A l’occasion de l’An I de sa proclamation de la Révolution progressiste populaire (RPP), le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a accordé, le 2 avril 2026, au palais présidentiel de Koulouba à Ouagadougou, un grand entretien à la presse nationale et internationale. Durant plus de deux heures, le chef de l’Etat a abordé plusieurs thématiques à savoir « Défense et Sécurité », « Politique et Société », « Economie et Développement », « Actualité confédérale » et « Actualité africaine et internationale ». Nous vous proposons le grand entretien en intégralité.
Volet Défense et Sécurité
Quel bilan pouvez-vous faire en termes de reconquête du territoire national ?
En termes de reconquête, aujourd’hui, nous pouvons dire que l’initiative est nôtre. Ça, c’est le volet le plus important. Depuis le début de cette guerre, nous avons été attentistes et c’est l’ennemi qui donnait le rythme de la manœuvre. Le changement, le fait qu’on ait repris l’initiative de la manœuvre, c’est très important. Et pour pouvoir reprendre l’initiative de la manœuvre, il a fallu beaucoup d’efforts en termes de recrutement, d’équipement, mais surtout de formation. Parce qu’aujourd’hui, une chose est certaine. Personne ne connaît notre armée.
Je peux le dire, à l’international, personne ne maîtrise notre armée. Nous avons quitté ce carcan de se faire former par les autres, de se faire dicter le programme par les autres, la tactique par les autres. Aujourd’hui, tout est endogène. Donc, ce sont les Burkinabès qui conçoivent le programme en fonction des retours d’expériences sur le terrain qui forment les hommes, ce qui fait que nous arrivons à faire des prouesses. Et à l’heure où je vous parle, nos unités ont conquis beaucoup de localités, notamment en allant au nord de Djibo. Ces localités qui ont été perdues depuis bientôt dix ans, telles que Baraboulé, et bien au-delà jusqu’à Petegoli. Nos unités ont reconquis ces zones à l’issue d’âpres batailles et ils y sont installés.
A l’Est également, nous avons progressé en allant vers la frontière béninoise. Notamment les villes carrefours, telles que Nadiagou, ont été reconquises et sont sous contrôle. Et nous progressons donc ainsi de victoire en victoire.
On peut dire quelque part, M. le Président, qu’il y a une montée en puissance de l’armée. Il y a beaucoup de moyens acquis, de la formation qui est faite. Et pourtant, on constate quand même qu’il y a beaucoup de tueries encore et le nombre de PDI, les personnes déplacées internes, va croissant. Qu’est-ce qui explique cet état de fait ?
Le nombre de PDI, plutôt, va décroissant. Là, les chiffres sont assez clairs. Nous sommes en train de les réinstaller. Comme je l’ai dit, il y a beaucoup de localités qui sont reconquises. Il y a quelques années, nous étions à près de 2 millions de PDI. Aujourd’hui, nous avons bien moins d’un million. Et d’ici encore le mois de mai ou juin, il y aura très peu de PDI. Quand vous prenez des zones comme Baraboulé, Petegoli, Toulfé, Pobé-Méngao, Namsiguia dans le nord de Burkina, toutes ces zones ont été reconquises entre novembre et aujourd’hui. Vous imaginez toute cette population qui doit se réinstaller. Donc, le nombre de PDI va forcément diminuer.
Pour les tueries, souvent, l’ennemi, comme on l’a dit, quand il est en perte de vitesse, il se retrouve souvent à poser des actes de désolation. Alors, qu’est-ce qu’il peut faire ? C’est trouver des populations civiles, tirer sur elles rapidement, s’éclipser. Et très souvent, ils ont cette lâcheté de même filmer ce qu’ils font comme actes contre des gens qui n’ont pas d’armes. Ils veulent créer l’émoi, en fait, dans la population.
C’est une guerre et ils emploient la tactique des guérillas. Nous, nous faisons la contre-guérilla. Mais le plus important, comme j’ai dit, nous nous sommes adaptés et nous évoluons parce que ce n’est pas seulement l’équipement qui fait la guerre. Vous avez beau acheter les équipements technologiques nécessaires, c’est la ressource humaine d’abord. Et la ressource humaine, il faut la former, certes, militairement.
Et vous voyez que beaucoup de pays africains passent le temps à se faire former par des pays occidentaux. Alors, notre philosophie est la suivante : Est-ce que ces gens qui viennent nous former, est-ce Dieu peut-être qui a envoyé des anges les former, eux, à la tactique ? Mais pourquoi le Noir n’arrive pas peut-être à se dire que lui aussi, il peut développer la tactique ? Mais regardez tous les Etats africains. Il faut que les Etats occidentaux viennent les former. Nous, nous avons mis fin à cela. Nous nous formons nous-mêmes à l’art de la guerre en fonction de nos expériences. Cela forge l’état d’esprit de la ressource humaine. Et c’est à partir de là que vous pouvez créer la combativité, la résilience, la résistance. Et ça, c’est très important.
Donc, l’équipement, certes, mais aussi la ressource humaine qu’il faut valoriser. Et c’est tout ça combiné aujourd’hui qui nous donne ce succès.
Excellence, vous avez érigé la Brigade des volontaires pour la défense de la patrie (BVDP) au rang d’armée. Qu’est-ce que cela peut apporter à la lutte contre le terrorisme ?
Nous l’avons érigée en armée parce que c’est ce qu’elle méritait. Nous nous réorganisons, en érigeant la brigade des VDP en armée ; les textes ont un peu évolué également. Il y a beaucoup de zones qui étaient en 2022, des zones rouges, où nous avons créé en fin d’année 2022, beaucoup de VDP. Mais aujourd’hui, après 3 ans, 4 ans, beaucoup de zones sont devenues des zones totalement vertes. Depuis 2 ans, 3 ans, il y a des zones où on n’a jamais entendu encore un seul coup de feu.
Nous avons réussi à créer ce cordon sécuritaire autour. Donc, il fallait réorganiser les VDP pour que ceux-là qui sont dans ces zones vertes se remobilisent pour aller au-delà, vers les limites de la région, les frontières du pays. Et donc, cela a créé un lot de VDP nationaux et de VDP régionaux et laissé très peu de VDP communaux pour continuer à maintenir la situation de stabilité.
Cette mutation entraîne une réorganisation. Donc, ils sont organisés maintenant en groupement opérationnel au niveau des régions. Donc, ça fait une armée. Voilà pourquoi nous l’avons érigée en armée et lui avons donné aussi son autonomie. Une autonomie entière certes de fonctionnement, mais surtout de manœuvre. Parce qu’ils ont des missions spécifiques qui leur sont confiées dans la mission globale des différentes armées. Voilà pourquoi on l’a érigée au rang d’armée.
Vous avez parlé de formation des hommes, ce qui est très important. Vous avez parlé également de l’érection, par exemple, de la BVDP en armée. En décembre dernier, à Bamako, lors de votre passage, vous avez parlé d’un hiver noir, d’un albinos noir. Peut-on savoir si cet hiver est déjà passé, si cet albinos est passé à notre insu ou bien de quoi s’agit-il concrètement ?
L’albinos noir, ça concerne le Burkina, il viendra. Je peux dire que c’est une bonne nouvelle qui va venir pour le bien de notre Patrie. C’est ce que je vois et ça vient. Mais quant à l’hiver noir, je pense que le vent a commencé à souffler. Les plus avertis comprendront. Cet hiver, nous ne pouvons pas l’éviter si jamais nous continuons à nous comporter comme ça en Afrique. Ceux qui pourront rapidement se joindre pour qu’on puisse se protéger, tuer les loups pour utiliser leurs peaux et se protéger, couper le bois mort pour faire du feu ou ériger les collines qui vont stopper le vent, ceux qui pourront le comprendre, le comprendront. Mais l’hiver est déjà là. Le vent a commencé à souffler et si, je dis bien si, nous continuons dans ce comportement, nous chefs d’Etat, rien ne peut l’empêcher.
Alors Excellence, vous l’avez dit tantôt, beaucoup de progrès sont enregistrés sur le terrain en matière de reconquête du territoire. Mais à quand la fin du terrorisme au Burkina ?
Au rythme auquel nous avançons actuellement depuis novembre, je puis vous rassurer qu’à ce rythme, on n’est pas trop loin. Parce que le plus important pour nous, c’était de changer totalement la manœuvre, d’éviter de faire ce qu’on avait l’habitude de faire depuis 8 ans, 10 ans. Parce que de ces opérations ponctuelles, ces mêmes types de bases, nous avons développé autre chose, un autre outil. Et quand nous l’avons testé, il est performant. Ce qui nous permet de partir dans des zones qui étaient comme des zones sanctuaires. J’aime parler du nord de Djibo, vous voyez que cette zone était comme leur territoire. Personne ne pouvait s’y aventurer et tout. Mais aujourd’hui, nos unités ont percé et se sont installées. Et devinez, il y a des zones, quand ils sont arrivés, ce sont carrément des camps d’entraînement qu’ils ont trouvés. Bien construits, mieux construits et vous avez trouvé des parcours d’obstacles mieux construits que dans nos centres de formation. Imaginez, ils se sont installés, ils ont importé tout le fer, le ciment et tout le nécessaire pour construire les bases d’entraînement. On était quand même surpris. Cela veut dire qu’ils se sentaient sur leur territoire. Mais nous avons percé et nous y sommes. Ces territoires sont perdus parce que c’était sous leur contrôle depuis plus de dix ans.
Les zones comme Petegoli, l’armée ne s’est jamais installée là-bas. Et donc nous, nous continuons jusqu’aux limites de nos frontières. Et c’est ce que j’ai dit, que ce soit au nord ou à l’est, un peu partout, nous sommes en train de repartir.
Une fois qu’ils n’ont pas de terrain de manœuvre, de sanctuarisation, ça devient difficile. Mais maintenant, il y a une phase importante qui doit venir dans quelques mois pour fermer totalement toutes les brèches pour empêcher les infiltrations. Parce que souvent, nous pouvons nous installer, mais ils peuvent trouver le moyen de s’infiltrer, soit poser des IED (Improvised explosive device – Engin explosif improvisé) ou s’infiltrer par petits binômes, venir tuer à l’arrière, créer des événements d’émotion. Mais nous allons fermer toutes les brèches. On prendra les moyens qu’il faut, mais ça va finir.
Excellence, il a été décidé d’un avancement exceptionnel pour des militaires, gendarmes et policiers sous certaines conditions. Est-ce que cela ne va pas amener des grincements de dents au sein des rangs ?
Non, des grincements. Il n’y a aucune décision dans ce monde qui peut faire l’unanimité. Si vous dirigez une structure, aussi petite soit-elle, comprenez que c’est rare d’avoir une décision unanime.
Donc, c’est sûr que des gens peuvent être frustrés ou pas. Deuxième chose, les êtres humains sont ce qu’ils sont. Tout le monde ne voit jamais dans la même direction. Parce que nous n’avons pas la même capacité de comprendre les choses, d’analyser. Mais une chose est sûre, nous sommes en guerre. S’il y a des gens qui se distinguent par leur capacité à aller au-delà de leur mission, il va de soi qu’on les récompense.
Il n’y avait pas cela dans l’armée ; nous avons modifié les statuts, et nous avons introduit cela. Et donc, nous demandons aux différents commandants d’unité qui sont sur le terrain avec leurs hommes, s’il y a des hommes qui posent des actes de bravoure, des actes exceptionnels qui vont au-delà de leur mission, de motiver ça par des rapports. Et donc la hiérarchie a une commission qui siège, qui regarde et qui décide.
Par exemple, on prend un soldat qui, au cours d’un combat, son travail, ce n’est pas de diriger un groupe, parce que c’est le sergent qui peut avoir un groupe de combat, qui le dirige. Vous allez trouver des soldats qui, par la circonstance, se sont retrouvés à reprendre le contrôle d’un groupe, faire le combat et sortir leur unité d’une situation compliquée.
Ce genre de soldat, il faut le récompenser parce qu’il a la capacité tactique d’être un sergent. Donc c’est ceux-là que les commandants d’unité sont censés recenser, donner le nom, le commandement va lire les rapports, analyser tout. Et il va de soi qu’on leur donne le grade de sergent pour les motiver.
Parce qu’il y a d’autres personnes aussi, peut-être qui ont envie de faire plus, mais qui attendent de voir aussi la motivation derrière. Cela motive plutôt et encourage ceux-là qui hésitent, qui ne veulent pas se donner, à se surpasser. C’est ce qu’on demande. Et dans la guerre, c’est très, très, très important. Quand un soldat, quand un combattant se surpasse, ça change le cours de la guerre.
Quand il y a de la pression, il suffit qu’une seule personne décide de maintenir un certain feu ou de faire une certaine manœuvre. Et ça fait carrément basculer la manœuvre ennemie. Et ça, c’est très important.
Donc moi, je trouve plutôt, au lieu de frustration, que cela encourage et motive.
Puisqu’on parle de défense nationale, M. le Président, il y a peu de temps, une armée d’un pays voisin avait fait une incursion en territoire burkinabè pour planter son drapeau. Mais très rapidement, l’armée burkinabè a réagi pour remettre le drapeau national. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?
Non, non, même pas. L’armée burkinabè n’a pas eu besoin de partir planter le drapeau. Dès qu’ils l’ont fait, les populations ont descendu le drapeau et ont remis le drapeau burkinabè ; donc avant même que les unités arrivent sur le terrain. Les unités sont parties rassembler les populations, prêcher aux populations de ne pas se laisser aller dans la provocation. Nous les observons, et c’est comme je l’ai dit, ce sont des comportements qui rentrent dans le cadre de l’hiver noir.
Il y a des gens qui se comportent toujours comme des nègres. Je ne dirais même pas des nègres de salon, des vrais nègres. Lorsque leur maître leur dit, fais ça, ils ne peuvent que faire ça. C’est comme une malédiction. Ils ne peuvent pas aller au-delà de cela. Regardez certains, ils ont donné tout leur pays à ces gens-là. Ils sont assis, ils n’ont plus rien sous leur contrôle aujourd’hui. Mais quand on les pousse à aller en guerre, ils sont prêts et ils provoquent. J’ai toujours dit aux gens, nous nous sommes déjà en guerre.
Donc on n’a pas peur de la guerre. Mais si quelqu’un nous pousse à bout, pour notre Patrie, il n’y a rien à faire, on fera la guerre. Et quand elle va commencer, personne ne sait comment elle va finir. Mais une armée qui n’est pas en guerre, si elle peut éviter de rentrer en guerre, c’est mieux. Si on nous cherche, on nous trouve. C’est ce que je peux dire sur cette situation. Nous observons. A bon entendeur… !
Volet Politique et Société
Monsieur le Président, ça fait un an que la Révolution progressiste populaire est en marche. Alors, un an après, quel est le bilan qu’on peut en tirer ? Est-ce que vous en êtes satisfait ou bien il y a des choses à corriger encore ?
Si vous avez remarqué, en fait, depuis le 30 septembre 2022, c’est une révolution. Nous avons attendu un temps pour la proclamer le 1er avril. Et quand nous l’avons proclamée, nous n’avons pas fait sortir un texte particulier, un manifeste, rien. Sur l’idéologie, nous avons observé encore sur un an. Le manifeste sera disponible pour que les gens voient un peu l’idéologie qui est le grand thème. Mais déjà, c’était pour observer.
Comme je l’ai dit, le peuple burkinabè est intrinsèquement révolutionnaire. Dès qu’on l’a proclamée, il y a eu beaucoup d’initiatives. Beaucoup de gens, qu’ils soient intellectuels ou pas, parce que quand on dit intellectuel, ce n’est pas forcément ceux qui ont fait l’école. Voilà, ce n’est pas ceux qui parlent le français. Les intellectuels sont dans toutes les couches sociales. Que vous partez au Grand marché, à Rood Woko ou un peu partout, vous trouverez des intellectuels. Parce que l’intellectuel, c’est l’intelligent d’abord, celui qui est capable de comprendre ce qu’on veut faire. Ils ont pris beaucoup d’initiatives pour expliquer le comportement qu’il faut pendant la révolution, pour expliquer ce qu’il faut faire pendant la révolution.
Et moi, j’ai observé un peu partout. Les gens ont animé des conférences, les gens ont éduqué, les gens ont formé à l’initiative des jeunes. Ça, c’est très important.
Et c’est ce que je voulais voir et partir maintenant de ce manifeste, et vous voyez qu’on est en train d’avancer petit à petit. On avait créé l’Institut des peuples noirs, mais ce n’était pas monté en puissance. Et tous vont participer à la formation de l’élite révolutionnaire burkinabè. Et l’élite révolutionnaire qu’on veut vraiment former, ceux qu’on veut toucher, ce sont les plus jeunes. Et déjà, je tire mon chapeau aux enseignants. Dès qu’on l’a proclamée, regardez dans plusieurs écoles, beaucoup de choses ont changé en termes de mentalité. Des enseignants ont pris des initiatives, ont commencé à former les gens à l’esprit révolutionnaire, au patriotisme, à tout ce qui va avec la révolution. J’ai beaucoup apprécié.
