
L’Etat a mis, à l’entame de la campagne agricole humide 2026-2027, à la disposition des producteurs, des intrants agricoles et des équipements mécaniques subventionnés. Cet appui, destiné à renforcer les capacités de production, suscite la satisfaction du monde rural dans la zone de Dédougou et ses environs. Des acteurs voient ce geste de l’Etat comme un levier pour accroître la productivité, consolidant ainsi la sécurité alimentaire. Reportage !
Nous sommes le jeudi 16 juillet 2026. Il est 9h15 mn environ. La veille, le ciel avait ouvert ses vannes sur la ville de Dédougou et ses localités riveraines. L’une des premières grandes pluies enregistrées depuis l’installation de la campagne agricole humide 2026-2027. La ruée des paysans vers les champs était la scène la plus perceptible. Les producteurs rivalisaient de labours et de semis. Au même moment, la course aux semences s’organisait devant le magasin de stockage des intrants agricoles, placés sous la gestion de la direction régionale de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques de Bankui.
Malgré le poids de l’âge, Assita Sanou a quitté son domicile à l’extrême-est de Dédougou pour rejoindre le magasin situé à l’ouest de la ville. Présidente d’une coopérative d’une trentaine de productrices de maïs, elle est là pour se procurer des semences améliorées et subventionnées que l’Etat a mises à la disposition des producteurs. Son choix de s’approvisionner dans ce magasin est loin d’être fortuit. « Je pouvais trouver ce que je veux au marché. Mais j’ai décidé de venir ici parce que les semences sont de bonne qualité. J’ai fait l’expérience depuis des années », justifie la sexagénaire. Après trois années passées à Dédougou, Théodore Yénou a retrouvé son village natal, Soumakuy, dans la commune rurale de Sanaba, province des Banwa, qu’il avait abandonné à cause de l’insécurité.
Cette Personne déplacée interne réinstallée (PDIR) salue les sacrifices consentis par les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), qui lui ont permis de renouer avec ses terres en ce début d’hivernage. Retourné au bercail en avril dernier, il est venu ce 16 juillet, à Dédougou, pour acheter des semences améliorées de maïs pour son champ. C’est avec fierté, nous confie-t-il, qu’il pourra travailler afin de nourrir sa famille dans la dignité et l’honneur. Il souscrit entièrement à l’idée de la qualité et surtout de la grande productivité de ces semences, qui vont lui permettre d’obtenir de bons rendements. Avec le sourire aux lèvres, il reconnaît que ces efforts de l’Etat sont dans l’intérêt des cultivateurs parce qu’« ils induisent un impact concret sur les performances agricoles des producteurs ».
Des semences bénéfiques

Outre les semences de maïs, la subvention concerne, entre autres, le petit mil et le riz. C’est justement cette dernière céréale que Lassina Sankara, venu de la localité rurale de Ouetina, commune de Dédougou, s’est procurée dans un sac bien rempli. « Je m’en vais directement au champ pour les semis. Il n’y a pas de temps à perdre », lâche ce géant qui n’a pas eu besoin d’aide pour soulever son sac. Il est particulièrement sensible aux prix préférentiels auxquels ces produits agricoles sont proposés aux paysans. Et ce n’est pas tout. M. Sankara se dit persuadé que la subvention des intrants et autres équipements agricoles est un coup de pouce pour le monde rural.
« Sans cet accompagnement de l’Etat, il nous serait difficile de réaliser ces résultats en termes de production », souffle-t-il, visiblement pressé de rallier son champ. Nous quittons le magasin de semences où l’affluence de la clientèle grandissait au fur et à mesure que le soleil progressait dans sa marche. Le cap est mis sur le village de Worokuy, localité située à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de la commune de Dédougou. Nous avons rendez-vous avec Womou Mana, l’un des grands producteurs de la zone. Il compte emblaver, pour la présente campagne, au moins 65 hectares, toutes spéculations confondues, notamment le maïs, le sorgho, le petit mil, le soja, le sésame, le haricot, le riz, le coton et l’arachide. Au-delà des semences améliorées qu’il utilise pour ses semis, ce paysan a acquis 1,5 tonne d’engrais subventionné à 17 000 FCFA le sac de 50 kg.
Supervisant l’opération de fertilisation localisée à laquelle s’adonnaient les membres de sa famille, M. Mana confie que l’engrais subventionné est d’une qualité irréprochable. « Quand on le dépose au pied du plant, il se dissout rapidement », rassure-t-il. « Ç’aurait été de l’engrais de mauvaise qualité, il aurait tardé à se dissoudre », ajoute ce cultivateur qui, depuis le 12 juin 2026, avait commencé à semer. Sa seule inquiétude repose sur la rareté des pluies, qui ne favorise pas l’évolution espérée de ses cultures. Avec l’aide des semences améliorées et de l’engrais, il nourrit l’espoir de récolter quatre ou cinq tonnes de maïs sur chaque hectare emblavé.
Quant au riz, il dit avoir emblavé un hectare l’an passé et obtenu 3,4 tonnes. Encouragé par cette expérience, le cultivateur est passé à trois hectares cette campagne, avec une prévision minimale de plus de 10 tonnes de riz à la prochaine récolte. Il note avec satisfaction la disponibilité des agents techniques de l’agriculture à accompagner les producteurs par des conseils avisés. Toute chose, dit-il, qui participe au succès de leur activité agricole.
Président du comité villageois de développement (CVD) de Worokuy, le producteur Mana témoigne que les villageois ont mené de nombreux plaidoyers auprès de la direction régionale en charge de l’agriculture pour qu’un tracteur ou un motoculteur soit affecté à leur localité en vue des labours. « Mais nous n’avons pas encore eu gain de cause », laisse-t-il entendre avant de poursuivre que Worokuy n’a pas, pour le moment, bénéficié de l’aide de l’Etat en matière de labours et d’équipements mécaniques subventionnés depuis le début de la présente campagne.
Des moyens mécaniques pour soutenir la production de masse

