Il est le porteur d’un projet ambitieux vieux seulement de 3 ans. En portant sur les fonts baptismaux Focus Sport football club en 2023, Izouma Sidibé, ne s’imaginait pas retrouver de sitôt l’élite du football burkinabè. Maintenant en D1, cet ex-attaquant nourrit des ambitions dans le temps.

Quels sont les sentiments d’un président qui vient d’accéder à la D1 ?

Merci d’abord pour l’opportunité que vous me donnez, à travers votre média, de partager nos sentiments et nos impressions sur la saison écoulée. Il faut dire que l’équipe a réalisé une performance exceptionnelle. C’est aussi l’occasion de féliciter les joueurs, l’encadrement technique ainsi que nos supporters. Pour revenir à votre question, je dirai que je suis un président comblé. Comme vous le savez, à peine deux ans après notre création, nous accédons déjà en première division. Je suis de ce fait totalement fier et heureux. Mais en même temps, j’accueille cette montée avec beaucoup d’humilité, car, le plus difficile commence maintenant. C’est donc un sentiment de joie et de fierté, accompagné d’une grande humilité.

L’accession en D1 était-elle un objectif dès le départ ?

C’était un objectif, mais pas aussi rapidement. Nous nous étions donné un délai de trois ans pour accéder à la première division. Finalement, nous l’avons fait en moins de deux ans. Ce qui signifie que nous avons dépassé nos objectifs. Dès le début, avec l’encadrement technique, nous avions fixé cet objectif. Nous voulions monter le plus tôt possible et nous avons travaillé dans ce sens. Au fil du championnat, nous avons compris que c’était possible et nous avons transmis ce message aux joueurs. Nous leur avons dit que si l’opportunité se présentait, il fallait la saisir. Beaucoup disent que le championnat de D2 est très difficile.

A partir de quel moment avez-vous commencé à croire à la montée ?

Effectivement, nous avons été un peu surpris par la difficulté du championnat de D2. Nous avions pourtant bien commencé et étions deuxième après quatre ou cinq journées. Cependant, nous avons connu des difficultés, notamment lors d’un match contre le dernier du championnat où nous n’avons obtenu qu’un match nul, alors que l’adversaire jouait à dix depuis la cinquième minute. Nous avons alors compris qu’il manquait quelque chose dans notre jeu. C’est ainsi que nous avons procédé à un changement d’entraîneur. Paradoxalement, nous avons ensuite enchaîné trois défaites consécutives. Nous avons terminé la première phase à la huitième place. C’est pendant la trêve que nous avons retravaillé et renforcé l’effectif. De retour pour la dernière phase, nous avons enchaîné trois victoires consécutives. C’est à partir de ce moment que nous avons compris que la montée était réellement possible.

Quels ont été les atouts qui ont permis ce succès ?

Tout est parti de l’organisation. Nous avons une organisation bien structurée. Les jeunes disposent de leur propre cadre de formation et l’équipe première fonctionne séparément. Nous avons également un encadrement technique de qualité et nous avons intégré certains jeunes de l’académie à l’équipe première. Par ailleurs, nous avons mis les joueurs dans de bonnes conditions. Ils étaient logés et nourris. Ce qui est assez rare. Nous avons construit une base à proximité de l’académie afin qu’ils soient pris en charge, y compris sur le plan médical. Toutes ces dispositions leur ont permis d’exprimer pleinement leur talent.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées au cours de la saison ?

Au début, nous n’étions pas satisfaits de la qualité du jeu produit. Nous gagnions difficilement nos matchs. Nous avons dû prendre des décisions importantes, notamment le changement d’entraîneur. Les joueurs alternaient bonnes performances et matchs moins convaincants. Ces difficultés ont persisté jusqu’à la trêve. Après cette période, nous avons eu le temps de travailler et de recruter de nouveaux joueurs. Nous sommes revenus dans de meilleures dispositions. Nous étions huitième avant de remonter progressivement jusqu’à la 18e journée où nous avons été leaders. Une position que nous avons conservée jusqu’à la fin.

Quelles équipes vous ont le plus inquiétés durant la saison ?

Plusieurs équipes nous ont posé des problèmes. D’abord Tema Bokin qui a réalisé un excellent début de saison et nous a battus 3-1. Il y a également l’AS Police qui nous a battus sur nos propres installations à Ziniaré, ainsi que KOZAF, qui nous a également causé beaucoup de difficultés. Ces trois équipes ont été nos principaux concurrents.

Quelle a été votre plus grande satisfaction ?

L’engouement autour de l’équipe a été une satisfaction. Pour rappel, nous sommes une équipe de la Ligue de Ziniaré. Le chef de Ziniaré lui-même a adopté le club et nous a reçus plusieurs fois dans son palais pour conseiller les jeunes et l’encadrement. La population de Ziniaré nous a également énormément soutenus. Mais, la plus grande satisfaction est d’avoir créé un projet auquel les gens ont cru et ont accompagné jusqu’à l’obtention de ce résultat.

Avez-vous connu des déceptions ?

Je ne parlerais pas de déceptions, mais plutôt de frustrations. Par exemple, contre USO, nous menions 2-0 avant d’être rejoints à 2-2 dans les dernières minutes. Ce genre de situation crée beaucoup de frustrations. Il y a également eu des matchs où nous avons dominé sans réussir à marquer ou à gagner. Mais, au final, nous n’avons pas été déçus, car, nous savons où nous voulons aller. Vous allez désormais évoluer en première division.

Quel sera votre objectif dans l’élite ?

Nous avons déjà tenu une réunion avec l’encadrement technique afin de préparer la nouvelle saison. Nous savons que le niveau sera plus élevé et nous allons nous renforcer. Notre objectif n’est pas de viser immédiatement le titre, car, ce serait trop prétentieux. Notre priorité est de réaliser une bonne saison et surtout d’assurer notre maintien en première division. Si des opportunités se présentent de viser plus haut, nous les saisirons. Mais l’objectif principal reste le maintien.

Les jeunes de l’académie auront-ils leur chance ?

Absolument ! Notre académie est encore très jeune. Certains pensionnaires ne sont pas encore prêts pour la première division, mais quelques-uns montrent déjà un grand potentiel. D’ailleurs, lors du match décisif, un jeune d’à peine 15 ans a marqué le but de la montée. Le projet du club repose sur la formation. Progressivement, les jeunes de l’académie intégreront l’équipe première.

D’où vient votre amour pour le football ?

Comme beaucoup de jeunes, j’ai grandi avec le football dans les quartiers. J’ai joué au niveau amateur et participé à la Coupe du Faso en 2004 avec une société de téléphonie mobile. J’étais attaquant de pointe. Je n’ai pas évolué au niveau professionnel, mais j’ai toujours aimé le football. Je pense que j’étais un joueur au-dessus de la moyenne. Je suis également un grand supporter du Real Madrid. Avec le temps, je me suis dit que si Dieu me donnait les moyens, je créerais une académie. J’ai commencé à travailler sur ce projet en 2018 et aujourd’hui, il est devenu une réalité. Je voudrais saisir l’occasion pour remercier tous les acteurs du football burkinabè. D’abord le ministère des Sports, qui nous a accompagnés dès nos débuts. Ensuite, la Fédération burkinabè de football, notamment son président, qui a toujours été à l’écoute. Je remercie également les médias et les journalistes pour leur accompagnement. Grâce à eux, nos messages sont relayés et notre projet gagne en visibilité. Enfin, je remercie nos supporters, la population de Ziniaré, nos joueurs et l’encadrement technique. Sans eux, cette performance n’aurait jamais été possible.

Interview réalisée par Yves OUEDRAOGO

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