Les enseignants ont pris l’initiative depuis l’école, avant même qu’on dise aux gens de former les écoles petit à petit à la production. Refaire des jardins scolaires, permettre aux enfants de produire. En fait, ils sont en train de ramener les enfants aux fondamentaux du Burkinabè.
C’est ce que je voulais voir. Est-ce que cet esprit révolutionnaire intrinsèque-là est toujours là ? Et c’est maintenant qu’il faut le raviver. Donc, vraiment, on est satisfait.
C’est à nous de faire le reste du travail pour former les gens. Parce que comme c’était une révolution progressiste, le contexte a changé. C’est différent un peu de la révolution démocratique. Le contexte a beaucoup changé, le monde a évolué. Et la révolution progressiste doit s’adapter au monde actuel. Et cette transformation est en train de se mettre en rail.
Excellence, la Charte de la Révolution a été récemment adoptée par l’Assemblée législative du Peuple. Cette charte vous donne la possibilité de vous présenter à presque toutes les élections. Certains voient en cela une sorte de boulevard pour un pouvoir à vie. Qu’est-ce que vous répondez à cela ?
D’abord, je ne sais même pas pourquoi les gens ont ramené la question d’élection. Non, même dans l’ancienne Charte, c’était déjà dévolu. Ce n’est pas pendant le dernier vote qu’on a mis la question d’élection. Non, ça c’est ancien. Les gens ont ramené ça avec un certain état d’esprit. Non, nous on ne parle même pas d’élection d’abord. On a des défis ; il faut relever ces défis. On reste sur notre mot d’ordre. On ne va pas plier un peu.
Il faut que les gens oublient la question de la démocratie. Et ça, c’est un travail. Il faut leur dire la vérité. La démocratie, ce n’est pas pour nous. La démocratie telle que ces gens-là nous font voir, ne nous intéresse pas. On ne veut même pas de ça. Normalement, si on parle de démocratie à un Africain, celui qui vient pour parler de démocratie, il faut le fuir.
La démocratie tue. C’est ça la démocratie, c’est ce qu’on veut ? Regardez la Libye, c’est un exemple à côté de nous. Ils vivaient en paix non ? Ils vivaient en paix ; l’eau était gratuite, il y avait tellement de choses gratuites. Quand les gens se mariaient, ils avaient déjà des primes sociales. Mais aujourd’hui, les Libyens, il y en a qui se promènent avec des bidons pour chercher l’eau un peu partout. Regardez la misère qu’il y a. Combien de centaines de milliers d’enfants sont morts ? C’est ça la démocratie ? Partout où ils veulent installer la démocratie dans le monde, c’est dans le sang. Que Dieu nous épargne de cette démocratie.
Nous, nous avons notre modèle. On ne cherche même pas à ressembler à quelqu’un. Nous sommes venus pour changer carrément la manière de fonctionner, mais surtout les mentalités, pour que les gens ouvrent les yeux, voient le monde et que plus jamais on ne tombe dans ces travers-là. Les gens sont là. La démocratie, c’est de l’esclavage. Il n’y a pas de démocratie dans ce monde. Ils le font quand ils veulent et pour l’instaurer, ils tuent. La démocratie qui tue, nous ne voulons pas de cette démocratie. Que Dieu nous garde de cette démocratie-là.
On est concentré sur notre reconquête, sur notre refondation et sur la Révolution. C’est la seule voie pour se développer.
Excellence, la chefferie coutumière et traditionnelle a été réhabilitée. Cela témoigne de votre vision pour la paix et la cohésion sociale. Qu’est-ce qui est attendu de cette entité sociale ?
Oui, je l’ai souvent dit. En fait, la chefferie coutumière, c’est le lieu pour moi encore de les remercier, de les féliciter pour cet état d’esprit, parce que ce n’est pas facile.
Je dis souvent même, nous qui sommes jeunes, nous sommes nés dans un système. Et pour changer la mentalité de quelqu’un qui est né dans un système, c’est très difficile. La chefferie coutumière, les politiciens avaient réussi à les embarquer.
Et comme je l’ai dit, il faut dire la vérité, la politique en Afrique, en tout cas ce qu’on a vécu au Burkina, c’est … Un vrai politicien, c’est quelqu’un qui rassemble tous les vices : menteur, flatteur, quelqu’un qui sait bien parler, un beau parleur, il déplace les problèmes, c’est ça la politique. Et si vous embarquez la chefferie coutumière dans ça, quelle sera sa valeur ?
Mais aujourd’hui, nous avons décidé de les détacher totalement de l’esprit politique, de les ramener dans leur rôle. Parce qu’un chef coutumier, en termes de justice, vous avez vu la loi Faso Bu Kaoré que nous avons fait adopter. La chefferie coutumière est le centre de cette loi. Dans notre société, tout ne part pas devant le juge moderne en fait. Nous avons des mécanismes endogènes, par exemple, de régler nos problèmes sociaux.
Que ce soit des problèmes de vol mineur, jusqu’au meurtre, ça se règle dans nos sociétés. On veut remettre la chefferie coutumière dans ce rôle-là. Et une fois que vous arrivez à créer un espace de justice au sein de votre communauté, vous créez la cohésion sociale, vous créez l’entraide, la solidarité, vous créez donc l’amour entre vos sujets, et c’est ce qu’on demande. Donc il y a beaucoup de choses qui sont attendues d’eux. C’est qu’ils soient ceux-là qui transmettent nos valeurs endogènes à la jeunesse. Et montrer à nos jeunes comment est-ce que le Burkinabè d’antan faisait.
Jusqu’aujourd’hui, Dieu merci, nous avons pu conserver dans presque toute la communauté une architecture ancienne de comment nos sociétés fonctionnaient. Et donc c’est aux chefs coutumiers de faire ressurgir cette architecture-là, de l’implémenter, et d’aider le modernisme à faire la liaison. Donc c’est un rôle très complexe qu’on est en train de construire, mais je suis confiant avec l’état d’esprit qui s’est développé autour déjà, des discussions sur cette loi, qu’ils pourront réussir la mission.
Donc vous confiez un rôle complexe à la chefferie traditionnelle, et pendant ce temps il y a une loi qui a été adoptée également sur les libertés religieuses en tant que telles. Et je crois que cette loi a fait quand même pas mal de grincements de dents. Et souvent il y a des incompréhensions autour.
Ah bon ? Une loi qui n’a même pas encore été débattue à l’Assemblée législative, qui grince les dents ? Est-ce que les gens ont lu ? Quand il y a une loi, est-ce que ceux qui parlent de la loi ont lu la loi d’abord ? Est-ce qu’ils ont compris la loi ? L’Assemblée va convoquer bientôt les faitières religieuses pour discuter de la loi. Et donc ce sont les représentants, ce sont les responsables de différentes religions. Cela n’a pas encore été fait.
Ça ne s’est pas encore débattu, donc beaucoup de gens ne connaissent même pas le contenu de la loi. Mais comme je l’ai dit, il y a toujours des gens faciles à manipuler, d’esprit faible, qui ne cherchent pas trop loin, qui sont beaucoup ignorants. Il faut savoir que les propositions n’émanent pas même du gouvernement forcément, parce qu’il y a eu des concertations avant, avec beaucoup des communautés.
Cela fait plus d’un an de concertation avec les communautés, et donc il y a un certain nombre de réformes à l’intérieur, mais surtout d’organisations. Et je pense que c’est une loi qui protège plus les religieux. En ce sen, imaginez n’importe qui se lève aujourd’hui et s’autoproclame leader, il prêche comme il veut, ce qu’il veut. Il peut développer tout seul une idéologie, et il n’est sous le contrôle de personne. Cette loi permet d’organiser. Quand vous prenez au niveau des catholiques, il y a une faitière. Au niveau des coutumiers, il y a des faitières. Au niveau des musulmans, il y a des faitières. Et c’est cette faitière qui doit normalement organiser la vie dans la communauté.
Quelqu’un, par exemple, ne peut pas se lever, se donner des titres, et se mettre à prêcher ce qu’il veut. Si, par exemple, vous devrez être un imam, ou bien être un leader religieux qui doit prêcher quelque chose, dans la loi, il est prévu que votre faitière doit vous délivrer un papier qui authentifie que vous avez la capacité de pouvoir exercer ce que vous voulez exercer. Mais cela donne du poids au leader religieux. Au lieu que ce soit le désordre qui est installé là ; quelqu’un se lève, il construit sa mosquée et fait ce qu’il veut. Il construit son temple ou son église là-bas, il fait ce qu’il veut.
Donc c’est ce qu’on a essayé de réguler, quelque part. En gros, c’est donner du poids aux faitières, leur permettre d’organiser, chacun dans sa lignée, comment la religion doit se passer.
Excellence, les activités des partis politiques ont été suspendues, et par la suite, on a constaté leur dissolution. Alors, quel message se cache derrière ces décisions ?
Aucun message. La politique a pu faire quoi au Burkina ? Pas grand-chose. Ça nous a divisés, ça c’est une réalité. Même dans des familles, deux frères qui appartiennent à deux partis vont développer une haine sauvage, vous ne pouvez pas comprendre. Et ça c’est dangereux. En termes de développement, vous savez que la politique c’est comme une entreprise en Afrique.
C’est-à-dire, moi je suis président d’un parti, je vous recrute, vous êtes de beaux parleurs, de beaux trompeurs. On flatte les gens qui nous suivent, on a des opérateurs économiques à gauche et à droite qui nous aident à financer, et vous partez corrompre les gens. Une fois que vous êtes bien corrompus, si on gagne les élections, qu’est-ce qu’on peut faire ? Voler pour un retour sur investissement.
Et ces opérateurs qui vous ont financés, vous n’avez pas le choix. Vous êtes obligés de leur donner tous les marchés de l’Etat ; vous ne pouvez pas les faire payer la douane comme il faut, vous ne pouvez pas les faire payer les taxes comme il faut, parce qu’ils ont besoin d’un retour sur investissement. C’est ça, la réalité.
Même nous, quand on est arrivé, des opérateurs nous ont approchés aussi, pour nous financer. Nous ne sommes pas des politiciens. Si vous voulez donner de l’argent, c’est ce qui nous a amenés déjà à créer une commission de réception des dons, si vous vous souvenez.
Après, le FSP (Fonds de soutien patriotique) maintenant. Parce qu’on cherchait l’argent, mais on a dit, bon, comme vous en avez trop et que vous avez une sale habitude, donnez ! On prenait et on dépose au trésor dans un compte.
Maintenant, si après, tu viens derrière pour dire : bon, on vous soutient, j’ai mes camions à la douane, il faut nous aider à sortir. Généralement, c’est ce qui se passe. Ils vous expliquent même la méthode parce qu’ils vous disent que vous êtes jeunes, vous ne nous connaissez pas.
Ça ne marche pas avec moi. Tu vas payer toute la douane, tu vas payer toutes tes taxes comme il faut. Si tu veux faire chanter quelqu’un parce que tu as soutenu ou quoi, l’agent est au Trésor, et ça aide les combattants.
Donc, c’est à cette manière de faire la politique qu’on a mis fin. Il faut une nouvelle idéologie politique. Il faut une formation avant qu’on ne parle de politique, à notre manière. Donc, voilà pourquoi on a suspendu les partis politiques. Et après, on les a dissous.
Mais eux-mêmes, ceux même qui faisaient la politique, sont d’accord. La RPP ce n’est pas d’autres personnes. Ce sont les mêmes individus, mais je pense que les gens ont compris maintenant qu’ils étaient manipulés, qu’ils étaient sur la fausse voie.
Maintenant, on est en train de reconstruire quelque chose de nouveau. Donc, quelque part, ce ne sont pas des individus qui ont quitté. Ce sont les mêmes individus, mais je pense qu’il y a eu un déclic qui permet de repartir sur de nouvelles bases.
Donc, c’est dissous, les partis impérialistes, mais les hommes sont là, en train d’être reconstruits à mesure de lancer la machine Burkina Faso.
Excellence, l’ancien Chef d’Etat, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a été extradé du Togo pour des faits d’atteinte à la sûreté de l’Etat et des tentatives de déstabilisation. Quelle est la suite réservée à ce dossier ?
Alors, ce n’est pas la première tentative. Depuis qu’on est là, les tentatives sont là. Cette fois-ci, je pense qu’il y a eu des preuves accablantes qu’on a dû présenter, parce qu’il y a eu plusieurs tentatives de sa part. Installé au Togo, nous, on n’a pas cherché à l’extrader. Souvent, il nous venait de dire aux autorités togolaises, bon, voilà ce qu’il est en train de faire, il faut le conseiller. Parce que nous, quand il est parti, nous n’avons pas cherché aucunement à faire une chasse aux sorcières, comme on aime le dire. Vous savez, on n’a jamais ouvert un dossier de corruption, de quoi que ce soit contre lui, parce que c’est un principe pour moi. Un ancien chef d’Etat, s’il a été chef d’Etat, je ne vais pas emmerder quelqu’un sur ça, parce que c’est une responsabilité qui lui a été confiée.
Il a dirigé des millions de personnes, même si c’est pour un mois, il l’a fait. Donc, par respect pour cet esprit-là, que ce soit le Président Rock Marc Christian Kaboré ou Damiba lui-même, je n’ai jamais emmerdé quelqu’un. Pas pour autant qu’ils sont blancs. Il y a beaucoup de choses. Mais j’ai décidé de ne pas emmerder quelqu’un. Il devait aller se caser tranquillement au Togo.
Malheureusement, il est rentré dans une spirale où il faut coûte que coûte nous détruire. On a essayé de contenir cela. Mais quand vous prenez la dernière tentative, il y a des choses quand même très graves. Il disait à ceux-là qui devaient mener des actions qu’il y aurait beaucoup de morts. Ils n’ont qu’à tuer au maximum, parce que pour arriver à leurs fins, il faut tuer. Et de ne même pas s’en faire parce qu’ils ont des liens avec des terroristes aussi qui vont tuer beaucoup autour pour occuper les unités, pour qu’ils ne puissent pas venir vers Ouagadougou pour nous soutenir.
Donc, un truc planifié comme ça, où il devait tuer beaucoup d’innocents inutilement. Bon, nous avons envoyé toutes les preuves aux autorités togolaises. Il n’a pas pu nier. Je pense qu’il a été entendu là-bas par la justice. C’est réel. Donc voilà pourquoi on l’a extradé.
Maintenant, pour l’instant, il est là. Nous sommes en train de creuser. C’est un dossier très complexe parce qu’il y a beaucoup de choses autour. Ce qu’on a découvert, c’est que ça implique beaucoup de pays. Des pays qu’on n’imagine pas, qui étaient soi-disant amis. Ça implique beaucoup de personnes, beaucoup de personnalités à travers le monde.
On comprend qu’il y avait une grosse machine en fait. De toute façon, un juge l’a déjà vu. C’est lourd. C’est très lourd. Et nous, ça nous a donné beaucoup d’informations, beaucoup de leçons.
On va parler de la lutte contre la corruption qui bat son plein actuellement au Burkina Faso et qui donne des résultats. Mais certains estiment que ce sont des petits poissons qui sont pris pour le moment et que les gros poissons arrivent à passer à travers les mailles des caméras KORAG ?
Les caméras Korag, ce n’est qu’une partie. Mais attendez ! Quand l’affaire Tiegna a surgi, est-ce que ce sont les caméras KORAG ? Mais ce sont des milliards F CFA. Vous avez suivi ça quand même en direct. Mais ce n’est pas la seule affaire. Il y a beaucoup d’autres affaires qui se traitent. Mais c’est parce qu’il y a certains qui sont médiatisés. Donc, il y a des gros poissons qui sont pris. Mais soit le procès n’est pas public ou bien il y en a aussi qui ont volé, mais qui font ce qu’on appelle la transaction. C’est-à-dire qu’ils remboursent avec des pénalités. Ce sont les Financiers qui font le calcul. C’est parce qu’il y a ce mode aussi. Si tu voles et qu’on te prend, alors on peut décider de faire une transaction. Tu payes avec les pénalités qu’il faut. Et ensuite, s’il y a une peine à encourir, tu vas aussi la purger.
Donc, il y a beaucoup de procès qui se déroulent. La justice est très chargée actuellement. Mais c’est ce que vous voyez seulement parce que les petites corruptions entraînent aussi les grandes corruptions.
Parce que les petites corruptions frustrent les populations. Vous imaginez quelqu’un qui a un malade à l’hôpital. Il sort pour aller chercher un produit urgemment. La police l’arrête pour une infraction. Par exemple, on a mis un processus en place avec la Brigade Labaal pour qu’on n’arrête plus quelqu’un et prenne son engin, ou bien le garde sur place.
