie pouvait-elle soutenir un tel acte ?», s’est demandé le procureur militaire. Mais l’accusé a rétorqué que s’il a été mêlé à cette situation, c’est parce qu’il a maintes fois réglé des crises de l’ex-RSP.

«J’ai été appelé plusieurs fois par le président Michel Kafando et le Mogho Naaba pour résoudre des crises de l’ex-RSP», a-t-il indiqué. Et le parquet de réagir que c’est parce que sa capacité de nuisance est connue qu’on lui a toujours fait appel. Pour Diendéré, s’il a expliqué les raisons de ce putsch devant la hiérarchie, c’est parce que la troupe lui aurait soumis des griefs. A contrario, les accusés Jean Florent Nion, Moussa Nebié dit Rambo, Eloi Badiel, Abdoul Aziz Korogo et Hussène Zoumbri, ont tous reconnu ne lui avoir jamais soumis des griefs. Toutefois, ils ont signalé que ces griefs existaient au sein du corps.

La «chienlit» du général Traoré

Invité par Me Aouba Zaliatou de la défense à se prononcer sur la descente des militaires des autres garnisons sur Ouagadougou, le général Traoré l’a qualifiée de « chienlit », parce que, pour lui, ils l’ont fait sans se référer à la hiérarchie. Et l’avocat de déduire que le problème n’était pas uniquement au RSP mais au sein de l’armée toute entière. Quant à l’accusé Diendéré, il a dit être fier d’entendre le témoin parler de chienlit là où lui, il avait perçu un acte d’indiscipline. A l’entendre, c’est la présence des militaires dans le gouvernement de la Transition qui a conduit à cette situation. A ce sujet, Me Aouba a dit ne pas comprendre pourquoi l’ex-Premier ministre Zida a fait un bon de 13 ans en passant de lieutenant-colonel à général de division. «Cela a frustré toute l’armée», a-t-elle mentionné.

A la suite du général Traoré, c’est un autre ex-CEMGA, Oumarou Sadou qui a été appelé à la barre. Il dit avoir également participé à la réunion du 16 septembre au MDNAC en tant que membre de la Commission de réflexion et d’aide à la décision (CRAD). Selon lui, la hiérarchie militaire a demandé qu’on libère les otages et qu’on considère la situation comme une crise et non comme un putsch. Car, a-t-il fait savoir, les coups d’Etat sont proscrits dans le règlement militaire. Dans la quête de solutions, selon les explications du témoin, une délégation est allée rencontrer les éléments de l’ex-RSP et a rapporté qu’ils n’étaient pas prêts à faire marche arrière.

C’est en ce moment que la hiérarchie militaire leur a demandé d’assumer leurs actes et les conséquences éventuelles. Les accusés Kiéré et Diendéré n’ont rien trouvé à redire après la déposition de l’ex-CEMGA Sadou. Pour eux, ce témoignage corrobore ce qu’ils avaient déclaré à la barre. Mais le parquet s’est demandé si le général Diendéré a bien compris la déposition du témoin. Celui-ci parle «d’assumer leurs actes et leurs conséquences», alors que pour Diendéré, il s’agissait «d’assumer la vacance du pouvoir», a fait observer le ministère public. «Peut-être que nous n’avons pas eu la même compréhension ce jour», a nuancé le général Diendéré. Quant à la partie civile, elle a félicité le général Sadou pour la clarté de son témoignage. Son audition se poursuit le vendredi 22 février à 9h.

Fleur BIRBA
Mady KABRE

Une sanction pour l’exemple

Les deux parents d’élèves qui ont agressé des enseignants de l’école primaire publique de Farakan de la Circonscription d’éducation de base (CEB) Bobo I, ont été jugés, le mardi 19 février 2019 à Bobo-Dioulasso. Au terme du procès, seul le père de l’enfant a été finalement reconnu coupable de faits d’agression. Il a ainsi été condamné à 3 ans de prison ferme, avec une amende de 500 000 F CFA et le remboursement des frais médicaux qui s’élèvent à 50 000 F. Certes, le verdict ne semble pas être du goût de la coordination régionale des syndicats d’enseignants des Hauts-Bassins, mais dans ce cas précis, la justice est à saluer à plus d’un titre.