La réalité est tout autre à Lan, ce village de la commune rurale de Tchériba, dans la province du Mouhoun. Situé à une quarantaine de kilomètres de Dédougou, Lan regorge d’énormes potentialités agricoles grâce à sa rizière de près de 3 000 hectares. L’Etat mobilise les moyens pour la mise en exploitation de ce potentiel rizicole, autour duquel s’activent des centaines de producteurs organisés en coopérative. « Pour cette campagne, l’Etat nous a affecté trois tracteurs.
Les semences améliorées s’évaluent en plusieurs tonnes. Nous avons acquis environ 70 tonnes d’engrais subventionnés au prix de 17 000 FCFA le sac de 50 kg », explique Soumaïla Banissi, l’un des responsables de la coopérative. Entouré de quelques-uns des membres, il souligne avec force que la rizière s’est élargie ces dernières années grâce au soutien renforcé de l’Etat. « En 2021, nous avions emblavé autour de 1 400 hectares. Cette saison, nous sommes à près de 3 000 hectares. Notre ambition est d’aller de l’avant si, toutefois, les autorités nous appuient davantage », fait-il savoir.
Et de préciser que, dans la localité, tous les producteurs se sont tournés vers la culture du riz. « La production du riz est rentable. J’ai récolté personnellement 5,7 tonnes par hectare la campagne précédente », laisse entendre notre interlocuteur, convaincu que ce rendement a été possible grâce à la présence accrue de l’Etat dans leur activité. « La culture du riz est notre mine d’or », renchérissent Omar Sawadogo et Mahamadi Tenkodogo, tous deux producteurs à Lan.
Le riz leur permet d’être à l’abri du besoin et d’assurer les charges familiales. Mieux, cette activité place ces paysans au rang des clients de la Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (SONAGESS). « Nous revendons une grande partie de notre production à la SONAGESS. C’est notre façon de répondre à l’appel des plus hautes autorités de ce pays, qui invitent à produire massivement pour garantir notre souveraineté alimentaire », défend M. Banissi.

les démarches pour bénéficier de l’engrais à prix préférentiel.
Les paysans de Lan rêvent de transformer leur bas-fond rizicole en périmètre de maraîchage pendant la saison sèche. C’est pourquoi ils lancent un cri du cœur aux autorités de ce pays. « Nous souhaitons que l’Etat nous aide avec des forages pour que notre activité ne se limite pas seulement à la culture du riz pendant la saison humide. Pratiquer des cultures de contre-saison nous tient énormément à cœur », implore Soumaïla Banissi.
77 motoculteurs remis à des villages réinstallés
Les investissements agricoles opérés, ou en cours de l’être, pour la campagne 2026-2027 dans les régions de Bankui et du Sourou sont à la hauteur des ambitions du gouvernement de réussir la mise en œuvre de la politique nationale de souveraineté alimentaire, foi du directeur régional chargé de l’agriculture, Gaël Sidbewendin Yaméogo. C’est pourquoi, poursuit-il, des mécanismes sont développés pour faciliter l’accès des producteurs à des intrants agricoles de qualité à des coûts subventionnés.
Toute chose qui permettra d’accroître les rendements. Dans son ressort territorial, détaille le directeur régional, 6 061 tonnes de fertilisants composés de NPK, d’urée et de fumure organique, ainsi que 1 775,629 tonnes de semences améliorées à des prix subventionnés, ont été mises à la disposition des producteurs. L’Etat a, ajoute-t-il, déployé des moyens mécaniques subventionnés ou gratuits, à travers les deux régions pour accompagner le monde rural. « Nous avons reçu, pour cette saison, 77 motoculteurs qui ont été remis à des villages réinstallés pour appuyer les producteurs dans les labours », précise-t-il.
Et de confier que le parc de tracteurs de la région a également été renforcé grâce à l’obtention d’une centaine d’engins. Il estime que ces investissements, conjugués à l’engagement des acteurs, permettront d’atteindre les objectifs de production céréalière, notamment de maïs et de riz, de l’ordre de 1 487 629 tonnes, assignés aux régions de Bankui et du Sourou.
Yacouba BELEM

















