La relégation de Bobo Sport en Ligue 3 est plus qu’un simple revers sportif. Derrière les mauvais résultats enregistrés au cours de la saison 2025-2026, se cachent des difficultés structurelles qui ont progressivement fragilisé le club. Entre les divisions apparues après les élections fédérales de 2024 et des problèmes financiers persistants, les Vert et Blanc de Dioulassoba ont perdu les moyens de leurs ambitions jusqu’à connaître l’une des pages les plus sombres de leur histoire.
Le verdict est tombé à l’issue de la saison : Bobo Sport évoluera en Ligue 3 la saison prochaine. Une descente douloureuse pour ce club historique qui a longtemps fait la fierté de Bobo-Dioulasso et du football burkinabè. Il s’agit du deuxième passage du club à ce niveau après celui de la saison 2019-2020. Pourtant, les signes avant-coureurs étaient visibles dès le début du championnat. Nommé à la tête de l’équipe pour conduire son projet sportif, l’entraîneur Dramane Sanou nourrissait déjà des inquiétudes quant à la qualité de l’effectif mis à sa disposition.

en début de saison.
Faute de moyens financiers suffisants, il a dû composer avec le groupe existant, renforcé par quelques recrues. Si les Vert et Blanc ont réussi à maintenir le cap lors de la phase aller, la situation s’est progressivement détériorée au cours de la seconde partie de la saison. Le manque d’efficacité offensive, les erreurs défensives répétées et l’absence de profondeur de banc ont rapidement plongé l’équipe dans la zone rouge. « Nous avons vécu une saison catastrophique que je peux résumer en trois points. D’abord, le recrutement effectué en début de saison n’était pas de qualité.

Ensuite, les joueurs manquaient de motivation parce que certains, jusque-là, n’ont perçu qu’un seul mois de salaire. Enfin, il y a eu un problème de gestion. Un club ne peut pas être géré par une seule personne », se convainc Dramane Sanou. Même sentiment chez le capitaine Adama Hayiki, qui pointe également du doigt les difficultés de gestion. « Après une première partie de saison acceptable, tout a changé lors de la phase retour.
Il n’y avait plus de motivation parce que nous n’avions rien reçu de ce qui avait été promis en début de saison. Plusieurs fois, j’ai dû encourager mes coéquipiers à venir aux entraînements en espérant une amélioration de la situation. Malheureusement, cela n’a jamais été le cas », regrette-t-il.
Les séquelles des élections fédérales de 2024
Pour le milieu de terrain Emmanuel Cédric Hebié, les difficultés financières constituent l’une des principales explications de l’échec sportif. « Les clubs associatifs au Burkina Faso connaissent généralement des problèmes de moyens. Mais cette saison, le cas de Bobo Sport était particulier. Dix mois sans salaire pour des personnes qui vivent de ce métier, c’est extrêmement difficile », déplore le joueur. Au-delà des résultats sportifs, de nombreux acteurs du club estiment que les racines de cette relégation sont à rechercher dans les divisions internes apparues après les élections fédérales de 2024.

de gestion.
Selon plusieurs témoignages, les positionnements adoptés par certains responsables lors de ces élections ont créé des tensions entre dirigeants, anciens responsables, sympathisants et partenaires du club. L’unité qui faisait autrefois la force de Bobo Sport s’est progressivement effritée. Le Secrétaire général adjoint (SGA) du club estime que les divergences sont apparues autour du soutien apporté à certains candidats. « Bobo Sport est un club qui ne dispose pas de ressources importantes.
Certaines personnes capables de nous soutenir financièrement n’étaient pas le choix du président lors de ces élections. A partir de ce moment, le bureau s’est divisé et le président s’est retrouvé esseulé », explique Oumar Sanou. Ancien dirigeant du club, Gaoussou Sanou évoque également une période d’incompréhensions qui a fragilisé l’institution. « Cette situation est née lors de l’élection du président de la ligue. Le président n’était pas du même bord que certains membres du bureau.
Pourtant, ce sont eux qui pouvaient amener des mécènes afin qu’ils contribuent financièrement au maintien du club, voire à son ambition de retrouver l’élite. Depuis lors, ces derniers ont pris leurs distances », affirme-t-il. De son côté, le président du club, Bakary Sanou, reconnaît l’existence de tensions mais rejette l’idée d’une véritable fracture. Selon lui, les élections fédérales ont surtout engendré des incompréhensions qui ont affecté la dynamique interne du club.
Dans un environnement marqué par des divergences, il devient difficile de mobiliser toutes les énergies autour d’un objectif commun qui est d’assurer le maintien du club et préparer son avenir.
Une crise financière devenue insoutenable