Non. Il y a une carte qu’on vous remet et vous partez. Mais si maintenant un agent refuse de faire cela, quelqu’un qui a son enfant ou un patient à l’hôpital qui est mourant, il court pour chercher une ordonnance. On a mis un processus en place pour que ce gars puisse rapidement avoir ses produits et partir. Mais vous passez par la corruption, vous gardez l’intéressé. Contrairement à ce qu’on dit, et vous exigez ce qu’il paye pour vous, votre poche, au lieu de le laisser partir. Donc c’est le préjudice que ça peut créer aux populations, c’est pour cela qu’on combat ça aussi.
Et c’est ce qu’on a montré publiquement pour que les gens arrêtent. C’est la même chose au niveau des services des domaines, les parcelles et autres. Vous pouvez partir avec toute votre misère possible de supplier, mais ils s’en foutent. Pourtant, la grande masse, c’est ce qu’on appelle les serviteurs du peuple, la Fonction publique un peu partout. Vous êtes là pour servir le peuple. Et si vous posez des actes à frustrer le peuple, à créer des préjudices au peuple, on ne va pas vous laisser.
Mais là, il faut qu’on le montre aux yeux de tout le monde. Pour que les autres ne tombent pas dans la même bêtise. Voilà pourquoi on filme et on montre. On a beaucoup de dossiers sur ça. Ce n’est qu’une partie qu’on a montrée. On a beaucoup de dossiers.
Mais aussi, les gros poissons, comme vous dites, il y a beaucoup de dossiers. Il y a beaucoup de dossiers qui sont traités au niveau de la justice. Les gens remboursent. Il y a beaucoup de choses qui se passent. Mais je peux dire que le phénomène a beaucoup baissé. On ne peut pas dire qu’on va l’éradiquer à 100%. Mais la lutte est implacable et ça produit des résultats.
Volet Economie et Développement
Excellence, le Burkina Faso a atteint des niveaux records en matière de mobilisation des ressources propres en 2025 avec plus de 2 300 milliards F CFA en dépit de la situation sécuritaire difficile. Quels sont les leviers qui soutiennent cette mobilisation record ?
D’accord, merci. La première chose qu’il faut dire, c’est la ressource humaine. Les félicitations vont à l’endroit de nos agents des Finances. C’est eux qui ont fait le travail remarquable.
Certes, nous avons parlé, nous avons amené des réformes, nous avons changé les mentalités. Mais c’est parce qu’ils ont incorporé ces mentalités qu’ils arrivent à faire le travail aussi. Sinon, vous pouvez faire beaucoup de réformes, avoir de beaux textes. C’est vrai qu’il faut prendre des mesures pour la mise en œuvre. Mais si la ressource humaine n’a pas capté le fondement, ils vont toujours chercher des voies et moyens pour contourner et vous n’allez pas avoir de recettes. Donc, comme j’ai dit, c’est d’abord eux qu’il faut féliciter parce qu’ils ont entendu, ils ont compris ce qu’on a dit et ils sont en train d’appliquer les textes qu’on est en train d’adopter. C’est ça qui amène toutes ces recettes-là.
Donc, félicitations et je pense que nous sommes en train de continuer les réformes pour qu’on puisse avoir le maximum de recettes. C’est ça qui permet d’équiper nos forces, de les former, de construire notre pays. Donc, les agents du ministère des Finances ont compris cela et ils font vraiment un travail formidable et on continuera de les encourager pour qu’ils continuent à se surpasser.
Même dans le même sens que la lutte contre la fraude, vous voyez qu’ils sont vraiment en train de s’activer et on les félicite pour ça. Si on ne le fait pas, on ne peut pas protéger nos industries, on ne peut pas protéger notre économie. Donc, s’ils s’étaient laissés aller dans les anciennes pratiques, on n’aurait pas pu atteindre ce niveau-là.
Monsieur le Président, vous avez lancé un gigantesque projet, celui de construction de l’autoroute Ouagadougou/Bobo-Dioulasso. Cela semble être un projet auquel vous tenez.
J’y tiens beaucoup. Comme je l’ai dit, ce n’est pas la seule voie qu’on va faire. Mais l’autoroute Ouagadougou/Bobo-Dioulasso, si vous prenez la route de Bobo-Dioulasso, regardez, depuis deux ans maintenant, le nombre de malheurs qu’on a sur cette route. La route est très petite. Il y a trop d’accidents mortels. Tous les jours, il y a des accidents mortels sur l’axe. On a besoin d’une route.
On a trouvé un projet qui existait, mais c’est deux fois deux voies. Quand je l’ai pris, j’ai essayé de voir quelles sont les entreprises qui se sont proposées. D’abord, ce sont les entreprises étrangères. Le coût de réalisation, 300 kilomètres environ, en deux fois deux voies, nous étions à 1 032 milliards F CFA, le moins cher. Moi, j’ai dit deux fois deux voies, c’est déjà dépassé. Deux fois deux voies, si un camion est en panne, il stationne, c’est fini.
Le nombre de voitures, le flux qu’il y a sur la RN1, c’est dépassé. Donc, j’ai demandé à ce qu’on fasse quatre fois deux voies. Et comme je l’ai dit déjà, souvent, nous avons ce complexe, ce malheur-là. Le noir ne croit pas en lui. Donc, quand j’ai dit quatre fois deux voies, il y a des agents du ministère qui ont souri. C’est impossible.
Ils disent d’accord. On met le projet en stand-by. Et donc, j’ai activé Faso Mèbo pour payer le maximum d’équipements. Jusqu’à tous les détails. Aujourd’hui, ils ont tout. Toutes les machines nécessaires pour faire la partie voie rouge. Toutes les machines nécessaires pour faire le bitume. Jusqu’au concasseur de granit, de carrière. Cela veut dire qu’ils sont totalement autonomes.
Donc, nous sommes en mesure de faire notre autoroute. Et après ça, il y a beaucoup d’autres autoroutes à réaliser. Moi, je veux que tous les chefs-lieux de région soient joints par des autoroutes. Toutes les sorties du Burkina doivent être des autoroutes. La route, c’est capital, et pour l’économie, et pour nos forces combattantes.
Le réseau autoroute du Burkina sera le plus dense en Afrique, tel qu’on a fait la projection. Et ça continue de venir. Nous avons encore près d’une dizaine de brigades qui doivent venir. Ce qui est venu ne vaut même pas 40% de ce qui doit venir. On va s’équiper sérieusement, pour faire un bond qualitatif en 5 ans.
La route est indispensable au développement. Les mines le sont autant également. Et on sait que le Burkina a fait un grand bond en étant dans le top 4 des pays africains producteurs d’or. Ce qui est très important. Et aujourd’hui, vous avez constitué votre réserve d’or. Alors, maintenant, M. le Président, quelle est la perspective que cela annonce ? La construction de cette réserve d’or ?
L’or est une valeur refuge, comme on aime le dire. Avec les devises qui ne sont pas stables, tout le monde est en train de chercher l’or pour faire une réserve. Parce qu’on ne sait jamais. Nous avons connu une petite période en 2023, où on a voulu nous bloquer sur tout.
Quand on a voulu acheter des drones, nos transactions ne passaient pas. On a cherché des voies et moyens, parce que, comme nos équipements, on est sortis du canal officiel d’envoyer les dossiers à la CEDEAO pour avoir l’autorisation. Quand on dit CEDEAO, ce sont les Français qui donnent l’autorisation d’acquérir telle arme ou pas. Nous, on ne voulait pas passer par ce canal. Donc, nos transactions aussi ont été bloquées, avec des arguments qui ne tiennent pas debout. Donc, on est là, la guerre est là. Et on veut des drones, on veut des armes. On ne peut pas. A un moment donné, c’était les hydrocarbures. Les transactions de la SONABHY ne passaient pas outre mesure.
Donc, ce sont des sanctions indirectes pour nous étouffer. Et en ce temps, des diplomates sont venus nous dire qu’on a intérêt à se changer de stratégie. Parce qu’on ne pourra même pas payer les salaires d’ici mars. Ça veut dire que dans six mois, on ne pourra pas, parce qu’on ne maîtrise rien de l’économie. Ils sont capables de tout.
Moi, je dis qu’il n’y a pas de problème. Attendez ! Donc, un jour, j’ai fait bloquer toute la production d’or de toutes les mines. J’ai fait rassembler tout. Et j’ai dit au partenaire de venir chercher l’or et nous envoyer nos drones. C’est ce qu’on a fait. Nos drones sont venus. Ils ont pris leur or et sont partis.
On a besoin de l’argent de quelqu’un ? Donc, l’or est important. Les gens ont besoin d’or. Nous aussi, on a besoin de quelque chose dans le monde.
Bref, ce n’est pas une manière de dire comment les gens vont faire. Mais cela demande du courage, c’est vrai. Mais c’est ce qu’on a dû faire pendant un temps donné. Et les gens ont compris. Ils ont une manière de passer. Ils ont levé le pied.
Et ces mêmes gens sont venus pour payer l’or avec nous. La BCEAO, je veux dire. Donc, l’or est très important. Je pense que chacun devrait faire une réserve d’or autant que possible. Nous, on ne maîtrisait pas notre secteur. On a vu les données. Mais nous avons créé tous les mécanismes pour aujourd’hui, plus ou moins, maîtriser le secteur de la production. Actuellement, on est en train de prendre des parts dans beaucoup d’unités industrielles qui existent. On a relu les contrats miniers.
En tout cas, on a une bonne ambiance avec ces gens qui sont là, qui exploitent. Et le Burkina va tirer profit de son or. Parce que partout en Afrique, c’est ça le problème ; vous ne pouvez pas comprendre que vous avez telle quantité d’or et on dit que vous êtes les plus pauvres. Vous êtes les derniers. Mais pourquoi ? Il y a des pays qui ont le pétrole ici, en Afrique. Vous partez dans les pays du Golfe. Ils ont le pétrole. Ils sont plus développés que les pays africains.
Mais on est maudit ? Il faut se poser des questions, les vraies et changer. Mais si les dirigeants ne veulent pas changer et que le peuple aussi accepte leurs conditions de misère, bon, qu’est-ce qu’on peut bien faire ? Nous ne voulons pas voir notre peuple dans la misère. Nous n’avons pas de pétrole, certes, mais nous avons de l’or. Le peu que l’or peut faire ou d’autres ressources, nous allons l’exploiter à bon escient pour que notre peuple connaisse le bonheur. C’est ça qui est notre cheval de bataille. Il n’y a pas de raison que des gens ont l’or dans le monde se développent nous on a l’or et on ne peut pas se développer.
On a fait un bon considérable en matière de maîtrise d’or ces dernières années. C’est satisfaisant et on va continuer comme cela. Jusqu’à reprendre le contrôle total de notre or. Voilà ce que je veux dire.
Justement, M. le Président, est-ce qu’on peut avoir une idée de la quantité qui constitue la réserve d’or du Burkina actuellement ?
Non, je ne peux pas vous le dire. Ce n’est pas quelque chose qui se dit publiquement. C’est quelque chose qui se garde secret. Même les pays qui prétendent qu’on vous dit qu’il y a combien de tonnes d’or, ce n’est pas vrai. La réalité, ce n’est pas ça. On ne vous dira jamais exactement. Si on sait exactement quelle quantité d’or vous avez en réserve, ça veut dire qu’on connaît vos capacités de change. On peut anticiper sur beaucoup de choses sur vous. Ce n’est pas ce qu’on a fait. On est en train de le faire. J’ai dit aux ministres tous les jours que Dieu fait et que c’est possible, acheter l’or. Donc chaque semaine, on continue d’acheter pour faire des réserves. Voilà. Et ça, c’est pour que quand on va vouloir traiter avec tout le monde, qu’on nous respecte.
Voilà. Il ne faut pas que quelqu’un va croire que si lui ne vient pas faire quelque chose, on n’est pas dans ce schéma. Si tu veux nous montrer que tu ne nous respectes pas, on te met de côté et on passe à autre chose.
Donc on continue de faire nos réserves, c’est pour le respect dans les échanges économiques demain. Et ça, c’est très important.
Vous avez inscrit votre gouvernance sous le signe du développement industriel. Et dans ce sens, beaucoup d’unités ont été lancées et d’autres viendront sûrement. Quelle est votre évaluation dans le domaine industriel ?
L’évaluation, je peux dire que c’est embryonnaire. On n’est qu’au début. Et je pense que je vais devoir me mettre à un exercice bientôt de communication avec mon peuple encore. Parce que les gens ne comprennent toujours pas. Les gens croient que l’unité industrielle, c’est forcément de grandes structures.
Les jeunes peuvent créer de petites unités industrielles, mais très importantes. Vous voyez, par exemple, je prends, quand vous vous levez le matin, la petite cuillère que vous avez dans votre café. Qui fabrique ça au Burkina ? Vous en connaissez ? On ne peut pas fabriquer ? Sûrement des petites machines qu’il faut payer pour que les jeunes se forment et puissent fabriquer.
Ça fait une entreprise aussi, non ? Il faut que nous regardions d’abord notre quotidien. Qu’est-ce qu’on fait tous les jours ? Qu’est-ce qu’il y a dans notre quotidien ? Et c’est là-bas qu’il faut puiser des idées. Tout ce qu’on avait l’air d’importer et que les jeunes puissent dire ça, on l’importe, on ne le fabrique pas ici ou on ne le fabrique pas assez.
Moi, je vais me lancer dans ça, monter un projet sur ça, chercher la connaissance sur ça. Et nous allons essayer de les accompagner. Donc l’industrie, ce n’est qu’embryonnaire.
On est au début. Actuellement, on a attaqué des secteurs qui nous permettent d’être un peu souverains. Parce que vous voyez, tout est importé ici.
Quand je parlais d’abord de ce que nous consommons, aujourd’hui, nous avons lancé par exemple la culture de blé. Et nous avons des usines qui font la farine de blé et toute qualité de farine qui peut faire le pain, les biscuits. Mais avant, on partait importer la farine.
Quand on a interdit l’importation, les gens ont fait des usines, mais ils partent payer le blé et ils viennent transformer. Mais aujourd’hui, on veut cultiver le blé pour pouvoir le faire. Vous savez quelle masse d’argent on conserve ?
Et parallèlement à cela, il y a des usines qu’on a aidées déjà à financer qui vont ouvrir bientôt, qui vont fabriquer tout ce qui est pâtes alimentaires, les spaghettis. Tout ça, on importe. Quand on prend nos pâtes, ça vient d’ailleurs. On ne fabrique pas ici. Mais ça, c’est notre consommation.
Le riz, on a déjà fait un bond incroyable. On cultive beaucoup, mais on a encouragé des gens à faire beaucoup d’unités de transformation.
Il y a beaucoup de qualité de riz au Burkina aujourd’hui. C’est ce que nous consommons. Prenez le maïs, le couscous. On cultive le maïs et on l’exporte brut. Ensuite, on part acheter le couscous ailleurs et on vient inonder nos marchés. Là, ça ne va pas.
Beaucoup d’unités ont ouvert. Beaucoup d’unités qu’on est en train encore d’encourager, si vous suivez l’actualité, c’est pour pouvoir transformer tout ça. Même la farine infantile, on commande tout de l’extérieur. Mais il faut qu’on quitte cela, qu’on transforme en matière première nous-mêmes et pouvoir donner de la valeur ajoutée.
L’huile. Comment est-ce qu’on peut exporter notre soja brut et ensuite aller acheter l’huile de soja à la boutique ? Il y en a tellement d’oléagineux. Mais pourquoi on ne le fait pas ? Il y en a même qui vont dire qu’il y a des maladies, et qu’ils ont besoin de l’huile de tournesol. Je dis qu’on cultive le tournesol.
On le fait. Il y a des usines déjà qui pressent l’huile de tournesol. Donc on est en mesure de tout faire chez nous. Mais pourquoi on doit aller payer ailleurs ? Donc c’est tout ça l’industrialisation. Aujourd’hui, vous voyez l’ananas. Moi je suis en train d’encourager des usines qui vont faire le jus d’ananas. Au lieu d’importer, c’est nous qui allons exporter. C’est beaucoup plus qualitatif que ce qu’on paye même. On payait ailleurs dans les pays côtiers. Donc il y a beaucoup de choses dans notre quotidien. Ce qu’on mange, ce qu’on porte, et tout.
Et quand on se lève le matin, on doit pouvoir se regarder. Moi j’ai porté ça ; c’est importé. J’ai dit non.
On va réaliser une usine qui va partir du coton jusqu’à cela. Ça sera prêt cette année 2026, s’il vous plaît à Dieu. Donc moi je ne veux plus être habillé par un fil qui vient de l’extérieur.
