Youssou Ben Amed Baro: «En plus du volley-ball nous avons introduit le triathlon dans nos activités depuis 2014 ».

A Ouahigouya, dans la région du Yaadga, son nom est intimement lié au volley-ball. Youssouf Ben Amed Baro est un formateur bien connu dans cette partie du Burkina Faso, qui a produit depuis plus de deux décennies, plusieurs promotions de volleyeurs qui ont fait et continuent de faire les beaux jours de certains clubs de premier plan et de l’équipe nationale.

Il s’était promis de se faire un nom dans le volley-ball lorsque sa carrière de volleyeur a été écourtée au milieu des années 90. Aujourd’hui entraîneur international de niveau 3, c’est dans la formation que Youssouf Ben Amed Baro s’est construit une renommée. Une belle manière de prendre sa revanche et vivre pleinement sa passion pour la discipline. Une passion née dans la ville de Banfora d’où il est natif. « Depuis l’école primaire entre 11 et 12 ans il m’arrivait de temps à autre de m’essayer au volley-ball dans le quartier.

C’est comme cela que j’ai acquis les bases », se rappelle Youssouf Ben Amed Baro. Mais c’est une fois au Lycée provincial Lompolo Koné, qu’il va se lancer, lorsqu’un jour un professeur d’EPS du nom de Gustave Taro, s’affairait à monter une équipe de volley-ball. Il avait 16 ans. « Tout de suite ça a pris car, c’est une discipline très passionnante et c’est comme cela que je m’y suis donné à fond », explique-t-il. Le reste de ses années de lycée sera marqué par des participations relevées aux jeux de l’USSU-BF (union des sports scolaires et universitaires du Burkina Faso).

Gaoussou Sidibé, international burkinabè : « Nous étions ses premiers joueurs et nous voyons quelqu’un de très appliqué, rigoureux et surtout rêveur».

Parallèlement c’est avec le club de l’Union sportive des Meuniers du Burkina (USMB) que le jeune passeur, parfois attaquant, va disputer des matchs de première division. Mais cette carrière naissante va connaître un coup d’arrêt avec son admission au concours d’instituteurs adjoints. « J’ai eu à peine une année en tant que joueur de première division. Je venais juste de signer ma licence à ce niveau », se souvient-il. En 1994 alors qu’il avait moins de 20 ans, il est affecté à Ouahigouya. Devant l’absence de clubs dans lesquels il pouvait continuer de s’exprimer, Youssouf Ben Amed Baro décide de se reconvertir dans la formation à la base.

« Lorsque je suis arrivé et affecté à Kalo (35 km de Ouahigouya), j’ai essayé de créer un club, cela n’a pas marché. J’ai tenté de faire participer mes élèves à l’OSEP (organisation du sport à l’école primaire), malheureusement il n’y avait que le football et l’athlétisme. Affecté à 7 km de Ouahigouya j’ai tenté encore en vain en 2000 », relate-t-il. Mais décidé à ne rien lâcher, il va trouver le moyen de faire ses armes petit-à-petit comme entraîneur bénévole auprès d’aînés professeurs d’EPS qui étaient déjà dans l’encadrement des jeunes notamment au Lycée Yamwoaya pour les garçons et au Lycée Yadega pour les filles.

De grands noms du volley-ball reconnaissants

C’est en 2002 qu’il réussit finalement à créer son club dénommée ‘’Académy B’’, le seul de la région à l’époque et consacré à la formation de la relève conformément à sa vision. La première promotion a compté dans ses rangs des noms bien connus de la discipline au Faso comme Gaoussou Sidibé, Abdoul Kalilou Sawadogo, ou encore Abdoul Wahabou Ouédraogo. Malgré la modestie des moyens, les jeunes athlètes se font rapidement remarquer pour leur première sortie comme scolaires lors d’une compétition organisée par l’ambassade de France en 2004 à Ouagadougou.

«Nous avons battu tout le monde et les gens étaient surpris de voir que les enfants avaient ce niveau alors que personne n’avait entendu parler d’eux jusqu’à cette occasion. Nous n’avons que des ballons en caoutchouc et les chasubles qui faisaient office de maillots, je les ai cousues à la main avec l’aide de ma femme », se remémore le technicien. Gaoussou Sidibé au-delà de son jeune âge à l’époque en a également gardé un bon souvenir.

« Nous avons joué pour la toute première fois une compétition devant beaucoup de personnes issues du milieu du volley-ball qui nous découvraient pour la première fois. Ils furent étonnés et émerveillés et pour nous, c’était extraordinaire de jouer enfin une compétition contre d’autres enfants de notre âge et sentir qu’on avait un plus sur l’ensemble des autres joueurs », confie l’international burkinabè. Face à la rareté des

Ici Youssouf Ben Amed Baro avec la toute première promotion de l’Academy B.

compétions réservées aux petites catégories en son temps, les protégés du coach Baro vont dominer les compétitions inter-scolaires au plan national sur des années.

