Recyclage des déchets plastiques à Ouagadougou: un véritable business pour des jeunes et femmes

Ces tables-bancs sont fabriqués par TECOCARRE avec des déchets plastiques.

La ville de Ouagadougou produit annuellement 800 000 tonnes de déchets, soit 2 200 tonnes par jour. La quantité de déchets plastiques produite par an est de 112 000 tonnes, soit environ 300 tonnes par jour (14%). Ce sont, pour la plupart, des sachets d’eau, des bouteilles en plastique, des emballages… Cette importante quantité de déchets présente un danger pour l’environnement et les humains si elle reste dans la nature. Des entreprises transforment ces ordures en objets utilitaires comme des pavés, des mobiliers scolaires et bureautiques ou des balises. Autour de ce recyclage est née une économie circulaire basée sur la collecte, le tri, le traitement des matériaux récupérables. Ce secteur d’activités est devenu, de nos jours, un véritable business.

Saïdou Porgo est un déplacé interne venu de Ouahigouya. Cela fait 2 ans qu’il est arrivé à Ouagadougou et vit dans le quartier Bassinko. Chaque jour, il va à la recherche de quoi assurer la pitance de sa famille, composée de 4 personnes. En cette matinée du 17 juin 2026, nous l’avons rencontré en compagnie de son garçonnet de 6 ans sur une décharge de circonstance à Bassinko. Sans gant, ni cache-nez et muni d’un fer au bout corné, il gratte la terre coup par coup à la recherche d’un morceau de fer ou d’un sachet plastique. « Je tourne ici depuis environ une heure mais je n’ai pas encore eu grand-chose. Je dois continuer de chercher », confie-t-il. Il montre sa moisson du jour qui est constituée de quelques sachets d’eau et de morceau de fer contenus dans un sac.

Les déchets plastiques sont devenus des matières premières.

A l’image de Saïdou Porgo, ce sont des milliers de personnes, hommes comme femmes, qui s’adonnent à la collecte des déchets plastiques à 0uagadougou. Ce sont des sources de revenus pour eux que certains considèrent comme des ordures. Ce sont des matières premières qui se recyclent pour alimenter à nouveau le marché. C’est l’économie circulaire : on récupère, on trie, on transforme et on remet sur le marché. Rien ne se perd, tout se transforme et redevient une ressource. La collecte est la première étape de la valorisation de ces déchets.

La collecte et le tri

La collecte des déchets est une étape importante pour plusieurs raisons. Elle aide à maintenir les cadres de vie propres, réduit la pollution. Il existe plusieurs méthodes de collecte de ces déchets. Il y a la collecte de porte-à-porte, dans la rue, dans les décharges, auprès de certaines entreprises qui doivent respecter la loi n°006-2013/AN portant code de l’environnement au Burkina Faso. Elle stipule que « toute personne détenant des déchets est tenue de les livrer à un organisme public ou privé chargé de la collecte ou à un établissement effectuant des opérations d’élimination et ou de valorisation ou d’entreprendre par elle-même ces opérations conformément aux prescriptions en vigueur ».

Au rang des collecteurs, on trouve hommes et femmes, travaillant seuls ou en association. Au-delà de M. Porgo, il y a des collecteurs de la trempe de Sita Koné qui travaille avec des

Ces jeunes ont été formés à la confection des pavés à partir
du plastique recyclé.

entreprises. Comptable de formation, Sita Koné a été piquée par le virus de la collecte à la suite d’une étude environnementale. En échangeant avec des acteurs du recyclage des déchets plastiques, il est ressorti que l’approvisionnement constituait une des difficultés. « Des entreprises nous ont confié qu’elles n’arrivaient pas à exploiter les machines à leur plein potentiel à cause du manque de matière première. J’étais surprise, car,