Parce que nous les paysans qui cultivent le coton, je ne peux pas accepter qu’on vienne imposer le prix du coton aux paysans pendant qu’on peut transformer. Et imaginez le nombre d’emplois que ça crée. Depuis longtemps on forme les gens dans les écoles de formation professionnelle technique, sur la mécanique, l’industrie, génie industriel. Ils sont assis au chômage. Ils partent faire génie industriel, mais après ils cherchent un concours de la fonction publique pour être administrateur quelque part.
Mais aujourd’hui s’il y a des industries, tous ces gens vont s’exprimer. Quand vous vous levez le matin, vous prenez votre moto pour aller au service, c’est importé. Même l’écrou, c’est importé, quand l’écrou tombe en route, il faut que vous payiez l’écrou.
Mais les écrous ce sont des petites machines qui peuvent le faire. Donc l’industrie, il faut que chacun comprenne, ça va de la petite échelle à la grande échelle. Donc quand on dit une industrie, ce n’est pas forcément des grandes unités.
Tous les jeunes peuvent créer des petites unités industrielles en regardant ce qu’on fait dans notre quotidien pour diminuer les importations. Et donc, on est à l’étape embryonnaire, on va communiquer et encourager. Voilà pourquoi on a restructuré les fonds, vous avez suivi en quatre grands fonds. C’est pour vraiment accompagner s’il y a des projets structurants dans des domaines industriels pour nous éviter les importations et les sorties des devises.
Monsieur le Président, je me permets de poser une autre question. Nous sommes justement dans la célébration des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne. Le slogan qui est construit autour de ces journées, la première phase, c’est « Mon assiette, ma fierté ». Alors, quel message justement au Burkinabè en lien avec ce slogan ?
Alors, il y a des choses que je ne peux pas dire jusque-là aux gens. Mais s’il plaît à Dieu, viendra un jour où je vais dire des choses pour choquer la conscience des Burkinabè et de l’Africain en général. On vient de faire une réforme récemment pour créer ce qu’on appelle le Food and Drug Administration. C’est-à-dire tout ce qui est nourriture et médicaments.
On est en train de moderniser un laboratoire pour faire tous les tests et les analyses possibles. Consommons ce que nous produisons ! Nos terres sont riches. Nos paysans sont braves. Produisons, transformons et consommons !
On n’est pas obligé d’avoir le luxe ou le modernisme que l’on cherche. Mais ce qu’on veut, on peut y arriver. Voilà pourquoi je dis souvent aux gens que je ne suis pas né à Ouaga 2000. Ce que je connais même habitude, c’est la bouillie le matin avec des galettes. Si je gagne ça, c’est bon. Si je ne gagne pas ça, je bois un thé et puis c’est fini.
Les croissants et autres là, ce n’est pas mon problème. Parce que le jour où je vais en tout cas faire de ça mon problème, mon habitude, il faut que le blé soit produit ici, par nos paysans, transformé ici, jusqu’à la boulangerie par nos paysans. Moi, je ne consommais pas de chocolat.
Mais aujourd’hui, je peux vous dire que souvent, il m’arrive d’envoyer les gens aller acheter du chocolat. Il y a un maître chocolatier au Burkina Faso à Ouaga. Maître Bayala. C’est là-bas seul que je peux peut-être dire que je vais prendre du chocolat. C’est tout. Il y a beaucoup de points de vente à travers le pays. Si quelqu’un cherche à savoir où j’achète, il ne saura pas. C’est pour dire qu’il faut qu’on soit conscient. Il faut produire au Burkina, consommer au Burkina.
Et en Afrique, il faut qu’on s’unisse et qu’on comprenne cela. Si on ne le comprend pas, c’est à nos risques et périls. Combien de gens aujourd’hui sont en train de devenir impuissants, infertiles. Nos ancêtres étaient comme ça ? C’est la réalité. Bon, ça va faire rire les gens, mais c’est la réalité.
Même les médicaments, trop d’infections, des antibiotiques par-ci par-là. On a eu la chance de connaître plus les racines. J’ai même dit à nos médecins et nos chercheurs de se concentrer sur nos capacités, nos plantes que nous avons là.
Qu’est-ce qu’il y a comme molécules qu’ils peuvent exploiter ? Ils sont là-dessus. J’ai eu des propositions où les gens ont demandé à ce qu’on paye un certain nombre d’équipements qui leur permettent de faire la recherche à fond. Moi, je préfère ça.
Il faut faire attention. On a cherché à nous exterminer, et ce n’est pas aujourd’hui qu’ils vont arrêter. Donc, mon assiette, ça doit être mon combat de tous les jours. Et même l’assiette dans laquelle on met la nourriture, la porcelaine et autres, tout le monde en consomme. Est-ce que c’est fabriqué ici ? On peut le faire, ce n’est pas l’argile qui nous manque. Voilà un peu ce que je peux dire sur cette Journée d’engagement patriotique.
Il faut que nous redevenions nous-mêmes et que nous puissions assumer ce que nous produisons, et c’est à cette seule condition que nous allons perdurer. Ce que j’ai dit, va faire couler beaucoup d’encre, ne va pas plaire à certains. Mais la réalité, là, personne ne veut voir nos populations évoluer.
Et pourtant, nous, on se projette dans 10 ans, le Burkina atteindra 50 millions. Ou bien ? Et faites des enfants, on en a besoin. Mais nos terres sont riches et on va travailler. Et c’est surtout ça. Voilà un peu ce qui m’a motivé. Et on va continuer dans ce sens.
Monsieur le Président, le Burkina avance, en tout cas, à grand pas sur le chemin de l’autosuffisance, de l’industrialisation. Mais comme vous l’avez dit, il faut beaucoup produire localement. Et pour pouvoir produire, il faut que les industriels et les producteurs locaux puissent être appuyés. Où en êtes-vous avec l’allègement de la dette intérieure, le poids de la dette intérieure ?
Oui, là, on a fait beaucoup d’efforts, quand même. On a fait beaucoup d’efforts. Je me rappelle, en 2022, c’était une question cruciale. Chaque fois, c’était des plaintes. Donc, finalement, j’ai demandé à voir la situation. Quand le ministre, qui était nouvellement nommé a pris, il a dit « Ah, il y a des dettes de plusieurs années ». Des entreprises qui ont fait des compressions. Il y a des entreprises qui étaient en train de couler même. J’ai dit, mais là, ce n’est pas simple. Pourtant, nous, on doit financer notre guerre. On doit payer des équipements. Alors, j’ai dit, c’est ce qu’on va faire.
Au premier semestre, on va se concentrer, payer beaucoup d’équipements et on va s’y réorganiser. Dans un trimestre, voilà des textes qu’on va prendre en termes de taxes. On a essayé de faire un travail.
Et à partir donc du deuxième trimestre 2023, il faut grouiller de sorte que quand on finit l’année 2023, qu’il n’y ait plus de dettes de 2022. Il n’y a que des dettes de 2023. On a essayé, mais il y avait des grandes entreprises, toujours, qui avaient des dettes de 2022 qu’on n’a pas pu payer.
Et petit à petit, je suis ça, en fin d’année, est-ce qu’il y a des dettes de l’année N-1 ? Donc, quand je prends 2025, en décembre 2025, il n’y avait aucune dette de l’année N-1. Au contraire, j’ai dit de prioriser les entreprises qui n’ont pas trop de grosses factures. Et donc, ça, souvent, trois mois, maximum, six mois, on éponge ça.
Donc, ce qui veut dire qu’on a quitté un volume de dettes intérieures de plusieurs centaines de milliards qui traînaient des années et on a pu rattraper tout, aujourd’hui où je parle. Donc, il y a des grandes entreprises, toujours, qui peuvent avoir des factures qui vont durer jusqu’à six mois. On se dit que quand on regarde leur chiffre d’affaires, ils peuvent tourner avec.
Mais on fait l’effort pour que les petites entreprises, il n’y ait pas de dettes qui puissent traîner, pour les permettre de fonctionner. Donc, de gros efforts ont été faits et on continue de suivre ça, en tout cas, pas à pas.
L’énergie joue quand même un grand rôle dans le développement industriel. Cette année, on constate qu’il y a plus de délestages par rapport à l’année passée. Alors, des gens se posent la question de savoir qu’est-ce qui est fait pour mettre fin à cette situation ?
Alors, comme je l’ai dit, la souveraineté énergétique, on vient de très loin. Il y a beaucoup de choses qui sont faites. Mais regardez, on a lancé plusieurs projets cette année. Et on espérait avoir tous nos groupes électrogènes avant janvier. Mais si vous avez constaté, il y a des groupes qui sont rentrés il n’y a même pas quelques jours et ça continue de venir.
Vous voyez ces gros engins qu’ils transportent sur les longs porche-chars. Vous suivez souvent quand ça rentre. C’est pratiquement au pas d’un homme que ça évolue.
Pour quitter le port, même pour être à Ouagadougou, c’est au minimum un mois, ça avance à un rythme très lent. Malheureusement, c’est venu en retard. Il y a des groupes même qui sont toujours au port qu’on n’a pas pu encore faire rentrer.
Donc, même ceux qui sont rentrés aussi en février et mars là, je ne vais pas vous mentir, on ne peut pas tout monter en si peu de temps. On était trop dépendants. On importait, c’est-à-dire la tendance était l’importation du Ghana et de la Côte d’Ivoire : Plus de la moitié de notre énergie. Voilà pourquoi on a décidé de construire nos centrales nous-mêmes pour être autonomes.
Et ça, c’est en cours. Et là aussi, comme je l’ai dit, il y a beaucoup de choses. Vous savez, des bateaux ont été déviés à un moment donné à cause de certaines situations de conflit. Quelque chose qui devait venir en 45 jours, on se retrouve maintenant à 70 jours ou plus.
Arrivés au port encore, c’est de la gymnastique. Donc, il y a des centrales qui sont en train de naître et le programme, c’est de mettre en place une centrale dans chaque région. Au lieu de se concentrer sur Ouagadougou et Bobo-Dioulasso pour desservir, on veut rendre autonomes les régions.
Et donc, il y a plusieurs centrales qui sont en train d’être installées. Je pense qu’à Koudougou c’est presque fini, à Tenkodogo, un peu partout, les centrales seront installées.
Il y a d’autres villes qu’on a ciblées même pour les centrales. Donc, on espère pouvoir résoudre la question de l’énergie. En tout cas, dans le délai le plus bref qu’on puisse y aller, tant qu’on n’a pas d’autres contraintes à l’international, parce que tant qu’il n’y a même pas d’énergie, notre rêve d’industrie, ça ne peut pas avoir lieu. C’est impossible. Les industries, ça consomme.
Il y a aussi notre ligne de transport qu’il faut tout changer. Et le changement de ces réseaux seulement, c’est des centaines de milliards. Il faut commander tous ces câbles et construire.
Et si vous remarquez dans la ville et un peu partout, on est en train de construire des lignes. Donc, tout ça, c’est un chantier. Il y a la production, il y a le transport qu’il faut reconstruire totalement. Et on est sur ça, pour pouvoir avoir une énergie propre à nous, pure qui se transporte avec beaucoup de sécurité et qui sera stable pour nos industries.
Excellence, en février 2023, l’Etat a créé l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC), en vue de la mise en œuvre de l’actionnariat populaire. Comment appréciez-vous le chemin que vous avez parcouru ?
Ok, c’est vrai. Il faut dire que l’APEC est née d’une volonté. L’APEC a été combattue, continue d’être combattue. Nous avons tout vu. Nous avons même pris des gens en flagrant délit, en train d’écrire dans les rues, de déchirer les affiches de l’APEC. Ils ont été envoyés par des gens pour le faire. Beaucoup d’opérateurs économiques ont combattu l’APEC. Les banquiers ont combattu l’APEC. Ça, c’est une réalité. Ils ne peuvent pas le nier.
Si nous n’avons pas agi d’une certaine manière, ce n’est pas parce qu’on n’a pas des choses sous la main. Mais nous avons évité cela parce que nous voulons réaliser pour qu’ils voient. Et donc, dans la communication, l’APEC a été sabotée aussi. Si déjà par des actes physiques, ils sabotent, ce n’est pas par la communication. On paye les gens pour parler sur les réseaux. En fait, pour dénigrer. Donc l’APEC est née et a fait face à cette vague d’hostilité. Mais, ils ont pu grouiller, traverser la tempête. Mais déjà, ils ont pu réaliser la première unité. La deuxième unité est presque finie à Tenkodogo.
Pour la première mine de l’APEC, tous les équipements sont là. S’il plaît à Dieu, dans quelques jours, ils vont couler les premiers lingots d’or parce qu’ils ont déjà extrait le minerai.
Ils sont en train d’installer l’usine. Et la deuxième mine va rentrer en travaux dans peu de temps aussi. Et ainsi de suite, on va leur donner des unités semi-mécanisées. Cela leur permettra d’avoir de la rentabilité très vite, mais de réinvestir ça dans les unités industrielles. Vous avez vu qu’ils ont lancé l’unité de transformation des piments à Banfora. Donc, il y a un travail qui est en train d’être fait pour qu’ils puissent exploiter aussi l’or, mais aussi utiliser ça pour lancer plus rapidement les unités industrielles.
Actualité confédérale
Monsieur le Président, au mois de décembre dernier, vous avez pris les commandes de la présidence de l’AES. Et vous avez beaucoup de priorités. Vous avez vraiment beaucoup de choses à faire. Et aujourd’hui, peut-on savoir un peu, trois mois après, quelles sont les grandes priorités de votre mandat ? Puisque le mandat, c’est un an.
Je pense que vous avez connaissance de la feuille de route, je suppose. Les experts se sont réunis, se sont mis d’accord sur une feuille de route. Et c’est ce qu’on va essayer de dérouler. Dans quelques jours, le chef d’Etat-major doit être là pour les premières grandes opérations. Il faut que la Force unifiée ait ses vecteurs.
Là, si elle décide d’intervenir quelque part, c’est avec tous ses moyens. Et donc, par exemple, sur ce volet, on est en train de rapidement renforcer la capacité, parce que quand on parle de la capacité, il faut une puissance autonome. Et ça, c’est très important.
Donc, il faut ça, et le mettre en opération pour les très grandes opérations au niveau de tout l’espace. Ça, c’est une tâche importante. Deuxième chose, il y a aussi la question d’intégration.
Parce qu’il ne faut pas qu’on dise intégration et qu’on se comporte comme les autres organisations. L’intégration doit être réelle. Et ça, je suis en train de préparer un texte pour qu’on mette les bouchées doubles et empêcher les tracasseries entre nos différents pays, que ce soit aux frontières ou à l’intérieur, parce qu’il ne faut pas se faire de l’illusion hypocrite des autres organisations africaines. Quand on dit intégration, c’est intégration. On a beaucoup de retours au niveau des frontières.
Les gens sont emmerdés. A l’intérieur des pays, même souvent, les gens sont emmerdés. Donc ça, moi j’ai réfléchi à un mécanisme pour qu’on mette fin à ça. Il faut que les forces des trois pays soient ensemble dans tous les pays. Dans les ambassades, dans les frontières, on va faire ce mécanisme. Et qu’on lutte efficacement contre la corruption.
Si un agent se fait prendre dans la corruption, dans le passage, dans les contrôles, il faut qu’on ait le courage de le mater avec la dernière énergie. Le radier parce qu’il ne mérite même pas de porter nos tenues. Et l’autre volet, c’est l’économie, le développement.
Je pense qu’il y a un bon nombre de chantiers qu’on est en train de mettre en œuvre. Et ça, c’est une bataille parce que c’est l’économie qui tient le monde. Et là aussi, nous avons un gros challenge qu’on va relever s’il plait à Dieu.
Excellence, le 12 mars 2026 dernier, le Parlement européen a adopté une résolution pour la libération de l’ancien-Président Mohamed Bazoum. Vous avez déjà produit un communiqué. Est-ce qu’il s’agit d’une ingérence dans les affaires de la Confédération ?
Forcément, c’est une ingérence. Le Niger appartient à l’Union européenne ? Ils n’ont qu’à rester tranquilles chez eux. Est-ce que nous, on s’est déjà ingéré dans leurs affaires ? Bazoum, est-il Nigérien ? Ou bien il est devenu Européen ? Qu’ils nous disent, si c’est un agent qu’ils avaient placé qui n’est pas Nigérien, qui est venu pour une mission, ils n’ont qu’à nous dire si on va remettre leur agent, on va voir ce qu’on va faire avant de le leur remettre ou pas.
Il faut que ça s’arrête maintenant. Que les gens arrêtent de se comporter comme si on était au temps de la colonisation. Et c’est ça aussi que nous sommes en train de décrire, de combattre avec beaucoup de dirigeants africains.
