Périmètre aménagé de Youtenga dans l’Oubri: les PDI, force motrice de l’Offensive agropastorale

Ce périmètre a permis de relancer les moyens de subsistance des femmes qui y travaillent.

Au Burkina Faso, l’Offensive agropastorale et halieutique portée par les hautes autorités prospère dans la région de Oubri. Des citoyens se sont engagés. A Youtenga, dans la commune rurale de Nagréongo, des Personnes déplacées internes (PDI) y contribuent sur un site d’une superficie de 82 hectares. Cet aménagement dispose d’une quinzaine de forages dotés d’équipements solaires qui servent à irriguer les espaces cultivables. Près de deux ans après le lancement des activités de ce site, l’agriculture s’y pratique à temps plein et cela a permis de relancer les moyens d’existence des PDI qui y travaillent. La production agricole a atteint un niveau jugé satisfaisant par l’ensemble de la communauté. Reportage !

Il sonne 15h00 ce jeudi 26 février 2026 lorsque nous nous présentons à l’entrée du périmètre irrigué d’une superficie de 82 hectares du village de Youtenga, une bourgade située dans la commune rurale de Nagréongo. Le soleil entame doucement sa descente. Nous sommes accueillis par Abdoul Karim Simporé, le maître des lieux. Originaire de Kaya, il s’est installé dans la localité depuis neuf ans avec sa petite famille.

C’est lui qui assure la surveillance du site. Il a d’ailleurs suivi de bout en bout la mise en œuvre du projet jusqu’à son aboutissement. Après des échanges, il est notre guide du jour. A l’intérieur d’un aménagement sécurisé par un grillage, c’est la fraicheur de la végétation qui nous enveloppe. La physionomie des plants se laisse admirer. Du maïs au stade de floraison, de la tomate, des choux, des oignons … plusieurs variétés y sont cultivées. De l’autre côté, des pieds de cacao, d’ananas, de papaye, de manioc et de banane attirent notre attention.

Abdoul Karim Simporé, déplacé venu de Kaya a suivi de bout en bout la mise en œuvre du projet du site.

L’irrigation des cultures est assurée par une quinzaine de forages munis d’installations solaires. Une soixantaine de personnes, toutes déplacées internes, y travaillent. Sous les rayons encore ardents du soleil, le site reste animé. Femmes et hommes se côtoient. Chacun s’évertue à arroser sa portion de terre ou à la débarrasser des mauvaises herbes. Il faut vite terminer ses travaux avant que la lumière du jour ne disparaisse.

Rakia Malgoubri, malgré le jeûne qu’elle observe, est toujours présente et s’active. Elle est venue de la province du Gourma (Fada N’Gourma) avec son époux et ses quatre enfants en 2024. « Un beau jour, en pleine journée, pendant que nous vaquions tranquillement à nos occupations, des terroristes ont fait irruption dans le village. Un ultimatum nous a été donné de déguerpir dans les 48 heures. Le village s’est vidé de ses occupants. Nous avons pris la direction de Nagréongo », se remémore-t-elle.

Une fois sur place, reconnait-elle, l’accueil a été fraternel. « Nous sommes venus les mains vides. Quelques jours plus tard, nous ayant mis en sécurité, mon époux est parti vers d’autres horizons dans l’espoir de nous trouver une vie meilleure. Nous avons dû compter sur le soutien de bonnes volontés pour nous nourrir », se souvient-elle encore. Mais de nos jours, Mme Malgoubri peut se réjouir. Le site lui apporte le nécessaire pour assurer la survie de ses enfants. « Nous ne pouvons pas épuiser nos récoltes de la saison dernière. Nous soutenons même en vivres certaines PDI qui n’ont pas encore rejoint les champs », laisse-t-elle entendre.

« Nous ne comptons plus sur quelqu’un pour avoir la nourriture »

Tout comme elle, Sarata Kindo, jeune maman de 22 ans, a connu des moments difficiles suite à son départ forcé de Barsalogho, sa localité d’origine. Au départ, elle croyait avoir tout perdu. « Beaucoup d’eau a coulé sous le pont », dit-elle. Mais à Nagréongo, sa famille a été accueillie à bras ouverts. « Les gens nous offraient des vivres. Mais je ne me suis jamais imaginée dans cette vie de mendicité. Du fond de moi, je souffrais. J’avais l’habitude de me battre dans mon village pour mes propres besoins », indique-t-elle.

Selon Rakia Malgoubri, l’entraide et la solidarité existent au sein des PDI.

Elle poussera un ouf de soulagement lorsqu’au début de la campagne agricole 2025, on lui annonce que des terres sont mises à leur disposition pour exploitation. Mme Kindo retrouve enfin sa vie d’antan, dans les champs. Après la récolte du maïs et du riz, la superficie est à nouveau emblavée d’oignons. « En plus de nous procurer des revenus, nous apprenons des techniques culturales qui nous serviront une fois de retour chez nous, à Barsalogho », laisse-t-elle entendre, tout en traduisant sa reconnaissance à Assane Zaré, grâce à qui, elle a acquis le savoir dans le jardinage.