on croule sous les déchets plastiques », explique-t-elle. Elle a aussi appris que la collecte rapportait. En tant que gestionnaire, elle a vite perçu l’opportunité de se faire de l’argent. Elle s’y lance. Mais très vite elle se heurte à de nombreuses difficultés, à savoir comment trouver le contact des gros collecteurs, la barrière de langue, la malhonnêteté des intermédiaires par rapport aux prix.  « Mais en dehors de l’argent, j’aime faire ce travail à cause de l’impact social. Les femmes qui collectent sont des personnes vulnérables qui ne vivent, elles et leurs familles, que de cela », dit-elle. La comptable Koné ne collecte que des sachets d’eau pour vendre à des entreprises de recyclage basées dans les quartiers Gampéla ou Yimdi. « D’août 2021 à juin 2022, j’ai collecté 174,869 tonnes avec un chiffre d’affaires de plus de 23 millions  F CFA. Pour un début, c’était un réel motif de satisfaction », se réjouit-elle. Elle payait le kilogramme de sachets à 75 F CFA pour le revendre à 110 ou 115 F CFA

La collecte est également la chasse gardée de certaines associations comme Teng Neeré.  En effet, l’association Teng Neeré est implantée à Ziniaré à une quarantaine de kilomètres de Ouagadougou. Elle collecte dans cette ville pour envoyer à des entreprises de recyclage à Ouagadougou. Selon son président, Inoussa Ouédraogo, elle compte environ 45

Saïdou Porgo, déplacé interne fouille dans les décharges pour gagner sa pitance.

membres, dont 34 femmes. L’association passe dans les ménages pour ramasser les ordures et faire le tri. Les déchets plastiques sont vendus à 175 F CFA le kilogramme à des partenaires comme TECOCARRE à Ouagadougou.

Mais comment le président Ouédraogo en est-il arrivé là ? Il explique : « j’ai décidé de faire la gestion des déchets grâce à mon papa qui était agriculteur. Il avait construit devant notre cour une petite maison où étaient déversées les ordures ménagères. Lorsque ça commençait à se remplir, il nous demandait d’y verser de la cendre et de l’eau. Quelques temps après, on allait verser dans nos champs. C’était son engrais. Effectivement, quand on cultivait le rendement était meilleur ». Mais les sachets enfouis dans le sol ne se dégradaient pas et les empêchaient de cultiver normalement. Le papa leur conseillait de les ramasser et de les brûler.

Avec ces brûlis, les enfants ont découvert un jeu. Ils les façonnaient en billes, en motos. « Pour obtenir le jouet qu’on voulait, on dessinait la forme dans la terre et on y versait les sachets brulés, liquéfiés. Après refroidissement, on obtenait ce qu’on voulait », explique Inoussa Ouédraogo. Plus tard à Ouagadougou, un jour, il rencontre une femme chargée d’un sac contenant des sachets plastiques. Il l’approche pour comprendre ce qu’elle en fait. Il apprend que c’est pour vendre le kilogramme à 75 F CFA. Il vient de découvrir une source de revenus. « Ma première grosse vente m’a rapporté 250 000 F CFA. J’ai compris que je pouvais en faire une niche d’or. Et surtout en associant d’autres personnes. D’où la création de Teng Neeré », dévoile-t-il.

La valorisation par les entreprises locales

La vente de ces déchets plastiques ainsi transportés apportera un revenu à son propriétaire.

Une entreprise qui se distingue dans la valorisation des déchets plastiques au Burkina Faso est TECOCARRE. Elle les recycle en des écoproduits innovants. Calvin Tiam est son Président directeur-général (PDG). Il est ingénieur en génie industriel, entrepreneur social et enseignant en entrepreneuriat depuis 2015. TECOCARRE travaille avec des associations qui sont chargées de faire la collecte et le tri des déchets plastiques (sachets d’eau, bidons, seaux cassés, etc.). Selon le PDG, c’est après une recherche approfondie en collaboration avec le Laboratoire national du Burkina Faso, l’incubateur 2IE et des laboratoires français que son entreprise a mis au point son système de production. Quelques étapes dévoilées enseignent qu’on procède au broyage, au lavage, au séchage et à la densification à plus de 180 degrés afin de neutraliser toutes les impuretés. La capacité de l’entreprise lui permet d’utiliser en moyenne deux tonnes par jour. Elle va au-delà en fonction des commandes.