Regardez-nous ! Même l’Union africaine, n’appartient pas aux Africains. Ils sont dictés. Ce qu’on dit de faire, ils font. On dit de faire tel communiqué, ils font. Même le bâtiment de l’Union africaine, vous savez que ce n’est pas construit par les Africains. On n’a pas honte ? Et tant qu’on va montrer cette posture-là, ils vont continuer à se comporter comme ça. Parlement de l’Union européenne, occupez-vous des problèmes de l’Union européenne !
Les populations là-bas ne souffrent pas ? Les paysans là-bas souffrent. On les voit, ils bastonnent leurs paysans dans les rues avec des accords bizarres. Ils n’arrivent même plus à survivre. Des gens se suicident là-bas. Occupez-vous de vos problèmes !
Lutter contre vos oligarchies qui appauvrissent vos populations ! Au lieu de venir ici dire que … Ils n’auront plus l’énergie d’Afrique. En tout cas, si c’est de chez nous ici-là, on va se battre pour qu’ils n’aient plus rien ici.
Si vous voulez, vous venez, vous coopérer en bonne et due forme. Si c’est pour venir nous piller, jamais ! C’est ça la bataille, c’est l’énergie. L’uranium, le pétrole, même notre or. Pendant longtemps, vous avez pillé là-bas.
Et voilà, ils sont dans le noir ; vous, vous êtes dans la lumière et vous faites tout ce que vous voulez. Mais attendez ! On se prépare.
M. le président, au sein de l’AES, c’est une vision commune. On parle de la même voie. Et ce sont des actions communes qui sont menées ensemble. Cela a été constaté à plusieurs reprises. Sur le plan diplomatique, est-ce que, quelque part, le bilatéral peut-il primer sur le Confédéral ?
Alors, là-bas, il faut que, peut-être, on soit un peu plus tranchant pour dire que c’est vrai. C’est une Confédération ; chaque pays peut développer ses relations bilatérales. Mais, quelque part, si ça doit avoir un impact sur la Confédération, il faut qu’on puisse freiner. Et cela demande de la sincérité d’abord entre nous dirigeants, de la sincérité dans nos politiques internes, et de la sincérité pour pouvoir éviter qu’un cheval de Troie se glisse à travers une coopération bilatérale dans l’organisation. C’est un sujet qui est d’actualité, que nous-mêmes, on se concerte là-dessus. Et je pense que, d’ici là, on aura une résolution très claire là-dessus pour que le bilatéral ne prime pas sur le Confédéral.
Excellence, l’agence d’exécution de l’AES est aussi l’un des instruments les plus attendus. Alors, où en êtes-vous avec sa mise en place ?
Oui, on est en train même de modifier l’agence d’exécution. Nous voulons que ce soit comme un bureau d’études en fait. Parce que le modèle, ce qu’on a dit dans l’AES, il faut éviter de faire ce qu’on faisait qui ne marche pas. Si vous suivez la feuille de route, vous allez voir qu’on n’a pas mis en place l’agence d’exécution, je pense, j’avais dit de mettre en place une agence d’études, parce qu’il faut encore restructurer et armer pour être une force de proposition. En termes d’agriculture, qu’est-ce qu’on devrait faire, les trois pays ? Parce que ce n’est pas évident que tout le monde produise la même chose, de toute façon, pas le même climat même.
Donc, il peut y avoir des choses qui peuvent être produites dans un pays, d’autres dans l’autre, maximisées et après, le plus important, c’est le marché qu’on va fédérer. Je pense que c’est une meilleure formule qu’une agence d’exécution.
Je sais que beaucoup d’actions sont faites. Il y a la force commune dont vous avez parlé, mais est-ce que quelque part, monsieur le président, aujourd’hui, il ne serait pas temps qu’on puisse voir également au niveau confédéral ce processus de dialogue doctrinal afin de désintoxiquer tous ces jeunes qui sont endoctrinés alors qu’au fond, on parle de la religion, mais ces terroristes-là ne sont pas des religieux en tant que tels.
Oui, il faut un travail, mais nous essayons nous-mêmes de communiquer beaucoup sur ça, pour que les jeunes comprennent. Quand nous montrons même les images de certaines opérations, c’est pour que les jeunes comprennent qu’il n’y a pas d’avenir. Mais vous savez, le travail d’endoctrinement de l’Afrique a été profond, très profond.
Quoi qu’on dise, il y a plein de jeunes qui rejoignent ces mouvements terroristes-là au nom de la religion. C’est une réalité indéniable. Si on passe à côté, on ne se dit pas cette vérité, on aurait échoué.
Donc, il faut qu’on mette même les leaders religieux aussi sur le travail. Ici, nous avons mis les gens sur un projet de discours alternatif. Et on va les corriger, on va imposer un discours. C’est ce qui doit être prêché partout, parce que l’extrémisme est dangereux. Et c’est l’extrémisme qui amène les gens à rentrer dans ce genre de mouvement. Il y en a nombreux là-bas qui y croient.
J’ai fait le terrain, aujourd’hui les jeunes soldats sont sur le terrain. La réalité, c’est quoi ? Vous ne pouvez pas détruire une base terroriste sans trouver des livres coraniques. Pourquoi ? C’est stratifié là-bas. Ceux-là qui sont là, qui combattent sur le terrain, ils sont nombreux à combattre parce qu’ils croient que c’est la religion. C’est ce qu’on leur dit. Et leurs chefs les endoctrinent pour ça. Les imams viennent un peu de partout, leur faire des prêches dans la brousse pour les endoctriner dans le sens de la religion et faire comprendre que les autres sont des mécréants qu’il faut les tuer.
Ils ont ces livres-là dans la brousse, ils lisent ; les autres sont des mécréants, il faut les tuer. Mais leurs chefs savent bien ce qu’ils font. Et ils sont bien couchés, bien lotis.
Très souvent même, ce sont des gens qui font tout ce qui est contraire à ce que la religion leur dit. Vous allez trouver qu’en matière d’adultère, ce sont des champions, en matière d’alcool, de drogue, ce sont des champions.
Et leur travail, c’est politique. Ils savent ce qu’ils font parce qu’ils sont tenus par les impérialistes pour détruire nos nations. Et ils sont bien lotis.
Leurs enfants, leurs familles sont bien gardées quelque part. Mais ils vont endoctriner ces idiots sur le terrain-là, ceux qui tiennent les armes-là. Et ils croient vraiment que c’est la religion.
C’est pourquoi nous devons développer des mécanismes pour que les gens puissent prêcher à tout bout de champ pour faire comprendre que ça ce n’est pas la religion. Et ça c’est impératif, je suis d’accord avec vous. C’est en cours. Il faut qu’on ait un document unique et que partout, on puisse prêcher la même chose.
Peut-être que ça va aider certains qui sont convaincus de cette chose-là, de freiner et de ne plus aller vers ça. Parce que même dans nos villes, ce n’est pas rare de croiser des jeunes dans nos rues qui trouvent que vous êtes un mécréant. Et tellement ils vous méprisent, ils ont même envie de vous tuer. Et il se dit dans sa tête que s’il vous tue même, il part au paradis. Des gens comme ça, ils sont prêts à prendre les armes, tuer, soi-disant, des mécréants. Mais il a été endoctriné.
Donc c’est le travail inverse qu’il faut qu’on fasse. Donc en tout cas, on est en train de travailler là-dessus pour avoir un document. Et chaque fois que les gens doivent prendre la parole, prêcher, ils doivent pouvoir prêcher pour désarticuler un peu leur discours. Et là, je pense que ça peut faire aussi une avancée dans le recrutement, dans les groupes terroristes.
Monsieur le président, peut-être une dernière question sur ce volet avec ce qui se passe aujourd’hui au Moyen-Orient, notamment au détroit d’Hormuz. Est-ce qu’il y a des possibilités que la fermeture de ce détroit et bien entendu la guerre qui s’y mène puisse avoir des conséquences sur nos économies, les économies des pays de l’AES, notamment en ce qui concerne le pétrole ?
Oui, forcément. Il y a déjà des conséquences. Au Burkina, on essaie de contenir. Vous savez que c’est subventionné tout ce qui est essence, gasoil, gaz. En fait, le prix auquel on paye ce n’est pas le prix auquel on vend aux populations. Donc l’Etat subventionne.
Et l’Etat subventionne, c’est à travers quoi ? Ce sont nos propres richesses qu’on exploite là encore qu’on essaie aussi de garantir pour subventionner ce genre d’hydrocarbures. Il y a déjà des conséquences. Le prix du baril est monté. La ressource même se fait rare, parce que les pays qui arrivent à exporter ont augmenté le prix.
Donc on paye beaucoup plus cher. Mais bon, on essaie de toujours maintenir le même prix que ce soit au niveau du gaz ou de l’essence. Et nous espérons que la situation se résolve. Sinon, s’il y a un coup sur l’énergie, il y a forcément un coup sur l’industrie, un coup sur les matières premières, un coup sur tout ce qui est importé parce que le transport devient plus complexe.
Donc tout augmente normalement. Jusque-là, nous faisons des efforts pour que les populations ne ressentent pas les effets de cette guerre. Malheureusement, nous ne produisons pas de pétrole dans l’espace confédéral.
Le Niger, en tout cas, est en exploitation. Il y a un projet d’ailleurs qu’on a mis sur la table pour voir comment est-ce qu’il ne faut pas que l’on se concentre sur notre production ici. On attend des propositions de la part du Niger qui disposent de la ressource.
Comment il faut faire, qu’on développe peut-être des raffineries très grandes pour exploiter ce qui est dans notre sous-sol pour nos populations et tout ? Là, ne plus dépendre de l’importation. Sinon, quand un pays produit du pétrole et encore importe des produits pétroliers, bon, c’est un peu bizarre. Mais en Afrique, c’est la mode. Tous les pays africains qui produisent du pétrole, la plupart importent du pétrole. Parce qu’on exporte brut et on importe le fini. L’énergie, c’est la base de tout.
Même les engrais. Le prix va monter parce que beaucoup étaient importé à partir de ces pays-là. Mais le prix va monter. Mais on essaie de contenir toujours. Cela a un impact considérable sur nos économies. C’est une réalité.
Actualité africaine et internationale
Monsieur le président, quelle est la vision de votre pays ?
La vision globale du Burkina, c’est ce que vous voulez dire ? Alors, merci et soyez les bienvenus. Je pense que vous êtes dans le pays qui prône aujourd’hui la souveraineté. La souveraineté nationale, l’indépendance totale. Parce que vous n’êtes pas sans savoir que notre pays a été colonisé comme beaucoup de pays africains, mais aujourd’hui nous sommes en train de nous exprimer. La lutte pour la souveraineté et l’indépendance sont le moteur de notre combat.
Que signifie votre Révolution en pratique ? S’agit-elle d’une révolte contre l’Occident ou d’un changement national ?
La révolte contre l’Occident, non. L’Occident, il ne faut pas mélanger les choses. J’aime dire de faire la distinction en tant que révolutionnaire entre les peuples et les politiques. Ils sont nombreux en Europe, en Occident, qui nous soutiennent dans notre combat. Nous voyons à travers les peuples et nous voyons même à travers vos plateaux télé et tout, beaucoup de gens qui interviennent, qui soutiennent notre combat de liberté. Et je pense que tout le monde y a intérêt. Mais maintenant, les politiques de certains pays peuvent être opposées à notre idéologie.
Et la Révolution, logiquement, va combattre cette idéologie parce que nous voulons nous affirmer. Il y en a qui ne veulent pas qu’on s’affirme, qui veulent nous maintenir dans l’esclavage, dans l’aliénation. Non ! La Révolution combat cela. Voilà un peu notre ligne de conduite.
Comment définissez-vous la contribution spécifique du Togo à la consolidation de l’Alliance des Etats du Sahel ? Considérez-vous le Togo comme un partenaire stratégique de cette nouvelle architecture, bien qu’il ne soit pas membre de l’AES ?
Le Togo est un pays frère. En tout cas, je tiens à remercier beaucoup le peuple togolais et leurs autorités. Je peux dire que le Togo est un partenaire plus que stratégique. Moi, je ne parle pas de partenaire stratégique, je parle de pays frère ; parce que lorsque des gens cherchent à vous étouffer, à vous tuer, et qu’un frère peut vous aider, je pense que la fraternité ne dépasse pas cela. Pendant les moments difficiles, le Togo a toujours pris sa position.
Jusqu’aujourd’hui, le Togo a sa position, sa ligne de conduite qui soutient l’AES. C’est un pays frère, c’est plus qu’un partenaire. Le Togo a posé beaucoup d’actes, que ce soit sur le volet économique, à travers la route maritime, certes, mais même dans le volet de la défense. Le Burkina Faso, par exemple, et le Togo, nous avons une coopération très étroite dans la lutte contre le terrorisme. Il faut s’en féliciter. Nous sommes au-delà de ce que les gens peuvent imaginer, je le disais souvent.
Aujourd’hui, les deux armées, les réponses, les planifications ne sont plus au niveau étatique. Ce n’est pas comme avant quand un avion au Burkina doit intervenir, ou un avion togolais doit intervenir, il faut qu’on appelle jusqu’à la Présidence, avoir les autorisations de traverser le front. Non. C’est au niveau local. Ce n’est même pas l’Etat-major, c’est carrément au niveau local. Donc, les forces cohabitent. Donc, vous voyez que c’est un partenariat exceptionnel. C’est de la fraternité, c’est tout ce qu’on demande.
Et ce partenariat s’est renforcé, peut-être sans doute, avec l’extradition de l’ancien Président, Paul Henri Sandago Damiba ?
Oui, renforcé, c’est trop dire. C’était déjà fort. Ce n’est qu’une suite logique. Le Togo ne peut pas être en fraternité avec nous et laisser sur son sol quelqu’un qui cherche à détruire ses frères. Donc, c’est nous qui avons souhaité que le Togo le garde depuis longtemps. Cela n’a pas commencé maintenant, mais à un moment donné, avec des preuves assez accablantes, les autorités togolaises ont décidé de le renvoyer pour qu’il ne soit pas un obstacle à notre avancée. Donc, c’est à saluer.
Vous l’avez déjà rencontré depuis son extradition, en tête-à-tête ?
Pourquoi ? Non, je n’ai pas à le faire. Il est entre les mains de la justice. Je ne l’ai pas fait.
On dénombre au moins cinq tentatives de coups d’Etat contre vous. Qui veut vous tuer et pourquoi ?
Vous en avez dénombré cinq. Il y en a beaucoup plus. C’est ce qui est peut-être dévoilé. Tous les jours, il y a des gens qui cherchent coûte que coûte à ce que nous ne soyons pas là. Ceux-là qui veulent nous voir disparaître, ce sont ceux-là que nous appelons les esclaves de salon.
Ce sont ceux-là qui vendent l’Afrique, qui ne veulent pas que l’Afrique soit libre. Ce sont très souvent des Africains qui sont aliénés et qui sont exploités. Aujourd’hui, vous êtes Italien. Regardez le flux de migration qu’il y a vers l’Europe et surtout l’Italie. Je tenais d’ailleurs à saluer vos autorités pour l’humanisme dont ils font montre très souvent. Nous avons vu des pays qui, s’ils ne le font pas exprès pour faire renverser les barques, ils ne vont pas les sauver.
Il y a beaucoup d’organisations humanitaires en Italie qui font beaucoup de choses, que je suis, que je salue beaucoup. Beaucoup d’Africains sont en Italie. Mais nous, notre philosophie, ça nous fait mal de voir nos jeunes partir dans ces risques vers l’Europe.
Un jeune Africain pourrait prendre son avion, aller faire son tourisme en Europe, un peu partout, mais pas prendre le risque de monter dans une barque, se faire tuer dans l’Océan éventuellement pour atteindre l’Europe, soi-disant, qu’ils cherchent l’Eldorado, le travail, rien que pour survivre. Nous, nous ne voulons pas voir ça. Nous voulons combattre cela. Nous sommes de ces dirigeants qui veulent créer les conditions pour que nos jeunes travaillent ici. Au lieu d’aller rester dans les rues des autres, à mendier. Et très souvent, il y en a qui arrivent à des comportements, pas en tout cas sains, dans vos sociétés là-bas. Nous ne voulons pas voir ça. L’Africain n’est pas un sous-homme.
Mais dans ce même cadre, les pays qui veulent nous voir dans l’esclavage, qui veulent nous maintenir, ont leurs suppôts ici. Leurs valets locaux, leurs répondants. Et ces gens sont prêts à tout pour nous voir éliminés.
Et voilà malheureusement le contexte de l’Afrique. Et ces individus, tous les jours que Dieu fait, lorsque nous sommes vivants, ils ne sont pas contents. Et donc c’est un combat permanent et continuel.
Qui sont les impérialistes ?
