Il est le seul représentant de la presse sportive burkinabè à la 23e Coupe du monde de football. Passionné de la photographie, Bruno Kiemtoré plus connu sous le pseudonyme de Pouiré dit tout sur son aventure à cette fête mondiale du football.
Comment vis-tu cette première expérience à une Coupe du monde ?
Je voudrais d’abord remercier Dieu pour cette opportunité exceptionnelle de vivre et de couvrir la Coupe du monde 2026. Je remercie également toute la communauté burkinabè vivant aux Etats-Unis qui n’a cessé de m’encourager à travers des messages, des appels et des marques de soutien depuis mon arrivée. Merci aux camarades René Bouda et Joseph Kinda. Je tiens aussi à exprimer ma gratitude à la Consule et à l’ambassadeur du Burkina Faso aux Etats-Unis, le général Kassoum Coulibaly pour leur accompagnement et leur disponibilité. Pour cette Coupe du monde, je la vis avec beaucoup de passion, de fierté et de reconnaissance. C’est un rêve pour tout photographe sportif de couvrir le plus grand événement du football mondial. Chaque journée est une occasion d’apprendre, de découvrir et de montrer au monde le savoir-faire, mon travail.

Pouvez-vous nous raconté un peu une journée de Pouiré à la Coupe du monde ?
L’une des journées les plus marquantes de mon séjour aux États-Unis a été celle de ma première couverture de la Coupe du monde en Californie. Je suis parti de New York très tôt, aux environs de 6 heures du matin. Le vol a duré environ 5 heures. Grâce au décalage horaire de trois heures entre New York et Los Angeles, je suis arrivé vers 9 heures du matin, heure locale. Dès mon arrivée, l’ambassade du Burkina Faso à Washington DC m’a mis en contact avec le président de la délégation des burkinabè à Los Angeles qui m’a confié à un camarade qui a été mon guide pour visiter la ville de Los Angeles à Hollywood. Ensuite, il m’a conduit à l’hôtel de la FIFA où j’ai embarqué dans le bus pour le stade. C’est ainsi que j’ai pu couvrir mon premier match de Coupe du monde sur le sol américain. Après plusieurs heures de travail au stade, entre les prises de vue, le traitement des images et les envois, je n’ai pratiquement pas eu le temps de me reposer. Une fois le match terminé, j’ai dû repartir immédiatement. Aux alentours de minuit, j’ai repris un autre vol pour retourner à New York. L’objectif était d’être présent le lendemain à une cérémonie d’ordination sacerdotale dans une église, un événement que j’ai voulu également couvrir. Ce rythme montre bien les sacrifices que demande ce métier. Entre les longues distances, les décalages horaires et les coûts élevés des déplacements, il faut beaucoup d’organisation et de détermination. A titre d’exemple, certains billets d’avion pour ces trajets intérieurs coûtent environ 500 000 F CFA. Mais, malgré la fatigue et les contraintes, vivre une Coupe du monde et représenter le Burkina Faso à travers mon travail reste une expérience exceptionnelle qui mérite tous ces efforts. Autrement, pour les journées classiques, si le match se joue dans la ville où je suis, je prépare mon matériel, je vérifie mes accréditations et mes déplacements. Je me renseigne par la suite sur les équipes et les joueurs clés. Une fois au stade, je réalise des photos avant, pendant et après les matchs. Ensuite, il faut sélectionner, traiter rapidement les images. Souvent, la journée se termine très tard dans la soirée.
Qu’est-ce que tu ressens en pensant que tu es l’ambassadeur du Burkina côté presse visuelle à ce mondial ?
C’est un immense honneur. Je porte les couleurs du Burkina Faso à travers mon travail. Je sais que beaucoup de jeunes photographes et journalistes suivent mon parcours. Alors, je m’efforce de représenter dignement notre pays par le professionnalisme, la discipline et la qualité de mes images.
Y-a-t-il quelqu’un derrière qui a permis ce déplacement aux Etats-Unis ou bien as-tu volé de tes propres ailes ?
Ce déplacement est avant tout le fruit de plusieurs années de travail, de sacrifices et d’investissements personnels. J’ai financé une grande partie du projet grâce à mes propres moyens et à mon activité professionnelle. C’est le résultat d’une vision que je poursuis depuis longtemps
La procédure pour l’obtention du visa n’a-t-elle pas été difficile pour toi si l’on sait que beaucoup de ressortissants subsahariens se sont vu refuser ce précieux sésame ?