Avec 23 emplois directs dont 40 % de femmes, les plastiques récupérés sont transformés en objets utilitaires alliés souvent à des supports métalliques. Parmi lesquels des tables-bancs écologiques, des bureaux. « On a déjà près de 12 000 tables-bancs qui ont été déjà produits depuis 2019. Ils ont une durée de vie de 10 ans minimum, contrairement au bois », révèle le PDG. TECOCARRE fabrique également les balises écologiques qui servent à matérialiser les limites en vue d’éviter des conflits. En plus de ces solutions, l’entreprise confectionne des mobiliers bureautiques, des bancs publics, des tables à manger et des meubles. Son chef pense que ce sont des produits plus proches de soi, utilisés au quotidien et qui ont pour but de rappeler que le déchet n’est pas un déchet. Ce qui peut pousser plus de gens à s’intéresser à la collecte. Quant aux prix, ils varient en fonction des produits et des dimensions. Un table-banc peut coûter 55 000 F CFA. Calvin Tiam confie que son chiffre d’affaires avoisine 50 millions F CFA. 

Calvin Tiam : « on a près de
12 000 tables-bancs écologiques qui ont été déjà produits depuis 2019 ».

Par exemple en 2021, une commande de près de 7 000 tables-bancs a été évaluée à plus de 200 millions F CFA. La marge bénéficiaire se calcule en termes de bénéfice social. A en croire le patron, TECOCARRE étant une entreprise sociale, ce qui l’intéresse, c’est plus les emplois créés, les fonds versés aux associations à travers l’achat des déchets plastiques et le nombre d’établissements scolaires qui sont équipés de façon durable avec les mobiliers scolaires. Par rapport à la clientèle, les mobiliers scolaires intéressent particulièrement les programmes nationaux et internationaux, les ONG, des institutions internationales, des privés qui aident à l’équipement d’établissements scolaires.

L’entreprise ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Elle se donne des chalenges car, elle a l’ambition de lancer un projet de construction de salles de classe préfabriquées, équipées de mobiliers issus de matières plastiques recyclées. L’objectif est de pallier les effectifs des élèves dans les classes. Confiant, il s’exprime : « nos produits serviront à construire des salles de classes en moins de 10 jours au bénéfice des déplacés internes par exemple. Une fois que la situation le permet, ceux-ci pourront retourner avec ces écoles dans leurs localités pour la continuité de l’éducation ».

Pour Valentin Balma, tout déchet est porteur et dépend de ce qu’on se donne comme vision.

Les déchets plastiques servent à faire également des pavés. L’Association des acteurs du sachet plastique, de la gestion des emballages et du recyclage des déchets (ASPERD), en partenariat avec le groupement PADDER-Yicaped, l’ont démontré au cours d’une formation au profit de 100 jeunes à Ouagadougou. Ladite formation a été organisée, du 21 avril au 5 mai 2026. C’était dans le cadre de lInitiative présidentielle pour le développement communautaire avec l’accompagnement du Bureau national des grands projets.

Les défis du recyclage des déchets plastiques

En dépit de ses nombreux avantages, le recyclage n’est pas sans défis. Ceux-ci se situent au niveau du tri car, par manque de sensibilisation ou refus de comprendre, beaucoup de gens ne savent pas comment trier correctement leurs déchets ou ne comprennent pas l’importance du recyclage.

L’association Teng Neeré se plaint du fait que la plupart des ménages ne font pas de tri. « L’astuce qu’on a trouvée pour les amener à changer de comportement est la suivante : on leur conseille de déposer des bacs distincts pour les déchets plastiques et les autres ordures. A la collecte, si nous trouvons que la quantité de sachets évaluée atteint 1 000 F CFA, le ménage ne paie rien. Si ça dépasse cette somme, nous remboursons. Beaucoup adhérent à l’idée et d’autres pas du tout », déclare M. Ouédraogo.

