
Pour cette campagne agricole 2026-2027, l’Etat a encore mis des intrants subventionnés à la disposition des producteurs burkinabè. Cette mesure vise à booster leurs rendements et à conduire le pays vers la souveraineté alimentaire. Dans les plaines aménagées de Bama (Guiriko) et de la Léraba (Tannouyan), les producteurs, galvanisés, promettent une belle moisson en fin de campagne.
La campagne agricole humide 2026-2027 bat son plein à Douna, localité située à une quinzaine de kilomètres (km) de Sindou, dans la province de la Léraba, région des Tannouyan. A quelques encablures des habitats, un périmètre aménagé de 1 200 hectares (ha) s’étale à perte de vue. On y produit le riz, le maïs et en saison sèche froide, le blé. Ce jeudi 16 juillet 2026, Kanama Son, aidé des membres de sa famille, applique de l’engrais NPK dans sa parcelle de maïs. Il dit avoir acquis 5 sacs de 50 kilogrammes (kg) de ce fertilisant et 3 sacs d’urée, soit 8 sacs d’engrais dont l’unité lui a coûté 15 000 F CFA.

Il s’agit de l’engrais subventionné par l’Etat au profit des petits producteurs. Avec le sourire aux lèvres, Kanama Son confie que cette quantité de fertilisant est largement suffisante pour sa parcelle dont la superficie dépasse un quart d’ha. « L’an passé, j’ai récolté 20 sacs de 100 kg de maïs dans mon champ. Sans l’engrais subventionné, je ne pouvais pas obtenir ces résultats », se réjouit-il, avant de saluer l’initiative. Car, explique le producteur, le prix du sac d’engrais minéral tourne autour de 25 000 F CFA, voire plus sur le marché.
A un jet de pierre de sa parcelle, un autre champ de maïs s’étendant sur 0,5 ha se laisse admirer. Déjà, des panicules commencent à apparaître au sommet des plantes bien vertes. Selon le propriétaire, Bassara Soura, le maïs a été semé le 1er juin et les engrais NPK et urée ont été appliqués respectivement au 15e et 45e jour. Grâce aux semences et engrais subventionnés, Bassara Soura arrive à engranger 3 tonnes (t) de maïs dans sa parcelle. Pourtant, avant la subvention, il dit ne pas atteindre cette quantité. « J’ai des sentiments de gratitude envers l’Etat qui nous permet d’avoir l’engrais à moindre coût », s’enthousiasme-t-il.
Alasson Soura, lui, produit le riz dans la plaine. Il a aussi bénéficié des intrants subventionnés. Toutefois, il estime que le nombre de sacs qu’il a eu (3 NPK et 1 urée) ne sera pas suffisant pour sa parcelle d’un demi-ha. C’est pourquoi, il compte acheter 2 sacs au marché pour compléter. Mais là aussi, le prix dissuade. « L’appui de l’Etat nous sauve. Sinon, si on allait se contenter de l’engrais du marché, beaucoup allaient abandonner les parcelles, car les sols, exploités depuis 1987, sont devenus pauvres », déclare M. Soura. La productrice de riz, Bahouniba Soura, exprime également sa satisfaction face au soutien des autorités qui lui permet de produire trois fois dans l’année. Son souhait est que l’Etat continue la subvention et mieux, augmente les quantités d’engrais.
Satisfaction des producteurs

A entendre Yassine Traoré, chef de plaine de la Léraba, tous les producteurs du périmètre ont reçu de l’engrais subventionné. « Cette année, nous avons distribué près de 70 t d’engrais NPK et près de 40 t d’urée. L’opération continue jusqu’au 20 juillet », indique-t-il. Concernant les semences, M. Traoré estime à 7 t de maïs et 30 t de riz mises à la disposition de la plaine. « Le kit de la semence de riz fait 10 kg à 3 000 F CFA et celui de maïs est de 15 kg à 3 000 F CFA également », précise Yassine Traoré. Etant aux côtés des producteurs, il confirme que l’impact de la subvention sur les rendements est palpable.
Si les itinéraires techniques de production sont respectés, assure le chef de plaine, les rendements peuvent aller à plus de 6 t par ha (t/ha) pour le riz (de la variété TS2) et plus de 4 t/ha pour le maïs.
Aux dires du Directeur provincial (DP) de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques de la Léraba, Karim Traoré, sa province a reçu, pour la présente campagne agricole, 1 803 t d’engrais minéraux (NPK et urée) subventionnés au profit de 8 communes. Pour les semences améliorées, toutes spéculations confondues (riz, maïs, arachide, niébé, mil et sorgho), elles sont de 700 t, selon lui.
« A la date du 16 juillet, il ne reste plus de grandes quantités d’engrais minéraux dans les magasins et la distribution se poursuit. Pour les semences, il y en a encore et c’est suffisant. La plupart des producteurs sont satisfaits », note le DP Traoré. Pour sa part, le Directeur régional (DR) chargé de l’agriculture des Tannouyan, Minyemba Souobou, note un bon déroulement de l’opération de distribution des semences et intrants subventionnés dans l’ensemble de la région. Autre lieu, même constat. Dans la plaine rizicole de la vallée du Kou, à Bama, dans la province du Houet, région du Guiriko, les producteurs sont à la tâche en cette mi-juillet. Pendant que certains labourent, d’autres repiquent le riz. D’autres encore sont à l’application de l’engrais.
Chacune des 10 coopératives de producteurs a reçu sa dotation de semences et d’engrais à prix subventionnés, aux dires du vice-président de l’Union des coopératives rizicoles de Bama (UCR-B), Salifou Ouédraogo. « Ce n’est pas seulement le bas prix de l’engrais subventionné qui nous réjouit, mais aussi sa qualité. Car, la qualité des engrais que nous achetons dans les marchés laisse à désirer », se satisfait-il. Mahamadou Konkobo, Secrétaire général (SG) de la coopérative 2, ne cache pas non plus sa joie de voir les rendements évolués depuis que l’Etat a décidé de subventionner les intrants agricoles.