D’abord, pour la célérité avec laquelle le dossier a été instruit et jugé. En effet, pour un incident qui s’est produit le 22 janvier dernier, boucler l’instruction et procéder au jugement en moins d’un mois, méritent qu’on tire le chapeau aux hommes en toge. Parce que généralement, le reproche fait à la justice est sa lenteur légendaire connue dans la conduite et l’aboutissement des dossiers. Il est évident que les dossiers n’ont pas les mêmes «tailles», mais le jugement rapide de celui de l’agression des enseignants de l’école de Farakan, permettra de donner un nouveau signal aux Burkinabè, pour signifier que la justice a pris un tournant définitif, espérons-le, dans sa manière de faire. Il convient également que les autres juridictions concernées, notamment celle de Ouagadougou, pour le parent d’élève qui a menacé un enseignant avec une machette, passe à la vitesse supérieure pour évacuer le dossier.

Ensuite, la condamnation de ce parent d’élève à trois ans de prison ferme et une amende de 500 000 F CFA, est un signal suffisamment fort pour dissuader les Burkinabè qui, de plus en plus, mus par l’incivisme criant, seront dorénavant tentés de se rendre justice eux-mêmes. Tous les autres parents d’élèves et élèves qui ont essayé cette aventure en portant la main sur les enseignants doivent donc subir le même sort pour que la leçon soit assimilée pour de bon.

Sinon, à cette allure, l’école, censée être un temple de transmission de savoir, de savoir-être et de savoir-faire risque de se transformer en prison civile pour ceux qui devaient pourtant être vénérés comme des dieux. Autrefois craints au sens propre comme au figuré du terme, les enseignants sont devenus aujourd’hui la risée de parents et d’élèves qui leur manquent le minimum de respect et à la considération pourtant indispensables pour créer un climat favorable de transmission du savoir. Pour des élèves plus «connaisseurs» et matériellement plus nantis qui ne vouent aucune considération à leurs enseignants, l’évidence est établie que l’apprentissage prend un coup.

De façon plus globale, les acteurs du système éducatif doivent s’asseoir autour de la même table pour redonner à l’école et à l’enseignant, leur lustre d’antan. Chacun doit connaître sa place, mais surtout jouer son rôle. Autant l’enseignant doit travailler à soigner son image très dégradée (reconnaissons-le) dans la société, autant les élèves ont cette obligation de lui rendre respect et soumission. Les parents, quant à eux, à défaut d’accompagner l’enseignant qui contribue énormément à forger l’avenir de leur progéniture, doivent éviter de contribuer de leur compliquer la tâche. Car c’est l’avenir de toute une nation qui est en jeu et cela mérite qu’on y prête attention. Il n’est jamais tard pour redresser la pente.

Jean-Marie TOE

Lutte contre le terrorisme «Il faut négocier», selon le M21

Le mouvement M21 a animé une conférence de presse, le mercredi 20 février 2019 à Ouagadougou. Le contexte sécuritaire et la réconciliation nationale ont été les sujets abordés.

Il faut aller vite à la réconciliation nationale. C’est la substance de l’information livrée à la conférence de presse, tenue le mercredi 20 février 2019 à Ouagadougou par le M21. Le président du mouvement, Marcel Tankoano, a justifié cette position par le contexte sécuritaire que vit le Burkina Faso. Pour lui, il ne sert à rien de continuer dans un durcissement de ton qui ne profite à personne. «Aujourd’hui, tout est différent. Le pays est attaqué. Plus d’un million de personnes déplacées sont sans repères et plusieurs milliers d’enfants ont un avenir incertain. La mort des Burkinabè par la barbarie terroriste est devenue quelque chose de banale.

Et tout cela devant un Etat incapable de protéger ses fils», a-t-il déploré. «Nous ne devons plus nous laisser distraire, a poursuivi M. Tankoano, par une génération d’hommes politiques». D’où la décision de son mouvement d’appeler à une réconciliation nationale. A cet effet, le M21 lance un appel au chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, à prendre langue avec les leaders du régime déchu sans haine pour trouver des solutions.

Le Mouvement propose aussi d’abandonner la justice classique très lente au profit d’un modèle plus juste en phase avec nos traditions. A ce propos, le président du M21 invite le président du Faso à s’inspirer du modèle rwandais ou celui sud-africain pour une vraie réconciliation nationale. Pourquoi le M21 appelle à une politique souterraine avec les chefs des groupes terroristes ?

