Eric Pascal Adanabou, DR chargé de l’agriculture du Guiriko : « Les intrants sont arrivés et distribués à bonne date »

Eric Pascal Adanabou : « tous les producteurs sont pris en compte dans la distribution des intrants subventionnés ».

Le Directeur régional (DR)de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques du Guiriko, Eric Pascal Adanabou, est au four et au moulin. En pleine campagne agricole humide, la pression est si forte que son bureau ne désemplit pas. Dans les lignes qui suivent, il dresse le bilan à mi-parcours de la distribution des intrants et équipements subventionnés dans sa région.

Carrefour africain (CA): Quel bilan peut-on faire de la distribution des intrants subventionnés dans la région du Guiriko ?

Eric Pascal Anadabou (E.P.A) : Chaque année, depuis un certain temps, le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques met à la disposition des producteurs vulnérables et des grands producteurs, des semences améliorées et aussi de l’engrais minéral.
L’opération a débuté depuis le mois de mai et se déroule bien. Selon les instructions du camarade ministre d’Etat, le commandant Ismaël Sombié, il n’y a pas de raison que les intrants arrivent en retard comme on le constatait avant. Les intrants sont arrivés à temps et la distribution a été faite avant même que la saison
s’installe.

Aujourd’hui, la distribution est toujours en cours. Cette année, le ministère a mis assez d’intrants à la disposition des producteurs. Pour ce qui concerne l’engrais minéral, nous sommes à plus de 10 000 tonnes qui sont distribuées aux producteurs au niveau de la région du Guiriko. Mais le ministère ne se contente pas seulement de l’engrais minéral, il met aussi l’accent sur la fumure organique. Nous sommes en train de fournir environ 3 000 tonnes de fumure organique aux producteurs de la région. Tous ces efforts visent à booster une fois de plus la production au niveau de notre région.
A cela s’ajoutent aussi des semences, des variétés assez courtes, toutes spéculations confondues. Nous sommes à plus de 2 600 tonnes de semences améliorées pour les producteurs du Guiriko.

C.A : En plus de l’engrais et de la fumure organique, l’Etat a aussi subventionné l’hydro-rétenteur Barbary-Plante. Qu’en est-il de sa distribution dans votre région ?

E.P.A : Effectivement, dans le cadre de l’offensive agro-sylvo pastorale et halieutique, le ministère en charge de l’agriculture a aussi mis l’accent sur les vergers. Dans le mécanisme, nous voulons renouveler 5% des vergers. Parce que dans nos vergers de manguiers, les arbres sont vieillissants et il faut les renouveler.
Pour cela, nous avons mis à la disposition des producteurs des plants et aussi le Barbary-Plante qui peut facilement booster la croissance de ces plants. Le ministère est dans un élan toujours d’accompagnement des producteurs au niveau de la région de Guiriko.

C.A : Est-ce que tous les producteurs sont pris en compte dans le mécanisme de distribution des intrants subventionnés ?

E.P.A : Tous les producteurs sont pris en compte mais pas aux mêmes montants. Pour les petits producteurs ou producteurs vulnérables, le sac d’engrais est à 15 000 francs CFA, contre 17 000 francs CFA pour les grands producteurs. Mais ce qui est aussi intéressant, est qu’il y a des points de vente de la Société burkinabè d’intrants et de matériels agropastoraux (SOBIMAP) un peu partout. Cela, pour permettre à ces grands producteurs d’acquérir de l’engrais directement sur ces sites. Je viens de recevoir une équipe de cette société qui nous a rassurés qu’il y a de l’engrais subventionné et aussi de l’engrais non subventionné dans ses magasins.

C.A : Arrivez-vous à satisfaire tous les besoins des producteurs en intrants ?

E.P.A : Non. On ne peut pas les satisfaire à 100 %, parce que c’est une subvention. Nous demandons aussi leur contribution, parce qu’en hors subvention, le montant est élevé. Mais avec la subvention, il est plus réduit.

C.A : Est-ce que vous confirmez qu’avec les engrais et semences subventionnés, les rendements des producteurs s’accroissent de plus en plus ?

E.P.A : Oui, je peux le dire sans hésiter. Parce que l’engrais joue un rôle très important dans la croissance de la plante. Comme je l’ai dit, on ne s’est pas arrêté seulement aux intrants. On donne aussi de la fumure organique afin qu’elle puisse améliorer la texture du sol. Tout ça, c’est dans le but d’améliorer la production agricole.
La semence améliorée contribue aussi à accroître les rendements. Une bonne semence contribue à plus de 40% de la production. L’année passée, nous avons atteint, au niveau national, le chiffre record de plus d’un million de tonnes de riz produit. Et la région du Guiriko a fortement contribué à atteindre cette performance. Donc, avec l’engrais, la fumure organique et les semences améliorées que nous mettons à la disposition des producteurs, les rendements ne cessent de croître à chaque saison.

C.A : Du constat que nous avons fait, les producteurs n’utilisent pas beaucoup le compost par rapport aux engrais minéraux. Qu’est-ce qui est envisagé pour les amener à s’intéresser plus au compost qui enrichit vraiment le sol ?

Selon le DR Adanabou, les engrais et les semences ont été distribués aux producteurs avant même l’installation de la campagne dans le Guiriko.

