Le procès Yaké Camille Yé et autres s’est déroulé, mercredi 25 février 2026 au Tribunal de grande Instance Ouaga I avec l’audition d’une dizaine de témoins sur le rapport annuel de performances et des commandes des pagnes du 8-Mars 2024 au ministère en charge de la solidarité.
Le pôle judiciaire en matière économique et financière du Tribunal de grande Instance Ouaga I a poursuivi l’audience du procès pour détournement de deniers publics au ministère de la Famille et de la Solidarité, mercredi 25 février 2026. Ce procès qui oppose le Ministère public à Yaké Camille Yé, l’ex-ministre chargée de la Solidarité, Laure Zongo et huit autres coaccusés, a vu l’audition d’une dizaine de témoins sur le rapport annuel de performances et des commandes des pagnes du 8-Mars 2024 audit ministère.
En effet, le Tribunal, après avoir approuvé la prestation de serment de certains témoins, a entendu, dans l’ensemble, leurs dépositions. Sur le rapport annuel d’élaboration des performances 2023, Ousmane Belem, Directeur général des études et des statistiques sectorielles (DGESS) d’alors, a insisté que les Termes de référence (TDR) de l’activité ont été élaborés et envoyés à la Direction de la gestion des finances (DGF) pour financement. Le Ministère public a précisé qu’il s’agit de deux activités dont la deuxième était le rapport de budgétisation relatif au genre et aux droits de l’Homme.
Pour le Procureur, les activités étaient illégales, car il n’y avait pas de TDR et un arrêté pris pour un comité de travail. Et le Ministère public de signifier au Greffe de mentionner qu’en l’absence de ces documents, les activités ne pouvaient pas avoir lieu et être financées. Mais la défense indique qu’elle raisonne sur la base des TDR élaborés par la DGESS. L’agent judiciaire de l’Etat, lui, a demandé les TDR validés avec Ousmane Belem. Quant à Yaké Camille Yé, il a indiqué que par rapport aux états de paiements, il ne peut pas attester de leur régularité car ils étaient en cours d’exécution.
Concernant les commandes des pagnes du 8-Mars 2024, la témoin Fatimata Traoré a reconnu avoir livré 140 pagnes d’une valeur de 700 000 FCFA au ministère en charge de la famille. Le Ministère public a été éclairé sur le fait qu’il y avait deux contrats (12 millions FCFA et 7,900 millions FCFA) avec la somme de 700 000 FCFA imputable au contrat de 12 millions FCFA. Le Procureur a donc relevé l’absence de bordereau de livraison des pagnes du 8-Mars pour des précisions sur la quantité. « Admettons qu’au moment des livraisons, il n’y ait pas de bordereau.
Sur quoi allez-vous vous appuyer pour effectuer les paiements ? », a-t-il demané à Yaké Camille Yé qui a affirmé avoir la quantité en tête. Aussi, Fatimata Traoré a mentionné que le contrat des 7,900 millions FCFA n’a pas été exécuté mais il y a eu des formalités. La somme de 700 000 FCFA a été payée en deux phases de 200 000 FCFA et 500 000 FCFA, mais le chèque de 12 millions FCFA a été restitué au ministère en charge de la famille avec un remboursement des frais d’enregistrement à raison de 1,250 million FCFA, selon Mme Traoré. Et le Parquet de souligner à Yaké Camille Yé qu’au moment de l’instruction, il a fait cas de 2 millions FCFA comme frais remboursés.
A ce niveau, le Ministère public a déploré le fait qu’il n’y ait pas eu de décharge de la part de M Yé, de surcroît, un professionnel. Un autre témoin, Germaine Compaoré a attesté qu’elle a livré 320 pagnes pour 3,200 millions FCFA au département en charge de la famille en 2024. Le Ministère public a trouvé « bizarre » que ce soit après le 8-Mars que Mme Compaoré soit rentrée en possession de son argent en 2025 précisément. L’audience suspendue à 13 h et reprise à 14 h a entendu le témoin Odette Zonou, commerçante. Elle a déclaré avoir livré 200 pagnes au prix de 5 000 FCFA l’unité et avoir été payée par un moyen électronique, notamment via Orange Money, pour un total de 1 million FCFA. « L’expédition des pagnes a été effectuée au nom de Yé Yaké Camille », a-t-elle précisé. Toutefois, l’un des avocats de la défense a soutenu que c’est Amidou Tiegnan qui a effectué le transfert de l’argent à Odette Zonou.
Des velléités de corruption
L’inspecteur du Trésor, Evariste Sawadogo, par ailleurs, agent de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC) a été auditionné. Il a reconnu que Yaké Camille Yé est passé chez lui à la maison pour présenter ses condoléances relatives au décès de son frère avec une enveloppe dont il a dit ignorer le montant. « Je ne le connaissais même pas et j’étais tellement préoccupé par le décès de mon frère que je n’ai même pas ouvert l’enveloppe. Je ne sais même pas combien il y avait dedans », a fait comprendre Evariste Sawadogo. Il a aussi fait savoir que lors de la mission d’audit, du 15 avril au 14 juin 2024, au ministère en charge de l’action humanitaire, un déjeuner et une prise en charge du carburant ont été proposés à l’équipe de l’ASCE-LC qui a catégoriquement refusé. « Cela n’est pas possible en mission d’audit », a-t-il martelé.
Mais le Procureur a rappelé que devant le juge d’instruction, Yaké Camille Yé aurait affirmé avoir mis 10 000 FCFA dans l’enveloppe par compassion. Il a aussi fait cas d’une supposée somme de 40 millions FCFA pour soudoyer les contrôleurs de l’ASCE-LC. A ce propos, Evariste Sawadogo a rétorqué qu’en mission d’audit, on ne peut jamais corrompre l’équipe, d’où le refus du déjeuner dès le début. M. Sawadogo a balayé également du revers de la main le fait selon lequel Yaké Camille Yé lui a remis la somme d’un million de francs CFA, lorsqu’il est allé présenter ses condoléances pour le décès de son frère. « Comment Yaké Camille Yé pourrait me donner 1 million FCFA alors que je ne le connais même pas ? », s’est-il interrogé. Lors de l’audit, Evariste Sawadogo a laissé entendre que l’équipe n’avait pas pu auditer le compte d’Amidou Tiegnan pour absence de certaines pièces justificatives, et un autre géré par Pétronille Tarpaga (condamnée).
Dango Ouattara, Directeur des marchés publics (DMP), au moment des faits, a témoigné que si c’était pour soudoyer les contrôleurs, il n’allait pas les approcher. « C’était pour voir, dans le cadre de la mission, s’il fallait les prendre en charge », a-t-il dit. « Est-ce que vous avez pensé qu’ils ont tenté de vous corrompre ? », s’est adressé la défense au témoin Moyamba Tiendrebeogo, conseiller des affaires économiques. Celui-ci a répondu par la négative. D’autres témoins, à l’image de Rosemonde Tiendrebeogo, Alizèta Kiemdé, Hamidou Gnoumou, Soumaila Sako ont aussi témoigné sur les commandes des pagnes du 8-Mars et des activités du ministère en charge de la famille. L’audience se poursuit aujourd’hui 26 février 2026, à partir de 10h.
Boukary BONKOUNGOU