Si les divisions internes ont fragilisé Bobo Sport, les difficultés financières apparaissent comme l’une des causes majeures de la relégation. Depuis plusieurs saisons, le club fait face à une insuffisance chronique de ressources. Les difficultés à mobiliser des partenaires, la faiblesse des recettes et l’absence de financements conséquents ont affecté pratiquement tous les secteurs de fonctionnement.
Le recrutement de joueurs expérimentés est devenu plus compliqué. Les déplacements, la préparation des rencontres et certaines charges courantes ont parfois constitué de véritables casse-têtes pour les dirigeants. « Je suis malheureusement le seul à prendre en charge l’équipe. Je ne bénéficie d’aucun soutien en dehors de la subvention de l’Etat. Financièrement, cette situation est intenable pour une seule personne », confie Bakary Sanou. Cette fragilité économique a fini par avoir des conséquences directes sur le rendement sportif de l’équipe, notamment à travers les retards de paiement des salaires et le manque de moyens logistiques.
Retrouver l’esprit de famille
Pendant plusieurs décennies, Bobo Sport a bâti sa réputation sur son unité, sa capacité à mobiliser ses supporters et son rôle dans la formation de nombreux talents du football burkinabè. Aujourd’hui, plusieurs observateurs estiment que le redressement du club passera avant tout par le retour de cet esprit de famille qui faisait sa force. Pour l’entraîneur Dramane Sanou, la reconstruction doit commencer par le rassemblement des différentes composantes du club. « Pour rebondir, il faudra parler d’une seule voix. Bobo Sport est une famille. Depuis quelques années, le club ne ressemble plus à cette famille. Beaucoup de personnes se sont éloignées.
Sans entente ni cohésion, il sera difficile de raviver l’amour pour cette équipe », prévient-il. Dans la même dynamique, Gaoussou Sanou appelle les différents acteurs à dépasser leurs divergences. « Tant que nous ne serons pas unis, personne ne viendra nous aider. Selon moi, c’est la condition essentielle pour redonner vie à notre club », soutient-il. Au-delà de la cohésion, plusieurs acteurs plaident également pour une meilleure organisation interne. Le capitaine, Adama Hayiki, son coéquipier Emmanuel Cédric Hébié ainsi que le secrétaire général de la Ligue régionale de football du Guiriko, Drissa Traoré, estiment que le club doit

renforcer sa gouvernance. « L’équipe dirigeante ne doit pas se résumer à une ou deux personnes. Le club a besoin d’une structure fonctionnelle et des responsabilités mieux partagées », affirme Drissa Traoré.
Une leçon pour l’avenir
La relégation de Bobo Sport doit servir de leçon à l’ensemble des acteurs du club. Cette saison rappelle qu’aucune institution sportive ne peut progresser durablement sans cohésion interne, sans gouvernance efficace et sans ressources financières suffisantes.
La reconstruction passera nécessairement par le rassemblement de toutes les forces vives du club, au-delà des divergences héritées des élections fédérales. Elle passera également par la recherche de nouveaux partenaires capables d’accompagner un projet sportif ambitieux. Pour ce monument du football bobolais, l’heure est désormais à la remise en question, mais aussi à la reconstruction. Le défi sera immense, mais nombreux sont ceux qui espèrent encore voir les Vert et Blanc retrouver, à terme, la place qui fut longtemps la leur dans le football burkinabè.
Ollo Aimé Césaire HIEN