de la coopérative des femmes
de la plaine rizicole de Bama : « je félicite le gouvernement pour cette initiative de subvention
des engrais ».
De 20 t d’engrais subventionnés l’année passée, sa coopérative en a reçu 36 t cette année pour 300 membres. La répartition, elle, se fait en fonction des superficies des parcelles. « Ce qui est intéressant est que l’engrais arrive tôt et on est motivé à commencer les travaux », affirme avec fierté M. Konkobo. Il souligne qu’avant la subvention, les rendements du riz TS2 se situaient entre 4,5 et 5 t/ha. Mais de nos jours, ils ont évolué entre 6 et 7 t/ha.
Et les producteurs promettent de maintenir ce cap si toutefois la subvention se poursuit. Au niveau de la coopérative 5, informe son président, Moussa Ilboudo, 15 t d’engrais NPK et 8 t d’urée ont été distribuées aux 116 membres exploitant une superficie de 110,5 ha. Pour sa part, la présidente de la coopérative des femmes de Bama, Mariam Ouédraogo, félicite le gouvernement pour cette initiative louable de soutenir les producteurs. « Sinon, la production allait baisser. Car, on ne peut pas acheter l’engrais à 30 000 F CFA le sac et avoir de bons rendements », estime-t-elle.
Plaidoyer pour plus d’engrais
A entendre le DR chargé de l’agriculture du Guiriko, Eric Pascal Adanabou, c’est devenu une tradition pour son ministère de mettre à la disposition des producteurs vulnérables et des grands producteurs, de l’engrais minéral et des semences améliorées chaque année. Selon lui, l’opération a débuté cette année depuis le mois de mai et est toujours en cours dans sa région. « Pour les engrais minéraux, nous avons reçu plus de 10 000 t pour le Guiriko, environ 3 000 t de fumure organique et plus de 2 600 t de semences améliorées, toutes spéculations confondues », détaille-t-il.
De son avis, l’impact de la subvention est visible sur le terrain, car les rendements vont croissants d’année en année. « L’an passé, nous avons atteint le chiffre record de plus d’un million de tonnes de riz produit au niveau national et le Guiriko a fortement contribué à atteindre ces résultats », se réjouit le DR Adanabou.

En vue de booster davantage les rendements, les producteurs souhaitent une augmentation des quantités d’engrais subventionnés. Le vice-président de l’UCR-B, Salifou Ouédraogo, soutient que normalement, on devrait appliquer 8 sacs d’engrais chimiques dans un ha, soit 5 sacs de NPK et 3 d’urée. Mais, à l’écouter, comme l’engrais subventionné n’arrive pas à couvrir ce besoin, les producteurs font recours au marché pour compléter le manque. Outre l’augmentation de la quantité, les producteurs désirent avoir l’engrais à crédit, avec l’intention de rembourser à la récolte.
« Si on pouvait nous céder l’engrais et en fin de campagne, on rembourse avec le riz, cela allait nous arranger. Sinon, il n’est pas toujours facile de payer au comptant », plaide Mahamadi Soré, président de la coopérative 2 de la plaine de Bama. Le DR Adanabou assure que son ministère continuera d’appuyer les producteurs mais reste convaincu qu’on ne peut pas satisfaire à cent pour cent leurs besoins en engrais. Malgré tout, les producteurs apprécient fortement ce qui est déjà fait pour eux.
Mady KABRE

















