Le Conseil des ministres a adopté, le 19 mars 2026, un projet de loi relatif aux libertés religieuses. Il s’agit pour l’exécutif de combler le vide juridique qui caractérisait jusque-là l’encadrement de l’exercice des libertés religieuses. La directrice générale des affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, Mariam Sanogo, revient sur le fondement de cet avant-projet de loi et donne des éclaircissements sur son contenu.
Sidwaya (S) : Dans quel contexte le projet de loi relatif aux libertés religieuses a-t-il été adopté ?
Mariam Sanogo (M.S.) : Je voudrais rappeler que ce texte a connu une évolution dans notre pays. Il a commencé depuis 2015. Et si on l’avait adopté en son temps, on ne serait pas dans la situation où se trouve actuellement notre pays. La situation actuelle de notre pays est préoccupante. Du fait religieux, le Burkina est marqué par la prolifération des discours de haine, des manifestations à caractère religieux dans le sectarisme, la radicalisation, l’extrémisme violent. Donc il y a des discours malveillants, des discours de haine, des Burkinabè contre des Burkinabè. On assiste également au développement des tendances religieuses fondamentalistes qui sont favorisées par les réseaux sociaux et aussi marquées par une méfiance entre les confessions religieuses elles-mêmes. Donc il est nécessaire aujourd’hui d’encadrer le domaine religieux.
S : Quels sont les objectifs de ce projet de loi du gouvernement ?
M.S. : Le premier objectif de ce texte, c’est d’abord encadrer le fait religieux dans notre pays. Pour préserver l’unité nationale et la cohésion sociale, il faut encadrer pour éviter les dérives provenant des confessions religieuses des adeptes, des comportements déviants de certains fidèles.
Le deuxième objectif c’est d’avoir un document juridique qui nous permettra de prévenir et de gérer des différends liés aux religions dans notre pays.
S : quelle innovation ce projet de loi apporte-t-il dans le cadre juridique existant ?
M.S. : Je peux dire qu’il n’y avait pas de cadre existant. Ce projet de loi permet de régler ces différends entre religions et permet de sanctionner certains comportements déviants. Donc l’innovation, c’est la disponibilité d’un outil juridique qui nous permettra dans l’avenir d’encadrer les comportements, d’encadrer le domaine religieux dans notre pays. Ça vient combler un vide juridique. C’est un document qui permettra de respecter toutes les confessions religieuses, vient aussi réglementer la construction et les modalités de construction des édifices religieux dans notre pays. Le document viendra valoriser le rôle social des religions et le rôle social des leaders religieux en particulier.
S : La constitution du Burkina Faso consacre la laïcité de l’Etat. Que faut-il entendre par laïcité ?
M.S. : Notre Constitution, en son article 7, garantit la liberté de religion à chaque Burkinabè. Donc la Constitution nous permet de croire comme de ne pas croire, de pratiquer des cultes, de choisir une religion comme de ne pas en choisir et la liberté d’association sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et de la personne humaine. Pour le cas de la laïcité, c’est simplement tout principe qui détermine la nature des relations entre les confessions religieuses et l’Etat, qui oblige l’Etat à ne pas accorder les privilèges à une confession religieuse. Je peux dire que c’est l’égalité de toutes les religions.
S : Pourquoi l’interdiction des lieux de culte dans les services publics, à l’exception de certains comme les hôpitaux et les casernes, est-elle jugée nécessaire par le gouvernement ?
M.S. : L’Etat n’a pas prévu la construction des lieux de culte dans les services publics. Ça ne se trouve nulle part. Je ne crois pas que l’Etat compte prévoir la construction des lieux de culte dans les services publics. Tout simplement parce qu’on a beaucoup de confessions religieuses, vous imaginez si l’Etat devait construire des lieux de cultes pour chaque religion ? Donc à défaut de ne pas pouvoir le faire, je crois que c’est mieux de l’interdire. L’interdiction, c’est l’érection sous toutes ses formes. Il n’y aura pas de construction des lieux religieux dans les services publics. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas prier. Il n’est pas interdit de prier. On peut prier partout où on veut. Seulement, le pratiquant qui veut prier doit prendre des dispositions selon la nécessité du service, selon la possibilité de prier. En clair, il n’est pas interdit de prier dans les services publics. Ce qui interdit, c’est l’érection des lieux de prières sous toutes les formes.
S : Cette interdiction suscite déjà des réactions. S’agit-il d’une interdiction totale ou d’un encadrement de pratiques religieuses pendant les heures de travail ?
M.S. : Ce n’est pas une interdiction de prier, mais plutôt une interdiction de l’érection des lieux de culte. C’est aussi un encadrement de l’exercice des cultes dans les services publics. Je voudrais dire que ce texte garantit la liberté de culte, la liberté de la religion à chaque citoyen. On est libre de pratiquer sa religion. Et ce document n’indexe aucune religion. Il concerne toutes les confessions religieuses dans notre pays.
Propos recueillis par Adama SEDGO