E.P.A : A chaque début de campagne, nous menons des renforcements de capacités et des sensibilisations auprès de ces producteurs. Je dirais par contre que beaucoup l’utilisent sur le terrain. Pour ceux qui savent que c’est très bénéfique pour l’agriculture, c’est beaucoup prisé. Ce qui est intéressant aussi est que la plupart ne prennent pas le compost directement dans la subvention. Nous les avons formés à en fabriquer. Pendant la phase de labours, beaucoup répandent dans leurs champs la fumure organique qu’ils ont eux-mêmes fabriquée. Ils ont compris que sans le compost, pour avoir un certain rendement, c’est compliqué. En outre, le compost est beaucoup prisé par les maraichers.

C.A : Parlant de l’utilisation du compost, peut-on, un jour tendre vers une production bio?

E.P.A : Quoiqu’on dise, la production bio obéit à un certain nombre d’exigences. Mais de plus en plus, le ministère en charge de l’agriculture permet d’utiliser les deux types de fertilisation organique et minérale. Parce que ce sont les deux combinés qui peuvent nous permettre d’atteindre des rendements extraordinaires.

C.A : Est-ce que vous mettez aussi des herbicides à la disposition des producteurs ?

E.P.A : Pas du tout. Par ailleurs, nous donnons des produits de lutte contre certaines maladies. Nous n’interdisons pas en tant que tels les herbicides mais nous voulons que ce soit des herbicides homologués et qui soient utilisés de façon rationnelle. Dans le déroulement de nos activités, nous mettons l’accent sur le renforcement des capacités des producteurs quant à une bonne utilisation de ces produits. Les modules portent, de façon générale, sur comment traiter un champ, les produits qu’il faut utiliser…

C.A : Au niveau des équipements, quels types de matériels vous avez mis à la disposition des producteurs ?

E.P.A : Cette année, nous avons mis en vente des motoculteurs au profit des producteurs. Au niveau de la région du Guiriko, il y a un certain nombre de producteurs qui ont pu acquérir ces motoculteurs pour faciliter les opérations culturales.
Conformément à la nouvelle stratégie, nous avons mis en place des Brigades de mécanisation agricole (BMA). Dans chaque commune, nous avons pu doter ces brigades d’un ou des tracteurs, de moissonneuses, des despatheuses. Ce sont des outils qui permettent de faire le labour et des appareils post-récolte. Tous ces équipements sont mis à la disposition des brigades où tous les producteurs en profitent. A ce jour, le Guiriko compte 33 brigades, réparties entre les 33 communes qui la composent.
Pour le moment, nous sommes en train de labourer les champs des producteurs et productrices. En tous les cas, on a atteint plus de 4 000 hectares qui ont été déjà labourés et les labours continuent. Nous sommes confiants que ça va bien se passer.

C.A : Ces prestations sont-elles payantes et à quel coût ?

E.P.A : Les prestations sont payantes. Le labour pour un hectare fait 15 000 F CFA. Alors qu’un bon labour chez les prestataires privés tourne autour de 40 000 ou 45 000 F CFA. Mais dans les grandes plaines, ce sont les motoculteurs qui font le travail.

C.A : Et pour les équipements individuels, combien coûte un tracteur ou un motoculteur subventionné ?

E.P.A : Les motoculteurs étaient en vente à raison de 2 millions francs CFA, avec tous ses accessoires. Mais le tracteur, je pense que c’est relatif. Parce que les prix diffèrent en fonction du gabarit du tracteur. C’est la Société nationale de l’aménagement des terres et de l’équipement rural (SONATER) qui pilote la vente des tracteurs. Un tracteur de 60 chevaux n’a pas le même prix qu’un tracteur de 80 ou de 120 chevaux.

C.A : Il y a une unité de montage de tracteurs qui est implantée à Bobo-Dioulasso. En quoi cette unité contribue-t-elle à la mécanisation agricole au niveau du Guiriko ?

E.P.A : C’est déjà très bien, parce que les gens peuvent s’acquérir des tracteurs directement à travers cette unité de montage de tracteurs. Mais ce qui est plus intéressant, il y a des conventions qui existent entre cette unité et certaines structures du ministère comme la SONATER. Il n’y a pas longtemps, des cotonculteurs ont pu acquérir plus de 500 tracteurs à travers cette convention.

C.A : Dans votre région, il y a aussi des VDP agricoles et des PDI. Est-ce que ces acteurs bénéficient aussi de vos appuis ?

E.P.A : Bien sûr. Conformément aux instructions que nous avons reçues du camarade ministre d’Etat, le commandant Ismaël Sombié, tout le monde est pris en compte. Au niveau des Personnes déplacées internes (PDI) et des Personnes déplacées retournées (PDR), où nous avons mis l’accent cette année, il est important de les prendre en compte. Elles sont parties et grâce à nos forces combattantes qui ont pu libérer certaines parties du territoire, elles sont revenues, souvent les mains vides. Cette année, nous avons mis à la disposition des PDI et PDR, plus de 35 tonnes de semences et environ 284 tonnes d’engrais minéraux.

C.A : Dans le cadre de la distribution des intrants et équipements subventionnés, est-ce que vous rencontrez des difficultés ?

E.P.A : Il n’y a pas de difficultés majeures. Nous ne cessons de rappeler les producteurs que pour avoir un bon rendement, il faut avoir une très bonne semence.
Nous les encourageons à utiliser les semences améliorées et surtout à appliquer les engrais à bon escient et à bonne date. De façon générale, l’activité de distribution des intrants subventionnés se déroule bien dans le Guiriko.

Interview réalisée par Ouamtinga Michel ILBOUDO