Les impérialistes, il n’y a pas un visage qu’on peut leur coller. C’est une mentalité. Ce n’est pas une question de couleur de peau. Je le disais tout de suite. Les peuples européens nous soutiennent beaucoup. Beaucoup de dirigeants européens nous soutiennent même d’ailleurs. J’ai entendu notamment un de vos dirigeants, qui depuis longtemps a tiré la sonnette d’alarme, qui a dit que le fait que la France exploite l’Afrique avec son Franc CFA, crée ces vagues de migration vers les pays européens, notamment vers l’Italie. Elle a parfaitement raison. C’est la situation comme ça.
Donc vous voyez que c’est en Europe, mais tout le monde ne comprend pas la chose de la même façon. Donc l’impérialiste, c’est l’individu qui veut dominer l’autre, qui veut maintenir l’autre dans l’esclavage, qui opprime les autres. Il peut être noir, il peut être blanc, il peut être africain, il peut être européen, il peut être américain, il peut être asiatique, il peut être de toutes les nationalités. Mais tout individu qui a cette envie-là d’opprimer les autres, de maintenir les autres dans la domination, c’est un impérialiste.
La liberté individuelle peut-elle être intégrée dans votre Révolution en vue d’une souveraineté totale, la liberté d’aller où l’on veut, de s’exprimer librement, de s’opposer à votre pouvoir ?
Ah oui, voilà vous avez très bien fait d’être venue, les médias européens passent le temps à mentir en Europe. Comme si ici, les gens se promenaient avec des haches et des gourdins. Lorsque tu ouvres la bouche, on te frappe. C’est faux. Il y a la liberté.
Chacun est libre de dire ce qu’il veut, de donner son opinion. Même sur nos chaînes de télé, vous voyez des gens qui donnent leur opinion. Mais la liberté a ses limites. Par exemple, nous sommes un pays en guerre. Nous n’allons pas permettre à qui que ce soit de démoraliser nos troupes pendant qu’ils sont sur le champ de bataille. Ça, nous n’allons pas permettre.
Nous n’allons pas permettre aux valets locaux de l’impérialisme qui sont parmi nous de vouloir saboter notre lutte pour ramener notre pays entre les griffes de ces impérialistes-là. La liberté d’un individu, comme on l’a dit, s’arrête là où la liberté de l’autre commence. Sinon, vous n’avez pas une société.
Autant vous êtes libre de dire ce que vous voulez, lui aussi, il est libre de dire ce qu’il veut. Et quand vous commencez à chacun dire ce qu’il veut, ça finit par quoi ? La bagarre. Est-ce qu’on laisse notre société aller dans le déclin ? Non !
Même chez ceux-là qui disent qu’il y a une liberté d’expression, il n’y a pas de liberté en réalité. Alors, nous prenons les autorités françaises, pour ne pas mélanger avec la population française. Est-ce qu’il y a la liberté d’expression en France ? Il n’y en a pas.
Si vous ne vous alignez pas dans l’idéologie des autorités, on vous chasse sur les plateaux télé. Il y a des journalistes qu’on chasse. On a vu Alain Foka, dernièrement Claudy Siar, qui ont été chassés de RFI. Ce sont des journalistes, qui ont vécu des décennies dans la radio. Pourquoi on les chasse ? Leur opinion. Donc, il n’y a pas de liberté d’expression là-bas même. Regardez aujourd’hui les guerres qui se passent !
Est-ce que vous êtes fous en tant que journaliste pour aller faire certains reportages ? Ça ne va jamais passer. Quand la guerre Russie-Ukraine a commencé, on a chassé beaucoup de médias russes en France. C’est ça, la liberté d’expression ? Non !
Chaque liberté a ses limites. Quand les paysans, les gilets jaunes et autres sont sortis, on les a bien tabassés. Ils ont voulu exprimer leur opinion pour dire à l’État qu’il faut une certaine politique pour que nous aussi, nous puissions vivre.
Nous, ici, on prend soin de nos paysans. Non, nos paysans n’ont jamais marché et on les a tabassés. On prend soin d’eux, on fait tout ce qu’on peut pour qu’ils puissent cultiver tranquillement, donner le meilleur d’eux-mêmes.
Mais ailleurs, ça ne se fait pas. Mais ce sont ces pays-là qui sont dans des tribunes en train de dire pays de liberté. C’est faux ! Ce sont tous des dictateurs. Leur liberté, c’est vis-à-vis de l’Afrique. Donc, il faut relativiser la liberté. Ici, nous sommes plus libres qu’eux. Beaucoup plus libres.
Derrière les tentatives de déstabilisation que vous évoquiez tantôt, il est souvent dit que les mains de certains pays voisins se cachent ; pour appeler un chat un chat, le Bénin, la Côte d’Ivoire. Est-ce que les relations ont évolué avec ces pays voisins ? Est-ce que vous êtes prêts à une désescalade ? Et à quelles conditions ?
Ça ne dépend pas de nous. C’est eux qui ont lancé l’hostilité. Je vous rappelle quelque chose. Quand nous sommes arrivés, nous n’avions pas de problème avec quelqu’un. On a communiqué avec tout le monde. On a fréquenté tout le monde. Un jour, par exemple, j’étais assis. Le ministre de la Défense m’a dit que les Ivoiriens ont envoyé une note pour retirer tous leurs élèves de nos écoles (l’Académie, le PMK, l’ENSOA).
Je me suis dit, mais il y a quoi ? Et puis ils retirent tous leurs élèves officiers et sous-officiers. Aucune explication. J’ai dit, préparez-vous à la réciprocité pour faire venir nos enfants, parce qu’on ne sait pas ce qu’ils ont derrière la tête pour qu’ils fassent cela. Voilà le point de départ. Le premier acte posé par les Ivoiriens. Nous aussi, on a fait rentrer nos élèves et on a laissé partir leurs élèves. Et petit à petit, on a commencé à voir les actes d’hostilité vis-à-vis de nous. Pas de soucis !
On prend le Bénin et autres. Nous n’avons pas provoqué quelqu’un. Mais on a tous vu quand ils ont voulu transporter une guerre dans notre région. Mais qui était au-devant ? Le Président Ouattara est sorti et il a tout préparé. Nous attendons son bataillon toujours. Le président du Bénin a dit que s’il faut la force, ils vont faire la force. Ils veulent faire la guerre. Nous attendons. Nous sommes prêts à faire la guerre aussi.
Il n’y a pas de désescalade possible tant que les mentalités sont comme cela. Celui qui cherche, il va trouver. Donc ce n’est pas nous qui avons commencé.
Si les gens ne sont pas assez intelligents pour laisser encore les impérialistes venir leur dire tuez-vous entre frères noirs, qu’on y aille. Si c’est la solution pour atteindre l’indépendance, nous sommes prêts. Mais personne ne va nous asservir encore. Nous sommes prêts à cela. Nous nous battons déjà. Parce que le terrorisme c’est une manifestation de l’impérialisme.
Donc ne parlez pas de désescalade tant que la mentalité n’a pas changé. Il y a des gens, chaque mois ou chaque deux mois, il faut qu’ils courent aller à Paris, prendre les ordres et revenir pour appliquer. Ils ne sont pas libres. Ils ne sont pas libres. Nous, par contre, personne ne nous dicte ce qu’on doit faire. On gouverne en fonction de nos populations, du besoin de nos populations.
Nos populations ont besoin d’eau. On fait tout pour donner l’eau. Elles ont besoin d’avoir l’autosuffisance alimentaire, on se bat pour leur donner à manger. On fait tout pour cela. Elles ont besoin de sécurité. On se bat pour leur sécurité. Elles ont besoin de routes, de développement. C’est ce qu’on se bat pour faire. Mais nous ne partons pas chez quelqu’un pour aller prendre des ordres, il faut donner le marché de route à telle entreprise, donner tel truc à telle entreprise. Ce sont des esclaves en fait. Et tant qu’ils seront dans cette mentalité, oubliez la désescalade !
Au contraire, ça va aller de mal en pis. Tant qu’ils seront dans cet esprit.
Les droits de l’Homme, monsieur le président. Une organisation internationale vous a accusé de réprimer la presse indépendante et la société civile. Y a-t-il une place pour les droits de l’Homme au Burkina Faso ?
Il y a les droits de l’Homme au Burkina. C’est quoi ils appellent droits de l’Homme ? Moi je ne sais pas ce qu’ils pensent.
Vous savez, personne ne va venir ici financer des gens, les endoctrinés pour détruire nos pays. Ça n’aura pas lieu. Vous savez, il y a combien d’ONG au Burkina ? Vous pouvez imaginer ? Faites des recherches. C’est beaucoup. Faites des recherches ! Cherchez, chaque ONG fait quoi ?
Vous croyez vraiment que c’est humanitaire ? Donc il y a des choses comme ça qu’on combat. On dit qu’on combat les droits de l’Homme. C’est ça les droits de l’homme ? Nous on lutte contre le terrorisme pour sécuriser nos populations.
Donc on donne le droit de vie à nos populations. C’est le premier droit, non ? Le droit à la vie. Est-ce qu’on ne lutte pas pour les droits de l’Homme ? On se bat pour que les écoles qui sont fermées ouvrent, pour que les enfants puissent aller à l’école.
Le droit à l’éducation, ce n’est pas le droit de l’Homme ? Qui se bat pour nous ? Qui nous aide ? Ces mêmes gens qui piaillent tous les jours les droits de l’Homme. Personne ne nous a donné une seule cartouche pour lutter contre les terroristes et qui tuent nos enfants. Pour lutter contre les terroristes qui ferme nos écoles, qui détruisent nos écoles.
Ça veut dire que les terroristes luttent contre les droits de l’Homme. Nous, nous luttons pour les droits de l’Homme et eux ils encouragent les terroristes. Qui lutte contre les droits de l’Homme ? C’est eux qui le disent.
Je vous parlais tout de suite de certaines choses qui se passent en Europe. C’est là-bas qu’ils luttent contre les droits de l’Homme. Ici, les droits de l’Homme existent.
Les droits de l’Homme viennent d’Afrique. Ça ne vient pas d’ailleurs. Ça vient d’Afrique et d’Afrique de l’Ouest ici. La première charte qui parlait des droits de l’Homme c’était ici, dans la Confédération AES, plus précisément au Mali. Avec la charte de Kuru kan Fuga.
Donc les droits de l’Homme étaient connus par les Africains. On était bien organisé. Une société bien organisée. Chacun avec ses droits. Même les droits des femmes. C’est en Afrique que les droits des femmes ont existé.
Ailleurs, ça n’existait pas. Et c’est eux qui peuvent nous parler des droits des femmes ou des droits de l’Homme ? Ils ne connaissent aucun droit. Qui parle des droits de l’Homme ? Qui a bombardé les enfants en Libye tués ? Qui bombarde les enfants un peu partout ? Qui largue les bombes sans distinction. Tuer des enfants, c’est ça les droits de l’Homme ? Ce n’est pas ce que nous faisons. Nous luttons pour la vie de nos populations. On les protège. Nos soldats meurent pour les protéger.
On fait tout pour ouvrir nos écoles, pour les éduquer. On fait tout pour subventionner nos paysans, faire de l’agriculture pour qu’ils mangent à leur faim. On fait tout pour creuser des forages pour que les gens aient l’eau potable.
Qui lutte contre les droits de l’Homme ? Ce sont eux. Ils n’ont aucun respect des droits de l’Homme.
Les VDP sont accusés de graves violations. Où sont les investigations promises ?
Ceux qui disent que les VDP sont accusés de graves violations, ils ont présenté quelle preuve ? Nous-mêmes qui avions pris des VDP dans certains actes, ils sont en prison. Nous sommes majeurs. Il ne faut pas que quelqu’un nous voie comme des sous-hommes ! C’est cette mentalité qui est dangereuse, parce que souvent, certains dirigeants en Occident voient les Africains comme des sous-hommes.
Et donc, ils viennent ici comme si ce sont eux qui doivent nous apprendre des choses. Je vous ai dit que le droit à la vie, c’est nous qui les enseignons au reste du monde. Personne ne nous enseigne ça. Donc, c’est vrai qu’il y a eu quelques petits problèmes avec certains VDP. Il y en a qui ont fait des bavures. Ils sont en prison. C’est sans état d’âme. Maintenant, tout ce qu’ils disent là, ils ont eu quelle preuve ? Rien !
Quand les gens nous accusent, on fait les investigations. Et très souvent, on part trouver que c’est ce qu’on appelle la perfidie. Les terroristes, ils viennent, ils font des massacres dans des endroits avec souvent nos tenues. Même souvent, on dit que c’est l’armée. Ils sont venus dans les tenues de l’armée.
Mais ce n’est pas nous. Ils mettent nos drapeaux, tous nos insignes. Et puis, ils viennent faire. Et les terroristes publient des vidéos. Mais pourquoi, ils ne voient pas ? Les terroristes publient sur les réseaux sociaux des vidéos où ils sont dans nos tenues, dans nos accoutrements. Ils partent faire des actions. Et puis après, ils filment, ils donnent à ces gens, à ces individus-là pour dire qu’ils sont des forces armées. Ils sont bien au courant parce que c’est eux-mêmes qui partent là-bas. Comment ils ont fait pour avoir le canal avec les terroristes pour avoir des images ? Comment ils font ? Et il y a des gens même qui ont le culot de nous dire qu’ils ont filmé.
Je me rappelle une fois, une ONG, par image satellite, qui dit qu’ils ont vu des Maliens en train de commettre des exactions. Ils n’ont même pas honte. Ils n’ont pas l’intelligence de savoir que ce qu’ils disent n’est pas bien.
Pourquoi je dis qu’ils n’ont pas l’intelligence ? C’est parce qu’ils voient le Noir tout comme un sous-homme. Sinon, si vous, vous avez la capacité d’avoir des satellites pour voir des forces en train de commettre des exactions, mais vous n’avez pas la capacité d’avoir des satellites pour voir les terroristes. Vous nous insultez alors ! Ici, tout notre combat, c’est pour la survie de nos populations et leur sécurité. Et on vit bien. On vit bien, on est en bonne harmonie. Sinon, on ne pourrait pas aller où on veut. Voilà, on ne pourrait pas agir. Vous pouvez vous balader au Burkina. Vous pouvez aller partout, partout où vous voulez.
Vous allez voir ce qui change au Burkina, qu’est-ce que les populations apprécient de notre Révolution. Et ça vous fera beaucoup du bien.
A l’issue d’une réunion tripartite tenue récemment à Cotonou, entre les chefs d’Etat-major des armées de Côte d’Ivoire, de France et du Bénin, un des officiers, en l’occurrence le chef d’Etat-major de France, a déclaré que depuis votre prise de pouvoir, la situation sécuritaire s’est fortement dégradée, on dirait même catastrophique. Que répondez-vous à cet officier, M. le président ?
Il est Français, non ? Qu’il s’occupe de ses oignons. Nous sommes des Burkinabè, ça ne le regarde pas. Il faut qu’il comprenne ça. Tout ce que j’ai dit, quand quelqu’un parle de nos pays, c’est une insulte pour nous. Ça veut dire qu’il nous voit en sous-homme. En quoi ça le regarde ? La situation s’est détériorée, c’est entre nous Burkinabè. Ça le regarde ? En rien. Qu’il s’occupe de ses oignons. Et il reste chez lui.
Il a quoi à mettre sa bouche dans les affaires du Burkina ? Ou bien il a la puissance de colonisation toujours. Qu’il le dispose fort ; que c’est lui le maître colon et que nous sommes les esclaves. Ou bien pourquoi il met sa bouche dedans ? Sinon pourquoi il parle du Burkina ? En quoi ça le regarde ?
Ils étaient ici ; je les ai chassés et ils ont quitté ici en début 2023. Ils étaient là. Quand ils quittaient ici là, l’axe Ouaga-Bobo était coupé. Les terroristes étaient là dans la zone de Koumbia. Tout était attaqué. Les gens sont rentrés jusqu’à côté de Koudougou. 100 kilomètres de Ouagadougou. Tout était encerclé.
La RN16 qui relie le Togo, qui pouvait prendre la route ? Mais ils étaient là. Avec tous les hélicoptères, les chars, et tout ce qu’il faut, la technologie, les drones, les satellites. Ce sont des incapables alors.
Aujourd’hui, nous on circule tranquillement. Librement. Et la dernière fois, il y a des ambassadeurs de l’Union européenne et certains pays européens qui ont dit « est-ce qu’ils peuvent tourner ? » Je suis surpris de les voir à la télé. Ils partent un peu partout Ouahigouya, Dori. Ils se baladent dans le pays. Moi je pars où je veux, pas par les airs, mais par la route. A travers mon pays. On ne pouvait pas se lever ici aller jusqu’à Gaoua, aller faire ce qu’on veut à Tenkodogo et revenir. C’était impossible. Ce sont des Burkinabè qui se sont battus pour reconquérir nos terres. Et si ça c’est pire, c’est bien sûr pire pour lui.