Ce dernier qu’elle appelle affectueusement Boussanga (Bissa en langue Mooré) a également rejoint le site de Youtenga par la force des choses. Il y a cinq ans, il vivait à Arbinda, dans la province du Soum. Là-bas, il s’était forgé une réputation dans l’agriculture de contre-saison, notamment la production maraichère. Contraint de partir à cause de l’insécurité, Nagréongo était sa destination. Il y vit actuellement avec sa famille, forte de 13 membres. L’aménagement constitue une véritable aubaine pour lui. « Avec cette superficie mise à notre disposition depuis 2024, nos conditions de vie se sont nettement améliorées. Nous ne comptons plus sur quelqu’un pour avoir la nourriture, comme auparavant », confie M. Zaré.

Ses propos sont corroborés par Ousmane Sawadogo, âgé de 32 ans et père d’un enfant. Il exploite une superficie sur laquelle il produit des oignons, des tomates, de la salade, des choux et du maïs. Les souvenirs de son passé le hantent encore. « En 2022, lorsque nous quittions la commune de Pissila, nous n’avons rien pu emporter. Même la marmite pour la cuisine nous a été offerte ici par une personne généreuse », raconte-t-il. Aujourd’hui, confie-t-il, cette épreuve peut être rangée dans les oubliettes, et ce grâce à ce périmètre.

Toutefois, dit-il, malgré la quinzaine de forages, le manque d’eau se pose pour agrandir son champ. « Nous n’avons pas encore exploité le quart de la superficie cultivable. Il y a encore des PDI dans le village qui comptent nous rejoindre. Je les encourage à venir », invite Ousmane Sawadogo. Il lance également un appel à toutes les bonnes volontés pour les soutenir en engrais, en matériel agricole et en forages. « Si toutes ces conditions sont

Sarata Kindo, jeune maman de 22 ans est fière de retrouver à nouveau sa vie dans les champs.

réunies, nous allons nous donner à fond », promet-il. En attendant, son souhait est que la paix s’installe définitivement dans toutes les régions du Burkina Faso afin que chaque déplacé puisse retourner dans sa localité d’origine.

Faire de Nagréongo un pôle économique

Sur le périmètre aménagé de Youtenga, un nom revient souvent sur toutes les lèvres. Il s’agit de El hadj Saïdou Bikienga communément appelé Saïd Nagréongo. Il est à l’origine de cet aménagement. Guérisseur depuis une quarantaine d’années, sa réputation dépasse les frontières du Burkina Faso. A côté de son activité principale, il est perçu aujourd’hui comme un acteur de l’économique locale. « Il y a neuf ans, des personnes étaient venus en grand nombre à Nagréongo. Nous avons apporté du maïs pour les secourir, mais ce n’était pas suffisant. Les PDI sont nos frères.

Je ne pouvais donc rester indifférent face à leur souffrance », souligne-t-il. Son initiative, poursuit-il, permet aux PDI de vivre dignement mais aussi contribue à l’essor de l’économie à travers les activités agricoles et halieutiques.

Pour le manque d’eau, il en est conscient. « Nos partenaires nous ont offert des camions citernes, mais cela ne suffit toujours pas. Nous invitons toutes les bonnes volontés à nous soutenir avec d’autres forages », lance Saïd Nagréongo. Son ambition, dans un futur proche, est de porter les superficies aménagées à 230 hectares dans la commune. « Nous souhaitons que notre initiative inspire d’autres personnes. Les autorités du pays nous invitent à cesser de dormir sur nos lauriers. Nous allons donc travailler. Que la jeunesse surtout se lève et s’engage davantage », insiste-t-il.

Il rêve de transformer Nagréongo en un pôle économique. Dans ce sens, il dispose de plusieurs fermes dans lesquelles de la volaille et du bétail sont élevés. En outre, un projet de transformation agricole est déjà sur les rails, avec des équipements acquis et des bâtiments en construction à près de 80 % de taux de finition. « Le riz et le maïs seront transformés sur place à travers mes unités. Cela apportera une réelle plus-value », estime-t-il.

Ces efforts sont salués par le Président de la délégation spéciale (PDS) de Nagréongo, Sayouba Tondé. Selon lui, le promoteur n’est pas à son premier aménagement. « Depuis 2023, il constitue une référence en matière de soutien aux PDI. En plus de Youtenga, des périmètres agricoles ont été aménagés dans les villages de Kolgkoom et Nagréongo-Koudgo au profit des PDI qui y tirent leur pitance », loue-t-il. Citant les chiffres du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR), il précise que sa commune

Assane Zaré dit ‘’Boussanga’’
s’est forgé une réputation dans la
maraicher-culture.

comptait en 2023, plus de 13 000 PDI. Mais, se réjouit-il, grâce aux multiples initiatives, ces derniers ne constituent pas un fardeau, mais plutôt un levier de croissance agricole.