A cette question des journalistes, Marcel Tankoano s’est expliqué : «on ne peut pas combattre quelqu’un qui a décidé de mourir». De son avis, il est impérieux de négocier avec les groupes terroristes. Il a, en outre, indiqué que sa structure envisage rencontrer le chef de l’Etat pour lui expliquer de vive voix sa
proposition.

Abdoulaye BALBONE

Haut conseil du dialogue social : l’institution se dote d’un plan d’actions

Les conseillers du Haut conseil du dialogue social (HCDS) sont réunis en session extraordinaire du 19 au 22 février 2019 à Ouagadougou en vue d’adopter le programme d’activités de l’institution pour la période 2019-2021.

Dans un contexte social marqué par un effritement de la cohésion sociale, le Haut conseil du dialogue social (HCDS), principal instrument de promotion du dialogue social, entend jouer sa partition pour l’avènement d’un climat de paix et de progrès social. C’est dans cette optique que ses conseillers sont réunis en session extraordinaire à Ouagadougou du 19 au 22 février 2019 en vue de doter l’institution d’un programme d’activités qui va orienter ses actions de 2019 à 2021.

Aux dires du président du HCDS, Pr Domba Jean Marc Palm, l’élaboration du plan d’actions entre en droite ligne avec les missions de sa structure. Il permettra au HCDS, a-t-il poursuivi, de déployer ses mécanismes d’intervention sur le terrain et de s’implanter dans l’univers des institutions du pays. En attendant la mise en place d’un plan d’actions exhaustif d’ici la fin de la session, le Pr Palm a fait savoir qu’une des activités phares de ce plan d’actions sera les échanges avec les responsables des départements ministériels où il y a «conflit». «Une de nos missions principales est de jouer aux pompiers là où il y a conflit. Nous allons donc rencontrer les responsables des ministères à problème pour comprendre la situation et voir dans quelle mesure nous pouvons les accompagner pour la résoudre», a-t-il fait savoir.

Par ailleurs, le HCDS, qui a également un rôle de prévention des crises, entend mettre en place une carte des risques qui va permettre, a laissé entendre Pr Domba Jean Marc Palm, d’identifier les institutions où des crises sont susceptibles de naître et faire des propositions afin de les prévenir. Enfin, le plan d’actions qui sera élaboré, a dit le président du HCDS, va comprendre un volet formation. Une formation à l’endroit des membres de l’institution pour leurs permettre de jouer efficacement leur rôle mais aussi des responsables d’institutions et des agents de l’Etat afin de leur inculquer une culture de dialogue social, gage de relations professionnelles apaisées.

«Nous allons former les gens parce que qui dit dialogue dit culture, dit comportement. Et cela renvoie nécessairement à la formation. Il est important de montrer aux gens comment ils doivent agir pour faire régner la paix et la sérénité dans leurs institutions respectives», a-t-il soutenu.

Nadège YAMEOGO

Simon Compaoré, président par intérim du MPP : «La réélection de notre candidat n’est pas encore jouée»

Créé en 2014, le parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a cinq ans. A l’occasion, le président par intérim du parti, Simon Compaoré, a accordé un entretien à Sidwaya. Les défis du parti, le nouveau gouvernement, la lutte contre le terrorisme, la présidentielle de 2020, sont entre autres sujets abordés.

Sidwaya (S.) : Cela fait cinq ans que le MPP existe. Qu’est-ce qui a prévalu à ce que d’aucuns avaient appelé un schisme au sein de l’ex-parti au pouvoir ?

Simon Compaoré (S. C.) : Pendant le long règne de Blaise Compaoré, beaucoup de progrès ont été enregistrés mais certaines pratiques commençaient à ternir l’image du régime. Ce n’est pas pour rien que des gens l’accusaient de patrimonialisation du pouvoir ou de gestion clanique. Nous avons donc estimé que la modification de l’article 37 de la Constitution envisagée par notre ancien parti en vue de permettre au président Compaoré de se maintenir au pouvoir était inacceptable. D’où notre démission avec 75 autres camarades membres du Bureau politique national à l’époque.

