Notre intégrité est dans nos plats !

La première phase de la troisième édition des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne (JEPPC) s’est achevée hier 9 avril 2026. En rappel, le thème retenu cette année est : « Produisons burkinabè, consommons burkinabè : notre assiette, notre fierté ! ». Rien qu’à lire le thème, chaque Burkinabè sait quelle note il peut s’attribuer en matière de consommation locale. En regardant ce thème, une introspection patriotique permet à chacun de jauger sa part de contribution à la promotion de nos produits. Du matin au soir, ce qui passe par notre bouche comme aliment détermine en partie qui nous sommes, d’où nous venons et l’histoire qui nous a moulés au fil des ans. Mais consommer Burkinabè s’apprend. Il suffit d’un peu de volonté et l’appétit viendra en mangeant. C’est pourquoi il faut apprendre à manger ce que nous produisons ; il faut inculquer aux enfants le goût de nos mets locaux. De temps à autres, en lieu et place du chocolat croustillant, il faut leur faire goûter les tourteaux d’arachide, le “koura-koura” des Koulsé ou le “toubani” du Goulmou.

Manger, c’est découvrir la gastronomie burkinabè et la savourer avec fierté. Dans nos plats traditionnels, il y a la santé au bout du goût de la nature. C’est pourquoi, on mangera goulument le “moabbou” ou le “wâkè” du Goulmou, de la Tapoa ou de la Sirba assaisonné du “koumvando” ou feuilles d’aubergine africaine des potagers du Kadiogo en appréciant son goût un peu amer mais combien nutritive et médicinale. Ce “koumvando” par exemple est prisé pour ses vertus fortifiantes, riches en fer, fibres, vitamines A et C. Sa consommation régulière aide à la digestion, renforce le système immunitaire et contribue à la santé cardiovasculaire. Et que dire du “soumbala” national utilisé comme le super ingrédient dans les sauces ou dans les plats de résistance comme le fameux riz au “soumbala” prisé de tous.

Bref, cette chronique n’est pas un cours de cuisine mais elle vise à mettre l’eau à la bouche des Burkinabè afin qu’ils s’intéressent encore plus à nos mets locaux. On pourrait passer en revue toutes les régions du Burkina, il y aura toujours de bons plats à brandir et à manger. Même chez les Samo, il y a de bons plats à déguster comme le « zamanè », le “gnonkon”, le « liè » ou “gnougou” et le “faro”.

Tous ces mets sont plus ou moins représentés dans toutes les communautés. Mais dans certains de nos villages, les boîtes de conserve commencent à remplacer certains produits locaux. Les illicites poulets surgelés de la fraude survolent nos hameaux de cultures et les cultivateurs ne se fatiguent plus pour labourer. Ils préfèrent asperger les champs d’herbicides à la qualité douteuse et saturer les sols d’engrais chimiques ou de pesticides parfois non homologués. Les influences de la société moderne ont fini par phagocyter une bonne partie des recettes traditionnelles. Même le “soumbala” ancestral n’est plus préparé selon les principes de cuisson de grand-mère. Le carbure a fini par s’inviter par endroits dans la cuisine et à force d’économiser le bois de chauffe et le temps de cuisson, la cupidité a fini par abréger nos jours déjà écourtés par une espérance de vie très réduite.

De nos jours, la promotion des plats traditionnels reste confinée dans des foyers modernes où madame ne sait même pas préparer un bon plat de to sans le cribler de grumeaux. Certaines de nos femmes ne savent pas préparer les mets locaux. Il faudra donc apprendre à nos filles à entrer dans la cuisine, car beaucoup franchissent le cap du BAC avec mention très bien, mais sont nulles en préparation de la plus légère des sauces locales. C’est une question d’honneur, c’est une valeur ajoutée dans la vie d’une femme qui sait bien préparer. Mais hélas, les restaurants sont devenus le lieu de rendez de nos familles. On préfère sortir manger du “gonré” au “zamnè” dehors que d’apprendre à le préparer à la maison. Pendant ce temps, la cuisine devient un magasin où les vieux matelas se disputent l’espace avec les anciens vélos et autres jouets des enfants, sans oublier les souris et autres rongeurs devenus des habitants par défaut d’une villa sans saveurs, sans chaleur.

Que chaque Burkinabè, sans distinction de sexe, apprenne au moins à préparer deux plats locaux et nous donnerons à la Révolution progressiste et populaire une pincée de révolution culinaire doublée du réflexe de manger toujours ce que nous produisons.

Clément ZONGO

clmentzongo@yahoo.fr

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.