Soudan : le pompier Museveni

Le Président ougandais Yoweri Museveni, médiateur de l’Union africaine (UA), va-t-il réussir à amener les parties en guerre au Soudan, à fumer le calumet de la paix ? C’est une question lancinante, dans la mesure où ce pays d’Afrique du Nord-Est s’enfonce, tous les jours, dans l’abime. Depuis avril 2023, deux camps s’affrontent pour le contrôle du pouvoir, notamment l’armée soudanaise, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti ». En recevant la derrière personnalité citée dans l’espoir d’instaurer un dialogue direct avec l’armée soudanaise, le facilitateur de l’UA a repris du service, le vendredi 21 février 2026, mais que faut-il véritablement attendre de cette relance des efforts diplomatiques au plan africain ?

Jusque-là, il est impossible de faire entendre raison aux parties en conflit. Malgré les appels aux cessez-le-feu de l’UA, tout comme de la communauté internationale, les deux généraux ont des positions tranchées. L’armée soudanaise conditionne toute trêve au retrait des FSR des zones occupées, tandis que celles-ci cherchent à renforcer leurs assises sur le terrain. Les FSR semblent plus portées sur l’épreuve de force que la voie du dialogue, à voir leur volonté de conquérir davantage de territoires. Aussi, les implications extérieures compliquent-elles la résolution de la crise, étant donné que les belligérants ont des soutiens de part et d’autre.

Le processus de paix piétine, alors que le conflit s’enlise avec ses dégâts à troubler le sommeil. Le Soudan se meurt et ses habitants avec. Il y a urgence à agir. Alliés à la faveur du coup d’Etat d’octobre 2021 pour évincer les civils au pouvoir d’alors, les deux hauts gradés n’ont pas tardé à devenir des rivaux, au point de se combattre à mort. La guerre pour le trône des généraux a plongé le Soudan dans un chaos, dont on se serait passé, pour un pays abonné à l’instabilité sociopolitique. Le conflit entre les forces loyalistes et les FSR a fait au moins 150 000 morts, des milliers de blessés et près de 13 millions de personnes déplacées. Le Soudan est confronté à une double crise sécuritaire et humanitaire d’une extrême gravité.

Le chef de l’Etat ougandais, qui a hérité d’une patate très chaude, devra user de tact pour parvenir à des résultats appréciables, là où les efforts consentis n’ont pas encore permis de faire taire les armes au Soudan. Seule une solution politique négociée pourra assurer une sortie de paix en terre soudanaise. Museveni partage la même pression, que son homologue burundais et nouveau président en exercice de l’UA, Evariste Ndayishimiye qui a le dossier soudanais comme chantier prioritaire.

Le patron entrant de l’UA pourra-t-il véritablement faire bouger les lignes, en accord avec le facilitateur désigné, dans un contexte où l’organisation est sous les feux de la critique, pour sa supposée incapacité à éteindre des foyers de tensions sur le continent. C’est l’occasion pour Ndayishimiye d’accompagner de tout son poids le médiateur, pour sortir le Soudan de l’enfer et démentir ces accusations.
La situation dans ce pays n’honore pas l’Afrique dont les fils et les filles n’arrivent pas à parler d’une seule voix et se laissent le plus souvent aller au jeu des occidentaux.

Kader Patrick KARANTAO

 

 

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