« Cette première promotion qui a évolué pour le compte du Lycée Yadega aux jeux de l’USSU-BF a été imbattable en filles comme en garçons dans leurs catégories jusqu’à ce qu’elle aille à l’université », précise l’encadreur. Renommé depuis 2015 AS Académie Volley-ball Club de Ouahigouya, le club a continué à livrer au volley burkinabè des produits de belle facture. Aminata Diallo (capitaine de AS SONABEL et capitaine de l’équipe nationale), Mamatou Barry (AS SONABEL), Mariam Zoromé (AS SONABEL), Arnaud Ouédraogo (AS Germinal), sont entre autres, des motifs de satisfaction.

Les plus jeunes pensionnaires de l’organisation dénommée actuellement Association sportive Académie Omnisports Culture-Education n’entendent pas faire moins. Ibrahim Relwendé Ouédraogo, y joue depuis 2019 au poste de central. « Sur le plan sportif coach Baro est doué car nous sentons que nous sommes bien orientés lorsque nous nous mesurons aux autres donc nous sommes convaincus d’être sur la bonne voie », affirme le jeune joueur. Rien de surprenant concernant l’homme, à écouter l’inspecteur de l’enseignement secondaire à la retraite Salikou Zerbo.

Il a collaboré avec M.Baro de de 2006 à 2022 en tant que secrétaire général du club. « C’est un passionné de la discipline qui est difficile à décrire. Chez lui il n’y a pas de samedi ni de dimanche ou de fête. Il est tout le temps sur le terrain. Il dépense sans compter tant qu’il s’agit du volley-ball. Il se distingue surtout par sa grande capacité à initier et quand il le fait il s’y engage pleinement », témoigne M. Zerbo. Sa passion, l’homme de 50 ans la vit pleinement avec sa famille.

Le soutien inconditionnel d’une épouse

Sa femme, ancienne volleyeuse s’est reconvertie également dans l’encadrement et intervient au club auprès de son époux depuis plus de 20 ans. « Je crois que c’est ce qui nous a rapprochés. C’est donc une continuité. Je l’encourage à persévérer car j’ai foi que son objectif sera atteint. C’est vrai que depuis 2002, faute de sponsors nous n’avons pas les moyens qu’il faut même pour honorer la participation à certaines compétitions parfois, mais il a mon plein soutien » affirme madame Kalizéta Baro/Ouédraogo.

Quant au fils de 20 ans, Faris Bilal Baro, étudiant qui joue en D1 pour le compte l’Association sportive du club des amis (ASCA), ça a été un privilège de partager en tant que petit garçon la même passion que papa. « Ceci, car là où les autres doivent convaincre ou négocier les parents pour vivre leur passion et se débrouiller parfois lorsque nous étions plus jeunes et n’ayant pas de moyens de transport pour rejoindre la gare pour le départ à une compétition, pour moi c’est devenu naturel car c’était toujours avec papa.

Madame Kalizèta Baro fait partie des entraîneurs du club aux côtés de son mari.

J’ai eu vraiment de la chance», se réjouit l’aîné de la fratrie qui a laissé la place aux cotés de papa à sa sœur cadette. Depuis cinq ans Youssouf Ben Amed Baro est dans son élément en tant qu’entraîneur en chef en volley-ball de l’Ecole de formation de la relève sportive (EFORS) du Yaadga. Une occupation de plus pour celui qui a été dans l’encadrement technique de l’équipe nationale en 2010, 2012, 2015 et en 2024 et qui, sur le plan professionnel, est responsable des activités artistiques culturelles, sportives et des loisirs au niveau de la direction régionale de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle et technique du Yaadga.

Mais, il ne compte pas pour autant reléguer au second plan la formation à l’académie. C’est du reste ce à quoi l’encourage les uns et les autres. « Il ne faut pas qu’il baisse les bras malgré les difficultés actuelles. Nous ne pouvons que prendre l’engagement de le soutenir dans le futur car nous savons qu’après nous, il y aura des petits frères qui prendront le relais », insiste le jeune Relwindé Ibrahim Ouédraogo.

Même son de cloche pour Gaoussou Sidibé : « C’est un très bon entraîneur. En tant que personne, c’est un père pour moi. Il a tout le temps été là avec moi pendant presque tous les moments que j’ai traversés. Si vous lisez mon passage, sachez que vous avez marqué toute une génération et vous continuez de le faire avec les nouvelles générations. Je sais que ce n’est guère tout le temps facile mais continuez de rêver et d’aider ces joueurs à réaliser leurs rêves».

Voro KORAHIRE

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