Au Cameroun, le débat sur la succession du Président, Paul Biya, a refait surface, avec l’adoption au Parlement, samedi 4 avril 2026, d’une révision constitutionnelle incluant la création d’un poste de vice-président. Le vote est passé comme une lettre à la poste, avec 205 voix pour et 16 contre, puisque le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) domine l’Assemblée nationale.
L’instauration du poste de vice-président vise à priori à garantir la continuité de l’Etat en cas de vacance du pouvoir, mais l’opposition et des responsables de la société civile y voient une manœuvre pour passer la main, au sommet du pouvoir. « Coup d’Etat constitutionnel », « dérive monarchique », « atteinte au principe de l’élection du président au suffrage universel », « processus précipité et sans débat », les qualificatifs pleuvent au sujet de cette réforme constitutionnelle, dans le camp des opposants au régime Biya.
Si le poste de vice-président n’est pas nouveau, car ayant déjà existé entre 1960 et 1972 à l’époque du Cameroun fédéral, sa réactivation interroge, par ces temps qui courent. Il a tout l’air, que le chef de l’Etat camerounais, 93 ans, qui a brigué un 8e mandat l’année 2025, est décidé à régler maintenant la question de sa succession, source d’intrigues et de convoitises dans son entourage. Au pouvoir depuis 1982, le « Sphinx d’Etoudi », dont la santé est devenue précaire avec le poids de l’âge, a-t-il enfin intégré le fait qu’il n‘a plus le physique de l’emploi et qu’il va devoir s’effacer ?
On est en droit de le penser, avec cette réforme qui alimente la controverse, mais encore faut-il savoir qui va être hissé à ce poste, pour être définitivement situé sur la suite. Dans le lot des personnalités à même d’être nommé vice-président, celui du fils du chef de l’Etat, l’homme d’affaires, Franck Emmanuel Biya, revient avec insistance. La rumeur avait follement couru, qu’il allait être candidat à la récente présidentielle, en lieu et place de son père, mais il n’en a rien été. L’intéressé est resté dans l’ombre comme à son habitude, sans être pour autant un novice des arcanes du pouvoir.
Un faux décret, attribué au président camerounais et daté du même jour que le vote de la réforme constitutionnelle, nomme d’ailleurs son fils vice-président et responsable des forces armées. Ce document, passé à la loupe du Fact checking par certains médias, est-il un ballon d’essai lancé par le clan présidentiel, pour tester l’opinion publique camerounaise ? A voir la polémique qui entoure la réintroduction du poste de vice-président, la nomination de Franck Emmanuel Biya, si elle venait d’être effective, fera encore monter le mercure politique sur le « continent ».
Au-delà des remous qu’elle aura à produire au cas échéant, cette décision pourra donner une clé de lecture assez claire sur les ambitions politiques du chef de l’Etat. Promouvoir l’héritier supposé au poste de vice-président sera perçu comme une volonté de confiscation du pouvoir par les Biya, comme le soupçonnent les pourfendeurs du régime. Auquel cas, les accusations de dérive monarchique pourront se justifier amplement, au grand dam des Camerounais qui appellent de tous leurs vœux à l’alternance, à en perdre les cordes vocales. Tout est possible dans cet environnement politico-sécuritaire noyauté, mais le dernier mot revient au peuple camerounais à qui est censé appartenir le pouvoir.
Kader Patrick KARANTAO