S. : Comment appréciez-vous le chemin parcouru par votre parti, qui a accédé au pouvoir un an après sa création ?

S. C. : Ce fut un exploit, parce que de mémoire de politicien, c’est la première fois qu’un parti créé à la veille d’une élection, accède au pouvoir dans notre pays. Après sa création, le parti s’est vite implanté sur le territoire national, ce qui lui a permis de prendre part à deux scrutins majeurs, les législatives et la présidentielle, avec à la clé une victoire éclatante. Cela peut s’expliquer aussi par le fait que le MPP créé dans les conditions que vous connaissez, regorgeait de camarades pétris d’expériences, pleins de convictions et très déterminés. Ceux qui ont déboité du CDP avaient une vision commune et savaient quel chemin emprunter lorsqu’ils quitteront le navire. En plus de cela, la rage de vaincre et la détermination qui les habitaient ont été des ingrédients de la victoire du parti.

S. : Quels sont les points d’insatisfactions liés à votre gestion du pouvoir ?

S. C. : Dans toute œuvre humaine, il y a toujours une part d’imperfection, et dans son cheminement, le MPP a connu des points forts mais aussi des faiblesses. Sur le plan de la structuration, nous avions constaté certaines insuffisances qui ont été vite corrigées lors du deuxième congrès en avril 2017. Avec l’élargissement de nos rangs et des militants qui étaient à leurs premiers pas dans la politique, il a fallu revoir les choses pour imposer une discipline interne. Parce que d’aucuns ne savaient pas que dans un parti, le militant a des droits mais aussi des devoirs.

Bref, nous avons fait en sorte que ceux qui nous rejoignent se conforment à nos règles.

S. : Le Burkina Faso vient d’avoir un nouveau gouvernement dirigé par Christophe Joseph Marie Dabiré. Qu’attendez-vous de cette équipe ?

S. C. : Les attentes sont très fortes et le temps de plus en plus court, puisqu’il nous reste 20 mois. La nouvelle équipe gouvernementale doit d’abord travailler à renforcer les acquis engrangés tels que la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de zéro à cinq ans, la réalisation d’infrastructures éducatives pour remplacer les écoles sous paillottes, pour ne citer que ces deux exemples. La deuxième étape de l’action gouvernementale devait permettre à certains projets phares du président du Faso qui piétinent, de connaître un début d’exécution avant l’échéance 2020.

S. : Christophe Dabiré est-il un «bon cheval» selon vous ?

S. C. : Si le choix s’est porté sur sa personne, c’est parce que des critères objectifs ont prévalu à sa désignation pour diriger le gouvernement. Contrairement à ce que certains disent, Christophe Dabiré est un camarade, bien connu du milieu politique, qui a travaillé dans des gouvernements antérieurs. Son épouse fait également partie des militants qui ont rejoint le MPP aux premières heures. Elle est aujourd’hui membre du Haut conseil du parti. J’ai foi qu’il pourra conduire la mission à lui confiée par le chef de l’Etat, Roch Marc Christian Kaboré.

S. : Vous ne faites pas partie de la nouvelle équipe gouvernementale. Pourquoi ?

S. C. : Personne n’est né avec le poste de ministre sur son front. Le gouvernement est un grand théâtre où des acteurs viennent chacun à son tour, jouer une partie de la pièce et se retirer. Celui qui pense qu’une fois nommé ministre, c’est ad vita æternam, s’est trompé et le jour qu’il sera remplacé, ce serait un drame. Le plus important, c’est la capacité à impacter ton environnement et à laisser des traces.

S. : On a l’impression que le parti manque de compétences pour former entièrement un gouvernement. Est-ce une réalité ?

S. C. : Vous utilisez un prisme qui ne vous permet pas d’avoir une bonne lecture des choses. Nous avons suffisamment de compétences pour former un gouvernement composé uniquement de membres MPP, mais cela ne sera pas bien vu par l’opinion. Dès la création de notre parti, des universitaires sont venus d’eux-mêmes adhérer et attendent leur heure. Dans notre mode de gestion, nous allions stratégie et vision. Ainsi, des partis politiques de l’Alliance pour la majorité présidentielle (APMP) ont toujours été représentés dans les différents gouvernements depuis notre arrivée au pouvoir.

S. : Le président par intérim du MPP va-t-il se reposer ou s’occuper exclusivement du parti à l’orée d’échéances cruciales ?

S. C. : Rassurez-vous, ce n’est pas le moment de se reposer, car je suis le président par intérim du MPP et à ce titre, je coordonne les activités du parti. Avec les camarades du bureau exécutif, nous affûtons nos armes pour les batailles électorales à venir.

S. : A la suite du coup de gueule du président de l’Assemblée nationale à la cérémonie d’inauguration de la foire du 11-Décembre 2018 à Manga, certains ont cru déceler un malaise au sein du parti. Cette analyse est-elle exagérée ?