Ce n’est pas bon pour lui. Notre avancée là, c’est dangereux pour la France. C’est dangereux, ce n’est pas bon qu’on reconquiert nos terres. Donc comprenez qu’il a raison. Quand ils parlent, ce n’est pas pour notre bien, ce n’est pas pour notre Peuple, c’est pour leur bien. Et ils nous veulent dans l’insécurité.
Mais ils ont été incapables de ramener la sécurité. Et on va le dire, même demain haut et fort. Nos forces se battent, on n’a pas besoin d’eux. Qu’ils s’occupent de leurs problèmes !
La Russie a-t-elle été efficace pour vous aider à lutter contre les terroristes ?
Alors, il faut que les gens comprennent quelque chose. C’est vrai que le président russe a souhaité, tout ce qu’on veut comme aide en matière de lutte contre le terrorisme, qu’il nous envoie des troupes pour nous aider à combattre. Mais moi je dis quelque chose : nous sommes des Burkinabè. Personne ne viendra se battre pour nous.
Ça c’est intrinsèque à nous Burkinabè. Donc tout ce qu’on fait avec la Russie, si on a besoin d’équipement, la Russie en tout cas ouvre la porte. Tout ce qu’on veut acheter, ils sont prêts à nous vendre.
Donc déjà, ça c’est une avancée majeure. Vous savez qu’il y a beaucoup de pays avec qui on a voulu acheter avec notre argent, ils ont refusé. Beaucoup de pays européens, ils ont refusé totalement de nous vendre les équipements. Mais la Russie nous vend ce qu’on veut. Deuxième chose, avec la Russie nous partageons beaucoup d’expérience de combat. Ils sont en guerre. Une guerre je dirais moderne. Nous aussi on apprend de leur guerre. Nous, nous sommes en guerre et aussi ils apprennent de notre guerre.
Vous comprenez ? Donc il y a un partage d’expériences. Vraiment c’est un domaine assez restreint. A part ça, personne ne nous aide sur le terrain. Ce sont les soldats burkinabè qui se battent qui reconquièrent nos terres et qui continuent de progresser. Personne ne sait comment ça avance.
Même la formation, on se forme entre nous. Personne ne forme l’armée burkinabè. Parce que nous avons un concept, j’aime le dire, je vais le dire tout de suite. Vous les Européens, vos armées là, est-ce que c’est Dieu qui est venu vous montrer comment on fait la guerre ? Est-ce que vous êtes plus intelligents que nous ? On a le même cerveau.
Donc nous aussi on va développer la stratégie avec notre guerre que nous avons. Personne ne vient nous former. Et personne ne sait faire mieux cette guerre que nous. Ça je peux vous le dire. Si des armées européennes viennent ici affronter les terroristes dans nos conditions, ils vont mourir. C’est nous qui connaissons cette guerre, c’est nous qui la menons, c’est nous qui nous formons à faire cette guerre.
Il faut que les Africains arrêtent de croire comme si Dieu a envoyé un messie pour apprendre aux autres comment faire la guerre et que c’est eux qui doivent venir nous apprendre. Pourquoi ? On peut payer un équipement, chez vous, qui est technologique. Vous venez nous apprendre à utiliser l’équipement, après ça vous partez.
C’est ce qui se passe avec les Russes, les Chinois, les Turcs. Vous voyez des drones, certains équipements avancés. Quand on achète, ils viennent mais c’est en général quelques mois.
Ils nous apprennent à utiliser l’équipement et puis après ça, le contrat est fini ; chacun rentre chez lui. Mais sur le champ de bataille, ce sont des Burkinabè, ce sont nos terres et c’est nous qui allons-nous battre pour nos terres. C’est ça la logique.
Monsieur le président, plus de 60% du Burkina Faso, soit la majorité du pays est contrôlée par des djihadistes. Votre approche fonctionne-t-elle ?
Vous regardez des informations sur Internet. Ah oui, c’est ça. Ce sont les mêmes médias, les mêmes gouvernements. Ils peignent le Burkina en rouge. C’est faux. Moi, je suis le chef de l’Etat. Tout de suite, on vient de discuter les tentatives d’assassinat et tout. Citez une ville !
Il y a juste quelques villes que je n’ai pas encore visitées. Moi, je pars partout. Et tout le monde part partout. Donc, au nord, il y avait une bande qui était sous contrôle. Je viens de le dire. Les forces sont jusqu’à Petegoli aujourd’hui.
A l’est, à la frontière vers le Bénin, nos forces ont repris Nadiagou, il y a une ou deux semaines. A l’instant, ils sont près de la frontière togolaise. C’est où on ne peut pas partir ? C’est du mensonge. Ils mentent. Tout est archi-faux.
Si c’était tel que vous le dites, on fait le Tour de Faso ici, on roule, à vélo, on organise nos événements. Il y en a même qui disaient la dernière fois que Djibo a disparu, Djibo est tombé. Pendant le même temps, il y avait une compétition de football à Djibo qui a été clôturée il y a quelques jours.
Ils mentent. L’art de mentir, c’est dans les médias occidentaux. Beaucoup de ces médias mentent, comme je viens de dire. Ils ne font que mentir pour vous vendre de fausses informations et croire que tout va mal. Au contraire, beaucoup de choses vont bien ici. Notre économie se porte très bien.
On se porte mieux dans notre combat et on avance. Donc, ce que vous lisez sur Internet, attention !
La Russie vous aide-t-elle à gérer votre image en ligne ?
Pourquoi ? Moi, je n’ai pas besoin de cela. Les Africains le font déjà. Beaucoup de vos populations en Europe le font déjà. En Amérique, un peu partout. Vous pensez que tous ces gens-là, c’est nous, on peut les aider, les payer pour cela ? Non. Je pense que les gens ont vu notre combat. Ils ont compris notre combat.
Vous voyez, c’est cette habitude que les gens ont. On paie les gens pour gérer pour aider à organiser son image en ligne. Non, on a dépassé ça. Des médias nous ont approchés pour faire ça. Je vous ai dit cela. On ne fait pas.
Allez-y, gâtez notre image. Ils le font, non ? Jeune Afrique, RFI. On ne va jamais payer pour cela. Avant, ça se faisait. Et là où même on faisait payer, j’ai fait fermer tout. On ne paye plus rien. Parce que vous avez les sociétés d’Etat, ils les font prendre des actions dans leurs médias. Une action dans un média, ce n’est pas un retour. Vous investissez.
J’ai fait arrêter tout. C’est lui qui veut peut salir notre image. Nous, nos populations, les gens savent ce qu’on fait.
Les Africains savent ce qu’on fait. Les populations qui veulent d’un monde juste à travers partout le monde savent ce qu’on fait. Donc, à l’initiative, les gens parlent de ce qu’on fait de bien. Parce que ce qu’on fait aussi est juste. Notre combat est juste. Donc, on ne paye pas quelqu’un pour laver les images. Non. Epargnez les Russes de ces choses-là ! Toute chose, ce sont les Russes.
Vous croyez que l’Africain n’est pas capable de faire quelque chose ? C’est la Russie qui doit chaque fois tenir la main des gens. Pardonnez ! Laissez-les tranquilles !
Les Russes sont dans leur combat là-bas. On a de très bonnes coopérations. Mais ne croyez pas qu’ils sont dans un esprit d’esclavagistes comme ce que les gens pensent. Non ! Les Russes ne sont pas comme ça. Ils ne s’ingèrent pas dans les affaires des gens. Et c’est ce que j’apprécie chez eux.
Justement, concernant ces nouveaux partenaires stratégiques, notamment avec la Russie, on peut dire qu’il ne fait pas beau temps pour les alliés de la Russie. Notamment le Venezuela, l’Iran. Est-ce que vous voyez l’hiver noir venir jusqu’à Ouagadougou ? Est-ce qu’il vous traverse l’esprit que vous soyez enlevé un jour comme quelqu’un, jugé ailleurs ? Est-ce que l’hiver noir peut s’étendre jusqu’au Burkina ?
Vous savez, les Africains ont un problème. Et le problème majeur, c’est de vouloir croire que quelqu’un fera votre combat à votre place. Je viens de l’expliquer en long et en large. Dès le début, je vous ai dit, on a eu toutes les propositions. Pas de la Russie seulement. Beaucoup de pays nous ont proposé d’envoyer des troupes pour nous aider. Nous avons dit, non.
Parce que j’ai conçu une mentalité chez les chefs militaires. Notre combat, c’est nous d’abord. Notre sécurité, c’est nous d’abord. Personne ne viendra le faire à votre place. Si quelqu’un vient le faire, ce ne sont plus vos terres hein.
Si quelqu’un doit assurer votre sécurité pour vous, ce n’est pas votre sécurité, on vous tient. Et si vous devez apprendre à faire la sécurité autour de vous par quelqu’un, ça veut dire qu’il connaît vos procédures, il connaît tout. Vous comprenez ? Et si vous faites une alliance, vous croyez qu’en cas de situation, c’est l’allié qui doit venir se battre, vous avez tout faux.
Et moi, je passe du temps à le dire à ceux qui sont proches de moi ou à ceux qui sont loin. Il faut compter sur soi d’abord. Et quand vous comptez sur vous-même et que vous développez votre outil, vous n’avez pas peur a priori.
C’est très important. S’il y a des alliés de la Russie qui ont compté sur la Russie pour des événements, c’est leur problème. Moi, je ne compte pas que, s’il y a un événement particulier ici, qu’au premier jour, la Russie soit là. Non.
Je ne compte pas sur ça. Le seul soutien que la Russie peut apporter, quand je vais acheter quelque chose pour me défendre, c’est qu’elle accepte me vendre, c’est tout. On ne demande pas à des alliés de venir se battre pour mourir pour vous. Pourquoi ? Vous n’êtes pas des humains ? Mais si vous réagissez comme ça, c’est comme si vous vous mettiez en humain de seconde zone. C’est-à-dire que vous n’êtes pas des humains au même titre que les autres. Mais c’est l’erreur que beaucoup de gens commettent. Combien de chefs d’Etat ont leur sécurité assurée par d’autres nationalités ? Ce n’est pas sérieux.
Deuxième chose, comme il y a des chefs d’Etat, quand c’est leurs propres hommes qui assurent, ils les envoient former ailleurs. C’est-à-dire que nous, on est dépourvus d’intelligence pour développer quelque chose. Si tu envoies, ta sécurité se former ailleurs, c’est-à-dire que ces gens maîtrisent ta procédure. Ils maîtrisent tout autour de vous. Donc vous n’avez rien fait, en fait.
Vous êtes assis croyant que vous êtes habillés, mais vous êtes nus. Donc il y a beaucoup de choses. Je ne peux pas tout détailler ici. Il y a tellement de choses, qu’il faut que les Africains prennent en compte et que certains aussi prennent en compte. Ecoutez, on aime dire depuis le village, quand on te lave le dos, grouille pour laver ta face aussi. Donc s’il y a des alliances stratégiques qui permettent à ce que vous vous souteniez dans certaines sphères, le reste, il faut pouvoir développer vous-même.
C’est comme l’industrie militaire. On est là en Afrique, on est assis. On a acheté urgemment des équipements pour contenir notre menace et faire notre guerre. Mais vous croyez qu’on va continuer comme ça ? En tout cas, pas au Burkina, parce que notre mentalité est différente. Désormais, nous, nous allons produire l’équipement militaire, pour nous, ici. Si les gens veulent, on va les leur vendre. Parce que je suis convaincu qu’on a des cerveaux aussi.
On réfléchit, on n’est pas bête. Mais si vous vous comportez d’une manière, c’est vous-même qui montrez aux autres que vous êtes bêtes. Vous ne produisez rien et vous n’avez même pas l’intention de produire quelque chose. Vous ne développez rien, que ce soit tactiquement ou techniquement. Vous partez toujours vous adosser aux autres. Mais vous n’êtes pas des humains ?
Il ne faut pas compter sur les autres. Comptez sur vous-mêmes d’abord. Et ça, c’est à l’échelle individuelle au Burkina. Chaque Burkinabè doit compter sur lui-même d’abord. Et la Révolution, c’est cette mentalité, avant que tout le monde s’assoie, c’est l’Etat. Nous sommes en train de changer la chose. Vous devez compter sur vous d’abord avant de faire appel à l’Etat. Jusqu’à l’échelle Etat, c’est comme ça.
Voilà ce que je peux dire. Il n’y a pas de crainte. Nous, on a un système qu’on a développé qu’on perfectionne au fur et à mesure. Mais personne ne vient nous montrer quelque chose, nous enseigner quelque chose. Tant que Dieu nous a donné un cerveau, nous exploitons notre cerveau pour réfléchir.
Excellence, la visite de Nick Checker du département d’Etat américain à Ouagadougou signifie-t-elle un rapprochement avec l’Occident ?
J’ai suivi. Ils ont demandé à venir échanger avec nous. C’est le ministre des Affaires étrangères qui a échangé avec eux. En fait, il faut que les gens comprennent quelque chose. On n’est opposé à personne. On n’est pas contre quelqu’un. Mais on est contre celui qui ne nous respecte pas et qui ne veut pas accepter notre souveraineté, notre indépendance.
La France n’est pas notre ennemi. C’est comme je l’ai dit, les dirigeants français ont une politique. Sinon le peuple français, combien de Français nous soutiennent ? Combien de Français, même dans les médias dont on parle, combien d’influenceurs français font des vidéos pour nous soutenir ? Ils sont nombreux. Ils sont très nombreux. Je les salue au passage. On ne les connaît même pas.
Ils voient notre combat. Quiconque veut coopérer avec nous, il n’y a pas de problème. Mais quand vous venez, si vous voulez nous montrer que vous êtes supérieurs à nous, c’est terminé. Vous repartez. Mais si vous avez compris que vous devez venir traiter d’égal à égal, d’homme à homme, il n’y a pas de problème. On peut parler affaire. Tout le monde fait des affaires dans le monde. Mais imaginez que vous venez. Ok, je veux votre or. On va vous donner 10%, nous on prend le reste. Au Burkina, ça ne marche plus. Si vous venez, on discute.
Vous apportez quoi ? Ok, nous, la ressource nous appartient à 100%. En fonction de ce que vous apportez, on peut évaluer. On vous donne 40%, 45% ou à la rigueur 50%. Et on est quitte. C’est une discussion. Mais si vous ne voulez pas, vous venez avec l’esprit, que ce sont des nègres, on va prendre ce qu’on veut, ça ne marche pas. Donc quiconque veut travailler, veut faire des affaires au Burkina, vous venez avec l’esprit. On va le faire.
Même si demain, les entrepreneurs français pensent qu’ils peuvent venir au Burkina, ils n’ont qu’à venir. Mais s’ils viennent avec l’esprit de maître, ils viennent pour traiter avec des esclaves, on va les mettre dehors et c’est terminé. Mais si vous venez, que vous voulez traiter intelligemment, sans arrière-pensée, on discute. Le contrat est clair. Si vous ressortez du contrat, on vous dit de rentrer chez vous. C’est le respect de notre souveraineté, de notre indépendance.
Ça c’est très important.
Pourquoi pensez-vous que les jeunes vous aiment autant ?
Pourquoi je pense que les jeunes m’aiment autant ? Je ne sais pas moi. Je ne peux pas juger ça. Si les jeunes m’aiment, c’est dû peut-être à notre idéologie qu’on développe.
Vous prenez le côté santé. Nous sommes en train d’équiper nos hôpitaux de toutes les technologies possibles. Les coûts de soins ont drastiquement baissé. Les jeunes vont aimer ou pas ? Les médicaments, les prix ont baissé. Ça n’a rien à voir avec même en Europe.
Vous prenez le domaine des infrastructures. On est en train de construire nos routes nous-mêmes. Les jeunes gagnent de l’emploi parce que l’Agence Faso Mêbo emploie des milliers de jeunes Burkinabè. Les jeunes aiment ou pas ? Tous les pays peuvent faire la même chose.
Dans le domaine de l’agriculture, nous avons acheté des milliers de tracteurs qui cultivent gratuitement les champs de beaucoup de paysans. Quand c’est des grands champs, c’est subventionné. Tous les pays veulent voir ça ou pas ? Cette année, on a fait une production record. Depuis que le Burkina existe, on n’a jamais produit comme ça. C’est positif ou pas ? Tout le monde va manger à sa faim.
Le pouvoir d’achat augmente. On est en train de créer des industries pour transformer nos matières premières. Les jeunes aiment ou pas ? Les jeunes seront employés pour faire fonctionner les usines mais aussi dans la mécanique.
On prend le domaine du transport. Même le transport urbain. On a vu qu’on était très loin. On a décidé pour une phase de faire acheter au moins 500 autobus qui vont transporter les gens. On savait que beaucoup de gens n’arrivaient pas à se déplacer. Ça fait de l’emploi pour 500, rien que les machinistes, vous avez 1000 personnes qui sont employées. C’est bien ou pas ? Dans tous les domaines, nous sommes en train d’évoluer.