Pour l’obtention de mon visa américain, tout est parti d’un échange avec le journaliste Barnabé Kabré. Je lui avais confié mon souhait de me rendre aux Etats-Unis pour couvrir l’investiture du Président Donald Trump. Il m’a alors conseillé de déposer une demande de visa. J’ai suivi ses conseils, effectué toutes les formalités nécessaires et déposer mon dossier. Heureusement, ma demande a été acceptée et j’ai obtenu mon visa. Cependant, après l’obtention du visa, j’ai reçu un courriel des organisateurs indiquant que compte tenu des conditions météorologiques annoncées, notamment de fortes chutes de neige, la cérémonie allait finalement se tenir dans une salle plus restreinte. Cette modification a réduit considérablement les possibilités d’accès et de couverture de l’événement. Dans ces conditions, je n’ai finalement pas effectué le déplacement pour l’investiture. Malgré cela, l’obtention de ce visa a constitué une étape importante pour moi et m’a ensuite permis de concrétiser ma présence à la Coupe du monde 2026.
Quelles sont les difficultés que tu rencontres depuis ton arrivée aux USA pour la compétition ?
Les principales difficultés sont les longues distances entre les villes, le coût élevé de la vie, la fatigue liée aux déplacements et parfois les contraintes logistiques. Mais, ces défis font partie de l’expérience et renforcent notre capacité d’adaptation.
Quelle est la réaction des gens quand ils apprennent que tu es Burkinabè ?
La plupart des personnes sont curieuses et très respectueuses. Certains connaissent le Burkina Faso à travers le football africain ou l’actualité internationale. C’est toujours une occasion de parler positivement de notre pays, de sa culture et de l’hospitalité de son peuple. C’est la raison pour laquelle tout le temps, quand je voyage, j’ai toujours le chapeau de Saponé sur moi .
Comment fais-tu pour suivre les matchs ? As-tu été accrédité ?
L’obtention de l’accréditation à la Coupe du monde est un processus exigeant qui demande de la ténacité. Pour mon cas, tout a commencé par une démarche directe auprès de la FIFA. La réponse reçue a été déterminante, car, la FIFA m’a orienté vers la Fédération burkinabè de football. Il est frappant de noter qu’auprès de la FIFA, il a été souligné que le Burkina Faso n’avait pas sollicité d’accréditation pour la Coupe du monde depuis 2010. Pourtant, il est crucial de savoir qu’il existe un quota spécifique pour les journalistes des pays, même lorsque l’équipe nationale n’est pas qualifiée pour la compétition. Grâce à cette précision, la Fédération burkinabè de football a entrepris des démarches déterminantes. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude envers la Fédération de football, son président et son secrétaire général. Leur implication directe et leur soutien indéfectible ont été le moteur essentiel qui m’ont permis d’obtenir cette accréditation et de représenter fièrement le journalisme sportif burkinabè sur la scène mondiale.
Qu’est-ce qui t’a déjà marqué positivement depuis que tu vis la compétition ?
C’est le côté organisationnel. Elle est exceptionnelle. Je veux parler de l’ambiance dans les stades, les fans zones et la diversité des supporters venus du monde entier. C’est une véritable célébration du football et de l’unité entre les peuples.
Et ce qui t’a déçu ?
Je dirais l’échange de devises, notamment du franc CFA vers le dollar, qui constitue une difficulté réelle. Il y a aussi les longues distances entre certains Etats où la compétition se joue, qui demandent beaucoup d’organisation et peuvent être éprouvantes.
Mais cela n’enlève en rien à la qualité globale de l’événement. Je voulais saisir l’occasion pour lancer un appel. Lors des grandes compétitions internationales, il est important que le Burkina Faso soit davantage représenté dans les médias. Souvent, je me retrouve presque seul à couvrir certains événements majeurs. Nous devons encourager et accompagner davantage nos journalistes, nos photographes, nos vidéastes et les créateurs de contenus afin que notre pays soit visible à travers leurs images et leurs reportages. La communication et l’image d’un pays sont des outils puissants.
Si nous voulons faire rayonner davantage le Burkina Faso sur la scène internationale, nous devons investir dans nos professionnels des médias et leur permettre de participer aux grands rendez-vous mondiaux. Enfin, je veux dire à la jeunesse burkinabè de croire en ses rêves. Avec la foi en Dieu, le travail, la persévérance et la détermination, rien n’est impossible. Venant d’un quartier populaire de Ouagadougou, je n’aurais jamais imaginé un jour me retrouver au bord des terrains de la Coupe du monde. Tout est possible lorsque l’on croit en soi et que l’on travaille avec passion.
Interview réalisée par Yves OUEDRAOGO