S. C. : Un proverbe moaga dit ceci : « seul le bossu sait où mettre sa bosse ». Quelques jours après ce qui s’est passé à Manga, nous nous sommes retrouvés si bien qu’aujourd’hui la page de cette incompréhension est tournée. Mais que des gens veulent inventer le spectre d’une crise quelconque, ils peuvent s’adonner à cœur joie.

S. : Comment voyez-vous le parallèle entre terrorisme et droits humains ?

S. C. : Ce qui me chagrine, c’est que lorsqu’on tue nos Forces de défense et de sécurité (FDS), personne ne parle et quand il s’agit d’assaillants neutralisés, des voix s’élèvent toujours parlant de droits de l’homme. A partir du moment où des individus se sont spécialisés dans les assassinats, la question des droits humains ne saurait être évoquée en pareille circonstance. Il faudrait ajouter à cela l’argument de la légitime défense, car les FDS, lorsqu’elles sont sur le terrain, ont leurs vies menacées par ces terroristes. Ils ont donc le droit de se défendre par tous les moyens. L’existence de prisons pour terroristes est la preuve que le gouvernement burkinabé est bien soucieux du respect des droits humains.

S. : Le drame de Yirgou a été affligeant pour les Burkinabè. Quelles leçons en tirez-vous ?

S. C. : Je suis très choqué par le drame de Yirgou. Depuis longtemps, les différentes ethnies de notre pays ont toujours vécu en harmonie et cette cohabitation ne relève pas d’une génération spontanée. Ceux qui ont décidé librement de couper ce cordon doivent être punis à la hauteur de la gravité de leurs actes, afin d’éviter que de tels évènements ne se reproduisent. En dépit de nos divergences politiques, religieuses, culturelles et sociales nous appartenons tous à un même pays et nous devons lutter main dans la main pour sauvegarder ce patrimoine commun qu’est le Burkina Faso.

S. : Comment faire face au front social de plus en plus préoccupant ces dernières années ?

S. C. : Les différents acteurs doivent toujours privilégier le dialogue dans leurs démarches. Chacun doit puiser en lui la force nécessaire pour renouer le fil du dialogue afin de stabiliser le front social. C’est la seule voie à même de permettre de déboucher sur des solutions salutaires pour toutes les parties et je crois que nous sommes sur le bon chemin. Les uns et les autres doivent mettre de l’eau dans leur vin comme l’a fait la Coordination des syndicats de l’éducation.

S. : L’APMP regroupe l’ensemble des partis qui soutiennent le programme du président du Faso. Comment appréciez-vous les actions de cette structure ?

S. C. : L’APMP apporte une certaine aide dans la gestion des affaires étatiques. Ce soutien est apprécié à sa juste valeur par notre parti. Cette structure est certes confrontée parfois à un certain nombre de difficultés, mais sa contribution reste tout de même considérable au sein du gouvernement.

S. : Les élections de 2020, c’est bientôt. Quelles sont les ambitions du MPP ?

S. C. : A la veille de 2020, notre objectif obsessionnel est de tenir les engagements du président du Faso vis-à-vis du peuple. Nous espérons présenter un bilan satisfaisant au moment venu, afin d’envisager un autre contrat de société à l’échéance 2020. Ce résultat ne pourrait être réalisé que si tous nos militants se mettent au travail quel que soit le niveau où ils se trouvent.

S. : Avez-vous foi en une réélection de Roch Marc Christian Kaboré ?

S. C. : Nous avons l’intention de rempiler en 2020. Mais en politique rien n’est acquis. Il faut être constamment sur la brèche et le discours est moins important que les actions à poser. On ne peut donc pas dire que la réélection de notre candidat est déjà jouée.

S. : Vous avez occupé le poste de ministre de la Sécurité. Que retenez-vous de votre passage à la tête de ce département ?

S. C. : Nous avons déployé sur le territoire national des gendarmes et des policiers qui travaillent dans des conditions difficiles et dans un milieu très hostile. A mon arrivée, j’ai entrepris des tournées à l’intérieur du pays où aucun ministre ne s’était déjà rendu. Cela m’a permis de me faire la conviction qu’une simple visite d’encouragement peut convaincre des agents qu’ils ne sont pas oubliés par les gouvernants.