C’est ce que les jeunes voient de positif qu’ils apprécient. Moi, j’apprécie cela. Ce n’est pas ma personne qu’il aiment, c’est l’idéologie qu’ils aiment.
Cette idéologie, peut-être qu’ils veulent que ça soit dupliqué un peu partout pour leur permettre de vivre dignement. Quand on prend l’éducation, nous sommes en train de construire des amphis pour nos universités. Si vous voyez comment nos étudiants étaient, on a créé des centres universitaires partout, mais aucun amphi. Ils se baladent comme ça dans les villes. Aujourd’hui, nous sommes en train de construire des amphithéâtres un peu partout pour leur donner un peu de dignité.
Bientôt, ce sont les cités universitaires parce qu’ils ne savent même pas où se loger. Il y en a qui dorment à terre dans les universités. Il faut qu’on les aide à se loger. Les restaurants universitaires, il faut qu’on les aide à pouvoir manger. C’est bien ou ce n’est pas bien ? Pour les écoles, les enfants, souvent, ils n’ont même pas d’école.
Aujourd’hui, nous avons pris des modèles et nous sommes en train de construire des bâtiments à niveaux, bien fait, avec des classes de taille bien réduite. Si vous partez dans des salles, 100 et quelque, 200 et quelque, est-ce qu’ils peuvent vraiment travailler ? L’enseignant même souffre dedans. On est en train de tout réadapter pour ramener les effectifs, faire des classes aux normes, donner tous les outils nécessaires. C’est bien ou ce n’est pas bien ? Voilà ce que nous faisons. C’est le bien-être de notre population.
Et partout au Burkina, les centres de santé, nous avons mis un projet en place. On a déjà construit près d’une quarantaine. Et chaque année, ça va continuer. Et dans ces centres de santé, il y aura des médecins qui seront affectés parce qu’il ne faut pas que quelqu’un ait une appendicite ou qu’il ait une fracture ou quelque chose et on ne puisse pas l’opérer là-bas, il faille l’envoyer en ville pour l’opérer.
Moi, je me balade dans mon pays, je vois. J’ai été dans des villages, dans des chefs-lieux de province, à des centaines de kilomètres de Ouagadougou, où quand une femme est enceinte, ça fait neuf mois, chaque fois qu’elle doit faire un examen échographique, on doit l’emmener à Ouagadougou. Moi, je suis contre ça. Donc, je mets en place des échographes là-bas. On améliore le plateau. C’est bien ou ce n’est pas bien ? On a recruté les médecins. C’est la première fois. En Afrique, on a fait un programme de 1000×5 de spécialistes pour les affecter partout, pour que les soins soient rapprochés des populations. C’est bien ou ce n’est pas bien ? Est-ce que vos médias parlent de ça ? Tout ce que je cite, il y en a tellement.
Mais non, ils ne parlent pas de ça. Ils peignent notre carte en rouge. Ils disent que notre pays a disparu. Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai dit qu’il y a la liberté ici, il y a tout ici. Mais ils ne veulent pas ça. Comme ça, on s’épanouit. Donc, il faut salir notre image. Sinon, vous pouvez vous balader. Tout ce que j’ai dit, c’est vérifiable. Et cela, c’est ce que la jeunesse veut voir. Et c’est ce qu’on est en train de faire.
Camarade président, certainement que si vous êtes adulé par les jeunes, vous incarnez pour une grande partie de cette jeunesse africaine, un espoir de dignité et de réveil. L’espoir peut aussi engendrer une impatience immense. Quel message de vérité adressez-vous à ces jeunes qui vous regardent depuis Bobo, Ziniaré, Kaya, Lomé, Bamako, Dakar ou Abidjan et qui attendent que l’Afrique de votre génération soit enfin celle des résultats, camarade président ?
Je ne peux pas prétendre que mon idéologie se répande d’un coup sur l’Afrique. C’est au peuple de prendre la responsabilité partout. Et d’exiger de leurs dirigeants certaines choses. Il y a des dirigeants qui se sont compromis.
Ils nous appellent, ils nous disent souvent que vous êtes sur la bonne voie mais nous ne pouvons pas faire comme vous, parce que c’est difficile. Il y en a qui ont leurs richesses en Europe, là-bas, dans les banques. S’ils s’amusent, on bloque tout. Bien mal acquis ! Moi, j’ai dit à certains « ayez le courage de sortir et de dire à vos peuples « Bon, écoutez, en tout cas nous, on s’était mal comportés, on avait volé. J’ai tant de milliards dans les banques en Suisse. Mais désormais, j’accepte de travailler pour vous. Pardonnez-moi !» Et on repart sur une nouvelle base.
Il y en a aussi qui ont été compromis par les mêmes affaires que vous voyez, Epstein. Ils partent chaque fois en Europe. On les loge dans les hôtels. On les a filmés dans des situations compromettantes. Et on les tient avec ça. Vous faites ça, ou bien on va sortir ça, un scandale contre vous. Ayez le courage de dire à vos populations « Bon, en tout cas, moi, j’ai merdé. Mais pardonnez-moi ! Tout homme merde. » Et puis bon, on repart sur une nouvelle base.
A défaut de ça, que les jeunes se réveillent et exigent… Ce que nous, on fait là, ce n’est pas extraordinaire. Mais ils peuvent aussi exiger ça de leurs dirigeants. Le Burkina n’est pas le pays le plus riche. Mais c’est quoi en fait ? Quand on prend des infrastructures routières, c’est quel pays en Afrique, surtout en Afrique de l’Ouest ici, qui a une bonne infrastructure routière et un réseau assez dense ? On n’en a pas. On a toujours besoin de construire une route, par exemple. Ce qui est fondamental.
Quand les gens partent en Europe, toutes les villes, toutes les routes sont bitumées, on est content, on se balade, on fait des selfies dans les rues en Europe, aux Etats-Unis. On ne peut pas faire ça ici. Tout le monde voit que nous, on est en train d’acquérir beaucoup de machines pour le faire nous-mêmes.
Et les gens savent que dans un futur proche, on va faire un grand bond. Parce que si on va rester dans les marchés, faire venir les entreprises, on ne peut pas. Donc on achète nos machines, on a confiance en notre jeunesse, on les met au travail.
Mais tous les pays peuvent le faire. Pourquoi ils ne le font pas ? Donc les jeunes doivent trouver le mécanisme d’approcher premièrement de manière très pacifique leurs dirigeants et leur dire voilà ce que nous voulons. Avec des solutions concrètes et les amener à le faire. S’ils ne le font pas, il faut trouver une manière de leur mettre la pression pour le faire.
Maintenant, si le dirigeant est incapable de le faire et qu’il est enchaîné autour de lui, qu’il ait le courage de le dire et puis il démissionne. Sinon, moi je ne peux pas, comme par magie faire changer les choses.
Les jeunes sont impatients, c’est vrai. Quand je prends le Burkina, quand je prends les brigades qu’on est en train de créer pour construire les routes, on a commencé par Ouaga et Bobo, ensuite Koudougou, Tenkodogo, Kaya. Mais il faut que les autres soient patients. Ça vient. Tout le monde aura sa brigade, tout le monde aura ses routes.
Mais je ne peux pas faire comme ça d’un claquement de doigts. Donc il y a d’abord de la patience. Il y a la méthode. Beaucoup de gens veulent voir tout en même temps, en un coup. C’est impossible. On vient de très loin.
Et j’aime dire aux gens, nos pays sont dans les années 1800. Il faut qu’on accepte ça, se donner encore une vision et lancer la machine avec un peu de patience. Donc la jeunesse sous régionale, c’est de trouver la formule, de faire la jonction avec les dirigeants, de les amener à faire ce qu’ils veulent. Il y a beaucoup de choses. Ce que nous avons fait quand on nationalise certaines unités industrielles, les gens ne comprennent pas.
Mais c’est un courage qu’il faut aussi. Au Burkina, il y a des gens qui ne savaient pas. Des unités industrielles qui existaient. Il y en a qui ne savaient pas que ça n’appartenait pas au Burkina. C’est quand on a commencé à reprendre le contrôle un peu, que des intellectuels se rendent compte que donc cette unité n’appartenait pas au Burkina. Pourtant, ça ne nous appartient pas.
C’est à la jeunesse de revendiquer que l’Etat reprenne ses responsabilités. Nous, on cultive le coton. C’est les autres qui fixent le prix du coton. Parce que même nos sociétés qui gèrent le coton, ne nous appartenaient pas. Et aujourd’hui, on est en train de construire de grandes unités industrielles pour que si on prend le coton brut comme ça, jusqu’à la finition, c’est nous. Tout le monde peut le faire.
Donc personne ne viendra nous fixer le prix du coton, parce qu’on le transforme. Au lieu de vendre le coton, nous, on va vendre le fil, si vous voulez. Sinon, on vend le tissu, si vous voulez.
Le coton rentre dans les soins un peu partout. On paye tout à l’extérieur. Mais c’est notre coton.
L’Afrique peut le faire. Il y en a qui sont les premiers producteurs de cacao, mais ce n’est pas eux qui fixent le prix du cacao. L’Afrique doit se réveiller. Et l’Afrique doit chercher la connaissance et se réveiller. Et chercher la connaissance, c’est chercher à savoir beaucoup de choses sur notre vie, notre identité. Et quitter l’ignorance. Et c’est à ce seul prix que nous allons nous-mêmes nous développer.
Et maintenant, que les gens nous voient aussi comme des humains. Pour l’instant, au regret de le dire, il y a des états africains, leur manière de faire et tout ce qu’il y a, on ne peut pas nous respecter. Ce n’est pas possible. Donc voilà un peu ce que je peux dire à cette jeunesse, qu’elle soit burkinabè ou africaine. Il faut qu’on se réveille.
C’est possible. Croyons en nous ! Tout le monde a un cerveau. Tout le monde peut faire au-delà de ce que vous faites. Vous, vous êtes journaliste. Si vous puisez bien dans votre tête, vous pouvez être un ingénieur mécanicien, peut-être. Vous pouvez être un ingénieur électricien. Moi, je suis convaincu que Dieu a donné la capacité à tout le monde. Il ne peut pas être figé sur une seule chose.
On peut faire beaucoup de choses. Et c’est ce que j’essaie de booster au sein de la jeunesse. Je rencontre beaucoup de jeunes. Je les encourage à développer beaucoup de choses. C’est possible. On nous a endormis. Regardez les réseaux sociaux ! C’est ça qui nous a asservis. On dort.
Réveillons-nous !
Monsieur le président l’Afrique doit se réveiller. Vous venez de le dire. Le Burkina Faso est peut-être sur le chemin. Justement, un an après la proclamation de la Révolution progressiste populaire, quelle adresse vous avez à l’endroit de cette jeunesse dont on vient de parler et du peuple burkinabè dans son entièreté ?
Alors, je reviens sur certains maux encore. Il faut que les Africains arrêtent de se leurrer. La démocratie, telle qu’on nous l’a dit, ne développe pas. C’est faux. Tous les peuples sont passés par une révolution avant d’arriver à la démocratie. Et comme j’ai dit aux gens, si on se met en tête que nous sommes dans les années 1800 par rapport aux pays développés, il faut une vraie révolution. Révolution dans le comportement, c’est-à-dire le mind, révolution industrielle, révolution dans tous les secteurs pour essayer de créer et de devenir nous-mêmes, pour rattraper ce retard. Sinon, la démocratie telle qu’on nous flatte, vous voyez beaucoup de nos intellectuels qui ont été à l’école.
La démocratie, ils ne savent même pas ce que c’est. Les mêmes qui crient ça, sur le même instant, si vous l’attrapez, vous leur dites ; démocratie, on tue des enfants, démocratie, on largue des bombes, on tue des femmes, on détruit les hôpitaux, on tue des populations civiles.
C’est ça la démocratie ? Ils font comme s’ils ne voient pas ça. Là, ils ont les yeux fermés. Il faut que les jeunes Africains comprennent que c’est faux. Cette notion de démocratie, elle est fausse. C’est juste un bâton que les gens tiennent et ils le sortent contre les Africains et certains peuples. C’est tout.
Donc, il faut oublier la notion de démocratie. Il faut prendre l’esprit révolutionnaire. Révolutionner nos vies. L’esprit révolutionnaire, demande beaucoup de sacrifices. Comme je l’ai dit, les mentalités ont été détruites. Regardez, dans certains pays en Afrique, les jeunes ne peuvent même pas s’asseoir et parler du sérieux de l’avenir de leur pays !
Tout ce qu’on sait faire, les histoires de buzz sur les réseaux sociaux, c’est ce qui intéresse. Les futilités. Il faut qu’on quitte cela.
Je dis souvent, quand je sors, il faut que les jeunes reviennent à la science. On ne peut pas continuer d’avoir une jeunesse c’est faire de la comédie, faire des futilités sur les réseaux sociaux et danser au hasard, je ne sais pas quoi. Ça ne va nous mener nulle part.
Et quand vous regardez les soi-disant influenceurs ou quoi que ce soit qui font les vidéos, qui font ces conneries-là, ou bien une fille, elle est là et elle danse seulement, c’est là-bas qu’on suit. C’est des millions de vues. Mais un jeune qui est assis, qui est en train de montrer comment un engrenage peut être fabriqué ou quoi, la mécanique ou bien la médecine, un outil, il n’est pas écouté. Là-bas, vous n’allez rien trouver. On ne regarde même pas ces pages-là. Ou bien un jeune qui conscientise, qui fait des vidéos pour éveiller la conscience, très peu suivent.
Mais l’Afrique ne peut pas s’en sortir comme ça. Je suis désolé. Si on continue comme ça, on restera esclaves pour toujours. Ce sont des vérités. D’autres vont dire même qu’un chef d’Etat ne doit pas dire ça, c’est cru, c’est eux, ces mêmes intellectuels-là. Demandez-leur !
Ils sont allés faire l’école des chefs d’Etat là-haut pour dire ce que le chef d’Etat doit faire ou bien ce que l’Etat doit faire, ce que l’Etat ne doit pas faire. Croyons en nous. ! Et il faut aussi qu’à une certaine sphère, on donne l’occasion aux jeunes de s’exprimer.
Quand je dis l’occasion de s’exprimer, c’est quoi ? Vous savez, on a une très mauvaise habitude en Afrique. Quand vous voulez donner un travail à un jeune, la question de l’expérience. Il n’a pas l’expérience.
On n’a pas confiance aux jeunes. Mais il va avoir l’expérience où ? En Europe, il y a des jeunes de 19 ans qui créent des choses et puis on leur donne l’occasion de faire. Mais ici, l’expérience.
La dernière fois que j’ai taquiné, j’ai dit à un ministre parce que dans nos procédures de marché ici, j’ai fait supprimer le marché similaire. C’est l’expérience du marché. Et si vous ne donnez pas l’occasion de faire le premier marché, comment est-ce qu’il va faire ? Moi, j’ai fait supprimer ça.
J’ai fait supprimer beaucoup de conditions. Il y a un ministre qui disait qu’il faut être prudent. Il dit que c’est à nous de mettre tout en œuvre pour que le jeune soit droit et fasse ce qu’il doit faire. Mais si vous dites l’expérience, est-ce que vous avez l’expérience de ministre avant que je vous nomme ministre ? Les gens ont ri. Mais arrêtons avec ça. Ayons confiance aussi aux jeunes !
Donnons-leur la chance de s’exprimer. Et ça, c’est important. Si on se réveille et qu’on a confiance en nous et qu’on nous donne l’espace, je pense que l’Afrique peut s’en sortir. Le cas échéant, il ne faut pas se flatter. Tout ce qu’on fera, on va créer nos petits Eldorados. Quelques pays vont se développer, mais la grosse masse n’ira nulle part. On continuera d’aller mourir dans l’Océan. Si je prends le cas de Burkina Faso, si nous seuls, on se met à se développer ; pourquoi on prêche pour tout le monde ? On ne peut pas accueillir toute la masse africaine qui veut travailler. C’est impossible. Mais si on ne le fait pas ensemble, on le fait comment ? Donc tout le monde a intérêt à se réveiller. Et moi, je pense qu’un avenir meilleur est possible. L’Afrique a toutes les potentialités. Tout.
Il n’y a aucune explication qu’il y ait du pétrole en pagaille au Niger, au Mali, et qu’on ne se développe pas dans peu de temps comme les pays du Golfe qui ont du pétrole. Il n’y a aucune explication. Il n’y a pas d’explication qu’on ait l’or ici et certains produits, qu’on ne peut pas se développer comme certains pays en Europe qui n’ont rien que ces ressources-là. Il n’y a aucune explication.
C’est la gouvernance. Et la jeunesse a son mot à dire. Sans manipulation, avec respect, elle doit pouvoir le faire. Le cas échéant, il faut une Révolution. C’est clair et net.
Entretien retranscrit par la DIRCOM/PF






