Il suffit parfois d’un geste simple pour provoquer un déclic collectif. A Bobo-Dioulasso, ce geste prend aujourd’hui la forme de poubelles bien visibles, solidement fixées le long des grandes artères de la ville. Des objets du quotidien, longtemps absents ou négligés, mais qui, par leur implantation stratégique, racontent désormais une ambition plus large : celle de faire de la propreté urbaine un acte citoyen partagé.
En réponse aux efforts du gouvernement dans le cadre de l’Initiative présidentielle pour le développement communautaire, le comité de pilotage dénommé : « Initiative communautaire de développement » a pris une décision à forte portée symbolique : assainir la ville de Sya en l’équipant de bacs à ordures modernes et accessibles. De l’avenue de la Nation à la place Tiéfo Amoro, de l’avenue du gouverneur Binger au boulevard Charles-de-Gaulle, en passant par la zone commerciale du grand marché, le rond-point de la mairie ou encore la rue Vicens, ces nouvelles poubelles s’imposent désormais dans le paysage urbain.
Au total, 450 bacs ont déjà été installés. Un chiffre modeste au regard de la taille de la ville, mais qui marque une rupture avec les pratiques du passé. A terme, le projet porté par les notabilités coutumières des 36 villages rattachés de Bobo-Dioulasso, prévoit la fixation de 4 000 poubelles à travers Bobo-Dioulasso. Une projection ambitieuse qui, si elle est menée à bien, pourrait transformer durablement le rapport des habitants à leur environnement immédiat.
Car, à Bobo-Dioulasso comme dans de nombreuses villes du Burkina Faso, la question des déchets n’est pas qu’un problème technique, elle est culturelle et même sociale. Les caniveaux encombrés, les sachets plastiques emportés par le vent, les tas d’ordures aux coins des rues ne sont pas seulement le signe d’un déficit d’équipements. Ils traduisent aussi un relâchement de la responsabilité collective, souvent aggravé par l’absence de dispositifs visibles et fonctionnels.
Soutenir la brigade verte
Ces bacs, qui ne passent pas inaperçus, interpellent autant qu’ils invitent. Ils rappellent au passant, au commerçant, au conducteur ou au client du marché que jeter un déchet n’est pas un acte anodin, mais un choix qui engage la ville entière. Selon le coordonnateur du projet Initiative communautaire pour l’assainissement de Sya, Ben Abdallah Sanon, ces poubelles pourront réduire un tant soit peu, la souffrance des dames de la brigade verte qui se lèvent chaque matin pour balayer les rues. Cependant, l’initiative, aussi louable soit-elle, ne saurait suffire à elle seule.
La poubelle n’est qu’un maillon de la chaîne. Sans un système efficace de collecte, de traitement et de valorisation des déchets, ces bacs risquent de se transformer en points noirs supplémentaires. De même, sans une véritable campagne de sensibilisation, certains citoyens continueront à considérer la rue comme une décharge à ciel ouvert. L’enjeu est donc double, il faut équiper et éduquer. Faire comprendre que l’assainissement de Bobo-Dioulasso n’est pas seulement l’affaire de l’Etat ou des comités de pilotage, mais celle de chaque habitant. C’est à ce prix que l’Initiative présidentielle pour le développement communautaire prendra tout son sens, en transformant l’action publique en réflexe citoyen.
Fort heureusement, la présence de la brigade Laabal dans la ville, à travers sa mission de restaurer l’ordre, la discipline et la salubrité publique, va contribuer à atteindre cet objectif. Si, les 4 000 poubelles annoncées voient effectivement le jour et si les comportements évoluent, Bobo-Dioulasso pourrait bien donner une leçon simple, mais essentielle à savoir, le développement commence parfois par le respect de son propre cadre de vie.
Paténéma Oumar OUEDRAOGO