S. : La réconciliation est un sujet qui préoccupe bon nombre de citoyens. Quel est votre avis là-dessus ?

S. C. : La réconciliation a besoin d’une bonne dose de volonté pour devenir une réalité au Burkina Faso. Si nous associons volonté, pardon et justice, nous devons parvenir incontestablement à l’apaisement des cœurs, car comme disent les anglais : « Là où il y a la volonté, il y a le chemin ». Ainsi, nous souhaitons que le procès du putsch s’achève rapidement et que justice soit rendue afin d’accélérer le processus de réconciliation.

Entretien réalisé par Beyon Romain NEBIE &
Fatimah TANKOANO (Stagiaire)

Tolérance zéro à l’excision en 2030 : la solution par la responsabilisation des communautés

0

Le ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire a commémoré, le mercredi 20 février 2019 à Ouagadougou, la 16e journée internationale tolérance zéro aux Mutilations génitales féminines (MGF).

Depuis des années, le Burkina Faso a fait de la lutte contre les Mutilations génitales féminines (MGF), son cheval de bataille. Bien que des efforts aient été consentis par le gouvernement, les jeunes filles continuent d’être les cibles des ‘’couteaux et des lames’’ dans les 13 régions du pays. Au regard de ces pratiques multiséculaires, il s’avère nécessaire de renforcer la lutte à travers des actions concrètes, comme le recommande le thème de la 16e journée internationale tolérance zéro aux Mutilations génitales féminines (MGF), qui est : «Traduire les décisions politiques en actions à la base, pour accélérer l’atteinte de la tolérance zéro aux MGF en 2030».

La journée a été célébrée le 20 février 2019 à Ouagadougou. Pour la ministre en charge de la femme, Hélène Marie Laurence Ilboudo, par ailleurs présidente du Conseil national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), ces actions seront focalisées, d’une part, sur la responsabilisation accrue des communautés en impliquant toutes les couches sociales dans la lutte. D’autre part, il s’agira de renforcer l’ancrage institutionnel sur le plan national et international, avec une organisation coordonnée des associations, des ONG et réseaux de lutte, pour plus d’efficacité et de capitalisation des interventions sur le terrain. La représentante des partenaires techniques et financiers, Dr Anne Vincent, a déploré le fait que des filles continuent d’être excisées au Burkina Faso, malgré l’engagement national, régional et mondial de la Première dame du Faso, Sika Kaboré, dans la lutte contre les violences et les discriminations à l’égard des femmes et pour leur autonomisation.

Faisant cas des 47 filles excisées récemment dans la région du Sud-Ouest et plus de la cinquantaine en 2018, elle a affirmé que le thème de cette journée est interpellateur et il est temps à son avis, de plaider auprès des autorités locales et leaders d’opinion, afin qu’ils s’impliquent davantage dans la lutte. «Nous devons accentuer la sensibilisation, pour que les populations soient suffisamment informées des conséquences néfastes des MGF sur la santé physique et psychologique des enfants», a-t-elle suggéré.

Plus de 200 millions de femmes et filles excisées

La ministre en charge de la femme, Hélène Marie Laurence Ilboudo, a noté qu’il est ressorti dans l’enquête multisectorielle continue de 2015, que 67,6% des femmes avaient subi au moins une des formes de MGF. «La prévalence de la pratique a été ramenée de 13,3% selon les données de l’enquête démographique et de santé de 2010, à 11,3% selon l’enquête multisectorielle de 2015, pour la tranche d’âge de 0 à 14 ans, soit une baisse sensible en cinq ans», a-t-elle précisé. Pour elle, les pratiques des MGF sont rencontrées dans plusieurs continents et touchent plus de 200 millions de filles et de femmes, selon le rapport de l’Unicef 2016.

Le nombre des filles et des femmes qui pourraient être exposées à un risque de MGF avant 2030 est estimé à 68 millions. Mme Ilboudo a ajouté que parmi ces potentielles victimes, plus de 50 millions le seront en Afrique selon l’OMS. Et de signifier que toutes les actions conjuguées dans la lutte contre les MGF ont permis de positionner le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré au titre de ‘’Champion de l’Union africaine’’. La patronne de cette journée, Sika Kaboré, présidente d’honneur du CNLPE a exprimé son entière disponibilité à soutenir toutes les initiatives à accélérer la tolérance zéro au MGF aussi bien au Burkina Faso qu’en Afrique.

Afsétou SAWADOGO