Et à la directrice régionale en charge de l’Agriculture du Oubri, Béatrice Tinguéri, de renchérir que grâce à cet aménagement de 82 hectares, le promoteur apporte une contribution notable à la résilience des PDI, tout en participant à l’atteinte des objectifs de production agricole fixés par le gouvernement. « En leur offrant des opportunités d’emploi et en mettant une partie de sa production, notamment le maïs, à leur disposition, Saïd Nagréongo contribue à améliorer leurs conditions de vie des PDI », admet-elle.

C’est au regard de l’importance de cette initiative, précise Mme Tinguéri, que le ministère en charge de l’Agriculture lui apporte un accompagnement, notamment en semences améliorées et en fumure organique, afin d’accroître ses rendements. Mais, reconnaît-elle, une grande partie des investissements reste portée par ses propres ressources et celles de ses partenaires. Toute chose qui témoigne de la volonté du promoteur à contribuer activement au développement agricole local.

Le 13 juin 2024, lorsque le ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques, le commandant Ismaël Sombié, lançait officiellement les activités du site de Youtenga, il a trouvé l’initiative très salutaire, s’inscrivant dans la volonté du gouvernement de redynamiser le secteur agricole. « Ce sont des initiatives qui répondent à la volonté du président du Faso et du gouvernement de promouvoir l’agriculture », avait-il indiqué. Il a encouragé cette démarche visant à renforcer la résilience des PDI. « Au lieu de leur donner à manger, il faut créer les conditions pour qu’ils puissent produire et manger avec dignité », avait-il ajouté.

L’Offensive agropastorale et halieutique porte ses fruits

Ousmane Sawadogo, PDI invite les bonnes volontés à soutenir
les occupants du périmètre en engrais et équipements agricoles.

Selon El hadj Saïd Nagréongo, son engagement dans le secteur agricole va aussi en droite ligne de l’Offensive agropastorale et halieutique lancée par les autorités du Burkina. « Aussi petit soit-il, nous avons commencé à agir. Nous n’allons jamais baisser les bras tant que nous avons encore les forces », ajoute-t-il. Cela réconforte le PDS Sayouba Tondé qui affirme que la population de sa collectivité a répondu massivement à l’appel du gouvernement. Pour preuve, il informe que sa commune était la première de la province de Bassitenga (Ziniaré) à fournir plus des vivres à la Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (SONAGESS) dans le cadre de la collecte « bord champ » pour la saison agricole humide 2025-2026.

Dans l’ensemble de la région de Oubri, avise la directrice régionale, Béatrice Tinguéri, l’Offensive agropastorale et halieutique est une réussite. Pour elle, plusieurs actions ont été menées et d’autres sont en cours. Elle énumère d’importants appuis en engrais et en

El hadj Saïd Nagréongo : « Les PDI sont nos frères burkinabè et je ne
pouvais rester indifférent face à leur souffrance ».

semences améliorées adaptées au contexte climatique. La région a également été dotée de 23 tracteurs, utilisés par des brigades de mécanisation agricole dans les 20 communes. Par ailleurs, des aménagements de bas-fonds et de périmètres maraîchers sont faits afin de renforcer la production agricole et maraîchère. Ces actions commencent déjà à produire des résultats, selon Mme Tinguéri.

Pour preuve, à l’issue de la dernière campagne agricole, la région a enregistré une hausse de plus de 30% de sa production, dépassant largement les objectifs de départ. Une performance qui renforce la contribution de la région de Oubri à la sécurité alimentaire nationale, foi de la directrice régionale. Les opérations de curage de 16 barrages en cours dans la région viendront conforter cette position. Car, se convainc-t-elle, les producteurs n’auront plus de souci pour pratiquer la culture de contre-saison.

Adama SEDGO


Lassané Koumvouré, le champion des plantes côtières

Originaire de la commune rurale de Mané dans la région des Koulsé, Lassané Koumvouré a passé plus de 30 ans en Côte d’Ivoire. Après avoir trainé avec une maladie à laquelle il n’arrivait pas à trouver un remède, il prend la décision de revenir au Burkina Faso, précisément chez le guérisseur de Nagréongo pour des soins. Ce retour forcé va marquer en réalité un nouveau départ dans sa vie. Il recouvre la santé et décide finalement de rester dans ce village. Sa femme le rejoindra plus tard. Avec son expérience acquise durant ses années passées dans les plantations, il propose de tester la plantation d’arbres et les cultures généralement répandus dans ce pays côtier. Cette proposition était du goût du promoteur du périmètre de Youtenga. Depuis deux ans, il s’est engagé de plain-pied dans la production de plusieurs spéculations notamment le manioc, le cacao, le café, la banane plantain et l’ananas. « Nous voulons travailler pour développer notre pays comme nous l’avons fait en Côte d’Ivoire. Nous maîtrisons toutes les techniques culturales », confie-t-il. Pour lui, toutes les cultures côtières peuvent bien se développer dans toutes les régions du Burkina. Le principal défi reste l’accès à l’eau. C’est pourquoi, Lassané Koumvouré lance un appel à ses compatriotes vivant à l’étranger. « Nous invitons nos parents de la diaspora à ne pas avoir peur du retour au bercail. Tout ce qui se produit là-bas est possible ici », affirme-t-il avec conviction.

A.S.

 

 

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