La deuxième difficulté est le manque de fonds. Elle se ressent à tous les niveaux. Elle a un impact négatif sur le taux de collecte. Ce qui fait qu’une grande partie de ces déchets traine

La collecte et le tri des déchets plastiques sont une source de revenus pour l’association Teng Neeré d’Inoussa Ouédraogo.

dans les rues, dans les caniveaux ou est tout simplement brulée. Les entreprises de recyclage réclament également des appuis pour booster leurs productions. Sinon, tous sont unanimes qu’il y a de la matière première.

Les actions communales

La commune de Ouagadougou prend activement part à la lutte contre la prolifération des déchets en général et du plastique en particulier. Pour le directeur de la Salubrité publique et de l’hygiène de la commune, Saïdou Nassouri, le recyclage des déchets plastiques en objets utilitaires est un atout pour la commune de Ouagadougou. Au-delà de la plus-value qu’il apporte à ceux qui collectent et aux promoteurs du recyclage (création d’emplois et de revenus), il permet de lutter contre le péril plastique. Il contribue aussi à la sensibilisation et à la préservation de l’environnement. C’est pourquoi, la commune s’implique en accompagnant des acteurs de la collecte et du tri, du recyclage surtout. En effet, la commune a mis à leur disposition des Centres de collecte et de tri (CCT), la construction d’un Centre de traitement et de valorisation des déchets (CTVD) avec à son sein une unité de transformation du plastique en granulés. Toujours selon le directeur, la commune apporte un soutien financier, matériel et technique à des associations comme l’Association wend benedo (AWB) et l’Association féminine pour la valorisation des déchets (AFVDP). Pour une gestion responsable des déchets plastiques, M. Nassouri soutient qu’il faut l’implication de la population dans la gestion du déchet qu’elle produit. Il conseille, entre autres, l’acquisition de poubelles adaptées, la souscription à un contrat d’enlèvement des déchets auprès des structures reconnues par la mairie, le tri des déchets à la source (au lieu de production), le civisme environnemental. A l’écouter, la commune envisage dans un futur proche, la construction de nouveaux CCT, des Centres de transfert des déchets (CT), la promotion et la vulgarisation du tri des déchets à la source, la modernisation voire l’industrialisation du Centre de valorisation des déchets plastiques de la commune, sis au CTVD, le répertoire et la réorganisation des unités de recyclage des déchets plastiques dans la ville.        

Un secteur prometteur pour les jeunes

Sita Koné : « d’août 2021 à juin 2022, j’ai collecté 174,869 tonnes de déchets plastiques avec un chiffre d’affaires de plus de 23 millions F CFA ».

La protection de notre cadre de vie mobilise beaucoup d’acteurs. Des structures comme l’Institut de gestion des risques industriels et du développement durable (INGRIDD)/RSE apportent leur expertise en la matière. En effet, à la IIIe édition de la Vitrine RSE (Responsabilité sociale des entreprises) qui a eu lieu les 4 et 5 juin 2026, la valorisation des déchets, notamment plastiques, était au centre des échanges. La Vitrine RSE est un concept créé depuis trois ans par INGRIDD. Pour son commissaire général, Valentin Balma, les jeunes doivent avoir un autre regard sur ce qui se fait en termes de valorisation des déchets. Les déchets sont devenus des matières premières. La jeunesse doit savoir qu’il existe des opportunités de création d’emplois dans le domaine. Pour lui, il est temps d’abandonner les a priori. M. Balma avance que tout déchet est porteur et dépend de ce qu’on se donne comme vision et discipline. « Nous allons tenter de mobiliser les jeunes à la gestion et à la valorisation des déchets, de les encourager à aller au contact de ceux qui ont déjà réussi dans le domaine. Nous allons également inviter les structures qui ont participé à la Vitrine de leur faire bénéficier leur expertise », souligne-t-il. Il croit que cela peut permettre de créer des startups avec une vision et dans la discipline, deux éléments importants dans tout investissement.

Habibata WARA

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